GONDITIOMS AN ATOMIQUES DE LA PAROLE
Considérant :
i** Que la parole n'est qu'une forme de la fonction-langage , et qu'elle emprunte ses caractères distinctifs à la nature des mouvements qui donnent naissance à la sensation-signe ;
3" Que le son-signe est un acte intelligent composé, comme tous les actes intelligents, d'une sensation liée à des mouvements voulus ;
3^ Que le son-signe peut représenter indistinctement toutes les notions sensibles ou intelligentes, localisées dans les cellules disséminées à la périphérie corticale ',
ÉD. FOUfunÉ. — Syst. nerv, 39
OiO PRINCIPE DES DÉTERMINATIONS DE L'HOMME.
4" Que le même son-signe peut être représenté par une imagesigne;
5<» Que le son-signe doit être lié anatomiquement avec toutes les perceptions et avec l'origine de tous les mouvements ;
Nous ne saurions admettre qu'il existe en un point du cerveau un organe coordinateur, législateur, régulateur de la parole, car ce point devrait renfermer tous les éléments qui concourent à sa formation, et cela n'est pas possible. Ces éléments sont disséminés à la périphérie corticale du cerveau et constituent la matière fonctionnelle cérébro-motrice.
Si Ton voulait localiser la parole quelque part, on serait obligé de faire trois cases : Tune renfermant toutes les notions sensibles et intelligentes et reliées à toutes les origines de mouvement ; la seconde, renfermant toutes les notions sensibles et intelligentes reliées à l'origine des mouvements sonores ; la troisième enfin, renfermant toutes les notions sensibles et intelligentes reliées à l'origine des mouvements mimiques. Ces trois cases représenteraient anatomiquement tous les modes de l'activité cérébrale ; mais le peu que nous savons de l'anatomie du cerveau nous dit qu'il n'en est pas ainsi. Ces trois cases, renfermant chacune des éléments essentiels, peuvent être converties en une seule, et dès lors le problème des conditions anatomiques de l'activité cérébrale se présente dans toute sa simplicité sublime.
En effet, les éléments cellulo-impressionneurs dont les modalités représentent les notions sensibles et intelligentes sont unis entre eux, de manière à pouvoir réveiller mutuellement leur propre activité ; de plus, ils sont reliés avec toutes les origines de mouvements organiquement représentées par les divers éléments des corps striés. Grâce à ces liens et à cette disposition des parties, chaque élément cellulo-impressioxmeur, uni à un élément cellulo-moteur, représente organiquement une fùnciion* langage complète, qui peut se manifester soit par des mouvements sonores, soit par des mouvements mimiques.
Mais, dira-t-on, que signifie la lésion si fréquente de la troi* sième circonvolution dans les troubles de la parole ? Cette coïncidence est en efTet remarquable et trop constante pour qu'on no lui accorde pas de l'importance. Mais jusqu'à présent, il nous est impossible de dire, expérimentalement, quelle est la part d'in-
fluence que cette région apporte dans les manifestations de la parole. Peut-être les perceptions auditives viennent-elles se spécialiser, se classer à l'état de notions distinctes dans cette région. Dans ce cas, nous trouverions nécessairement dans le même point l'origine des fibres motrices qui aboutissent aux parties des corps striés qui tiennent sous leur dépendance les mouvements sonores. Cette supposition nous paraît très-plausible, et elle s'accorde d'ailleurs très-bien avec les idées que nous avons émises touchant les localisations cérébrales.
En effet, de ce qu'au niveau de la troisième circonvolution se trouvent les cellules périphériques, représentant les perceptions auditives à l'état de notions^ il ne s'ensuit pas que ]sl fonction-langage se trouve localisée en ce point. Non certes, pour qu'il en fût ainsi, ce même point devrait renfermer les perceptions de toute nature transformées en notions^ ce qui n'est pas. Il est impossible d'admettre que les notions provenant de la vue, du toucher, do l'odorat, du goût, soient ainsi localisées dans un si petit espace, et d'ailleurs l'expérimentation et les faits microscopiques infirment cette manière de voir. C'est bien assez que ce point renferme toutes les notions provenant des perceptions auditives. Or voici quelle serait alors l'influence réelle de cette région sur les manifestations de la parole :
Lorsqu'une lésion siège au niveau de la troisième circonvolution des lobes antérieurs, la périphérie corticale ne se trouvant plus unie avec les corps [striés par les fibres motrices spéciales, chargées de transmettre les volitions de mouvements sonores, les manifestations de la fonction-langage, par les mouvements-signes de la parole, ne sont plus possibles; mais comme la fonction-langage réside dans toute l'étendue de la périphérie corticale, cette fonction n'est pas abolie, et elle peut se manifester encore par les mouvements-signes mimiques et même par Vécriture.
Cette manière de voir donne, jusqu'à un certain point, raison aux localisateurs qui, avouons-le, ont rendu un service réel à la science en appelant l'attention sur la coïncidence de certaines lésions avec les troubles de la parole (i); mais en même temps
(1) Voir, dans la Physiologk de la wÂo et de la parole, ce que nous avons dit touchant Taphasie.
elle réduit à néant les idées doctrinales, que les mêmes localisateurs ont puisées dans les faits que nous venons d'analyser (i).
ARTICLE m.
De môme que Tintelligence, sous l'influence de l'excitation cérébrale, peut se donner à elle-même le spectale des images qu'elle a déjà perçues, de môme au moyen d'une excitation analogue elle peut produire, dans les nerfs, les mouvements qu'elle a déjà provoqués un certain nombre de fois. En d'autres termes, il y a une sensation subjective de la parole, comme il y a une sensation subjective pour les images, les sons, etc. Le mécanisme général selon lequel cette reproduction est obtenue est le même : c'est toujours une excitation cérébrale de la périphérie corticale vers les centres qui provoque dans les nerfs un mouvement déjà effectué ; mais le mécanisme ou plutôt le procédé selon lequel ce mouvement est réveillé est différent. Nous avons vu en effet, au chapitre consacré à la mémoire, que les procédés varient selon la nature des sensations. Or, considérée comme élément physiologique, la sensation-signe fait partie des sensations qui résultent de l'activité volontaire de nos organes ; par conséquent, la mémoire de la parole s'établit selon le procédé spécial que nous avons fait connaître à propos de ces sensations (p. 288).
D'après ce procédé, nous devons donc chercher le premier phénomène de la mémoire de la parole dans le sens de l'ouïe, et le second dans les actes volontaires ; dans le premier, nous trouverons la mémoire des mots; dans le second, la mémoire du sens des mots et des idées,