‹ Physiologie du système nerveux [microform]Chapitre 78 sur 197 · CARACTÈRES GÉNÉRAUX ET DISTINCTIFS · texte numérisé non relu

CARACTÈRES GÉNÉRAUX ET DISTINCTIFS

cerveau lui aussi reçoit l'impression du sang et il n'en sait rien ; mais le sang n'est pas le seul aliment nécessaire à la vie du cerveau : pour accomplir convenablement leur évolution organique, les cellules cérébrales ont besoin que leurs propriétés se développent au contact d'un aliment spécial qui est représenté par les impressions de toute nature. Analogue sur ce point à certains organes de la vie de nutrition, le cerveau reçoit l'aliment de sa vie organique de deux sources distinctes : de même que le foie reçoit des artères spéciales pour l'entretien de son tissu, et de plus des veines (veine porte) qui lui apportent une qualité de sang particulière y de môme le cerveau reçoit des artères et des veines pour entretenir son tissu en état, et de plus, par l'intermédiaire des nerfs impressionneurs, l'aliment particulier que sa trame organique doit élaborer; cet aliment est un mouvement destiné à être transformé par les cellules et à leur fournir l'occasion d'une modalité particulière qui caractérise la perception.

La perception est un phénomène que les autres organes ne présentent jamais : le cerveau seul a le sentiment qu'il est modifié d'une certaine façon ; seul il perçoit son aliment.

Deuxième différence. — Dans la vie organique de tous les organes à sécrétion ou à effet mécanique, le mouvement propre ù l'organe s'effectue de la même façon depuis la naissance jusqu'à la mort ; les cellules organiques vivent, se maintiennent en état, mais si elles n'ont rien perdu elles n'ont rien gagné. Dans le cerveau il n'en est point ainsi : la cellule cérébrale ne révèle pas du premier coup toutes ses propriétés organiques ; elle les tient en puissance et ce n'est que sous l'influence des impressions de toute nature qu'elle arrive à montrer ses modalités diverses ; toutes les cellules en réalité ont la même composition organique, mais leurs modalités, ou, autrement dit, les diverses formes de mouvement avec lesquelles elles coopèrent à l'évolution organique sont différentes et leur nombre est en proportion du nombre des impressions qui les ont provoquées. C'est ainsi que, contrairement aux autres organes, le cerveau n'est jamais le môme aux différentes époques de la vie ; c'est ainsi qu'il se perfectionne peu à peu en tant qu'organe et qu'il arrive à donner aux mouvements de la vie fonctionnelle un produit de la vie organique plus ou moins perfectionné. La manière de voir, de sentir d'un chacun est la ^D. FOURKiK. — Sysi, ncrv, M

258 FONCTION CEREBRO-MOTRICE.

conséquence inévitable de cette gymnastique très- variable suivant les cerveaux. Ce perfectionnement, limité chez l'animal à la sphère des mouvements corporels, acquiert chez l'homme un développement illimité, en franchissant cette sphère pour passer dans celle du mouvement des idées.

Troisième différence. — Les cellules des organes à sécrétion et à effet mécanique ont en quelque sorte une vie séparée ; chaque cellule évolue pour son propre compte et toutes donnent le même produit ; il n'en est pas de même pour les cellules du cerveau. Ces dernières, après avoir reçu une modalité distincte, corrélative à une impression sentie^ gardent en puissance cette modalité, qui à un moment donné peut réveiller l'activité particulière d'autres cellules et donner ainsi naissance aux phénomènes de mémoire. A cet effet toutes les cellules sont intimement unies entre elles par des prolongements qui transmettent le mouvement d'une cellule à toutes les autres, de telle façon que, lorsqu'une flbre impressionneuse vient à exciter l'activité propre d'une cellule, celle-ci à son tour communique son activité aux cellules du voisinage, et ainsi do suite jusque dans les départements les plus éloignés du cerveau. Ainsi, par exemple, une impression arrivant par les fibres impressionneuses de l'ouïe réveille l'activité des cellules qui sont affectées à cette impression ; mais celles-ci à leur tour communiquent leur activité à d'autres cellules et l'on peut voir alors, phénomène unique, se réveiller toutes les activités spéciales sous l'influence d'une impression qui directement aurait été incapable de provoquer ce résultat. Le mouvement se* nore ne peut pas réveiller directement l'activité des cellules qui obéissent aux impressions provenant du mouvement lumineux et réciproquement ; mais le mouvement sonore, en réveillant l'activité de la cellule qui lui est propre, peut réveiller le mouvement lumineux à la faveur des liens qui unissent entre elles les diverses cellules. C'est ainsi qu'un son peut réveiller en nous le souvenir d'une image, d'un toucher, d'une saveur, etc., etc.

Le tableau comparatif représentant d'un côté les conditions de la vie organique des organes à sécrétion, à excrétion ou à effet mécanique, de l'autre les conditions de la vie organique du cerveau, nous a permis de fkire connaître dans ses plus intimes par^ ticularités l'organe dont nous voulons étudier la vie intime en

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