‹ Physiologie du système nerveux, ou Recherches et expériences sur les diverses classes d'appareils nerveux, les mouvemens, la voix, la parole, les sens et les facultés intellectuellesChapitre 44 sur 136 · Sons de la bouche produits par la résonnance de l'air · texte numérisé non relu

Sons de la bouche produits par la résonnance de l'air

A cette catégorie appartient le silïlement avec les lèvres. Ce silïlement a été attribué aux vibrations des lèvres. Mais on n'a pas de peine à se convaincre que celles-ci demeurent en repos pendant qu'il s'exécute , car non seulement on peut les loucher du doigt et les couvrir, mais encore , comme Ta fait Cagniard Laiour, on peut produire les mêmes sons avec un disque de carton percé dans le milieu , qu'on tient entre les lèvres. J'obtiens encore un son grave en prenant entre mes lèvres un disque d'ivoire , et aspirant l'air à travers une ou-

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verture d'un diamèlre de quatre lignes , qu'il présente à sa partie moyenne. La lliéorie de Cagniard Latour nie semble parfaitement exacte. L'agent producteur du son est l'air qui frotte CQûtre les parois du canal. On sait que le frottement des corps produit des sons lorsqu'il est iniennittent. Tels sont ceux qu'on obtient en frottant avec le doigt une surface lisse, par exemple le bord d'un verre , ou en tournant dans un cylindre de verre une baguette couverte d'étoffe, etc. L'air donne lieu à un son par frottement , lorsqu'il passe à travers une fente étroite d'un corps dur, dont les bords ne peuvent être assimilés aux lèvres d'une anche. On ne sait pas encore bien comment s'opère ici l'inierniission du frottement, mais le fait est indubitable. Le son qu'on excite en frottant le verre tient évidemment , comme celui qui dépend de l'action d'un archet , à des interruptions périodiques du frottement par suite de l'adhésion du doigt , de même que , quand on pose le doigt sur une table , et qu'on le pousse en avant, le mouvement se trouve interrompu d'une manière périodique, Mais que le mouvement de I air qui passe sur les bords d'une fente soit interrompu périodiquement par le frottement , c'est ce qu'il est plus facile de présumer que de démontrer. La possibilité que l'air adhère à l'eau nous est prouvée d'une manière évidente par les lames frisées que le vent excite à la surface du liquide.

Cagniard Latour me paraît n'avoir point eu assez égard à la cavité orale dans l'explication qu'il a donnée du sifflement avec les lèvres. Il cherchée réfuter l'analogie avec un tuyau à bouche. Cependant cette analogie me. semble très-grande. Savart a montré qu'on peut encore produire des sons avec l'embouchure d'un tuyau à bouche, de sorte que , rigoureusement parlant , dans ces sortes de tuyau, c'est l'embouchure ou U lèvre qui excite le son et détermine l'air à vibrer , mais que la vibration du tuyau est changée par la colonne d'air. Il paraît en être de même dans le sifflement avec la bouche ; la

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cause de la vibration se trouve à l'embouchure des lèvres ou du disque de liège , et consiste en un froiiement ; mais celle vibration fait vibrer la colonne d'air de la cavité orale , par le nombre des vibraiions de laquelle elle est à son tour déterminée. L'effet diffère aussi en ce que , chez Thomme qui siffle, Tair entre en mouvement dans le tuyau et l'embouchure à la fois , de manière à former un courant d'air progressif , tandis que , dans un tuyau à bouche , il ne forme pas courant hors du temps des vibraiions soutenues.

