CARACTÈRES GÉNÉRAUX BT DISTINCTIFS
avec d'autant plus de soin que notre manière de voir sur ce sujet ne ressemble à rien de ce qui a été publié jusqu'ici sur la matière.
Nous avons donc tout intérêt à être bien compris, et pour ne pas laisser égarer notre pensée nous adopterons un procédé qui jusqu'à présent nous a été très-utile et qui consiste à étudier soit la vie organique, soit la vie fonctionnelle du cerveau comparativement avec celle des autres organes.
Le tissu du cerveau n'est pas destiné à sécréter un produit spécial analogue à la bile ou à la salive ; il n'est pas non plus destiné à exécuter des mouvements sensibles à la vue et analogues aux mouvements qui résultent de la contraction musculaire. Quelle est donc sa vie intime ? Il est impossible de répondre de visu à cette question, car nous nous trouvons ici en présence de l'inévitable problème de la vie. Cependant si nous ne pouvons caractériser formellement cette vie intime, nous pouvons du moins en faire connaître les conditions essentielles. Il suffit en effet de considérer que le cerveau est organiquement constitué d'un côté par l'apport général de toutes les fibres impressionneuses , de l'autre par les cellules qui sont le point d'arrivée de ces mêmes fibres et le point de départ des fibres motrices pour être amené à penser que la vie intime de cet organe consiste dans un mouvement. Si après cela on considère que le mouvement physiologique des fibres impressionneuses et motrices est un mouvement moléculaire, on pourra dès lors affirmer que la vie organique du cerveau consiste dans un certain mouvement, dans un mouvement moléculaire. Mais, dira-t-on, la vie organique du foie, celle des glandes salivaires n'est pas autre chose? Sans doute, et c'est pourquoi nous allons comparer les résultats de ces divers mouvements pour établir leurs caractères distinctifs et déterminer tout particulièrement la nature du mouvement moléculaire du cerveau.
La vie organique du foie consiste à retirer du sang certains éléments qui seront transformés en bile à la faveur du mouvement moléculaire des cellules biliaires. Depuis la naissance jusqu'à la mort, ce mouvement s'effectuera de la môme façon et les cellules organiques se seront maintenues en état sans avoir rien gagné ni rien perdu de leurs propriétés.
Dans le cerveau les choses ne se passent pas de la même façon : les cellules organiques ne retirent du sang absolument rien qui doive être transformé en produit sécrété ; elles puisent dans le fluide sanguin ce qui leur est nécessaire pour vivre, pour maintenir leurs propriétés en état. Or quelle est la propriété d'une cellule cérébrale ? Cette propriété est analogue à celle des fibres musculaires, c'est une propriété dynamique : de même que la propriété contractile des fibres musculaires est maintenue en état par la vie organique du muscle, de même la propriété dynamique des cellules nerveuses est maintenue en état par la vie organique du cerveau. Mais en quoi consiste cette propriété dynamique des cellules ? Pour constater la propriété dynamique des fibres musculaires, nous faisons intervenir Texcitant fonctionnel des muscles, et la contraction (vie fonctionnelle) qui en résulte nous indique assez que la vie organique des fibres musculaires consiste à maintenir ces dernières à l'état de fibres contractiles. Si nous agissons de même pour le cerveau, si nous appliquons à l'organe cérébral son excitant fonctionnel, nous voyons qu'il en résulte un mouvement rendu sensible par la contraction musculaire et nous savons ainsi que la vie organique des cellules cérébrales consiste à entretenir un mouvement propre à provoquer le mouvement physiologique des muscles. Cette expérience est . moins démonstrative que celle qui nous a permis de caractériser le produit de la vie organique des fibres musculaires, parce que plusieurs intermédiaires se sont interposés entre le résultat immédiat de la fonction et sa manifestation expressive au dehors ; mais en faisant la part de chacun de ces intermédiaires, on arrive au même résultat que dans la précédente expérience.
Sous l'influence des mouvements de la vie organique les cellules du cerveau vivent et maintiennent en état leurs propriétés dynamiques. Jusque-là rien dans les conditions générales de l'évolution organique ne distingue le cerveau des autres organes; mais voici où vont commencer les difi'érences essentielles, immenses.
Première différence. — Les organes à sécrétion (foie) ou à eflet mécanique (muscles) reçoivent l'impression du sang, et l'évolution organique s'ensuit sans que l'organe, considéré comme individu, sache ce qui se passe et sans intervention active de sa part. Le