C. Tension de la membrane du tympan
IV. Une petite meruhrane conduit moins bien le son quand elle est fortement tendue que lorsqu'elle l'est peu.
La question de savoir si la membrane du tympan conduit mieux le son dans son état de relâchement, ou dans celui de tension , peut s'étendre à toutes les membranes en général. Ici l'on doit de suite établir une distinction entre consonnance, résonnance et intensité de la transmission du son. Quant à ce qui concerne la consonnance , un corps élastique par tension en est susceptible lorsqu'il est tendu, et n'a plus cette aptitude lorsqu'il est détendu. Une corde tendue a, en certaines circonstances, l'aptitude à émettre le son qui lui est propre sous l'influence d'une autre corde vibrante, et , en général, elle est susceptible de résonnance. La peau tendue d'un tambour fortifie le son d'un diapason posé à sa surface, bien plus que ne le fait une membrane flasque. Mais, pour qu'un corps donne son propre son fondamental par consonnance, il doit être constitué de manière que le son fondamental qu'il rend soit à l'unisson avec le son primitif , ou du moins soit dans un rapport simple avec ce dernier. Autrement il ne fait que résonner, sans faire entendre le son qui lui appartient en propre. ^
La force de la résonnance dépend aussi , toutes choses égales II. 65
Ç)4 ^^^ FORMBS £T D£9 PROPRIÉTÉS
4'ailleurs, de la disposition d'un corps, et de son rapport av«c le son primitif. Si Ton tient un diapason sur Touverture de tuyaux en carton de lonj^ueurs diverses, la résonnance de la colonne d'air est d'autant moins considérable, que le son fondamental de cette colonne diffère de celui du diapason , de sorte que c'est à une certaine longueur du tuyau que la ré- SQnnance a le plus d'intensité. Si la longueur de la colonne d'air est telle que le son fondamental de cette colonne soit égal au son primitif, il y a consonnance, et la résonnance aussi est forte , d'après Wheatston , quand la longueur de la colonne d'air est un multiple de celle de la colonne d'air qui donne le même son fondamental que le diapason. Car alors il peut se produire des nœuds de vibration dans le corps condncteur du son. On peut, en versant de l'eau dans un vase de verre , le disposer de telle manière qu'il rende fortement ou faiblement le son du diapason. Ceci appliqué aux cordes et aux membranes, il est bien certain qu'une corde ou une membrane absolument dépourvue de tension est incapable de ré sonnance, ou qu'elle en est moins susceptible qu'une corde, qu'une membrane tendue , mais la tension ne pourra pas croître en raison directe de la résonnance. Elle sera au plus haut degré, la masse du corps tendu demeurant la même, lorsque le son fondamental de ce corps sera à l'unisson du son primitif.
L'application ne serait pas très-facile à des membranes aussi petites que celle du tympan. Mais ce qui a beaucoup plus d'importance ici, c'est de savoir si l'intensité de la transmission de l'air à la membrane croît ou diminue avec la teni|ion de cette dernière.
Savart est le premier, et jusqu'à présent il a été le seul, qui se soit occupé de résoudre ce problème par la voie de l'expérience. Il a observé qu'à l'approche d'un corps qui produit un fort bruit , une membrane sèche fait sauter plus haut le sable répandu à sa surface, quand elle est lâche que quand
DBS O&GAKES AUDITIFS. 5l5
elle est tendue; et il a conclu de là que Touïe s'émousse lorsque la tension de la membrane du lympan vient à augmenter. Il a remarqué le même effet lorsqu'il tendait davantage une membrane par le moyen d'un levier pesant sur elle. J'ai produit ce phénomène en tendant du papier sur un gobelet. Cependant la force du mouvement imprimé au sable ne prouvé pas avec certitude que l'intensité des ébranlemens soit plus considérable. Muncke fait observer que le sautillement du sable peut seulement , sans provenir de l'intensité des iremblemens, dépendre de leur amplitude plus grande , et que le levier employé pour opérer la tension forme , dans la membrane, un nœud qui diminue la largeur des parties vibrantes. L'exactitude de la conclusion tirée par Savart a aussi été mise en doute par Fecbner. Dans un tel état de choses, il m'a paru d*un grand intérêt de faire des expériences directes sur la facuhé conductrice de petites membranes tendues et non tendues , en me servant de ma propre ouïe pour mesurer l'in-^ tensité de la transmission du son.
Un tuyau de bois (a) , dont la lumière a huit lignes de dia- Fig. 69. mèire, et dont la longueur est de quatre pouces, s'allonge , à l'un de ses bouts , en un col plus étroit (c) , ayant une disposition telle qu'on puisse l'engager profondément et solidement dans le conduit auditif externe. Ce bout rétréci est ouvert. L'autre bout {b) est garni d'une membrane lâche. Sur la membrane est collée une petite règle mince (e) , large de deux lignes, qui s'étend jusqu'au'deîà de son milieu , et dont le bout le plus long se trouve libre en dehors. A l'endroit où la règle repose sur le bord du tuyau couvert de la membrane, elle y est fixé^ par une ligature, ce qui produit une articulation. Si l'on élève l'extrémité d, l'autre bout qui repose sur la membrane s'enfonce , déprime cette membrane , et la tend. Ainsi l'appareil représente , en général , les dispositions naturelles d«
la membrane du tympan , et la règle peut être considérée conome figurant le marteau. En fixant le bout rétréci de cet appareil dans une oreille , et bouchant bien l'autre oreille avec une boulette de papier mâché , il devient facile de comparer rintensité de la transmission de son suivant le plus ou moins de tension. Une très-petite ouverture pratiquée au tuyau en d permet de faire entrer aussi en ligne de compte l'iofluence de la trompe d'Eustache , et de mettre l'air de l'intérieur du luyau en communication avec l'air extérieur. Cependant , le résultai est le même au fond , et il vaut mieux se passer ici de Touveriure d^ parce qu'il pourrait se faire qu'elle livrât passage à des ondes sonores, qui ainsi pénétreraient dans l'intérieur du tuyau et arriveraient à l'oreille sans traverser la membrane.
J'ai observé le même résultat dans tous les cas. La transmission du son était beaucoup plus intense quand la membrane était lâche , que quand je la tendais en soulevant la règle. On peut employer une montre de prche pour corps générateur de son. Cependant , tout bruit quelconque frappe l'ouïe avec plus de force quand la membrane est lâche , et la diminution de sa vivacité croit en raison directe de la tension de cette dernière.
On peut aussi tendre davantage sa propre membrane du tympan , et éprouver ainsi la même influence.
Il y a deux manières de tendre davantage la membrane du tympan sur le cadavre , abstraction faite de la traction du marteau. L'une consiste à raréfier l'air dans la cavité du tympan , en l'aspirant par la trompe d'Eustache , l'autre à condenser ce même air , en soufflant dans la trompe. Dans le premier cas, la membrane est repoussée de dehors en dedans, et dans le second, elle l'est de dedans en dehors, sans que, dans ce dernier cas , le manche du marteau cède , de sorte que le milieu de lamembrane du tympan conserve sa situation, même lorsqu'il y a écart vers le dehors.
DES ORGANES AUDITIFS. Si']
Rien n'est plus facile que de pratiquer ces deux modes de tension sur le vivant , sur soi-même. Il faut pour cela se boucher le nez et fermer la bouche , puis faire une expiration forte et soutenue, ou bien distendre la poitrine, d'une manière éçalenaent forte et soutenue, par le mouvement d'inspiration. Dans le premier cas , l'air condensé pénètre avec bruit dans la caisse du tympan , et au moment même on entend mal. La même dureté d'ouïe a lieu quand la membrane vient à être tendue de dehors en dedans par l'effet de l'inspiration. Wollaston est le premier qui ait observé ce phénomène. Comme , dans le second cas , la dureté d'ouïe persiste même après qu'on a ouvert la bouche , parce que le collapsus des parois des trompes d'Eustache qui a été déterminé par l'inspiration précédente , ne permet pas à l'équilibre de se rétablir , on a aussi l'occasion de remarquer que même sa propre voix est moins bien entendue lorsque la membrane du tympan éprouve une tension plus considérable. Quand j'ai rendu la tension de la membrane plus grande par la condensation de Tait* de la caisse du tympan , il arrive ordinairement qu'en ouvrant la bouche ou débouchant le nez l'équilibre renaît promptement entre l'air de la caisse et celui du dehors , de sorte qu'en général l'ouïe se rétablit sur-le-champ. Mais il arrive aussi quelquefois que le rétablissement a lieu d'une manière graduelle. Lorsqu'au contraire c'est en raréfiant l'air de la caisse du tympan que j'ai procuré plus de tension à la membrane , la dureté d'ouïe dure presque toujours fort long-temps , et pendant toute sa durée je sens très distinctement que mon tympan est tendu. Dans les deux cas , si la dureté d'ouïe et le sentiment de tension de la membrane ne se dissipent pas d euxmêmes à l'ouverture de la bouche, je puis les faire disparaître par un mouvement particulier dans l'oreille , que je démontrerai plus tard être un mouvement volontaire du muscle tenseur du tympan. Il est vraisemblable que Técariement des parois amollies des trompes d'Eustache dépend d'une légère com-
5j& des formes et DE3 PROPRIÉTÉS
pression que la traction de la membrane par son muscle tenseur exerce sur l'air de la caisse du tympan. Celui qui ne peut pas exécuter ce mouvement du muscle tenseur du tympan , parvient j^ans peine à se débarrasser de la dureté d'ouïe produite par l'une des deux méthodes en ayant recours au-moyen inverse ; si elle a été déterminée par le rejet de la membrane en dehors , il suffit de faire une forte inspiration en se bouchant le nez et la bouche ; dans le cas contraire, c'est à une forte expiration qu'il faut recourir.
