‹ Physiologie du système nerveux [microform]Chapitre 150 sur 197 · IV. — GÉNIE SPÉCIAL DU LANGAGE MIMIQUE · texte numérisé non relu

IV. — GÉNIE SPÉCIAL DU LANGAGE MIMIQUE

Suivant ici la même marche que nous avons adoptée pour étudier le génie spécial de la parole, nous examinerons d'abord les signes mimiques dans leurs rapports avec le sens spécial qui les dirige dans leur exécution et qui transmet leur image à notre intelligence.

Si l'ouïe, avons-nous déjà dit, est le sens spécial des impressions mobiles, la vue est le sens spécial des choses stables. L'ouïe apprécie avec la plus grande facilité une série de sons différents exécutés très-rapidement. La vue, au contraire, est incapable d'apprécier sainement une série d'images qui passeraient rapidement devant elle. Ce sens est si peu appréciateur des impressions mobiles, qu'il est illusionné dès que le mouvement est un peu rapide ; et, en effet, la plupart des illusions d'optique

viennent de cette incapacité de Tœil à transmettre exactement à notre esprit Timpression des images mobiles (1).

Or les signes du langage devant être exécutés avec une certaine rapidité pour obéir aux conceptions rapides de la pensée, nous pouvons pressentir déjà un des motifs de l'infériorité du langage mimique sur la parole. Tant que le langage mimique reste primitif, c'est-à-dire tant qu'il se borne à la représentation des impressions perçues ou à la reproduction de certains actes, son excellence est incontestable ; car tous ces signes peuvent être exécutés non-seulement avec une grande rapidité, mais encore avec un caractère expressif que ne possède pas la parole ; mais ce qui est un avantage ici deviendra un grand inconvénient dès que, cessant d'être un instrument de reproduction mimique, ce langage se transformera en instrument d'analyse, en instrument composé nécessairement de signes conventionnels, arbitraires, n'ayant aucun rapport avec les impressions visuelles que reproduisait la mimique dans son langage primitif*

L'emploi des pronoms, des adverbes, des prépositions, peut pa** raître superflu tant qu'on se borne à exprimer ses besoins, ses désirs; dans ces circonstances on parle nègre (qu'on nous passe l'expression) et on est compris ; mais il serait impossible de penser j dans la véritable acception du mot, avec un langage aussi pauvre.

La pensée suit, dans ses opérations, un ordre logique que nous devons subir, parce que cet ordre est une condition physiologique. Elle ne se contente pas do signes représentant des impressions déjà perçues ; il lui faut encore des signes conventionnels, arbitraires, qui lient entre eux les signes précédents et leur donnent un caractère spécial selon les circonstances. Il lui faut des signes qui se mettent aux lieu et place du signe représentatif, trop lourd à manier dans les opérations rapides de l'esprit ; il lui faut enûn des signes affectés à des idées pures, éloignées du monde sensible, et qui donnent au langage la rapidité et la précision indispensables au développement de la pensée. Or, autant la mimique était éloquente et rapide lorsqu'il s'agissait de synthétiser

(i) On voit, dans les salons, de [petites bottes tournantes renfermant des images qui, sous Vinfluenoc de la rotation, donnent Si la vue l'impression des choses les plus grotesques.

dans un geste, un acte ou une impression, autant elle est lourde, paresseuse, lorsqu'elle veut, au moyen de signes conventionnels, arbitraires, comme ceux de la parole, représenter des idées suprasensibles. Le signe mimique, en effet, étant composé de mouvements organiques appréciés par le sens de la vue, ne peut être exécuté qu'avec une rapidité relative pour conserver sa précision et sa clarté : cette rapidité n'est pas celle qui convient à la rapidité des conceptions de notre esprit*

Après avoir considéré le signe mimique dans ses rapports avec le sens de la vue, nous le considérerons en lui-môme et dans sa formation.

Le principe de formation des signes du langage primitif est très-simple : reproduction plus ou moins complète, au moyen de nos organes, des objets de nos impressions ou des actes qui nous ont impressionnés.

