‹ Physiologie du système nerveux [microform]Chapitre 37 sur 197 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

PossibUité d'établir la physiologie des fonctions du système nerveux sur ses bases naturelles.

Dans le chapitre précédent, nous avons démontré que jusqu'ici les efforts de la méthode expérimentale avaient été impuissants à nous dévoiler le secret mécanisme des fonctions cérébrales, et nous avons laissé entrevoir la cause de cette impuissance. Cette cause est évidente et formelle : les vivisections, les faits pathologiques peuvent nous mettre sur la voie de la solution du problème qui nous occupe, mais ils ne le résoudront jamais par enx-mêmes, parce qu'ils sont incapables d'étaler à nos yeux le mécanisme intime des actions nerveuses, qui constitue réellement la physiologie cérébrale. Ce mécanisme appartient à la classe des mouvements moléculaires, à cette classe de mouvements que nous ne parvenons à connaître qu'en étudiant les effets qu'ils produisent : nous ne voyons pas le mouvement moléculaire qui produit le son, mais nous apprenons à le connaître par l'étude de ses effets, par l'étude du son ; nous connaissons encore moins le mouvement électrique, le mouvement chaleur, le mouvement magnétique; mais en étudiant leurs effets, en étudiant les notions spéciales qu'ils nous procurent, nous parvenons à les grouper dans des cadres distincts et nous étiquetons ces divers ensembles sous les noms de son^ chaleur y électricité ^magnétisme y etc., etc.

Au point de vue qui nous occupe, les activités nerveuses, remplissant une fonction, sont parfaitement assimilables à ces mouvements moléculaires ; c'est pourquoi nous ne pouvons parvenir à les bien connaître qu'en étudiant les effets qu'elles produisent. Cette opinion repose sur la connaissance précise de la nature même des fonctions.

L'accomplissement d'une fonction quelconque suppose nécessairement deux conditions : 1"* un tissu organique vivant ; ^ un excitant capable de mettre en jeu, dans un but déterminé, les

142 FONCTIONS DU SYSTÈME NEliVELX.

propriétés de ce tissu. Or les fonctions peuvent être divisées en deux grandes classes, selon la nature du produit qui résulte de la mise en jeu des propriétés physiologiques: les unes (fonctions à sécrétion et à excrétion) mettent en mouvement un produit chimique spécial et résultant de la vie propre des organes ; les autres (fonctions dynamiques) mettent en jeu les propriétés dynamiques des tissus, et le produit de cette activité est un mouvement appréciable aux yeux (contraction musculaire), ou un mouvement moléculaire appréciable seulement par ses effets (tissu nerveux). Ainsi donc, si les fonctions ont un caractère commun, qui est la mise en jeu des propriétés physiologiques des divers tissus, elles se distinguent essentiellement entre elles par la nature du produit qui alimente leur activité. Toutes les fonctions sont soumises à la même loi, quant à la manière dont elles sont mises en activité : elles sont toutes réveillées par un excitant spécial, agissant d'abord sur les propriétés physiologiques des nerfs, et c'est réellement le mouvement physiologique de ces derniers qui provoque l'activité spéciale de chacune d'elles. Le système nerveux lui-même ne fait point exception à cette règle : pour entrer en fonction, les flbres sensitives doivent recevoir une impression qui excite leur mouvement physiologique ; ce mouvement, à son tour, va réveiller l'activité fonctionnelle des cellules soit cérébrales, soit médullaires et le résultat, le produit de cette activité, est un mouvement moléculaire qui a son siège dans les nerfs moteurs, et sa fin dans la contraction musculaire.

L'activité fonctionnelle de la cellule nerveuse n'étant pas directement appréciable à nos sens, nous devons aller chercher le secret de son mécanisme non pas dans le cerveau lui-même, mais là où cette activité devient sensible par des mouvements appréciables. Cette manifestation se produit dans le système musculaire.

Le système musculaire doit être considéré comme une annexe du système nerveux. C'est lui en effet qui reçoit directement le mouvement nerveux, qui le transforme d'une manière spéciale, selon le but à atteindre, tantôt dans le but de provoquer les actes de la vie organique ou inconsciente), tantôt dans le but de produire un mouvement intelligent. Mais dans celte série de phénomènes, il est important de saisir d'une manière précise la

Page 1