CHAPITRE II
De l'organe olfactif.
Les organes olfactifs des animaux sans vertèbres sont peu connus encore , quoique plusieurs de ces animaux aient le sens de l'odorat très-développé , comme par exemple la Mouche à viande , qui dépose ses œufs dans les substances animales en putréfaction , et qui se laisse induire en erreur par l'odeur fétide du Stapelia hirsuta.
Le principe qui préside à la formatiou et aux modifications
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de l'organe de l'odoraî , est la multiplicité des surfaces olfactives dans un petit espace. Sous ce rapport, il y a une grande affinité entre l'appareil de la respiration et celui de l'olfaction. Chez les Poissons , et, parmi les Reptiles nus , chez le Protée , la multiplication des surfaces résulte du plissement de la membrane muqueuse , dont les plis sont ou appliqués les uns contre les autres , à l'instar des lames branchiales , comme chez les Cyclostomes , ou disposés en manière de rayons qui partent d'un centre commun , comme chez l'Esturgeon , ou rangés parallèlement les uns aux autres sur les côtés d'une bandelette médiane. Les lames se divisent souvent en branches , pinceaux , etc.
Chez la plupart des Poissons , les cavités nasales sont des fosses superficielles, qui ne traversent pas le palais. Dans la Baudroie , ce sont des espèces de petites cloches pétiolées , au fond desquelles se trouvent des pfis.
Chez les Cyclostomes, ces cavités sont réunies en une seule, c'est-à-dire ne présentent pas de cloison : elles sont pourvues d'un tube qui aboutit à la surface de la tête {Petromyzon, Ammocetus) , ou à la partie antérieure du museau (Myxinoides). Ce tube est très-long chez les Myxinoides , et garni d'anneaux cartilagineux , absolument comme la trachée-artère.
Le nez des Cyclostomes est percé , et un conduit traverse le palais osseux. Cependant la Lamproie n'a pas d'ouverture à la membrane palatine ; son canal naso palatin se termine en cul-de-sac dans la voûte palatine , et il est logé entre le crâne et la membrane du pharynx. Le canal forme également un cul-de-sac chez TAmmocète. Cet appareil ne sert donc qu'à attirer leau dans le nez, et à l'en faire sortir. Chez les Myxinoides , au contraire , le palais osseux et le palais mou sont perforés tous deux , et derrière l'ouverture naso-palatine, on découvre seulement une valvule dirigée en arrière , qui paraît servir au mouvement et au renouvellement de l'eau contenue dans le nez.
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L'espèce d'évent des Lamproies et la valvule mobile des Myxinoïdes semblent être une conséquence nécessaire du reste de rorganisaliun de ces animaux. Pour qu'une odeur puisse se faire sentir , il faut que le milieu qui la transporte se meuve vers la surface olfactive. Les animaux aériens ne flairent qu'à la condition d'attirer Tair dans le nez. Chez ceux qui vivent dans l'eau , le renouvellement des couches odorantes d'eau autour de la tête tient à ce que , par l'effet des mouvemens respiratoires , le liquide entre dans la bouche et sort par les fentes des branchies. Ce mode de renouvellement de l'eau dans le nez n'est pas possible chez les Cyclostomes , lorsque leur bouche fait office de suçoir -. de là , l'appareil particulier de leur cavité nasale , qui sert à attirer de nouvelle eau dans le nez, et à en chasser l'ancienne.
