PRÉFACE. IX
une des gloires de la science française, elle a banni rhypotbèse da champ de la physiologie et, grâce à cette réaction bienfaisante, elle a préparé les matérianx qui doivent servir à l'édification d'une physiologie nouvelle. Mads le moment est venu de réagir, non pas contre elle, car son concours précieux ne cessera jamais d*être indispensable, mais contre ses exagérations, ses empiétements, ses égarements ; nous devons, en un mot, la défendre contre elle-même.
Physiologie expérimentale , médecine expérimentale , psychologie expérimentale sont des expressions dont la raison réprouve l'association : il n'y a qu'une physiologie, qu'une médecine et qu'une psychologie.
Sans doute, ces expressions associées indiquent la tendance de l'esprit vers une méthode préférée ; mais agir ainsi, c'est définir la science par la méthode que l'on emploie dans son étude ; c'est , par conséquent , lui imposer des limites arbitraires et lui interdire tout progrès à la faveur des autres méthodes de l'esprit humain.
Voilà précisément ce qui est arrivé à la physiologie du système nerveux : renfermée dans les limites de la méthode expérimentale, elle s'est enrichie d'un certain nombre de faits assurément très-précieux ; mais, dans cette voie exclusive, elle n'a pas tardé à toucher le terme de ses progrès. Peut-être eût-il été sage alors de recon* naître qu'on s était trompé, en avouant que la méthode expérimentale n'est pas toute la physiologie; mais, paraît-il, ces sortes d'aveux sont toujours pénibles à faire. Loin de convenir que, en dehors de la connaissance des propriétés générales et particulières des tissus, la méthode expérimentale ne peut rien, on a préféré nier les problèmes physiologiques qu'elle ne saurait résoudre ; on a circonscrit ainsi le champ de la physiologie et, sous un prétexte aussi peu logique que dédaigneux, on a laissé aux métaphysiciens le soin d'écrire les plus belles pages
X PRËPÀCE.
de la Bcienoe de rhomme* Ceux-ci ont dû ôtre flattés d'une concession qu'ils désiraient depuis longtemps ; mais les résultats négatifs gui ont suivi leurs efforts dans cette voie ont montré, ce qu'on aurait dû prévoir, qu'il n'est pas possible de faire de la physiologie avec les seules ressources de la méthode psychologique.
Jamais les vivisections, les procédés divers de la mé* thode expérimentale ne nous dévoileront le mécanisme de la parole et de la pensée. Est-ce que les animaux parlent? Est-ce que l'homme dont le cerveau est profondément lésé pense et parle? Et que sont cependant la parole et la pensée, sinon des activités fonctionnelles du cerveau ?
Jamais non plus la méthode psychologique ne nous dévoilera le mécanisme de -la parole et de la pensée, parce que la conscience^ le sens intime^ pouvant nous faire sentir que nous agissons intellectuellement, ne sauraient en aucun cas nous faire sentir le procédé, le mécanisme physiologique selon lequel nous parlons et nous pensons.
C'est ainsi que, délaissée par les uns, compromise par les autres, la physiologie du cerveau en particulier ne saurait fistire un pas de plus. Le temps est donc venu de l'arracher à l'exclusivisme de la méthode expérimentcde aussi bien qu'à l'incapacité de la méthode psychologique^ et de la rendre à elle-même.
Pour se chercher elle-même, la physiologie, comme les autres sciences, doit pouvoir disposer de toutes les ressources de l'esprit. Revendiquer cette liberté pour elle, tel a été en partie le but du travail que l'on va lire.
Mais, ne manqueront pas de dire ceux qui pensent que la possession d'un laboratoire est la condition sine qua non pour faire de la physiologie, quelle est votre méthode ? quels sont vos principes ?
Voici, en deux mots, notre réponse :
1* L'observation analytique et synthétique des faits