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CHAPITRE ni

Impressions de la vie fbAotiotinelle de nutrition. •

Les impressions de la vie fonctionnelle de nutrition se distinguent des impressions de la vie organique en ce que, dans ces dernières, l'impression est toujours le résultat du contact du sang avec les tissus, tandis que, dans les premières, le Corps excitateur de Timpression agit nécessairement sur les radicules des nerfs impressionneurs.

Ces impressions sont aussi nombreuses que les fonctions de la vie de nutrition, car elles résultent de l'action de la cause excitatrice de toutes ces fonctions, c'est-à-dire de Taction de l'excitant physiologique sur les nerf^ fonctionnels.

L'aliment qui est introduit dans l'estomac impressionne les nerfs de cet organe, qui entrent en activité fonctionnelle et provoquent à leur tour une des fonctions de la digestion ; l'air introduit dans les ramifications bronchiques impressionne également les nerfs de cet organe ^ qui sous cette influence entrent en activité fonctionnelle et provoquent à leur tour les mouvements respiratoires ; selon le même procédé, un corps sapide introduit dans la bouche impressionne les ner& dont l'activité fonctionnelle provoque l'afflux de la salive dans la bouche, etc., etc. Nous pourrions ainsi passer en revue toutes les fonctions de l'organisme et montrer que partout l'impression est le résultat de l'action de l'excitant physiologique sur les nevk fonctionnels.

Ces impressions,^ que Ton pourrait appeler physiologiques, ne sont pas perçues par le moi ; mais, en les comparant aux impressions de la vie organique, on trouve qu'elles se sont approchées du centre de perception un peu plus près que ces dernières. En effet toutes sont transmises jusqu'à la moelle ; là elles mettent en jeu l'activité fonctionnelle des cellules et celles-ci provoquent à leur tour le mouvement physiologique des nerfs moteurs.

Les impressions physiologiques de la vie fonctionnelle de nutrition n'arrivent pas, dans les conditions normales, jusqu'au cerveau ; du moins elles ne sont pas senties.

200 FONCTION GÉRÉBRO-MOTRIGE.

II n'en est plus de même si l'impression se produit dans des

conditions anormales : dans ce cas, la vie fonctionnelle est mise en rapport avec le centre de perception, et les organes, qui d'habitude fonctionnent dans le silence, transmettent accidentellement au moi le témoignage de leur existence.

Dans les conditions physiologiques, les nerfs vivent dans le milieu organique qui leur a été départi sans que le moi ait conscience de leur état ; mais, si une cause étrangère à ce milieu, si une modification profonde de ce môme milieu vient troubler les conditions physiologiques, ce trouble impressionne le nerf fonctionnel d'une manière anormale, et le moi est averti de l'impression reçue.

Cette impression peut être provoquée par des causes provenant elles-mêmes des conditions des tissus, ou par des causes extérieures. Les premières ne sont autre chose que les impressions provenant de la vie organique; les secondes sont les objets impressionnants existant au dehors de nous. Nous examinerons séparément' les impressions provenant de ces causes.

ARTICLE I

IHPRBSSIOltS DE UL VIE DB NUTRITION PROVENANT DE LA VIE ORGANIQUE.

Les impressions fonctionnelles de nutrition provenant de la vie organique peuvent être physiologiques ou pathologiques.

1° Causes physiologiques. — Les influences physiologiques capables de provoquer une impression fonctionnelle comprennent tous les besoins du corps : la faim, la soif, la fatigue nerveuse et musculaire, le besoin génésique, etc. Le mécanisme intime de ces diverses causes impressionnantes est tout à fait inconnu et il nous parait indispensable de le déterminer.

Les conditions physiologiques de l'évolution organique exigent que ce mouvement soit entretenu périodiquement par l'ingestion des aliments et des boissons, par l'acte respiratoire, etc., etc. Tant que ces conditions sont remplies, la vie organique s'accomplit en silence ; mais, s'il y a un retard dîuis l'apport des éléments réparateurs, il survient aussitôt un malaise vague, indéfinissable; si le retard se prolonge, à ce malaise succède quelque chose de

plus caractérisé : c'est la faim, la soif, l'appétence d'air. Or ces choses ainsi dénommées sont de véritables sensations puisque l'intelligence perçoit ce quelque chose que nous appelons /aim, soify appétence (t air; mais où sont ici l'objet impressionnant, le nerf impressionné et le cordon sensitif qui le relie au cerveau ? Pour répondre à cette question, nous devons rappeler ici en peu de mots ce que nous avons déjà dit touchant les mouvements de la vie organique et les mouvements de la vie fonctionnelle, car c'est de la juste idée que l'on peut se faire de ces deux ordres de mouvements si différents et si mêlés l'un à l'autre que sortira la lumière.