Le signe mimique primitif repose toujours, dans sa formation, sur un phénomène sensible et il rappelle à l'homme les objets de ses impressions. Aussi est-il très-expressif ; mais il est insuffisant. L'esprit de l'homme qui l'emploie, rivé à la matière par la nature même du signe, ne peut prendre son essor vers les sphères élevées de la pensée ; cette indépendance, cette élévation, il ne peut les acquérir qu'en brisant les liens qui l'enchsdnent au monde sensible ; il faut qu'il crée des signes qui ne rappellent plus les objets de ses impressions, mais des signes purement arbitraires, n'ayant d'autre valeur que la signification que l'intelligence leur donne en les exécutant.

La création de ces signes est possible jusqu'à un certain point ; nous en trouvons la preuve dans l'examen du langage primitif des sourds-muets, qui, peu à peu, s'est enrichi de quelques expressions indépendantes de la forme ou de l'objet impressionnant ; mais ces expressions sont rares.

Le génie spécial de la formation des signes mimiques s'opposerait-il à la création de nouveaux signes purement convention" nels, arbitraires, analogues aux signes de la parole ? C'est ce que nous devons examiner ici.

Rien n'est plus simple que de créer des signes distincts, dirigés par la vue et appréciés par ce dernier sens. Mais en agissant ainsi on aurait bien vite épuisé toutes les images. Ce n'est donc qu'en

combinant entre eux un petit nombre de signes qu'on peut arriver à créer un langage. Nous avons vu, par exemple, que la formation de la parole repose sur la combinaison des signes trèspeu nombreux qui composent Talphabet. D'après cela, la question qui nous occupe pourrait être posée de la façon suivante : Peut-on constituer un alphabet mimique analogue à celui de la parole et qui rende possible, par la combinaison de ces sigi^es, la formation d'un langage à peu près complet? On a essayé de répondre par l'affirmative à cette question, en faisant exécuter avec la main les signes de l'alphabet oral : c'est ce qu'on appelle la dactylologie. Mais l'alphabet oral, transporté dans le langage mimique, a perdu les qualités précieuses que nous lui avons reconnues. La distinction des voyelles et des consonnes, origine féconde des combinaisons les plus variées, n'existe plus dans les signes mimiques. Tandis que les signes d'un même mot peuvent être prononcés avec une rapidité telle, qu'on pourrait croire que le mot n'est composé que d'un signe, la dactylologie est obligée d'égrener, en quelque sorte, chacun de ces signes élémentaires. En prononçant, nous ne faisons attention qu'à l'image sonore qui impressionne notre ouïe, sans nous préoccuper des signes élémentaires qui entrent dans sa formation ; dans le système dactylologique, au contraire, l'attention est attirée, détournée un peu trop au profit de la formation de chaque signe particulier, qui exige une exécution distincte : de sorte que, vouloir que le sourdmuet pense et parle avec les signes dactylologiques, équivaut à exiger du parlant qu'il pense et qu'il exprime des idées en épelant chaque lettre de notre parole .

De ces simples considérations, il résulte que l'alphabet mimique ne peut pas et ne doit pas être calqué sur l'alphabet oral, parce que ce dernier repose sur une propriété spéciale et inhérente aux mouvements-signes qui s'adressent à l'ouïe. C'est grâce à cette propriété que les signes sonores sont exécutés avec la rapidité la plus convenable aux opérations de la pensée et qu'ils peuvent exprimer une infinité de nuances parfaitement distinctes.

Des mouvements mimiques ne réuniront jamais ces avantages indispensables, parce que le sens de la vue, sens spécial des impressions stables, ne peut pas juger un ensemble de signes

exécutés en quelque sorte simultanément ; et, comme cette simultanéité d'expression est nécessaire pour réa}iser la rapidité qu'exige l'évolution de la pensée,- les signes dactylologiques, représentant les signes élémentaires de la parole, ne constitueront jamais un langage pour le sourd-muet.

Cette reproduction, utile tout au plus pour initier l'élève à la connaissance de l'écriture, ne sera jamais l'instrument direct et habituel de la pensée.

Mais, de ce que les signes dactylologiques ne peuvent pas constituer un langage, s'ensuit-il qu'il soit impossible de créer un alphabet mimique? Tous les efforts que l'on a tentés dans cette voie sont restés impuissants, et les mômes reproches que nous avons adressés à la dactylologie sont applicables au syllabaire dactylologique de M. Recoing, aussi bien qu'à la cheirologie de M. Grosselin.