Si l'air extérieur est très-condensé, sans que celui de la caisse du tympan puisse se mettre aussitôt en équilibre avec l'atmosphère , à cause de l'application exacte l'une contre l'autre des parois des trompes d'Eustache , la membrane du tympan est naturellement rejeiéeen dedans, elle éprouve une tension plus grande , et il y a alors dureté de l'ouïe. C'est ainsi , selon moi, qu'on doit expliquer l'énigmatique observation faite par Colladou dans la cloche du plongeur, où il n'entendait que faiblement et la voix de ses compagnons et la sienne propre. On ne saurait se rendre raison du fait en admettant , comme l'ont fait quelques personnes, que la transmission du son s'opère moins bien lorsque l'air extérieur est condensé , car il est constant que l'air condçnsé conduit mieux le son.
La dureté d'ouïe qui provient d'une plus grande tension de la membrane du tympan, n'est pas générale pour les sons aigus et pour les sons graves en même temps. Wollaston a observé que quand il accroissait la tension de son tympan, en raréfiant l'air de la caisse y il ne devenait sourd que pour les sons gra* ves. S'il frappait du bout du doigt sur une table , la planche donnait un sou grave sourd , mais s'il se servait de l'ongle, il entendait un son plus a?gu et plus pénétrant • après avoir raréfié l'iiir dans la caisse de son tympan, il n'entendait que ce dernier so*, et i>e percevait pas l'autre.; le bruit sourd et grave d'uuQ voUure n'était, plus aperça , t^dia que celui dm
DES ORGANES AUDITIFS; Sl^
chaîoes et des autres pièces en fer de l'attelâgé l'était parfaitemenL Ces expériences sont exactes , et je crois qu'aved un peu d'exercice , chacun pourra s'en convaincre sur soimême. Du reste , il est à remarquer que la tension de la membrane du tympan par condensation de l'air produit le même résultat. Le bruit sourd d'une voiture qui passe sur un pont, celui du canon lire au voisinage de mon habitation , celui en* fia de tambours éloignés s'effacent instantanément lorsque moa tympan vient à être tendu de Tune ou de l'autre manière , taudis que j'entends très-bien le piétinement des chevaux et le craquement du papier. L'effet est très-remarquable à l'égard du tic-iac d'une montre placée à huit pieds de moi; je lé distingue tout aussi bien et peut-être même mieux que dam rétat ordinaire quand mon tympan est tendu , tandis que cette tension éteint instantanément pour moi tous les bruits sourds de la rue.
L'explication de ces phénomènes ne présente aucune difficulté d après ce qui précède. Plus le tympan est tendu , plus le son fondamental de celte membrane et tous les sons qu'elle pourrait donner avec des nœuds de vibration s'élèvent , mais plus aussi son pouvoir de consonnance relativement aux sons graves diminue. Plus un son est homologue au son propre da tympan très- tendu , plus on l'entend facilement lorsque la tension de celte membrane augmente.
Ici se présente une application à la pathologie. Il n*est pas très-rare que les personnes qui ont l'oreille dure n'aient perdii que la faculté d'entendre les sons graves, tandis qu'elles Coiîservent celle d'entendre les sons aigus , quoique , d'ailleurs , elles perçoivent ceux-ci plus faiblement. Un de mes collègues à l'Université, qui a l'oreille dure, entend les sons aigus mieux que les sons graves. Dans un pareil cas, il y a tout lieu de penser que la membrane du tympan est trop tendue. Cette circonstance peut acquérir de 1 importance pour le diagnostic si obscur de» maladies de l'oreille. La tension trop grande du tympan peut
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naturellement être produite de plusieurs manières différentes; d'abord par obturation de la (rompe dEustache , à la suite de laquelle, l'air se dilatant sous l'influence de la chaleur du corps, ou subissant une résorption partielle , la membrane éprouve une forte tension, soit en dehors, soit en dedans ; ensuite par contracture du muscle tenseur : chez mon collègue, la trompe est libre , puisqu'il conserve la faculté de faire passer de l'air dans la caisse du tympan. On conçoit que la perforation de la membrane du tympan ou de l'apophyse mastoïd© serait utile dans le premier cas , tandis qu'elle ne servirait à rien dans le second. C'est peut être ainsi qu'on doit expliquer en partie les résultats si divers que cette opération a entraînés.
La part que prend le muscle tenseur du tympan aux modificatioDS de Touie, se conçoit aujourd hui d'après les principes que j'ai posés.
Si l'on peut admettre comme une chose très-probable qu'à l'occasion d'un son très-fort, ce muscle entre en action par l'effet d'un mouvement réflectif , de même que l'iris et le muscle orbiculaire des paupières font lors d'une impression de lumière très-vive , attendu que l'irritation est transmise des nerfs sensoriels au cerveau , et du cerveau aux nerfs moteurs, il devient évident que quand un bruit très-intense frappe l'oreille , le muscle tenseur du tympan peut assourdir l'ouïe par son mouvement réflectif, puisqu'un son intense provoque déjà, par un effet de réflexion , le clignement des paupières , et même la contraction convulsive , le tressaillement d'un grand nombre de muscles , chez les personnes qui ont le système nerveux très impressionnable. L'hypothèse n'a donc rien que de probable (1). Quand, par une cause quelconque, ie muscle
(1) Un bruit très-fort, comme celui du canon, lorsqu'il éclate au voisinage de l'oreille, peut d'ailleurs aussi produire un son propre de la meiii- Inane du tympan par l'effet d'une dépression de cette dernière. C'est du
tenseur du tympan imprime davantage de' tension à celte membrane , l'aptiiude à entendre les sons graves doit , en outre , diminuer davantage que la faculté de percevoir les sons aigus. ^
Ici on se demande si ce muscle est soumis à l'empire de la volonté. Mes observations m'ont appris que le muscle interne du marteau et celui de Tétrier se comportent au microscope comme tous ceux de la partie animale du corps , c'est-à-dire que les faisceaux primitifs portent des stries transversales régulières. Quant à ce qu'on appelle les muscles externe et antérieur du marteau , auxquels on attribue pour usage de relâcher le tympan , ce ne sont point des muscles. Je n'ai pu reconnaître dans l'externe aucun des caractères propres aux muscles , et qui sont si prononcés dans l'interne; ce n'est qu'on simple ligament. Mais les deux muscles réels des osselets de Fouie appartiennent , sans le moindre doute , au système animal. A la vérité, les muscles du système vasculaire , le cœur et les cœurs lymphatiques , ont aussi des rides transversales, et ce caractère n'est point exchisif aux muscles qui proviennent du feuillet extérieur de la membrane proligère , puisqu'on le retrouve également dans ceux qui émanent du feuillet médian, ou de la couche vasculaire, de cette membrane. Mais les muscles organiques des viscères sont constamment dépourvus de stries transversales sur les faisceaux primitifs de leurs fibres. Comme, en outre, les petits muscles de Toreille externe sont soumis à la volonté (je les contracte manifestement, surtout celui de Tantitragus ) , il n'y a pas de motif pour refuser de placer ceux de la caisse du tympan dans la même catégorie. Enfin , on peut alléguer en faveur de ce rapprochement l'origine de la corde du tympan , qui naît du nerf ptérygoï-
moins ce que je crois avoir remarqué en moi. Le bruit du canon me fait éprouver en même temps une secousse analogue à celle que l'on entend lorsqu'en fermant la bouche et se bouchant le nez on tend subiJement la membrane du tympan de dehors en dedans par inspiration.
Saô MS FORMES ET DES PROPRIÉTÉS
dien interne , et celle du nerf de Vétrier, qui provient du nètt facial.