Lorsque l'aliment ingéré a été transformé par le tube digestif et que, grâce à cette transformation, il est passé dans le torrent circulatoire, il représente un produit chimique assez complexe et doué de la propriété de fournir aux divers tissus l'élément spécial qui convient à leur entretien et à leur développement. De l'assimilation des éléments renfermés dans le sang par les organes résulte un effet qui pour les uns est un produit chimique (sécrétions), pour les autres une propriété dynamique ou mécanique (contractilité, motricité). La vie fonctionnelle, avons-nous dit, est la mise en activité de ces divers produits, de ces diverses capacités dans un but déterminé. Ceci posé, voyons à présent ce qui se passe quand la réparation de nos organes ne se fait pas faute d'aliments ou de boissons.

Les organes de la vie continuent leur évolution organique ; ils empruntent au sang les matériaux qui leur sont nécessaires ; mais, comme ces matériaux sont incessamment utilisés et dépensés par la mise en activité des mouvements fonctionnels, il arrive un moment où les tissus ne se trouvent plus dans leur condition normale. Le mot n'en sait encore rien ; mais les tissus, considérés au point de vue de leurs fonctions, possèdent des nerfs ; ces nerfs fonctionnels, se trouvant dans un milieu anorn^l, sont impressionnés d'une manière anormale, et dès lors le moi est prévenu vaguement qu'un trouble existe dans les organes de la vie. Jusque-là il n'y a pas de sensation bien définie ; mais, si l'abstinence continue, le sentiment de malaise s'accentue davantage, il se localise, et les diverses sensations de faim, de soif, de besoin de respirer ne tardent pas à paraître avec leur caractère distinctif.

202 FONCTION CÉRÉBRO-MOTRIGB.

Mais comment expliquer ces diverses localisations et ces sensations particulières en l'absence de nerfs spéciaux? Nous croyons pouvoir répondre à cette question, nullement résolue jusqu'ici :

Nous disions tout à l'heure que, malgré l'abstinence, le mouvement évolutif continue à se faire, que les sécrétions s'accomplissent, que les tissus s'entretiennent et se réparent; par conséquent la sécrétion du suc gastrique continue à se faire, et, lorsque le moment habituel de la réparation par ingestion des aliments est arrivé, les glandes sont turgescentes et prêtes à fonctionner. Cette turgescence, sorte de maladie congestive passagère, impressionne les nerfs pneumo-gastriques et cette impression anormale, transmise au centre de perception, nous procure la sensation localisée de la laim.

A l'appui de cette manière de voir, nous nous bornerons à rappeler qu'il suffît de fournir aux glandes gastriques l'occasion de se désemplir, pour voir disparaître momentanément la sensation de la faim : en effet un corps quelconque, alimentaire ou non, introduit dans l'estomac, peut, en provoquant le mouvement fonctionnel des glandes gastriques, calmer cette sensation. Personne n'ignore que les Indiens passent des journées entières à tromper la sensation pénible de la faim par l'ingestion de quelques morceaux de terre prétendue nutritive.

Les boulimiques ne pourraient pas digérer tout ce qu'ils mangent, s'ils ne faisaient pas une provision proportionnelle de suc gastrique, et c'est précisément dans cette provision exagérée que nous trouvons la cause de leur faim excessive. De cette façon la cause anormale (suc gastrique) rend possible, sans danger pour l'organisme, l'accomplissement do ses effets (nourriture trèsabondante).

Ainsi donc la sensation de la faim provient d'un besoin de la vie organic(tie; mais l'objet impressionnant est la plénitude, l'état congestif des glandes gastriques ; le nerf impressionné est un nerf fonctionnel dénutrition, lenerf pneumo-gastrique.

La sensation de la soif trouve son objet impressionnant, non pas dans la plénitude, dans la congestion des tissus glandulaires, mais dans leur épuisement : les glandes mucipares de la bouche, de l'isthme du gosier, ne rencontrant plus dans le sang l'eau néces-

taire à leur fonctionnement, ee trouvent dans des conditions anormales de nutrition, et ce sont ces conditions anormales qui impressionnent les nerfs fonctionnels ; nous avons ainsi par ces derniers le sentiment de malaise que nous appelons soif.