La cause de tous ces insuccès réside dans la méconnaissance des conditions essentielles de la formation du langage mimique, c'est-à-dire dans la méconnaissance de la rapidité nécessaire avec laquelle tout langage doit être exécuté pour favoriser les opérations de la pensée.

De cette impossibilité de former un alphabet mimique réunis^ sant les qualités précieuses de notre alphabet parlé, il découle une conclusion très-grave : c'est qu'il est impossible de constituer un langage mimique complet, par la combinaison systématique d'un petit nombre de signes, et que, par conséquent, il est nécessaire de représenter chaque perception, non plus par une combinaison spéciale de signes, mais par une image déterminée.

Cependant le langage mimique est susceptible de développement, et pour l'enrichir on n'a qu'à examiner attentivement comment il se forme chez le sourd-muet. Dans cet examen, on s'aperçoit que le geste mimique est toujours l'expression synthétique d'un ensemble de signes élémentaires de notre parole. Obligée d'obéir à cette condition indispensable de rapidité que doit avoir tout langage dans son exécution, la mimique renferme, dans un môme geste, une idée représentée dans le langage parlé par plusieurs signes. Elle gagne ainsi en rapidité nécessaire ce qu'elle perd en précision.

Beaucoup de personnes considèrent cette synthèse comme une ÉD. rouRniÉ. ~ Syst, nerv, 38

richesse de la langue. Cette opinion est le résultat d'une pure illusion. Elles mettent dans le geste représentatif d'une idée toutes les idées simples qu'elles ont déjà formulées avec la parole; mais le sourd*muet, qui ne parle pas, n'y met que ce que les signes mimiques représentent.

Non, quoi qu'on fasse, on n'arriverajamaisàcréer un langage aussi complet, aussi facile pour les opérations de la pensée que la parole, parce que, par la nature des signes qui le composent et surtout à cause de l'inaptitude du sens de la vue à saisir des images qui se succèdent rapidement, la mimique ne pourra pas acquérir la vivacité, la rapidité nécessaires aux opérations de la pensée.

Nous pouvons répondre, dès à présent, à la question que nous avons posée avant d'examiner le génie de formation des divers langages : le langage primitif est-il susceptible d'extension, de développement? Peut-on l'élever au niveau de notre parole ?

Nous n'hésitons pas à répondre : oui, en ce qui concerne le développement, pourvu toutefois que l'instituteur n'oublie pas qu'avant d'inventer un nouveau signe, il est nécessaire qu'il fasse naître le besoin, le désir de cette création dans l'esprit de son élève par une instruction progressive et que, dans la formation matérielle du signe, il s'inspire des conditions essentielles que comporte le génie spécial du langage mimique. Quant à la prétention d'élever la mimique à la hauteur de notre parole, nous ne saurions l'accepter. L'infériorité du langage mimique nous parait irrémédiable, parce qu'elle résulte de ses conditions originelles.

La parole sera toujours supérieure à la mimique, parce que le principe de formation sur lequel elle est établie lui a permis de s'enrichir d'un grand nombre de signes, et que, par cette richesse, instrument d'analyse par excellence, elle peut se prêter aux opérations les plus délicates et les plus sublimes de la pensée. Le langage mimique, lui, sera toujours relativement très-pauvre, parce que, privé de la ressource d'une combinaison alphabétique de signes très-peu nombreux, il sera obligé de représenter toutes les idées par un certain nombre d'images nécessairement trèslimité.

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Cependant, en restant fidèle aux lois de formation que nous avons indiquées, il sera possible de perfectionner et de déve* lopper le langage mimique primitif, et l'on arrivera ainsi à élever le niveau intellectuel du sourd-muet.

En l'absence de données physiologiques, cette marche ne pouvait pas être suivie. On a cru pouvoir donner aux sourdsmuets un langage tout fait, en traduisant mimiquement les signes de la parole ; mais comme on n'a pas tenu compte des lois qui président à la formation du langage, les résultats n*ont pas été bons, et l'on a éloigné ainsi les instituteurs de la source vivifiante où le sourd-muet doit puiser les éléments de son déve» loppement intellectuel et moral. Cette source ^ nous le disona hautement, est le langage mimique.