Fabrice d'Aquapendente enseignait déjà que le muscle interne du marteau obéit aux ordres de la volonté. Il disait pouvoir agir à son gré sur ce muscle , parce qu'il avait la faculté d'exciter à volonté du bruit dans son oreille. Il ne lui était possible que de déterminer le mouvement dans les deux oreilles à la fois. Mayer connaissait un homme qui était tellement maître du mouvement de ses osselets d'ouïe, qu'on entendait distinctement ces petits os crépiter lorsqu*on accollait l'oreille à la sienne (1). Je possède cette faculté dans les deux oreilles , mais plus prononcée dans la gauche , et je puis même restreindre Tinfluence de ma volonté à n'agir que du côté gauche. Le bruit consiste en un craquement , semblable au pétillement de Tétincelle électrique , ou au son qui se fait entendre lorsqu'on appuie le bout du doigt enduit d'une substance visqueuse sur du papier et qu'on le retire brusquement. Si quelqu'un se bouche l'oreille et la met en communication avec la mienne au moyen d'une verge, il entend ce craquement. On le discerne encore en appliquant son oreille libre sur la mienne , et même à une certaine distance , jusqu'à un ou deux pieds. Une personne la discernait , sans conducteur et sans bouchon dans les oreilles , à une distance de trois pieds , lorsque mon oreille était placée dans la direction de la sienne ; à chaque mouvement que je produisais dans mon tympan , elle indiquait le résultat. Il me reste maintenant à prouver que ce bruit est réellement occasioné par la contraction du muscle interne du marteau et par l'action de ce muscle sur la membrane du tympan , qu'il tire en dedans , produisant ainsï un effet semblable à celui qui résulterait dun choc imprimé du dehors. Ce qui l'annonce déjà , c'e.^t que quand je pousse de Tair par la trompe d'£ustache , après avoir fermé la bouebo
(1) LiHCKE , Handbuch der Ohrenheilkunde , X. t, p. 472.
DES ORGANES AUDÏTlfS. 5!î3
et m'être bouché le nez , outre le bruissement dû à l'effort de cet air contre la membrane du tympan , j'entends parfois aussi le craquement qui m'est si bien connu , et je l'entends au moment où je cesse d'exercer la pression , c'est-à-dire quand la membrane revient à sa situation première. Ce son peut également êire entendu par une autre personne. L'examen de la cavité buccale pendant que je produisais le craquement volontaire dans l'oreille , me parut devoir offrir un intérêt partîcuiier. En contemplant la bouche et l'arrière-bouche à l'aide d'un miroir, je vois que je fais mouvoir en même temps les muscles supérieurs du palais , puisque le voile du palais ne manque jamais de s'élever. Ceci conduirait à penser que le bruit dépend de ce que Télévation du voile du palais détermine un courant d'air vers les orifices des trompes d'Eusthche. Mais la conjecture est fausse ; car je puis élever le voile du palais autant qu'il est permis de le faire , sans que le bruit se fasse entendre. Par exemple , lorsque je chante , la bouche largement ouverte devant un miroir, je vois le voile du palais s'élever autant que possible dans les sons aigus , même dans les légers sons de fausset, et cependant le bruit n'a pas lieu dans mes oreilles ; mais j'ai la faculté de le produire à volonté pendant cette élévation du voile. Ceci réfute en même temps l'objection que je m'étais faite d'abord , celle que , en raison de l'origine des muscles supérieurs du palais^ leur contraction fait naître de la portion cartilagineuse des trompes d'Euslache , par la pression qu'elle exerce sur ces conduits , un son qui se transmet à Tdrgane auditif . celte idée était déjà renversée d'ailleurs par le fait que je ne suis pas le seul qui entende le mouvement, puisque d'autres peuvent aussi distinguer, à plusieurs pas de distance, le craquement qu'il détermine. Ce mouvement paraît donc être une contraction volontaire du muscle inierne du murieau.
Indépendamment du craquement , je produis encore , à volonté , un second san dans l'orgâBe auditif , et cela des deax
côtés. C'est un bourdonnement, qui peut durer une seconde et davantage. Il a lieu aussi avec élévation du voile du palais, et paraît réellement dépendre de la contraction des muscles palatins. Il se manifeste quelquefois quand je bâille, ou que j'ai des rapports , même lorsque ces phénomènes résultent d'un acte de ma volonté. Parmi les mouvemens qui produisent le craquement comme mouvement d'association ^ je citerai chez moi la déglutition ; mais il n'accompagne pas toujours et nécessairement cette dernière. Du reste, pendant que je produis un son craquant , je n'en entends pas moins nettement d'ailleurs , tandis que le bourdonnement , qu'il faut bien distinguer dé ce son , trouble l'audition.
Une contraction involontaire du muscle interne du marteau doit déterminer un bruit dans l'oreille. Plus d'une personne sans doute en aura entendu de semblables.
La manière d'agir du muscle de Tétrier dans l'audition est inconnue. Il tire l'osselet de manière que sa plaque devienne oblique dans la fenêtre ovale , car elle s'enfonce un peu plus dans celte dernière du côté de la traction , et en sort d'autant de l'autre côté. Le seul effet qu'on pourrait lui attribuer, d'après ce mode d'action , serait , à mon avis , de tendre la membrane qui unit la plaque de l'étrielr avec la fenêtre.
D. Fenêtre ovale et fenêtre ronde.
La transmission par deux fenêtres n'est point une condition indispensable pour entendre, chez les animaux aériens pourvus d'une caisse tympanique ; car, ainsi que le prouvent les expériences précédemment rapportées , le son peut se communiquer avec intensité à l'eau tant par une membrane tendue ( tympan secondaire ) , que par un corps solide mobile qui se trouve uni à une membrane tendue. L'anatomie comparée nous en fournit effectivement la preuve ; car les Grenouilles , bien qu'elles soient pourvues d'un tympan complet d'ailleurs, n'ont point de fenêtre ronde , et chez elles la transmission ne
DES ORGANES AUDITIFS. SsS
s'accomplit que par la chaîne des osselets. Dans ce cas , Tair de la caisse tympanique entre à peine^en ligne de conapte comme conducteur, puisqu'il ne peut pas communiquer ses ondes avec quelque intensité aux parties solides de l'organe auditif. Il sert principalement à isoler les osselets et la membrane du tympan.
Lorsque les deux fenêtres existent concurremment avec une cavité tympanique , elles occasionent deux transmissions des ondes sonores à l'eau , l'une par des corps solides , l'autre par une membrane , et mes expériences prouvent que toutes deux ont de l'intensité. Celte disposition doit naturellement fortifier l'ouïe ; car alors l'eau du labyrinthe reçoit de deux points placés l'un à côté de l'autre des ondes circulaires , qui de plus produisent par leur croisement des condensations ou des protubérances plus considérables aux endroits de la décussation.
On se demande ici laquelle des deux transmissions est la plus forte , ou de celle qui va de la membrane du tympan à la fenêtre ovale par la chaîne des osselets, ou de celle qui va de la membrane du tympan à l'eau du labyrinthe par l'air de la cavité tympanique et la membrane de la fenêtre ronde.
Jusqu'à présent ce problème n'a guère été résolu que par des hypothèses arbitraires. Les uns disent qu'il n'y a point de transmission par les osselets de l'ouïe , et ils se fondent sur l'exemple des personnes qui ont continué d'entendre après avoir perdu ces petits os, comme l'ont observé A. Cooper (1), et avant lui Galdani, Cheselden. D'autres nient la transmission par la fenêtre ronde, attendu qu'il résulte de faits nombreux que la destruction et la perte des osselets de l'ouïe abolissent la faculté d'entendre (2). Il ne convient pas d'admettre un mode exclusif de transmission, puisque chaque partie douée du
{i) Philos. Tvans., iSOi.
(2) HiLLER, Elem. physiol.^ t. V, p. 285. — Lt>-cKE, toc, cii,^ p. 465 J
pouvoir conducteur accomplit ce que les lois de la physique lui permettent de faire. 11 ne peut donc être question ici que d'une simple différence en plus ou en moins. Muncke , à qui l'on doit une revue critique des diverses opinions et de leurs fondemens respectifs (1) , admet une transmission plus énergique par les osselets de l'ouïe.
