CHAPITRE m
Dn bnlbe rachidien.
Aff ATONIE. — Le bulbe rachidien présente beaucoup d*analogie avec la moelle, quant à sa structure et à la disposition des parties ; mais il s'en distingue essentiellement par deux amas nouveaux de substance nerveuse désignés sous le nom d'olives et de fibres arciformes de Rolando.
Suivant la même marche adoptée jusqu'ici, nous décrirons successivement i {^\e canal central; 2<*la substance grise qui Fentoure; 3<> Tenveloppe extérieure de substance blanche ; 4^ les olives ; 5° les fibres arciformes de Rolande.
i^ Canal central ou quatrième ventricule, — Par une série de coupes successives, on peut s'assurer que le canal médullaire quitte peu à peu sa position centrale et qu*au moment où il est parvenu à la surface postérieure de la moelle, il s'étale sous forme d'une large gouttière qui porte le nom de quatrième ventricule, La forme de cette gouttière est losangique ; elle présente par conséquent à considérer deux faces, quatre bords et quatre angles. La face antérieure correspond au bulbe par sa moitié inférieure, et à la protubérance par sa moitié supérieure. La face postérieure est
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fournie pv la partie inférieure du cervelet sur laquelle on remarque de haut en bas : les pédoncules cérébelleux supérieurs, la valvule de Yieussens, le sommet de Téminence vermiculaire, la luette, Textrémité supérieure des amygdales et les valvules de Tarin. Les bords supérieurs représentent la ligne d'union des pédoncules cérébelleux moyens avec la protubérance; les bords inférieurs correspondent k une ligne cellulofibreuse qui rattache le bulbe à la partie supérieure interne des lobules tonsillaires, et qui ferme, en cet endroit, le quatrième ventricule. Les angles latéraux représentent le point de réunion des trois pédoncules cérébelleux; Fangle supérieur constitue le commencement de Taqueduc de Sylvius, et rinférieur se continue avec le canal central de la moelle, après avoir présenté une légère dilatation qu'on appelle ventricule d'Aranliuê.
2^ Su^tanee grise du bulbe, ~- La substance grise du bulbe renferme les mêmes éléments que nous avons trouvés dans la substance grise de la moelle ; mais sa disposition autour du canal central n*est pas la même : cette disposition est en rapport avec les modifications qui surviennent dans la direction et la conformation du canal lui-même. Pendant que le canal se porte en arrière, la substance gélatineuse, de postérieure qu'elle était, tend à devenir antérieure; elle s'ouvre en forme de V, et au niveau du quatrième ventricule elle occupe les parties latérales de la substance grise centrale et de la substance grise antérieure, formant avec cette' dernière le plancber du quatrième ventricule.
Les cellules multipolaires qui caractérisent la substance grise postérieure offrent ici la même coloration et les mêmes dimensions que dans la moelle ; leurs proloogements les mettent en rapport avec les éléments circonvoisins. Nous signalerons surtout leurs relations avec les racines postérieures des nerfs : les racines du pneumo-gastrique, celles du glossopharyngien, celles du trijumeau, etenfm celles des nerfs auditifs qui s'étatalent sous forme de stries à la surface du plancher du quatrième ventricule et constituent ce qu'on appelle les barbes du calamus scriptorius,
La substance grise centrale du bulbe continue celle de la moelle, et, par l'entre-croisement des Qbres qui la traversent, forme un véritable raphé médian qu'on désigne sous le nom de lige du calamus scriptorius,
La substance grise antérieure présente, comme dans la moelle, de grosses cellules fournissant des prolongements nombreux. Ces cellules sont en rapport avec les racines antérieures, par conséquent avec cellcà du spinal. Des fibrilles du même nerf se mettent néanmoins en rapport avec les cet - Iules de la substance gélatineuse. |Cette double origine, parfaitement constatée par M. Vulpian (i), donnerait à penser que le spinal est un nerf mixte dès son origine.
Au-dessus du spinal nous trouvons les racines des hypoglosses^ qui pénètrent dans le bulbe à travers le sillon qui sépare l'olive de la pyramide antérieure et gagnent de petits amas de substance grise, de la grosseur
(1) Browu-Sequard, Journal de physiologie, janvier 1S62, p. 10.
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d'une tête d'épingle, parfaitement visibles sur les côtés du raphé médian du quatrième ventricule.
Le nerf facial se trouve aussi en rapport avec deux amas de substance grise, mal limités, et placés au-dessus des précédents. Enfin le moteur oculaire externe vient également, dans cette région, se mettre en rapport avec lesj^ellules de la substance gri^e antérieure.
En résumé, m comme dans la moelle, les divers amas de substance grise affectent entre eux des rapports à peu près identiques et sont en relation avec des éléments analogues : la substance grise postérieure avec les racines postérieures; la substance grise antérieure avec les racines antérieures.
Gomme dans la moelle^ les racines antérieures et postérieures sont reliées entre elles par les prolongements des cellules ganglionnaires et elles forment ainsi un système continu représentant la paire de nerfs physiologique.