L^extension légitime que nous avons donnée à la description dea mouvements fonctionnels de la fonction-langage, nous a été imposée par la nécessité de faire connaître de» notions atUes, indispensables, et malheureusement absentes dans les traités àt physiok>gie. Su égard à ce développement^ nous nous résumerons dans les conclusions suivantes :

lo Le mouvement-signe est la transformation de la matière fcmctionnelle en mouvements fonctionnels.

S* Tout mouvement-signe doit être exécuté par nos organe» et dirigé dans son exécution par un de nos sens avec la vitesse physiologique exigée par les opérations de la pensée.

3<* 11 y a deux sortes de mouvements-signes : les mouvementssignes dirigés dans leur exécutiou par le sens de l'ouïe et les mouvements-signes dirigés dans leur exécution par le sens de la vue ; d'où il suit qu'il n'y a que deux langages, le langage parlé et le langage mimique.

4« L'écriture et les prétendus langages représentés par les objets impressionnants ne sont pas des langages ; ils ne peuvent être que des traductions du langage mimique ou parlé.

5<> Les mouvements-signes sont en partie empruntés aua mou* vements expressifs, imitatifs ou représentatif, mais les signes les plus intellégw^, ceux qui composent la partie la plue essentielle de la parole, sont des signes arbitraires, c'est-à-dire des mouvements élémentaires provoqués dans le but spécial de représenter des sensations-signes*

6® Le signe-langage est un ensemble de mouvements-signes associés entre eux.

V Le langage est l'ensemble systématisé des signes-langage.

8° Chaque langage est soumis, dans sa formation, à un ensemble de lois qui constituent son génie spécial.

9^ Le génie spécial du langage parlé emprunte ses caractères à la rapidité de formation des signes qui le composent et cette rapidité provient elle-même de la nature du mouvement-signe.

10^ Le génie spécial du langage mimique emprunte ses caractères à l'incapacité où se trouve le sens de la vue d'apprécier sainement des impressions d'images, se succédant avec une trop grande rapidité ; d'où il résulte que le langage mimique doit tendre, dans sa formation, à être un instrument de synthèse plutôt qu'un instrument d'analyse comme la parole. Loin de chercher à reproduire mimiquement tous les signes de la parole, il faut s'appliquer à reproduire synthétiquement, dans un seul signe mimique, plusieurs signes de la parole. Il est évident que le langage ainsi formé péchera par la précision ; mais il faut en prendre son parti : mieux vaut encore n'être pas [trop précis que de ne l'être pas du tout , ce qui arriverait infailliblement, si l'on voulait multiplier outre mesure les signes élémentaires. Le lan^ gage ainsi formé puisera sa base dans la nature, et sera essentiellement physiologique, puisqu'il ne sera que le développement raisonné du langage primitif.

ARTICLE IV

SliOE A5AT0HIÛI]£ DE LA FONCTION-LANGAGE.

Ce titre, au premier abord, pourra paraître contradictoire arec nos critiques à l'adresse des localisateurs, et surtout avec les idées que nous avons émises touchant la physiologie cérébrale. Qu'on se rassure. Nous ne prétendons pas trouver un siège anatomique à la façon dont l'entendent les localisateurs : persuadé qu'il n'y a pas de fonction sans la participation de la matière, nous voulons simplement indiquer les éléments matériels qui prêtent leur concours à la fonction-langage.

