‹ Physiologie du système nerveux, ou Recherches et expériences sur les diverses classes d'appareils nerveux, les mouvemens, la voix, la parole, les sens et les facultés intellectuellesChapitre 126 sur 136 · DU SENS DU TOUCHER · texte numérisé non relu

DU SENS DU TOUCHER

que ridée de la force employée à la contraction musculaire dépende uniquement de la sensation. Nous avons une idée très-exacte de la quantité d'action nerveuse partant du cerveau qui est nécessaire pour produire un certain degré de mouvement. Nous employons , pour soulever un vase dont la capacité nous est connue , un effort qui est calculé d'avance d'après une simple idée. Si par hasard la pesanteur du contenu dépasse nos prévisions , comme lorsque ce contenu est du mercure , le vase nous échappe , ou il fait promptement baisser la main qui cherchait à le soulever , parce que nous avons commis une erreur dans la prévision de la quantité de contraction ou d'action nerveuse dont nous aurions besoin. La même illusion se produit quand nous montons un escalier obscur, et que nous calculons nos mouvemens pour franchir une marche qui n'exisie pas. Il serait très-possible que l'idée du poids et de la pression , dans le cas où il s'agit soit de soulever, soit de résister, fût, en partie au moins, non pas une sensation dans le muscle , mais une notion de la quantité d'action nerveuse que le cerveau est excité à mettre en jeu. La certitude de n'avoir pas assez de force pour tenir plus long temps un poids , doit aussi être bien distinguée du véritable sentiment de lassitude dans les muscles.

La même idée se représente dans les sensations accompagnées de mouvement. La sensation de mouvement est trèsfaible quand nous faisons agir la main , et les personnes qui ne connaissent point la situation des muscles chargés d'accomplir un mouvement donné , ne soupçonnent même pas que le mouvement des doigts s'exécute à lavant-bras. Cependant l'idée de l'effet du mouvement dans l'espace a une grande précision , et celle qu'elle fait naître de la corporalité et de la forme d'une chose dépend en grande partie de l'idée que nous avons de l'effet du mouvement. Il peut donc très-bien se faire qu^; , sans avoir besoin du sentiment pour cela, le sensorium sache juger de l'espace parcouru par le mouvement

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volontaire , d'après les groupes de fibres nerveuses vers lesquelles afflue le courant du principe nerveux. Ce qu'il y a de plus merveilleux , c'est l'assurance avec laquelle nous mesurons nos efforts, soit pour maintenir notre propre corps ou des corps extérieurs que nous soutenons en équilibre sur un point d'appui peu étendu , soit pour exécuter les mouvemens volonîaires ou involontaires qui déplacent notre corps entier.

Le palper n'est autre chose qu'un toucher volontaire avec mouvement. Entre lui et le toucher, il y a le même rapport qu'entre flairer et sentir une odeur. Toute partie sensible qui peut , par des mouvemens , varier ses points de contact avec les corps extérieurs, est susceptible de palper. Le palper n'appartient donc à aucune ré(jion du corps exclusivement : seulement la main y est plus propre que toute auti e pai lie , en raison de sa structure, parce que les mouvemens de pronaiion et de supination qu'elle peut exécuter lui permettent de mesurer l'espace à l'aide d'une sorte de rotation , parce que le pouce est opposable aux autres doi.'jts, et parce que ceux-ci jouissent d une mobilité relative. L'aptiiude à palper dépend, en outre , de la finesse du toucher, et de l'isolation de la sensation dans les molécules de l'orf^ane sensible. Les sillons ré^'uliers du creux de la main, et la disposition des papilles cutanées en séries, doivent accroître la délicatesse du toucher; car ces inéjjalités découvrent plus aisément celles des corps, et sont plus facilement afl'ectées par elles isolément les unes des autres.

Lorsque nous nous formons , par le toucher , l'idée de la forme et de l'étendue d'une surface, nous multiplions Tétendue de la main ou du doigt mis en contact avec cette surface , autant de fois qu'elle se trouve contenue dans l'espace que le membre mobile parcourt en palpant. Pour acquérir l'idée de l'étendue dans l'espace , nous répétons le même acte suivant les diff'érentes dimensions du corps.

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