Voici comment ce physicien raisonne. Supposons qu'une personne voulût tenir deux montres dont le tictac serait égala une même distance de son oreille , " mais Tune jointe à cette dernière par une verge osseuse, et l'autre suspendue librement dans Tair. De toute évidence , elle entendrait l'une parfaitement, et n'entendrait pas du tout l'autre. Il suffit de se rappeler une expérience bien connue , celle de la force avec laquelle on entend les sons d'une cuiller suspendue à un fil qui la fait communiquer avec l'oreille , tandis qu'on n'entend point du tout ces sons lorsqu'ils sont conduits par Tair. Mais ce cas, qui tendrait à prouver l'intensité plus grande de la transmission par la chaîne des osselets , n'a point une parfaite ressemblance avec ce qui a lieu pendant la transmission du son par la caisse du tympan. Les ondes sonores primaires des corps solides se rendent , sans nul doute , avec toute l'intensité possible , immédiatement à la verge soljde qui touche l'oreille , et ensuite à celle-ci ; mais elles sont conduites faiblement lorsqu'elles ont l'air pour conducteur. Il n'y a qu'un son excité primairement dans l'air qui se propage avec beaucoup plus d'intensité de cet air à l'air, que de l'air à une verge solide. Dans notre problème , il s'agit de savoir si les ondes sonores qui sont nées dans l'air, ou qui lui ont été communiquées, et qui arrivent par l'air à la membrane du tympan, sont conduites plus facilement de celte membrane aux osselets ou à Tair de la caisse , et plus facilement des osselets à Teau du labyrinthe directement, ou de l'air de la caisse à cette même eau par l'intermédiaire du tympan secondaire.
(1) Dans Rastker , Archiv fuer die gesammte Naturlehre^ t, VII, p. i-
PEaE<)RPÀNES ADDITIFS. 627
La question peut également être posée ainsi : Quel est le système qui , l'air étant le point de départ , diminue le moins l'excursion des parties vibrantes , ou de celui dans lequel la transmission a lieu de Tair à une membrane tendue, puis de cette membrane à un corps solide limité et mobile , enfin de ce corps à de l'eau , ou de celui qui a lieu de l'air à une membrane tendue, puis de celle-ci à de l'air, de cet air à une autre membrane tendue , et de cette* dernière membrane à de l'eau P Les expériences que j'ai faites à ce sujet établissent très-positivement le fait suivant ^
V. Des vibrations qui passent de l'air à une membrane teU" due^ de celle-ci à des parties solides , limitées^ librement mobiles , et de ces parties à de Veau , se communiquent avec beaucoup plus d'' intensité au liquide^ que des vibrations qui passent de l'air à une membrane tendue , puis à de l'air ^ puis encore à une membrane tendue^ et en dernier lieu à de Veau , ou , en appliquant ce théorème à la caisse du tjrnipan , les mêmes ondes aériennes agissent avec beaucoup plus d^ intensité sur Veau du labyrinthe après avoir traversé la chaîne des osselets et la /enêtre ovale , qu^après avoir traç^ersé Vair de la cavité tympanique et la membrane de la fenêtre ronde.
Fig. 70.
J'imitai de la manière suivante le double appareil conducteur de la caisse du tympan. Un cylindre en verre (a), ayant deux pouces et demi de diamètre, sur six pouces de long, s'allonge , à l'une de ses extrémités, en un col, à Torifice duquel s'ajuste parfaitement le tuyau en bois (6), dont la lumière a huit lignes de diamètre. Le bout extérieur {b) s'adapte exactement à l'extrémité d'un sifflet en laiton d'un pied. Le bout intérieur est revêtu d'une membrane tendue (vessie de Cochon) (c), /« qui représente la membrane du tympan, pendant que h figure le conduit auditif
externe. Le cylindre de verre a son ouverture la plus large close par une plaque épaisse de liège {d) ; sa capacité intérieure représente la caisse du tympan. Dans deux trous dont la plaque de liège est percée, et qui sont situés à égale disdance de la circonférence du cylindre , s'adaptent parfaitement de petits et courts tuyaux de bois , dont la lumière a trois ou quatre lignes de diamètre. Ces deux petits tuyaux sont bouchés par line membrane à leur extrémité extérieure. Ils représentent les deux fenêtres. La membrane de Tun d'eux seulement (/*) est mise en communication, par une petite verge (^), avec la membrane supérieure qui garnit le commencement du cylindre c Cette petite verge en bois, qui figure la chaîne des osselets de l'ouïe , ne touche la membrane supérieure, ou le représentant de la membrane du tympan, qu'à sa partie moyenne; mais elle touche la membrane inférieure , ou celle du petit tuyau f, dans la plus grande partie de son étendue , attendu qu'elle s'étale là en une plaque qui n'est qu'un peu plus petite que la membrane tendue sur le tuyau f. La petite verge est serrée entre les membranes, qu'elle lient toutes deux légèrement tendues. Ainsi le petit tuyau e est la fenêtre ronde, avec le tympan secondaire, et le petit luyauy est la fenêtre ovale. Si l'on lient l'extrémité inférieure de l'appareil dans l'eau , qu'on place le sifflet sur le tube -&, et qu'on le fasse parler, la transmission du son jusqu'à l'eau figure exactement sa double transmission depuis la membrane naturelle du tympan jusqu'à l'eau du labyrinthe. La membrane qui représente celle du tympan (c) reçoit des ondes, qui se propagent tant par la^verge g à la fenêtre ovale /", que par l'air du récipient , ou de la caisse tympanique à la membrane de la fenêtre ronde (e) , et passent en même temps dans l'eau. Si on laisse un vide à l'endroit où la grande plaque dans laquelle sont percées les fenêtres s'unit avec le cylindre de verre, entre le bord de ce dernier et le liège, et qu'on tienne l'extrémiié inférieure de l'appareil dans l'eau, de telle manière que les fenêtres louchent l'eau , mais que le vide
DES ouganes auditifs. 5:^9
dont il vient d'être question soit dans Tair, l'air intérieur communique avec celui du dehors pendant la transmission , et Ton a une imitation de la trompe d'Eustache ; mais le résultat est absolument le même quand cette communication n'existe pas.
Maintenant, l'expérimentateur qui s'est bouché les oreilles, dont l'une communique avec l'eau par le moyen d'un conducteur, peut, tandis qu'une autre personne soufle dans le sifflet , juger, d'après ses propres sensations, de l'intensité des ondes qui arrivent au liquide par les deux fenêtres. La diÛ'érence est très-considérable. Les ondes transmises de la membrane du tympan à l'eau par la baguette ont une intensité infiniment supérieure à celle des ondes que les mêmes vibralions de la membrane tympanique envoyent au liquide par Tair du réservoir et la membrane du tympan secondaire. On entend les forts sons de la fenêtre ovale jusque dans l'espace situé au devant de la fenêtre ronde. En conséquence , pour observer isolément la part bien faible que cette dernière fenêtre prend à la transmission , il est nécessaire de retirer la verge de l'appareil , ou de fermer tout-à-fait l'ouverture qui correspond à cette fenêtre, en y adaptant un bouchon. Alors on remarque que la transmission à travers la membrane de la fenêtre ronde n'est que de peu de chose plus forte que celle à travers les parties solides de la plaque de liège.]
Il peut se faire que les ondes du même son transmises à travers les deux fenêtres diffèrent non seulement eu égard à l'intensité, mais encore, jusqu'à certain point, sous le rapport de la qualité ou du timbre. Les ondes qui parviennent à la fenêtre ronde demeurent des ondes aériennes jusqu'à la membrane de cette fenêtre. Celles des osselets de l'ouïe sont des ondes de corps solides. Or on sait qu'un même son varie de timbre, suivant les corps qui résonnent. Quelle différence n'y a-t-il pas , par exemple , entre le son d'un diapason, suivant qu'on le laisse résonner librement dans une soucoupe pleine n. 34
d'air, ou qu'on le lient auprès des parois de cette soucoupe ? Quelle différence aussi n'offre pas le son d'une cloche qui résonne dans l'eau , suivant qu'on le perçoit à Paide d'un conducteur plongé dans l'eau, ou qu'on l'entend tel qu'il sort du liquide pour se répandre dans l'air? Dans le premier cas , il est^retentissant, dans le second il ne l'est point. Des expériences directes sur ces différences dans la qualité des sons sont difficiles à faire, parce qu'il faudrait que les sons des deux fenêtres de l'appareil précédemment décrit fussent également forts, pour qu'on pût en comparer sûrement l'éclat. Mais celles que j'ai tentées sont plutôt favorables que défavorables à l'hypothèse que je viens d'émettre.
Les ondes transmises par la fenêtre ovale agissent plus prochainement sur le vestibule et les canaux semi-circulaires ; celles qui sont transmises par la fenêtre ronde portent principalement sur le limaçon. Mais les ondes qui parviennent dans le vestibule , et qui s'étendent circulairement , arrivent aussi au limaçon. D'ailleurs, en général, le rapport de la fenêtre ronde avec le limaçon n*est pas un attribut constant de cette fenêtre , puisque lesGhéloniens ont l'une et l'autre fenêtre , bien qu'ils ne possèdent pas de limaçon proprement dit.