L'anatomie nous enseigne que les fibres nerveuses, provenant de la périphérie, se concentrent : les fibres impressionneuse«

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dans les divers centres des couches optiques et les fibres motrices dans les corps striés ; elle nous enseigne encore que de ces deux centres partent des nouvelles fibres qui vont se disséminer dans la substance grise de la périphérie cérébrale, après avoir formé, par leur ensemble, le noyau blanc de l'encéphale ; elle nous enseigne enfin que la substance grise périphérique est composée d'une couche superficielle renfermant de petites cellules analogues aux cellules sensitives du segment postérieur de la moelle et d'une couche profonde renfermant de grosses cellules analogues aux cellules motrices du segment antérieur de la moelle. Telles sont les notions générales et précises que nous possédons touchant l'anatomie cérébrale. Ces notions, fécondées par l'analogie, par l'expérimentation physiologique, par les observations nécroscopiques, nous permettent de supposer que le mouvement impressionneur, après s'être concentré dans les couches optiques pour y subir la modification spéciale aux diverses perceptions, gagne, sous cette nouvelle forme, les petites cellules de la périphérie corticale pour y recevoir une modification définitive, pour y être classé, tenu en réserve, prêt, en un mot, à fournir la modalité qui caractérise le souvenir. Les suppositions légitimes ne s'arrêtent pas là : les petites cellules de la périphérie sont unies par leurs prolongements, soit entre elles, soit avec les grosses cellules de la couche profonde, de manière à représenter, par leur disposition, un véritable segment de la moelle. Or, de même que les petites cellules de la moelle agissent à la faveur de leurs prolongements sur les grosses cellules, pour exciter leur activité, et par suite celle des fibres motrices; de même, .les petites cellules (impressionneuses de la périphérie corticale du cerveau, représentant par leurs modalités des notions distinctes, peuvent, sous l'influence du mouvement qui a réveillé leur modo d'activité, provoquer l'action des grosses cellules, et par suite, le mouvement physiologique des fibres motrices qui unissent la périphérie corticale aux corps striés.

Ces suppositions, que nous n'appelons telles qu'à cause de l'absence, à leur appui, de preuves expérimentales directes, acquièrent un peu plus de certitude quand on les examine en présence des faits pathologiques et nécroscopiques.

Nous avons vu dans la première partie de ce travail (p. 248) que

les lésions des couches optiques s'accompagnent toujours pendant la yie d'un trouble plus ou moins profond dans le phénomène-perception, et que ce trouble porte tantôt sur les perceptions visuelles, tantôt sur les perceptions acoustiques, etc., selon le point des couches optiques qui est intéressé ; nous avons vu aussi que les lésions de la périphérie corticale du cerveau (aigu6s ou chroniques, chez ceux qui sont atteints d'inflammations aiguSs ou chez les déments) s'accompagnent toujours, pendant la vie, d'un trouble plus ou moins profond des facultés intellectuelles, c'est-à-dire de ces manifestations psychiques qui résultent de la spécialisation, du classement et de l'association des perceptions entre elles.

Il résulte de ces notions positives, formelles, que la perception de toutes les impressions indistinctement se produit dans les couches optiques, et que la conservation et l'association des perceptions entre elles ont leur siège dans les cellules impressionneuscs de la périphérie corticale. Par conséquent, les suppositions que nous faisions tout à l'heure, d'après l'anatomie et l'expérimentation physiologique, sont converties en certitudes.

Il s'agit à présent, sur ces données fondamentales, de trouver les éléments matériels qui prêtent leur concours à la fonctionlangage. Il est évident qu'ici l'anatomie, la pathologie, la nécroscopie, la physiologie expérimentale ne peuvent nous être que d'un faible secours, par ce motif que les actes qui résultent de l'activité des éléments nerveux ne sont nulle part inscrits en caractères formels sur la matière. Ce n'est donc qu'en dirigeant le scalpel par l'analyse physiologique que nous pouvons arriver à un résultat. Voyons ce que dit cette analyse.

Comme nous l'avons démontré en parlant de la matière fonctionnelle de la fonction-langage, le cerveau de l'homme se remplit d'abord de notions sensibles ou intelligentes : l'enfant commence à remplir les mailles du canevas organique que la nature lui a donné ; ce canevas, constitué par l'ensemble des éléments cellulo-impressionncurs de la périphérie corticale, est tissé de telle façon, que les perceptions do toute nature se classent d'elles-mômes sans la participation du moi, et dans des conditions telles, que la modalité particulière qu'elles ont acquise sous l'influence des premières perceptions puisse être réveillée plus

