I. — MÉMOIRE D£B MOTS
Le sens de l'ouïe peut reproduire subjectivement les impressions sonores dont il a été affecté; mais cette reproduction isolée ne constitue pas la mémoire de la parole, car elle ne
(i) A ce tilre, et pour donner plus de force aux critiques que nous avons adressées h M.Bouillaud, nous rcn^'ons hommage h Villustre professeur.
renferme pas l'idée. L'ouïe rappelle un son, non pas autre chose. C'est à cette mémoire isolée que nous devons, étant très-jeunes, de pouvoir réciter des centaines de vers grecs, latins, français, sans en comprendre le sens. Ce qui, soit dit en passant, vient très -bien à l'appui de la distinction physiologique que nous avons établie entre le phénomène sonore et l'idée qu'il renferme. La mémoire des mots se forme exactement par le môme procédé que nous avons indiqué en parlant de la mémoire du sens de l'ouïe. Cependant, la mémoire spéciale de la tonalité joue un rôle très-restreint. Il n'en est pas de même de la mémoire du rhythmCj surtout quand il s'agit de réciter des vers ou des phrases très-musicales. La mémoire du timbre est celle qui joue le plus grand rôle dans la mémoire du son-parole. Bien souvent on cherche à se rappeler un mot en disant : il se termine en a, en eUj en ou, c'est-à-dire par un son-voyelle, par un timbre particulier.
Comme cela arrive dans la mémoire des sens spéciaux, plusieurs circonstances concourent à la reproduction subjective des sons. En première ligne, nous devons signaler la grande habitude que nous avons de prononcer les mots : cette habitude fait que nous reproduisons subjectivement le son-parole avec la plus grande facilité.