Cette explication se concilie très-bien avec les faits que l'expérience nous fournit , eu égard au chan/^ement des sons du sifflement par la bouche. En effet , ces sons changent :

1^ Quand on souffle plus fort, sans changer ni l'ouverture ni la situation de la langue; c'est précisément ce qui a lieu dans les petits tuyaux abouche, longs de deux pouces et moins , dont on peut accroître considérablement l'élévation , sans que les intervalles soient observés ;

2° Quand on change l'ouverlure des lèvres ; d'où résulte un effet semblable à celui que produit une ouverture ou plus grande ou plus petite de l'embouchure des tuyaux à bouche;

3° Quand on change le tuyau ou la cavité orale. Les sons deviennent plus fjraves lorsqu'on retire la pointe de la langue en arrière, et plus aigus lorsqu'on la porte en avant. Ce changement ressemble à ceux qu'on opère en modifiant la longueur et l'ampleur des tuyaux à bouche. Ils marchent aussi parallèlement à ceux qu'on observe dans la guimbarde. Dans le sifflement, les vibrations sont dues au frottement de l'air pendant son passage à travers l'ouverture des lèvres; dans la guimbarde , elles proviennent du battement de la languette ou de l'aspiration de l'air; dans un cas comme dans Vautre , le son produit diffère, toutes choses égales d'ailleurs, en raison de la forme de la cavité orale et de la situation de la langue.

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IH. Voix des Mammifères.

Les causes de la voix, chez les Mammifères, sont, quant aux points essentiels, les mêmes absolument que chez l'homme. Tout ce qui a été dit plus haut S'applique à ces animaux. Le son est fourni par les li^jamens inférieurs de la glotte. Une fois que l'on connaît la cause des sons graves et forts par le relâchement des cordes vocales de l'homme , on ne trouve pas surprenant que ces ligamens donnent les sons graves des bêtes à cornes , etc.; en effet, on les voit vibrer dans les expériences faites sur le larynx du Bœuf , et le son en est grave et fort , quand ils sont relâchés. Les ligamens supérieurs de la glotte el les ventricules de Morgngni manquent chez les Ruminans, ce qui prouve qu'ils ne sont point nécessaires à la production des sons graves (1). Les Solipèdes ont un ligament supérieur de la glotte. Dans le Cheval , la membrane muqueuse forme aussi, au dessous de lepiglotte , un pli semi-circulaire, qui va d'un ligament à l'autre. Ce pli n'existe pas chez l'Ane , non plus que chez le Mulet (2). Le Cheval a au dessous de lui une cavité infundibuliforme , et au dessus une seconde cavité , qui est plus spacieuse dans l'Ane et le Mulet. Ces derniers ont de grands ventricules de Morgagni ; ceux du Cheval présentent des ouvertures étroites et plus rap prochées de l'épigloite (3). Le Cochon a aussi un vaste sac membraneux au dessous de l'épigloite. L'anatomie du larynx des Mammifères appartenant à d'autres ordres a été si complètement exposée par Brandt(4),que jepuis renvoyer au travail de cet anatomiste.

(1) Consultez les recherches de Lehfeldt sur le larynx de plusieurs Mammifères, dans l'ouvrage précilé.

(2) GurU, f^eryleichendc Anatomieder Ilaussœugeihiere^t.IÎ, p. 167.

(3) Gurlt, loe. cit., p. 167.

(5) Diss. de mammalium quorumdam prœsertim q^iadnimanorum vocis instrumento, Berlin, 1826.

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Chez les Singes, la partie principale de l'organe vocal ne change pas , mais les parties résonnantes offrent souvent des dispositions particulières. Ainsi lOrang-Outang a un sac entre le cartilage thyroïde et rhyoïile; Cuvier a aussi trouvé un sac menîbraneux au dessous de l'hyoïde du Mandrill , du Papion et du Macaque. Mais le plus grand appareil de résonoance est celui des Singes hurleurs du Nouveau-Monde, qui consiste en une dilatation de leur hyoïde et de leur cartilage thyroïde, en des sacs latéraux partant des ventricules , et en des sacs laryngo-pharyngiens, dont Brandt a donné la description. Chez ces animaux , Tépiglotte a une forme toute spéciale et une grandeur considérable. Chez les Sapajous , comme Ta fait voir Cuvier, Tugrandissemenl des cartilages de Wrisberg, leur forme et celle de Tépiglotle , donnent naissance à un canal recourbé en forme dS. La voix de ces Quadrumanes est sifflante. Brandt est entré dans de grands détails sur Is cartilages cunéiformes, qui sont souvent si grands chez les Mammifères , et sur des cartilages particuliers qu'offre leur larynx (1).

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