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tard et constituer ainsi le souvenir. Cependant l'activité spontanée du moi n'est pas restée indifférente dans ce classement ; eUe a subi des perceptions, c'est vrai, mais elle les a comparées à d'autres, et c'est à la suite de ces comparaisons multiples, portant sur des notions sensibles, élémentaires et plusieurs fois répétées, que le classement définitif s'est établi. Alors seulement que ce travail préparatoire a été accompli, l'enfant établit instinctivement un rapport significatif entre ses notions distinctes, déjà classées^ et les mouvements de ses organes; alors seulement il désigne par des mouvements-signes distincts les objets de ses impressions. Le développement de l'intelligence à un certain degré précède toujours le langage, et rien n'est plus logique : nous ne pouvons désigner par un nom que ce qui est déjà en nous sous forme de notion distincte. Or, puisque les cellules de la périphérie corticale du cerveau sont déjà occupées pour la représentation des notions acquises, où mettra- t-on les éléments impressionneurs qui concourent à la fonction-langage ? Ont-ils une case réservée dans les lobes antérieurs? Dans ce cas, il en faudrait au moins deux, une pour le langage phonétique, l'autre pour le langage mimique.

Mais admettons qu'il n'en faille qu'une. Cette case devra renfermer :

i^ Les perceptions de toute nature représentant l'excitant fonctionnel;

2** Les sensations-signes, équivalant en nombre à toutes les notions distinctes représentées par les modalités des éléments cellulo -impressionneurs de la périphérie corticale ;

3° Tous les éléments cellulo-moteurs qui tiennent sous leur dépendance la majeure partie des mouvements de la vie de relation, car nous avons vu que le mouvement-signe peut être exécuté par toutes les parties du corps susceptibles de fournir un mouvement volontaire ;

4"* Tous les éléments cellulo-impressionneurs capables de recevoir l'impression résultant de Taccomplissement du mouvementsigne.

Cette case, comme on le voit, devrait renfermer un grand nombre d'éléments ; un nombre si grand, que ce ne serait pas trop lui accorder si on lui livrait tout l'espace que circon-

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scrivent les hémisphères cérébraux : c'est ce que nous faisons..

La fonction-langage ne peut pas être localisée dans une portion • restreinte des hémisphères, parce que les éléments qui concourent à sa production et à sa manifestation sont disséminés dans toutes les régions périphériques. La sensation-signe, en effet, no peut pas être séparée de l'élément cellulo-impressionneur, dont la modalité constitue la perception que le mouvement-signe est destiné à représenter. A chaque élément cellulo-impressionneur, représentant une notion distincte, correspond une sensationsigne qui prend son origine dans cet élément et va se compléter dans les éléments cellulo-moteurs chargés de provoquer le mouvement-signe, et partout où l'élément cellulo-impressionneur est relié à un ensemble d'éléments cellulo-moteurs capables de provoquer un mouvement-signe, il y a fonction-langage.

Ce que nous savons de l'anatomie et de la physiologie cérébrale nous permet d'affirmer que tous les éléments celluloimpressionneurs sont en rapport plus ou moins direct avec les éléments cellulo-moteurs, de manière que la même sensationsigne puisse se relier aussi bien avec les mouvements mimiques qu'avec les mouvements phonétiques. C'est pourquoi les malades atteints d'aphasie, ne pouvant pas s'exprimer par la parole, ont encore la ressource de s'exprimer avec le langage mimique. Nous développerons plus loin cette considération à propos de la localisation de la parole. Ici notre prétention a dû se borner à démontrer qu'il n'y a pas d'organe spécial attaché à la fonctionlangage, et que cet organe est représenté par l'ensemble des éléments qui entrent dans la constitution des hémisphères cérébraux, c'est-à-dire par la matière fonctionnelle cérébro-motrice telle que nous l'avons décrite. Notre démonstration est privée sans doute de preuves expérimentales ; mais l'ensemble des faits exposés et les déductions de l'analyse physiologique équivalent à ces preuves.

Peut-être, dans l'avenir, parviendra-t-onà saisir dans le champ du microscope ou avec le scalpel quelques notions anatomiques nouvelles ; mais, si on y arrive, ce ne sera qu'en se laissant diriger par les données de l'analyse physiologique, qui trouvera ainsi dans les découvertes qu'elle aura provoquées la sanction de son exactitude et de son utilité.

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