E. Trompe d'^Eustache,
La trompe d'Eustache existe dans tous les cas où il y aune caisse du tympan. Les maladies qui l'atteignent prouvent qu'elle est d'une grande importance pour l'intégrité de l'ouïe. Son obturation entraîne constamment la dureté d'oreille et des bourdonnemens. Mais on ne peut pas déduire des observations pathologiques si elle est immédiatement nécessaire à la netteté et à l'intensité de la transmission , ou si son occlusion ne contribue que d'une manière immédiate à l'altération de la faculté d'entendre. On conçoit , en effet , que cette altération serait tout aussi grande par suite de l'oblitération de la trompe , si le conduit n'avait d'autre destination que de pré-
venir la tension trop considérable de la membrane du tympan par la condensation et la raréfaction de l'air de la caisse ,ou si son usagée consistait à procurer, par son mouvement vibratile, l'excrétion du mucus engendré dans la cavité tympanique. La repléiion de la caisse par des mucosités doit détruire tous les avantages de cet appareil conducteur.
Les usages qu'on peut hypothéiiquement attribuer à la trompe d'Eustache , et qui lui ont été assignés en effet, sont les suivans, que nous examinerons l'un après l'autre.
1° Quelques uns croyent , mais à tort , qu'une masse d'air renfermé serait impropre à transmettre les vibrations. Saunders dit que quand la trompe d'Eustache est bouchée, l'air de la caisse du tympan ne peut s'échapper que par condensation, et qu'il détruit alors les vibrations. Muncke fait observer, à juste titre , que cette hypothèse est en contradiction avec les lois de la physique. Nulle évacuation n'est réellement nécessaire pour la propagation de l'ébranlement.
2° Le contraire de celte hypothèse se concilierait mieux avec les les lois de la physique. Car, si l'on fait abstraction de la.transmission par la chaîne des osselets, et que l'on compare l'air compris dans le conduit auditif et la caisse du tympan à la colonne d'air de ce qu'on nomme un tuyau de communication, dans lequel les ondes sonores sont concentrées sans affaiblissement , il devrait y avoir ici , comme dans un tuyau de communication, une ouverture latérale qui déterminât une extension partielle des ondes au dehors , et qui , dans le cas d'un ébranlement trop fort , modérât cette impression , en tant qu'elle agit de l'air sur la fenêtre ronde.
3o D'autres regardent l'inégalité de densité de l'air dans la caisse du tympan et au dehors de cette cavité comme un obstacle à l'audition. Tel est Muncke , entre autres. Je ne puis pas non plus partager cette opinion. La propagation des ondes par des couches d'air d'inégale densité semble bien affaiblir le son ; mais , dès que deux couches d'air semblables sont se-
parées par un corps solide , comme la membrane du tympan , la triple différence des milieux existe déjà. L'onde passe de l'air à la membrane , puis de la membrane à l'air , et il s'agit de savoir, non pas jusqu'à quel point Tair du dedans et l'air du dehors peuvent différer l'un de l'autre . mais jusqu'à quel point l'air intérieur est apte à recevoir l'onde de la substance de la membrane du tympan : car c'est de cette membrane , et non de Tair extérieur, qu'il reçoit la condensation. ",
4« La trompe est destinée à empêcher la résonnance de Tair contenu dans la caisse du tympan. Celte hypothèse est la moins soutenable de toutes. Car un espace plein d'air résonne, que le réservoir soit ouvert à l'une de ses deux extrémités seulement, ou à toutes deux. La simple résonnance serait plutôt un avantage qu'un inconvénient. La seule chose qui pourrait nuire serait qu'un espace plein d'air résonnât dans son propre ton. Sous le rapport de la résonnance des espaces remplis d'air, il est à remarquer que l'air d'un tuyau ouvert , considéré comme colonne vibrante , est comparable à une colonne^de hauteur double contenue dans un tuyau couvert.
5° La trompe a pour usage d'accroître la résonnance. On peut envisager sous ce point de vue l'opinion de Henle , qui compare l'ouverture de la trompe d'Eustache dans la caisse du tympan aux trous percés dans la table du violon , et qui sont si nécessaires pour la production d'un son bien plein. Ces trous sont cause que non seulement la table du violon résonne , mais encore l'air contenu dans la caisse. De même, l'air des cavités orale et nasale résonne pour l'audition, quoique les sons arrivent à l'oreille par le conduit auditif externe. Cette hypothèse ne saurait être , en général , contestée. Elle a pour elle les expériences directes sur l'effet résonnant de tuyaux latéraux qui sont posés sur un tuyau principal court avec lequel ils communiquent par une ouverture. Le son d*ua
DES ORGÀNl^ AUDITIFS. 55j
diapason que je tenais sur l'ouverture d'un court tuyau (long de quatre pouces et large d'un) muni d'un tuyau latéral long de deux pieds , me semblait plus fort que quand le son de l'instrument résonnait seulement dans l'air du court tuyau percé d'une petite ouverture latérale ; si l'ouverture est trèspetite , il ne parait pas y avoir d'influence.
On peut aussi chercher directement à reconnaître si , avec une ouverture aussi étroite que celle delà trompe d'Eustache, l'influence n'est pas en grande parlie éteinte. Voici comment on peut imiter d'une manière grossière l'appareil de transmission de la caisse du tympan , avec la trompe d'Eustache.
l'ig- 71- Un tuyau en bois (a), ayant huit
^ lignes de diamètre, sur trois pouces
de long , est recouvert d'une membrane à l'une de ses extrémités, et il va en se rétrécissant du côté opposé, de manière qu'on puisse l'insinuer profondément dans le conduit auditif. Ce tuyau représente la caisse du tympan. Il est percé d'une très-petite ouverture sur le côté, et l'on peut adapter en cet endroit le tuyau latéral b. Le tuyau c remplit Toflice du conduit auditif externe.
Le tuyau a s'ajuste parfaitement dans son intérieur. On ne saurait employer un son développé libre-
— ? —ment dans l'air, attendu qu'il péné-
trerait , tant par le tuyau h que par le tuyau c , et , après l'enlèvement du tuyau latéral h , par la petite ouverture dont la caisse du tympan est percée. On est donc obligé d'en exciter un dans le tuyau c , et de telle manière qu'il se ré-
pande peu hors de ce tuyau. Ce qui m'a paru le plus convenable pour arriver à ce but , c'est qu'une personne applique ses lèvres à l'orifice du tuyau h , et qu'en se tenant le nez bouché , elle fasse claquer les unes contre les autres les dents des deux mâchoires ; le son produit par les dents peut se communiquer à l'air du tuyau, dans les parois duquel il se disperse peu , à cause des parties molles des lèvres , et l'air du tuyau c le conduit à la membrane et à l'air de la caisse tympanique. Si maintenant j'enfonce le bout rétréci de cette dernière dans mon oreille , je puis comparer l'intensité du son quand Touverture latérale de la caisse est bouchée, quand cette ouverture est béante, et quand le tube latéral b a été ajusté sur elle. Lorsqu'on met le doigt, pour la boucher , sur l'ouverture latérale qui représente l'embouchure de la trompe , le son des dents est plus sourd que quand on laisse l'ouverture découverte, mais son intensité est peu ou point altérée ; la différence est bien moindre soit quand on adapte le tube latéral b , soit lorsque l'ouverture simple demeure béante, sans tuyau qui la recouvre : en effet , dans les deux cas, l'éclat du son est le même , et Ton n'aperçoit non plus , du moins d'une manière certaine , aucune différence dans son intensité. Ainsi , dans le cas d'une ouverture étroite entre la caisse du tympan et l'espace aérien résonnant b^ celui-ci perd entièrement ou presque entièrement son importance par rapport à un son qui ne peut point agir directement
sur lui.
6° La trompe est destinée à débarrasser la transmission par l'appareil de la caisse tympanique d'un obstacle que présente une colonne d'air totalement renfermée, puisque, dans ce cas, ou la faculté conductrice de la membrane du tympan ellemême est trop faible, ou la résonnance de cette membrane et de l'air contenu dans la caisse est trop peu considérable. C'est là l'opinion la plus répandue eu égard aux usages de la trompe d'Eusiache. Itard la compare au trou sans lequel
uùe caisse militaire ne rendrait qu'un son sourd et étouffé. Mais cet exemple est peu probant , et il n'a pas la moindre analogie avec les circonstances dont il s'agit ici. Car si une caisse militaire a plus d'éclat lorsqu'elle est percée d'un trou latéral , c'est parce qu'alors les vibrations aériennes excitées dans l'intérieur de la caisse traversent non plus seulement les parois de l'instrument et ses membranes , mais encore le meilleur conducteur qu'elles puissent trouver , l'air lui-même , pour se répandre dans l'atmosphère et arriver à l'oreille. En outre, je ne trouve qu'une différence extrêmement faible dans l'éclat du son,lorsque le trou d'une petite caisse est bouché, ou quand il est béant. Du reste , on ne peut point songer à une augmentation de l'intensité du son au moyen des ondes qui arrivent à la caisse du tympan par Tair de la bouche et de la trompe d'Eustache. Car un homme bien constitué entend tout aussi bien quand il se ferme la bouche et le nez que quand il les ouvre.
