PRÉFACE
Ce livre fut une promesse. Lorsqu'en 1866 nous publiâmes la Physiologie de la voix et delà parole^ nous dûmes réserver pour l'avenir la solution de certaines questions que nos recherches venaient de soulever.
L'une d'elles, la plus intéressante, car elle concerne de pauvres êtres qu'une grande infirmité rend incapables de protester contre les erreurs et les préjugés d'enseignement dont ils sont les victimes, a été résolue dans la Physiologie et Instruction du sourd-muet.
Les rapports de M. Franck, de l'Institut, et de M. le professeur J. Béclard sur ce travail en soqt la garantie la plus haute et la plus éloquente. Mais il est à craindre que ces grands problèmes de philosophie et de physiologie ne soient pas sainement appréciés et que leur réalisation pratique ne se fasse encore attendre longtemps (1 ). Peut-être l'étranger, plus soucieux des progros utiles, prendra-t*il l'initiative de cette œuvre généreuse. C'est à désirer, car vingt et un mille enfants sourds-muets
(i) Pourquoi renseignement le plus difficile, et qui exige de la part des dÎF^^urs et des instituteurs des notions tout à fait spéciales^ dépend-il du ministère de l'intérieur? Il serait assurément plus logique de le confier au miaklère de Tiitttrnction publique.
VllI PREFACE.
réclament, en France, un enseignement qui repose enfin sur les lois de la physiologie.
La question que nous nous proposons de résoudre dans ce travail a pris naissance dans Tétude des rapports que nous avions cherché à établir entre la parole et la pensée .
Cette étude, injustement abandonnée par les physiologistes aux métaphysiciens, qui Tout à peine effleurée, est entièrement neuve , et si les inconnues qu'elle renferme sont encore à résoudre, c'est que, d'un côté, les physiologistes n'ont pas su reconnaître que la parole et la pensée sont des modes de l'activité fonctionnelle du cerveau et que, de l'autre, les métaphysiciens ont été incapables de créer la physiologie cérébrale par la méthode psychologique : les premiers ont méconnu le plus beau des problèmes de physiologie; les seconds ont exercé leur esprit sur un sujet qui était en dehors de leurs moyens. Constater que la parole et là pensée res* sortent essentiellement de la physiologie, tel fut le premier résultat de nos recherches. Mais, en voulant pénétrer plus loin dans cette voie, en voulant déterminer les conditions physiologiques de la parole et de la pensée, nos efforts vinrent se heurter contre des obstacles imprévus ; nous voguions sur une mer inexplorée ; nous nous aperçûmes enfin que non-seulement la physiologie du cerveau n'était pas faite, mais que la physiologie tout entière du système nerveux n'existait pas.
Les hommes éminents qui depuis un demi-siècle ont dirigé le mouvement scientifique se sont laissé dominer par un ordre d'idées spécial et, en se bornant à réunir sous le nom de physiologie du système nerveux l'ensemble des faits de l'expérience, ils ont confondu la méthode expérimentale avec la physiologie elle-même.
Dieu nous garde de jeter le moindre discrédit sur la méthode expérimentale l Justement considérée comme