MEMOIRE DSS CINQ SENS
A chacun des cinq sens correspond un 'stimulant spécial : au sens de la vue, la lumière; au sens de l'ouïe, le son ; au sens de l'odorat, les odeurs, etc. Par contre, le stimulant propre à l'ouïe ne peut pas provoquer des sensations lumineuses, et la lumière ne réveille pas le sens de l'odorat. Chacun de nos sens nous procure
(1) Les motifs que nous avons invoqu^'s pour nous dispenser de parlor des sensations de la vie fonctionnelle do reproduction nous dispensent ^«gaiement de parler de la mémoire de ces sensations.
donc des sensations bien déterminées par la nature particulière de l'agent qui Içs provoque. Il est possible cependant de réveiller l'activité d'un sens en l'absence de son stimulant spécial. Ainsi, par exemple, on peut déterminer des sensations visuelles de plusieurs manières : un coup reçu sur l'œil fait jaillir un grand nombre d'étincelles ; la sensation des phosphènes se produit en pressant légèrement sur le pourtour du globe oculaire. Volta a démontré le premier que l'on pouvait, au moyen de l'électricité appliquée sur l'œil, obtenir des phénomènes lumineux. Un peu plus tard, Purkinge, cité par Muller(l), étudia les figures électriques que l'on peut obtenir par ce dernier moyen, et il constata qu'en appliquantles deux pôles d'une petite pile sur la conjonctive, on aperçoit au pôle zinc une sorte de vapeur jaunâtre et au pôle cuivre une teinte de violet clair.
Volta eut l'idée d'appliquer le même agent à son oreille, et il éprouva un sifflement, un bruit saccadé. Ritter, cité par Longe t (2), en répétant la même expérience, dit avoir obtenu un son comparable au sol. Le même Ritter affirme qu'il se développe au pôle négatif une odeur ammoniacale et au pôle positif une odeur acide lorsque les réophores ont été appliqués sur les narines.
Des expériences analogues ont été faites pour le sens du goût : une lame d'argent et une lame de zinc placées l'une au-dessus, l'autre au-dessous de la langue, déterminent une saveur acide ou alcaline suivant la position des lames, dès qu'on établit entre elles une communication. Ces phénomènes nous paraissent très-importants ; car, en démontrant la possibilité de déterminer dans un nerf sensitif, en l'absence de son stimulant spécial, l'activité organique qui lui est propre, nous sommes amené à comprendre comment , sous Tinfluencc de l'excitation cérébrale et en l'absence de tout objet impressionnant, on peut provoquer dans les organes des sens le mouvement impressionneur qui d'habitude réveille le centre de perception.
Nous le répétons, nous ne demandons à ces phénomènes que de nous montrer la possibilité de réveiller l'action physiologique
(1) TraM de phyiiologm, t. II, p. asi.
(2) Traité de phytioiogie, t. II, p. 73.
d'un sens spécial ; il est évident que la possibilité de réveiller des impressions de lumière sous l'influence de l'excitation cérébrale n'explique pas la perception subjective d'une image déjà perçue. L'excitation artificielle provoque le mouvement physiologique spécial qui succède à l'impression d'un autre mouvement, celui de la lumière ; mais par cette excitation seule il nous est impossible d'expliquer comment il se fait que nous pouvons à volonté percevoir telle image et non telle autre, telle mélodie de Rossini et non une mélodie d'Auber, une saveur de pêche et non une saveur d'abricot. Pendant le moment de l'excitation, notre centre perceptif devient odeur, saveur, lumière ; mais il n'est pas odeur de rose, saveur de pêche, ni paysage plutôt que portrait, comme le prétendait Gondillac. Pour qu'il y ait représentation subjective d'un objet spécial, l'excitation simple n'est plus suffisante : il faut autre chose. Or ce quelque chose est très-complexe et diffère essentiellement pour chaque sens, comme nous allons le démontrer.