J'ai entrepris , relativement à la proposition mise en thèse , plusieurs expériences qui ne parlent point en sa faveur. Lorsque je fixais profondément, et d'une manière solide , dans une de mes oreilles, un tuyau court dont le bout antérieur était clos par une membrane , comme la seule pièce a de la figure précédente, et que je me bouchais bien l'autre oreille avec du papier mâché , un son excité dans la membrane elle-même se propageait sans affaiblissement à travers le tuyau. On conçoit qu'il n'était pas possible de se servir d'un son excité dans l'air libre : car ce son , celui d'un sifflet par exemple, peut, au moyen de l'ouverture latérale , se communiquer avec plus de force à l'air intérieur du tuyau par l'air que par la membrane. Lorsqu'on fait rendre un son à cette dernière, en la frappant ou la frottant avec le doigt, le son est constamment sourd si on tient l'ouverture latérale bouchée , plus clair et en quelque sorte plus net , si on la laisse béante \ mais je n'ai pas pu apercevoir de différence notable dans son intensité. Il m'a même
semblé que, quand la membrane était mouillée , le son sourd avait plus de force pendant la fermeture du trou , que le son clair pendant son ouverture. On obtient un résultat en général analogue avec l'appareil indiqué dans la figure précédente. Si une personne applique ses lèvres à rorifice du tuyau d , et qu'elle fasse claquer ses dents , en se bouchant le nez , on entend très-distinctement le son , entre c et a , à travers l'air du tuyau et de la membrane , quand on enfonce bien a dans sa propre oreille. Qu'on enlève le tuyau 5, le son est plus sourd si Ton bouche l'ouverture latérale , et plus clair si on la laisse béante ; mais il n'y a pas de différence appréciable dans son intensité.
D'après cela , on peut donc bien convenir qu'il est possible qu'un certain émoussement du son soit évité par la résonnance de l'appareil tympanique à travers la trompe ; mais on ne saurait accorder qu'il soit fortifié dans le sens qu'exprime la proposition.
Quelques autres expériences sur l'audition avec ou sans occlusion des trompes d'Eustache viennent à l'appui de cette conclusion. Il est hors de doute que le plus sûr moyen de découvrir l'influence des trompes consisterait à pouvoir les boucher de telle manière qu'on ne condensât pas l'air de la caisse, et qu'ainsi on ne tendît point la membrane du tympan. Mais il n'est guère possible d'arriver là , et d'ailleurs l'expérimentateur qui se ferait sonder la trompe serait toujours dans le doute de savoir si elle est ou non parfaitement bouchée par l'instrument. Il faut donc renoncer à cette idée , comme peu fructueuse pour la physiologie. Les observations pathologiques ne fournissent non plus aucune donnée pour la solution du problème. Cheselden a observé une surdité subite après une injection d'eau dans la trompe. Saunders, au contraire, a vu, chez des personnes dont l'ouïe était dure , cette opération amener une amélioration qui durait aussi long-temps que le liquide injecté restait dans l'oreille. Ces résultats inverses pa-
DES ORGANES AUDlTiFS. 53^
raissent dépendre de toute autre chose que de la perméabilité ou de locelusion de la irompe. Il faut ici avoir éj^ard plutôt à la tension de la membrane du tynjpan , que l'injection détermine, ou si , avant l'opération , la membrane était trop rejetée en dedans par la raréfaction de l'air, à la diminution de sa tension par la compression que le liquide injecté exerce sur Pair de la caisse du tympan. Mais il y a un autre moyen de parvenir à boucher et rouvrir ses trompes d'Eustache , avec tension , à la vérité plus considérable , de la membrane du tympan ; c'est , comme je l'ai dit dans le paragraphe précédent , de raréfier l'air de la caisse par un fort mouvement inspiratoire qu'on accomplit tandis qu'on ferme la bouche et le nez. Ici les parois de la trompe s'appliquent l'une contre l'autre , ce qu'on reconnaît à ce que le renversement en dedans de la membrane du tympan , dont on a la perception distincte, persiste jusqu'à ce qu'on la fasse cesser par le mécanisme que j'ai indiqué. D'un autre côté, on peut rendre la trompe plus large qu'à l'ordinaire en faisant un mouvement expiratoire, la bouche close et le nez bouché , cas dans lequel aussi la membrane du tympan éprouve delà tension. Les circonstances sont donc à peu près les mêmes , à la densité de l'air près : dans les deux cas , la membrane du tympan est tendue , mais la trompe d'Eustache est élargie dans l'un , et bouchée dans l'autre. Or on entend également mal dans ces deux cas.
7° La trompe d'Eustache est destinée à l'audition de la voix. Cette hypothèse paraît être déjà suffisamment réfutée par d'anciennes observations , notamment par une ex.périence que Schelhammer a faite. Schelhammer s'introduisit un diapason vibrant dans la bouche ; il ne l'entendit presque pas ; mais , tenu au devant de la bouche médiocrement ouverte , l'instrument fit entendre un son très-fort , à cause de la résonnance de l'air de la cavité orale , et l'effet fut alors le même que quand on place un diapason vibrant sur le goulot d'une bouteille. Nul doute cependant que le son résonûant ne soit pro-
duit en grande partie par la transmission de l'oreille externe au tympan. Il n'est pas facile d'entendre le mouvement d'une montre qu'on lient dans sa bouche, sans y toucher ni de la langue ni des dents. Assurément l'expérience de Schelhammer n'est pas pleinement concluante ; car le son du diapason , par cela même qu'il vient d'un corps solide, se transmet difficilement à l'air, tandis que , dans le son de la voix, les ligamens delà glotte, quand ils entrent en vibration , communiquent simultanément des oscillations régulières à l'air , ainsi qu'il arrive dans tout instrument à anche. Cependant on peut se convaincre d'une autre manière que l'influence de la trompe sur l'audition de la voix est extrêmement faible. J'ai dit que les mouvemens respiratoires nous rendent maîtres de clore et d'ouvrir cette trompe à volonté. En soutirant l'air de la caisse du tympan , ou le raréfiant au moyen de l'inspiration , la bouche et le nez étant clos , la trompe se ferme pour quelque temps , et en condensant l'air de la caisse par une expiration forte, les voies aériennes étant fermées, on la rend plus large que de coutume. Il s'agit donc uniquement de produire un son de voix , dans l'un et l'autre cas , pendant que la bouche et le nez sont fermés, ce qui n'est pas impossible , du moins pour un bourdonnement de faible durée. Dans l'un, comme dans l'autre cas, on l'entend très-distinctement, et il y a peu de différence , le son n'étant que de très-peu de chose plus fort quand la trompe est dilatée que quand elle est close. Ce n'est donc point , à coup sûr, par le moyen principalement de la trompe d'Eustache que nous entendons notre voix. Il part de la bouche des ondes sonores circulaires ; les segmens postérieurs de ces cercles rencontrent la conque , et sont réfléchis vers le tragus , puis de celui-ci dans le conduit auditif : or la conque de l'oreille externe offre , à mon avis , la situation précisément qui convenait le mieux pour favoriser la réflexion des ondes sonores parties de la bouche. Mais nous entendons aussi notre voi^ par la transmission du son de Tair aux parois
du nez et de la bouche , puis aux os de la tête , et plus immédiatement encore par une simple chaîne de parties solides étendue jusqu^au labyrinthe, savoir, à partir des ligamens de la glotte , par les parties molles et solides du col et delà tête. Ce qui prouve combien ce mode de transmission doit être efficace, c'est que nous entendons le bruit totalement emprisonné par les parties solides de noire corps , les borborygmes dans l'intestin , et autres semblables. Ou se fait une meilleure idée encore de l'audition de notre propre voix par propagation à travers des parties solides , en se bouchant les oreilles , introduisant un conducteur dans l'une, et l'appliquant par l'autre bout sur le larynx d'une personne qui parle : on entend alors la voix de cette personne au milieu des mêmes circonstances dans lesquelles on. entend la sienne propre. Il est vrai que l'oblitération maladive de la trompe rend l'ouïe dure pour les sons extérieurs , mais elle ne fait pas qu'on entende mal sa propre voix , comme l'ont observé Aulenrieth (1) et Lincke (2).
8* La trompe sert à évacuer le mucus de la caisse du tympan par son mouvement vibratile. On ne saurait douter de cela , et la replétion du tympan par des mucosités explique même en partie la dureté d'ouïe qui s'observe après l'oblitération des trompes. Cependant telle ne peut point être l'unique destination de ces organes.