3^ Substance blanche du bulbe, — Pour se faire une juste idée de la structure de l'écorce blanche du bulbe^ il faut se rappeler : 1^ que les cordons postérieurs de la moelle proviennent des prolongements internes des cellules gélatineuses et qu'ils sont la continuation des fibres des racines postérieures aboutissant^ par le pôle opposé, dans ces mêmes cellules ; 2° que les faisceaux latéraux sont formés par l'apport successif de cette portion de racines postérieures qui n'entrent pas en communication avec les cellules gélatineuses; 3<* que les faisceaux antérieurs sont formés par les prolongements ascendants internes des cellules de la substance grise antérieure. Si nous prenons en main chacun de ces faisceaux comme les fils séparés d'un même écheveau^ et que nous les suivions dans le tissu intriqué du bulbe^ nous constaterons les particularités suivantes :
l^' Les cordons postérieurs se dirigent obliquement en haut et en dehors, formant à la surface du bulbe une saillie désignée sous le nom de corps resti formes. Au niveau du quatrième ventricule, ces cordons s'écartent de plus en plus l'un de l'autre, et, bordés à leur partie interne de petites éminences qu'on appelle pyramides postérieures, ils passent peu à peu au-devant de la substance grise centrale^ laissant ainsi à découvert le quatrième ventricule pour venir entre-croiser leurs fibres sur la ligne médiane. Ainsi constitués, les cordons postérieurs se prolongent en partie dans la protubérance et en partie dans les pédoncules inférieurs du cervelet.
^ Les faisceaux latéraux (faisceaux intermédiaires) suivent le même mouvement en haut et en dehors; ils passent en avant de la substance grise centrale, et après s'être entre-croisés sur la ligne médiane ils poursuivent leur marche latérale ascendante [K)ur gagner, sous le nom de ru' bans de Reil, la région des tubercules quadrijumeaux, au-dessous desquels ils viennent de nouveau s'entre-croiscr.
Ces faisceaux, en parcourant le bulbe, ont reçu des racines postérieures le même tribut de fibres directes qu'ils avaient recueillies dans toute la longueur de Taxe spinal.
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3* Les faisceaux antérieurs se continuent sous Taspect de deux éminences fasiformes bordant le sillon antérieur, et désignées sous le nom de pyramides anlèrieures. Comme dans la moelle, les faisceaux antérieurs si'eotre- croisent sur la ligne médiane pour constituer la commissure blanche anténeore; mais tandis que dans la moelle cet entre-croisement se faisait de fibre à fibre, dans le bulbe il se produit sous forme de cordons entre-croisés. En parcourant le bulbe les faisceaux antérieurs sont augmentés par l^apport des fibres qui proviennent des racines antérieures du spinal, de tliypoglosse, du facial et du moteur oculaire externe.
Diaprés cette description on voit que le bulbe, sauf quelques petites dissemblances dans la disposition des parties, n'est qu'une disposition de
la moelle offiant dans sa genèse des conditions identiques.
4* Olives. — Les olives sont de petits amas de substance nerveuse,
situés sur les côtés et en dehors des pyramides antérieures, dont elles
sont séparées par un sillon dans lequel se montrent les filets d'origine du
grand hypoglosse ; leur extrémité supérieure est très-peu distante de la
protubérance.
La longueur des olives est de 0""^0I6 environ^ leur largeur mesure
0",006 en moyenne ; leur forme est oblongue, le grand axe étant dirigé
dans le sens vertical.
Les olives sont constituées par une enveloppe pliée un grand nombre de fois sur elle-même^ et affectant ainsi l'apparence d^une bourse dont l'ouverture serait dirigée vers le centre du bulbe, en regard de l'olive du côté opposé. Cette enveloppe est jaunâtre et constituée par de petites cellules ovoïdes, renfermant un noyau volumineux et mesurant en moyenne de 0"",03 à 0"™,0*. Ces cellules offrent des prolongements extérieurs qui se confondent avec les éléments des faisceaux ascendants de la moelle, et des prolongements intérieurs qui s'anastomosent avec les fibres nerveuses que l'olive renferme. Quant à ces fibres, elles se dirigent vers l'orifice delà bourse, pour venir s'entre-croiser sur la ligne médiane du bulbe avec les fibres analogues de l'olive opposée, et se continuer finalement avec les fibres arciformes dont nous allons nous occuper.
5* Fibres arciformes de Rolando. — Comme leur nom l'indique, ces fibres embrassent les éléments du bulbe dans des demi-anneaux; elles naissent des pédoncules cérébelleux inférieurs, au moment où ces derniers atteignent le bulbe, sur les bords du quatrième ventricule. En cet endroit, on voit les fibres arciformes se diriger transversalement d'arrière en avant, sous l'aspect de lignes sinueuses, entourer d'un lascis fibreux les olives et les pyramides, pour venir s'entre-croiser en avant sur la ligne médiane. Après cet entre-croisement, les fibres du côté droit pénètrent dans l'olive gauche et, réciproquement, les fibres du côté gauche pénètrent dans l'olive droite. Dans leur trajet, les fibres arciformes sont en rapport de Cimtinuité avec un certain nombre de fibres des pyramides antérieures. Or nous avons vu déjà que les cordons postérieurs fournissent eux aussi un certain nombre de fibres aux pédoncules infcricui*s du cervelet ; noui>
pouvons dire par eonséquent que ces pédoncules renferment des fibres provenant de toutes les parties de la moelle.