Le nez des Reptiles est toujours perforé. Chez quelques Protéides , le canal naso-palatin ne traverse même pas les os, et l'état rudimentaire de la mâchoire supérieure , qui n'est qu'engagée dans les chairs , fait qu'il perce la lèvre supérieure. Mais ce n'est point là un caractère général de la famille des Protéides, car l'ouveriure naso-palatine de l'Axolotl est limitée par des os, comme à l'ordinaire. Tous les Protéides n'ont pas non plus la membrane pituitaire plissée comme les Poissons : cette disposition ne s'observe que chez le Prêtée. Dans les Reptiles écailleux et les Oiseaux , on trouve des prolongemens en forme de cornets , qui servent à multiplier les surfaces. Les Mammifères ont les masses latérales de l'eihmoïde , les cornets et les sinus des fosses nasales. L'accroiesement que le cornet inférieur procure aux surfaces est très-remarquable chez les Mammifères. Les formes les plus singulières de cet os sont celles qu'on rencontre, d'un côté , chez les Ruminans , les Solipèdes , et en général les herbivores, d'un autre côté, chez les Carnivores. Les cornets inférieurs des herbivores représentent une lame , dont la portion fixée ^est simple, tandis que ia portion libre se di-
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vise en deux lamelles , l'une supérieure , Tautre inférieure , qui se roulent sur elles-mêmes , en sens inverse Tune de l'autre , la première vers le haut, et la seconde vers le bas. Chez les carnivores , les cornets inférieurs se partagent en branches et rameaux , qui ressemblent assez bien à l'arbre de vie du cervelet. Ceux de l'homme , comparés à ceux-là , semblent être réduits à l'état rudimentaire. Les organes de Stenson entretiennent, chez beaucoup de Mammifères, une communication entre le nez et la bouche , et remplacent le trou incisif. Il faut distinguer des conduits de Sienson l'organe de Jacobson , tube en partie membraneux et en partie cartilagineux , qui est placé sur le plancher du nez, entre le vomer et la membrane muqueuse , et qui communique avec le conduit de Stenson. Les fonctions de ces parties sont inconnues.
Les cavités accessoires du nez ne paraissent pas servir à l'olfaction. De l'eau camphrée a été injectée par Deschamps dans une fistule communiquant avec les sinus frontaux , et d'autres substances odorantes l'ont été par Richerand dans l'antre d'Highmore, sans que les sujets discernassent la moindre odeur. Il semble indifférent à la nature de remplir les cavités des os avec de l'air ou avec de la graisse ; dans les deux cas , les os deviennent plus légers que s'ils étaient solides. Chez les Oiseaux , beaucoup d'os du corps et de la tète s'emplissent d'air , les premiers par les poumons , les autres par les trompes deFallope. Chez l'homme, l'air ne s'introduit que dans quelques os de la tête, tels que les cellules de l'apophyse mastoïde et les sinus des fosses nasales. On observe le mouvement vibratile sur la membrane muqueuse du nez et de ses cavités accessoires, chez tous les animaux.
Le mécanisme de la transmission, qui présente tant de complications dans les autres sens , est fort simple dans celui de l'odorat. Les substances odorantes , disséminées dans l'air, à l'état de gaz, ou peut-être même de poussière fine , sont ame-
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nées aux surfaces de la membrane muqueuse par le mouvement de l'inspiration. L'air qui sort de la bouche peut aussi faire naître la sensation d'odeurs , quand il est chargé de substances développées , soit dans les organes respiratoires , soit dans les organes digestifs , comme dans réructation.ll n'y a donc à s'occuper ici que de la manière dont l'odorat peut être exalté ou supprimé.
Nous pouvons supprimer à volonté Todorat , et nous soustraire à la sensation de vapeurs désagréables , en n'inspirant pas par le nez.
Nous exaltons ce sens, au contraire , en inspirant avec plus de force, ou en faisant de petites inspirations , rapidement répétées. L'animal qui halène cherche dans l'atmosphère la couche chargée d'une substance odorante, et pour cela il exécute, en diverses directions , des mouvemens inspiratoires qui se succèdent avec vitesse. Une fois qu'il a découvert celte couche , il la suit de la même manière. Le courant des odeurs peut aussi être favorisé par le vent qui , à ce qu'on assure , suffit souvent aux herbivores pour sentir des odeurs développées à de grandes distances.
Indépendamment de l'odorat , le nez possède aussi le sens du toucher , par le moyen des filets nasaux de la seconde et de la troisième branches du nerf trijumeau. En effet, il sentie froid , le chaud , les démangeaisons , le chatouillement , la pression , la douleur. Ces nerfs ne sauraient remplacer le nerf olfactif , comme le démontre l'exemple des personnes qui , privées d'odorat, n'en ont pas moins uue sensibilité tactile trèsdéveloppée dans le nez.
Il y a certaines substances, gazeuses ou vaporeuses, par rapport auxquelles on parvient difficilement à distinguer la sensation taciiie de la sensation olfactive ; telles sont l'ammoniaque à l'état de gaz , les émanations du raifort, de la moutarde, etc. Les sensations que Ton éprouve de leur part ressemblent beaucoup à celles du toucher, et l'analogie devient plusfrap-^
DE l'action des NERFS OLFACTIFS. Sggl
prante encore lorsqu'on réfléchit que ces vapeurs acres agissent pour ainsi dire de même sur la membrane muqueuse des paupières.