9*^ La trompe est destinée à mettre Tair de la caisse du tympan en équilibre avec l'air extérieur, spécialement à éviter la trop grande tension de la niembrane, qui serait la suite d'une condensation ou d'une raréfaction permanente de l'air, et qui entraînerait la dureté de l'ouïe. Voilà ce qui me paraît être le but principal dé la trompe d'Eustache , de cet appareil qu'on rencontre partout où il y a une caisse et une membrane du tympan. Ce n'est pas de la condensation ou de la raréfaction
(1) Dans Reil, Arch., t. IV, p. 321.
(2) Loo, dt,^ p. 502.
de Fair qu'il s'agit surtout ici , mais de la tension de la membrane du tympan, qui en est la conséquence nécessaire, et qui ne manque jamais de rendre Touïe dure , car l'effet est le même dans l'une et l'autre hypothèse. C'est aussi sous ce point de vue que , dans beaucoup de cas de surdité par occlusion chroûique de la trompe sous l'influence d'une maladie quelconque , on doit juger l'utilité du caihétérisme et la coïncidence de ses résultats avec ceux de la perforation du tympan et de la térébration de l'apophyse mastoide. Je ne nie pas pour cela les autres avantages que procure la trompe, et que j'ai déjà appréciés ; loin de là , ceux auxquels j'attache le plus d'importance, après l'usage assigné dans ce paragraphe , sont la modification que les trompes apportent au son, qu'elles débarrassent de sa sourde résonnance , l'accès qu'elle procure à l'air dans la caisse , et l'issue qu'elle procure aux sécrétions de cette cavité.
Chez l'homme dont la trompe d'Eustache a une largeur suffisante , l'équilibre doit se rétablir d'une manière insensible lorsque l'air extérieur augmente rapidement de densité. Mais les observations faites sous la cloche du plongeur prouvent qu'en d'autres cas, les choses ne rentrent point insensiblement dans l'ordre , et que le trouble de l'équilibre peut persister durant quelque temps. Carus a remarqué qu'en gravissant de hautes montagnes , il éprouvait de la tension dans l'oreille , et que quand il était parvenu à une certaine élévation , il y entendait un craquement , ce qui se répétait à des distances d'environ six cents pieds. On conçoit que le degré auquel ce phénomène a lieu, chez d'autres personnes, dépend en partie de circonstances individuelles. Je ne me souviens pas d'en avoir jamais fait le sujet d'observations sur moi-même. Au reste, j'aurais soin, en pareil cas, avant que le trouble de réquilibre arrivât au maximum, de le faire cesser par l'action volontaire du muscle interne du marteau , qui , comme je l'ai dit, produit aussi un craquement dans mon oreille.
Muncke admet que le tympan secondaire de la fenêtre ronde sert , dans le cas d'une violente secousse dirigée contre Teau du labyrinthe, à modérer l'impression, en fuyant pour ainsi dire devant le coup. Le son peut, à la vérité, être dérivé dans un canal aérien ou dans un tuyau de communication , quand les parois qui retiennent les ondes, à cause des difficultés de la transmission , présentent une ouverture ; mais les ondes impulsives de l'eau se transmettent très-facilement à des corps solides.
F. Conduit auditif externe.
Le conduit auditif externe a de l'importance dans la transmission du son , sous trois points de vue : d'abord , parce qu'au moyen de l'air qu'il renferme , il conduit directement à la membrane du tympan les ondes sonores qui tombent de l'air , et rassemble ces ondes ; en second lieu , parce que ses parois mènent les ondes communiquées à l'oreille externe, par le chemin le plus direct, au point d'attache du tympan, et ainsi à cette membrane elle-même; enfin, parce que la masse d'air limitée qu'il circonscrit est susceptible de résonnance,
, Gomme conducteur aérien, il reçoit les ondes aériennes directes , qui doivent produire l'effet le plus puissant lorsqu'elles tombent dans son axe. Si elles parviennent obliquement au conduit , elles sont conduites par réflexion à la membrane du tympan. Le conduit reçoit aussi de cette manière , par réflexion, les ondes qui viennent choquer la conque de l'oreille , lorsque leur angle de réflexion est capable de les jeter vers le tragus. Celles des ondes sonores de l'air qui ne parviennent dans le conduit ni immédiatement ni par réflexion, peuvent encore s'y introduire en partie par inflexion ; ainsi , par exemple , les ondes aériennes dont la direction est celle de l'axe longitudinal de la tête, et qui passent au devant de Toreille, doivent , d'après les lois de l'inflexion sur les bords du conduit auditif externe , s'infléchir dans ce dernier. Ce-
pendant les ondes les plus fortes sont , dans tous les cas , celles qui viennent directement ; ni les ondes réfléchies , ni les infléchies ne les égalent sous ce rapport. Delà vient qu'on peut juger de la direction du son , en portant son conduit auditif externe dans des directions diverses.
Les parois du conduit auditif doivent encore être étudiées comme conducteur solide ; car , en les traversant , les ondes qui se communiquent au cartilage de l'oreille sans subir de réflexion , arrivent à la membrane du tympan par la voie la plus courte. Les oreilles étant bien bouchées , le son d'un sifflet est plus fort lorsqu'on pose le bout de cet instrument fermé par une membrane sur le cartilage même de l'oreille, que quand on l'applique sur la surface de la tête.
Enfin , l'air limité du conduit auditif a encore de l'importance en raison de son aptitude à résonner. Tout espace limité d'air résonne. Il suffit d'alonger le tuyau du conduit auditif externe par un autre tuyau qu'on y implante, pour se convaincre de cette influence : on entend alors avec beaucoup plus d'intensité tous les sons , quels qu'ils soient , même sa propre voix. Si l'on ajoute des tuyaux plus longs , la colonne d'air rend même le son qui lui est propre eu raison de sa longueur, comme l'ont fait voir les frères Weber. Lorsque les colonnes d'air sont petites , cette consonnance n'a plus lieu , et l'on n'observe qu'un simple renforcement par résonnance.
G. Cartilage extérieur de V oreille.
Le cartilage de l'oreille produit en partie la réflexion, en partie la condensation et la transmission des ondes sonores ; sous le premier point de vue , la conque surtout mérite notre attention, puisqu'elle rejette les ondes sonores de l'air vers le tragus, d'où elles parviennent dans le conduit auditif . Les autres inégalités de l'oreille ne sont point favorables à la réflexion. Mais on ne pourrait les regarder comme sans but qu'autant qu'on perdrait de vue que le cartilage auriculaire
est lui-même conducteur des ondes sonores. En effet , il reçoit des ébranlemens de l'air, et, comme corps solide, il réfléchit les uns, transmet et condense les autres, ainsi que le ferait tout autre corps solide et élastique , et ainsi que Savart l'a dit avec raison. Il reçoit lés ondes sonores dans une grande largeur, et les conduit à son point d'insertion. On peut se faire une idée de la progression de l'ébranlement dans le cartilage auriculaire , d'après les recherches de Savart sur la propagation duchoc dans des corps à branches diversement placées, expériences dont je me suis servi plus haut pour expliquer la marche du son dans la chaîne des osselets de l'ouïe. L'onde impulsive communiquée à ce cartilage n'en suit point les inflexions ; mais, comme elle le traverse sans changer sa direction primitive, les parties limitrophes du cartilage, quelque diversifiée qu'en puisse être la situation , sont chassées par le choc dans une direction absolument la même. Cet effet a lieu de molécule à molécule , jusque dans l'intérieur de l'oreille, à la membrane du tympan et aux os de la tête. Il est vrai que la connexion des parois du conduit auditif avec les parties solides de la tête entière , donne lieu à une certaine dispersion , mais les points d'attache de la membrane du tympan reçoivent les ondes par la voie la plus courte , et les transmettent aussi sûrement à la membrane que la paroi d'un tambour les communique à la peau , ou le chevalet d'une corde à celle-ci.
Mais , en considérant le cartilage auriculaire comme conducteur, toutes ses inégalités, élévations et enfoncemens, qui n'avaient aucun but par rapport à la réflexion du son , en acquièrent un. Car les élévations et les dépressions sur lesquelles les ondes sonores tombent perpendiculairement , seront celles qui les recevront avec le plus de force. Mais les inégalités sont tellement diversifiées, que les ondes sonores, de quelque lieu qu'elles viennent , seront toujours perpendiculaires à la tangente de l'une d'elles. De cette manière , on
conçoit le but de la singulière conformation de Toreille externe.
L'oreille externe des animaux ressemble tout-à-fait à un cornet acoustique dont la direction appartient à la volonté , où les ondes aériennes marchent condensées dans l'air , et dont les parois font en même temps Toffice de conducteur. Elle allonge en outre la colonne d'air résonnante du conduit auditif externe, comme le fait un cornet acoustique (1).