Les sensations qui nous viennent des organes génitaux se produisent par un mécanisme analogue ; ici l'objet impressionnant est le sperme. Les canaux excréteurs étant remplis, les nerfs éjaculateurs sont impressionnés et transmettent cette impression aux centres nerveux, qui réagissent, selon les cas, d'une façon différente : si l'excitation est très-vive, la réaction des centres nerveux peut amener l'éjaculation pendant le rêve ; si l'excitation est contenue par la volonté ou par l'habitude, elle se dissémine sur d'autres fonctions ; l'excitation des nerfs génésiques se transmet à divers centres nerveux, et l'on voit alors survenir des phénomènes morbides sur des parties éloignées des organes génésiques (hystéricisme, extase, névroses, etc.). L'habitude de la continence peut annihiler sans doute les efTets de ces impressions organiques, mais il fkut dire aussi que l'occasion la plus légère suffit alors pour réveiller l'impressionnabilité de la fonction physiologique.

Les impressions de fatigue sont très-variables, selon la cause qui les a déterminées. En général les muscles ne sont pas fatigués, et c'est plutôt la dépense d'influx nerveux qui nous donne le sentiment de la fatigue. Le cultivateur, qui tient toute la journée son système musculaire en activité, connaît peu la fatigue, parce qu'il a développé progressivement son système musculaire au niveau des exigences du travail de tous les jours et qu'il ne faut pas plus d'influx nerveux pour développer la contractilité d'un gros muscle que celle d'un petit. Au contraire, l'homme de lettres sera exténué après avoir porté quelques instants un fardeau assez lourd, parce qu'il est obligé de suppléer au peu d'énergie de la contractilité musculaire par une influence nerveuse plus considérable. Les muscles cependant sont susceptibles de fatigue, et leur contractilité peut diminuer par l'abus du travail.

La courbature des muscles et la sensation douloureuse qui en résulte ne proviennent pas de la fatigue, mais d'une modification dans la manière d'ôtre des fibres musculaires ; cette modification, survenue dans la vie intime du tissu musculaire sous l'influence de contractions inaccoutumées, change le milieu dans lequel sont

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plongées les radicules nerveuses, et il en résulte une impression douloureuse qui est reçue et transmise par les nerfs fonctionnels.

2** Causes pathologiques. — Lorsque sous une influence morbide l'évolution organique s'éloigne de ses conditions normales , lorsque le sang afflue plus qu'il ne le faut dans une partie, lorsqu'un produit pathologique se développe dans nos. tissus, dans toutes ces circonstances la vie organique fournit aux nerfs fonctionnels un milieu anormal qui les impressionne d'une manière anormale, pathologique, et c'est ainsi que le moi est averti du trouble survenu dans les organes.

Les exemples que nous pourrions transcrire ici pour bien faire saisir la nature particulière de ces impressions nous sont tous fournis par la pathologie, et en assez grande abondance. Nous dirons seulement que ces impressions, inconscientes d'abord comme toutes les impressions organiques, marquent le début insidieux de toutes les maladies organiques. Plus tard, lorsque le trouble est assez profond pour impressionner les nerfs fonctionnels, l'impression devient consciente et le malade commence à se préoccuper de son mal. Cette marche, malheureusement trop jfk*équente et particulière aux maladies les plus dangereuses, doit inspirer au médecin le désir de se procurer, par tous les moyens possibles, l'avantage immense de constater par l'investigation directe ou indirecte l'état de la vie organique dans chaque tissu, dans chaque organe.

De tout ce que nous venons de dire touchant les causes physiologiques et pathologiques, capables de réveiller l'impressionnabilité des nerfs fonctionnels de nutrition, il résulte ceci : que la vie organique est la source d'impressions très-nombreuses et la cause de sensations très-variées; mais dans toutes ces circonstances son rôle se borne à faire l'office d'objet impressionnant sur les nerfs fonctionnels de la vie de nutrition. Pour résumer d'ailleurs tout ce qu'on vient de lire sur ce sujet, nous dirons ;

Le mécanisme selon lequel l'impression du mouvement évolutif de la matière réveille l'activité des nerfs fonctionnels de nutrition se rattache à trois types principaux :

Dans un premier cas, un tissu organique nourri outre mesure, gorgé des produits de son travail évolutif, impressionne, par l'efl'et môme de cette exagération, les nerfs fonctionnels de nutri-

tien d'une manière anormale (turgescence des glandes gastriques, plénitude des canaux spermatiques) ;

Dans un second cas, un tissu appauvri par l'activité fonctionnelle et mal réparé par un entretien insuffisant ou vicié fournit aux radicules nerveuses un milieu anormal qui les impressionne d'une manière anormale , d'où il résulte des sensations particulières : soif, fatigue musculaire, fatigue nerveuse ;

Dans un troisième cas, la vie organique est le siège d'une modification profonde sous une influence morbide; cette modification fournit aux nerfs un milieu anormal, d'où il résulte une impression particulière sur les nerfs fonctionnels.

Nous allons nous occuper à présent des causes extérieures qui impressionnent d'une manière anormale les nerfs fonctionnels de nutrition.

ARTICLE II

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