Physiologie. — En no prenant en considératiori que les données anatomiques, nous pouvons présumer déjà que les propriétés physiologiques du bulb^. sont analogues à celles de la moelle. En effet il n'existe pas de ligne de démarcation) entre ces deux parties, et les éléments anatomiques qui constituent la seconde se trouvent intégralement dans le premier. Nous remarquons encore que tous les nerfs moteurs de la région bulbaire (hypoglosse , spinal, facial, moteur oculaire externe) tirent leur origine du segment latéro-antérieur , tandis que les nerfs mixtes (glosso-pharyngiens, pneumo- gastriques) et les nerfs purement impressionneurs (trijumeaux et acoustiques) vont aboutir dans le segment postérieur. Cependant le bulbe se distingue de la moelle par quelques modifications dans la disposition des parties, et aussi par la présence, des fibres arciformes et des olives.
La similitude de constitution anatomique entraîne la similitude de propriétés physiologiques ; nous aurons donc à examiner le bulbe comme organe préposé à la manifestation de Timpressionnabilité et de la motricité, et aussi comme centre d'action.
Il suffit de pratiquer quelques coupes sur la région bulbaire pour s'assurer que le segment antérieur est le siège d'un mouvement physiologique qui a pour but de diriger du centre vers la périphérie les incitations au mouvement ; timdis que le segment postérieur est le siège d'un mouvement physiologique qui a pour but de transmettre vei*s les centres les incitations impressionneuses.
Considéré comme centre d'action, le bulbe donne naissance à des phénomènes réflexes tout à fait analogues à ceux que nous avons constatés dans la moelle ; mais ici ces phénomènes ont une plus grande importance, parce qu'ils tiennent sous leur dépendance non-seulement les mouvements expressifs de la face, mais encore les mouvements les plus essentiels à la vie de l'individu : mouvements de déglutition, de respiration, de circulation, etc.
Le mécanisme de ces mouvements réflexes est le môme que celui que nous avons déjà décrit. Les racines des nerfs impressionneurs sont en rapport avec des noyaux spéciaux de substance pçrise, qui à leur tour communiquent avec les racines des nerfs
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molaim ; de telle façon que, dès qu'une racine impressionneuse Mi excitée, le mouvement dont elle est le siège se transmet aux racines motrices et l'activité de ces dernières va provoquer la contraction des fibres musculaires.
C'est dans le bulbe que se trouve le nœud vital de Flourens.
On sait que Galien,et après lui Lorry, avaient remarqué qu'une lésion plus ou moins profonde du bulbe pouvait entraîner la mort instantanée. Legallois, mettant plus de précision dans ses expériences, trouva que le point qu'il fallait léser pour déterminer la mort se trouvait aux environs de l'origine des nerfs pneumo-gastriques. Flourens, plus précis encore, plaça ce point immédiatement au-dessus de l'origine de la huitième paire et trois lignes au-dessous de la même origine. Longet, un peu plus tard, limita le nœud vital à l'origine même des pneumogastriques; et enfin, en dernier lieu, Flourens, reprenant ses expériences, nous a donné le dernier mot sur cette question. D'après lui, nous savons aujourd'hui que le point où siège le premier mobile de la respiration est situé dans les profondeurs du bulbe, au niveau du Y de substance grise inscrit dans l'angle postérieur du quatrième ventricule.
11 est évident que le principe de vie de l'animal n'est pas renfermé dans ce lieu circonscrit ; la vérité, c'est que les actions nerveuses qui président aux mouvements respiratoires viennent s'enchaîner, se combiner en ce point et qu'il suffit de détruire cette harmonie par une lésion pour abolir l'incitation qui doit provoquer la contraction des muscles respiratoires.
Un mécanisme aussi complexe que celui de la respiration devait être unifié en un seul point, et nous ne trouvons pas plus extraordinaire qu'on puisse abolir la vie par la lésion de ce point que de voir la perte de la vue succéder à la suppression des tubercules quadrijumeaux.
Les actions nerveuses qui président à la respiration sont le résultat de la mise en activité des propriétés physiologiques des éléments du bulbe; ces propriétés, nous les connaissons : propriétés physiologiques des fibres impressionneuses, propriétés des fibres motrices'et propriétés physiologiques inhérentes h la cellule. Ici, comme dans la moelle, nous trouvons les propriétés physiologiques élémentaires du système nerveux mises en jeu dans
un but déterminé et concourant à une fonction qui emprunte sa spécialité d'action aux connexions nouvelles des éléments anatomiques.