H. Corps solides et air résonnans au pourtour du labyrinthe.
Tout corps solide limité et toute masse d'air limitée devient un appareil de résonnance au voisinage du labyrinthe. Il faut envisager ainsi non seulement les os de la tête , mais encore tous les cartilages et toutes les membranes qui avoisinent l'organe auditif.
La résonnance de masses d'air limitées fait que notre voix devient plus distincte , non seulement pour les autres , mais même pour nous. Tout espace d'air limité résonne, quand on produit un son. Si l'on place le diapason vibrant sur le goulot d'une fiole à médecine , l'air contenu dans la petite bouteille résonne avec beaucoup de force , tandis que la résonnance est bien plus faible quand on tient le diapason dans le voisinage des parois de la fiole. L'air d'un tuyau résonne avec force , que ce tuyau soit ouvert à Tune de ses extrémités seulement, ou aux deux bouts. Si l'on tient le diapason vibrant immédiatement au devant de la bouche , la résonnance est extrêmement forte , et entendue tant par celui qui tient Tinslrument que par une autre personne (2).
(1) Il arrire fréquemment qu'en parlant du cornet acoustique et du porte-voix, on néglige le grand renforcement du son par la colonne d'air limitée et résonnante du tube.
(2) La résonnance sonne comme u quand on ouvre peu la bouche , et comme a lorsqu'on l'ouvre davantage. Le son d'un diapason placé au dessus d'un tube de largeur égale, ayant huit lignes de diamètre et trois pou-
L'enfonce-t-on , au contraire, dans la bouche largement ouverte , le son en est extrêmement faible , tant pour nousmêmes que pour les autres. C'est à cela qu'il paraît tenir que les personnes dont l'oreille est dure , ont l'habitude d'ouvrir la bouche. On ne doit point songer ici à une audition supplémentaire par les trompes d'Eutache, puisque le son d'un diapason profondément enfoncé dans la bouche est entendu irès-faible. Cependant l'habitude qu'ont ces personnes de tenir la bouche ouverte , tient peut-être à ce qu'alors la portion cartilagineuse du conduit auditif externe devient plus large, comme l'a déjà fait remarquer Elliot.
En tous cas , la force de l'audition , lorsqu'on se fait parler , à travers un tuyau , tous près de la bouche ou du nez, dépend en partie de la résonnance des cavités aériennes.
L'air du conduit auditif externe et de la caisse du tympan résonne aussi. On s'en aperçoit déjà lorsqu'on alonge le conduit auditif par le moyen d'un tuyau qu'on y implante. Nonseulement on entend un bruissement causé par le mouvement du sang dans l'oreille, comme aussi les petits mouvemfens qui ont lieu dans l'air , malgré son apparent repos, et qui, sans être nécessairement des ondes sonores, déterminent l'air du tube à produire du son , par un effet semblable à celui que le souffle détermine dans un sifflet, mais encore tout son quelconque , tant celui de sa propre voix , que celui des corps extérieurs , est accompagné d'une bruyante résonnance. Et si l'on peut constater le fait en allongeant le conduit auditif par l'implantation d'un tuyau , on y parvient aussi eu raccourcissant la colonne d'air de ce conduit par un bouchon qu'on y enfonce profondément : car alors, non seulement tous les sons des corps extérieurs paraissent plus faibles, à cause de l'in-
ces et demi de long , el posé lui-même sur la table, est aussi celui de Vu q««nd on rétrécit l'ouverture avec la main, et ressemble davantege à ïa lorsqu'on laisse l'ouverture du tube entièrement libre.
Il, 35
546 DES foumes et des propriétés
teiTuption qu'éprouve la transmission , mais encore on entend moins bien celui de sa propre voix. En disant qu'il ne tombe point alors d'ondes sonores de la bouche dans le conduit auditif, on n'explique pas le phénomène d'une manière suffisante. Assurément , lorsque le conduit auditif est ouvert , les ondes sonores circulaires de notre voix , qui partent de l'ouverture de la bouche dans toutes les directions, y tombent, jusqu'à un certain point , et par la réflexion qu'elles éprouvent de la part de la conque , et par inflexion ; mais on peut neutraliser complètement cette influence, et la voix n'en demeure pas moins forte, quand tout le conduit auditif contient encore de l'air. Si l'on pose les mains à plat immédiatement devant les oreilles , de manière qu'aucune onde sonore de notre propre voix ne puisse plus tomber dans celles-ci , on n'en entend pas moins sa propre voix avec une grande force , parce qu'ici Il y a encore la colonne entière d'air résonnant du conduit auditif externe. Mais si l'on bouche en grande partie ce dernier avec le petit doigt ou avec du papier mâché , on n'entend plus que faiblement sa propre voix. La suppression de la résonnance de l'air du conduit auditif est donc en partie la cause qui fait qu'on entend si faiblement sa propre voix lorsqu'on se bouche les oreilles.
lY, TransmissioB par la caisse du tympan , et transmission par les
os de la tête.
La transmission du son par la caisse du tympan imprime au labyrinthe des ébranlemens à travers les fenêtres , d'où les ondes se répandent ensuite dans l'eau labyrinthique.
La transmission au labyrinthe par les os de la tête , qui est la seule chez les Poissons osseux, amène les ondes sonores à ce dernier de tous les côtés avec la même facilité. Cette transmission de tous les côtés a heu aussi chez les animaux aériens , mais elle ne peut être que très-faible dans l'air, à cause de la diûicuUé avec laquelle les cndes aériennes secom-
muniquent aux parties solides de la tête. Nous n'avons point occasion de sentir quelle intenbiié aurait la transmission des ondes aériennes par les os de la tête , si elle était la seule : car, lors même que nous bouchons nos oreilles , l'oreille n'en conduit pas moins ces/)ndes avec plus de force que ne le font les os de la tête, et les osselets de l'ouïe , en leur qualité de corps limités, font une impression plus forte sur le labyrinthe que les os de la tête, qui ne sont point isolés. Ce renforcement de h transmission par les osselets de l'ouïe peut avoir lieu aussi dans le cas oii les ondes aériennes sont amenées en premier lieu par les os de la tête, puisqu'alors aussi elles sont directement conduites à la membrane du tympan et aux osselets de l'ouïe , et que l'appareil de la caisse du tympan résonne. 11 en est de même pour les ondes communiquées par notre propre voix aux parties de la bouche, de la gorge et du nez. Elles déterminent également une résonnance de l'appareil de la caisse tympanique. Mais la même chose a lieu aussi pour les ondes que des parties solides transmettent aux os de la tête ; il y a toujours résonnance dans ce cas. Si, après s'être bouché les oreilles, on se pose un diapason résonnant sur le sommet de la tête, le son est extrêmement faille ; il a plus de force quand on fait l'application sur la tempe , il devient de plus en plus fort à mesure que Ion rapproche 1 instrument du conduit auditif , et il croît non pas seulement en raison de la diminution de la distance entre le corps sonore et le labyrinthe, mais encore en raison du rapprochement existant entre les parties de la tête qui lui servent de conducteur et rouverture extérieure de l'oreille.
La seule transmission des ondes aériennes par les os de la tête ne pourrait être entendue que par une personne chez laquelle l'appareil de la caisse du tympan n'eiislerait pas , et dont le conduit auditif externe serait bouché. Il est probable qu'alors ces ondes ne seraient point CiMendues. ou du moin* qu'elles ne le seraient que très-faibiement. Mais la iaculté
d'entendre des ébranlemens de corps solides transmis aux os de la tête par d'autres corps solides devrait avoir lieu encore si le labyrinthe était intact. On peut ennployer ce moyen chez les sourds qui n'entendent pas les ondes sonores, pour reconnaître si leur labyrinthe et leur nerf auditif sont encore intacts. Un sourd qui ne peut entendre aucune onde de l'air, entend quelquefois un fort battement sur le sol, qui lui est transmis par les parties solides de son corps. Cependant il est difficile de distinguer ici ce qui appartient à la sensation de l'ébranlement par le loucher et ce qui appartient à l'ouïe. Tous les sons graves agissent aisément sur les nerfs du toucher, et l'on sent les ébranlemens, comme tact , lorsqu'on s'applique la main sur la poitrine en parlant, ou quand on empoigne un corps solide qui rend du son. Les ondes sonores qu'un sifflet excite dans l'eau ne se sentent pas par le toucher lorsqu'on tient la main dans l'eau ; mais on les sent très-bien lorsqu'en même temps que la main on plonge un corps solide dans le liquide. Ces sensations tactiles de vibrations ont donné lieu à la fausse supposition qu'il est possible d'entendre par d'autres nerfs que par le nerf auditif.