‹ Physiologie du système nerveux, ou Recherches et expériences sur les diverses classes d'appareils nerveux, les mouvemens, la voix, la parole, les sens et les facultés intellectuellesChapitre 116 sur 136 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des conditions physiques de Tolfaction.

Le sens de l'odorat n'agit , dans la règle , qu'à roccasion d*impressions matérielles et de changemens correspondans subis par le nerf olfactif. Gomme celui du goût , il est susceptible d'une infinité de modifications, toutes relatives au mode de l'impression matérielle.

La première condition de l'odorat est le nerf spécifique , dont les changemens matériels sont sentis sous la forme d'odeurs : car nul autre nerf ne transmet celte sensation , même lorsqu'il est sollicité par des causes identiques , et la substance qui a de l'odeur pour le nerf olfactif , a de la saveur pour le nerf gustatif, et elle peut être acre, brûlante, etc., pour le nerf tactile. Kant disait que l'odorat est un goût à distance ; cette manière de s'exprimer ne me semble pas exacte.

La seconde condition de l'odorat est un état déterminé du nerf olfactif, ou un changement matériel et spécial de ce nerf par le stimulus, c'est-à-dire par ce qui est susceptible de porter une odeur.

Les choses susceptibles de faire naître la sensation des odeurs sont , chez les animaux aériens , des substances répandues dans l'air, en molécules extrêmement ténues, et des émanations gazeuses , souvent si subtiles que nul réactif ne saurait en indiquer là présence, si ce n'est précisément le nerf olfactif. Chez les Poi.ssons , les matières susceptibles d'affecter

DE l'olfaction. 5^3

Todorat sont contenues dans l'eau. Le défaut absolu de connaissances physiques sur la manière dont les substances odorantes se répandent, nous laisse incertains de savoir si elles sont dissoutes dans l'eau , comme le serait un gaz absorbé par ce liquide. On conçoit , d'ailleurs , que leur état de dissolution dans l'eau ne saurait être un motif de refuser l'odorat aux Poissons ; car Tesseniiel de la sensation olfactive ne lient pas à la nature gazeuse de la matière odorante , mais à la sensibilité spécifique du nerf olfactif, à la différence qui existe entre cette sensibilité et celle de tous les autres nerfs sensoriels. Chez les animaux aériens eux-mêmes, les odeurs sont obligées de se dissoudre dans le mucus de la membrane pituitaire avant de pouvoir affecter le nerf olfactif , et il doit s'opérer là un mode d'expansion analogue à celui de la répartition d'une matière odorante dans l'eau. De même, le nerf gnstatif n'est pas seulement sensible aux choses sapides liquides ou solides , car il y a des corps gazeux , comme l'acide sulfureux et plusieurs autres , qui donnent lieu à des saveurs , lorsqu'ils se dissolvent dans l'humidité qui recouvre la langue. On peut donc très-bien concevoir qu'un même principe provoque des sensations différentes dans le nerf olfactif et dans le nerf gustatif, Todeur dans l'une, la saveur dans l'autre. En comparant l'organe olfactif des animaux aériens à un poumon et celui des Poissons à une branchie , Treviranus s'est servi d'une image , bonne en général ; mais il ne faut pas s'imaginer que les matières odorantes dissoutes dans l'eau repassent à l'état de gaz , avant d'affecter les nerfs olfactifs , pas plus que les branchies n'ont besoin de ramener les gaz dissous dans l'eau à leur état aériforme pour qu'ils puissent être admis dans le sang. L'état sous lequel ces gaz sont contenus dans le sang est le même exactement que celui sous lequel ils se trouvaient dans l'eau. Enfin , les nerfs olfactifs des Poissons sont identiques avec ceux de tous les autres animaux; ils naissent des mêmes points du cerveau, des mêmes lobes de cet organe, li. 38

5g4 ^^ t'ORGANE OLFACTIF.

les lobes olfactifs , dent on aperçoit même encore des vesligêâ chez les Mammifères.

Une autre condition de Todorat est que la membrane moqueuse nasale soit humide ; car rhumidilé est le véhicule à la faveur duquel les substances odorantes arrivent jusqu'au nerf. Quand la membrane pituitaire est sèche , on ne sent rien , et la diminution de la sécrétion muqueuse , pendant la première période du coryza^ suffit déjà pour abolir ou affaiblir l'odorat.

Chez les animaux qui vivent dans l'air , un courant des ma-^ tières odorantes à travers l'organe olfactif est nécessaire aussi foniv que l'odorat s'accomplisse. Ce sont les mouvemens respiratoires qui y donnent lieu. En modifiant à volonté ces mouvemens, nous exerçons de Tinfluence sur Tolfaetion, nous rinlerrompons par la suspension de la respiration , et nous la rendons plus active par des inspirations répétées.

Chez les animaux qui vivent dans l'eau, ce mouvement n'existe pas, en grande partie, puisque leur nez n est généralement point perforé , et qu'il n'a pas de communication immédiate avec l'organe respiratoire. Cependant , là même encore, il y a une disposition particulière qui rend le courant possible : car les mouvemens de l'opercule donnent lieu à un courant continuel d'eau , qui traverse la bouche et ressort par l'ouverture placée sous ce couvercle.

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