‹ Physiologie du système nerveux, ou Recherches et expériences sur les diverses classes d'appareils nerveux, les mouvemens, la voix, la parole, les sens et les facultés intellectuellesChapitre 47 sur 136 · Théorie de la voix des Oiseaux · texte numérisé non relu

Théorie de la voix des Oiseaux

Cuvier a prouvé que la voix des Oiseaux se produit au larynx inférieur. lia vu un Merle, une Pie, une Cane conserver la faculté de crier après la section de la trachée-artère. Il boucha la partie supérieure de celte dernière , et lia le bec , sans que les cris changeassent ; il coupa même le cou d'une Cane , qui n'en jeta pas moins encore quelques cris. A ces expériences , qui donnent le même résultat toutes les fois qu'on les répète , viennent se joindre celles qu'on fait sur le larynx inférieur extirpé du corps. Quand on souffle dans les bronches d'un Canard , on produit exactement la voix naturelle de l'oiseau. La même chose a lieu en soufflant dans la trachée-artère de l'Oie et du Canard ; on peut même enlever les bronches ; pourvu que la portion de la membrane bronchiale qui est fortement tendue au bord inférieur du tambour, subsiste encore , on obtient des sons. D'après la théorie de Cuvier , l'allongement et le relâchement de la membrane tympaniforme rendent le son plus grave ; son raccourcissement et sa tension le rendent plus aigu. A ces deux sources de modifications se joignent les changemens de largeur de l'ouverture , et les différentes vitesses de l'air qui en résultent ; mais tant qu'il n'y a que l'anche de changée , et que la longueur de la trachée et son orifice supérieur restent les mêmes , les variations des sons sont bornées aux harmoniques des sons graves. Ainsi, en appelant ut^ le son fondamental produit par le plus grand allongement et relâchement possible de Tanche, l'Oiseau ne pourra donner, en la raccourcissant, que l'octave,

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la quinte de celte octave , la double octave , sa tierce et sa quinte, la triple octave et ainsi de suite.

Cette opinion repose évidemment sur un malentendu; car les membranes tendues dans un seul sens changent de sons en raison inverse de leur longueur et directe des racines carrées des forces tensives, et la tension peut être conçue dans toute fraction comprise entre 1,4, 16 ; tous les tons intermédiaires entre 1 et 2 doivent être possibles aussi , et non pas seulement les harmoniques. Si Cuvier n'avait point pensé à la tension des lèvres, mais seulement à la largeur de l'anche , la comparaison qu'il fait de l'organe vocal des Oiseaux avec un tuyau à bouche serait demeurée exacte ; mais, en comptant sur les vibrations des ligamens de la glotte , il confondit Tanche d'un jeu d'anche avec celle d'un tuyau à bouche, qui, lorsqu'on souffle plus fort , donne les sons 2, 3, 4, 5, 6. Cuvier fait produire les sons non harmoniques par le raccourcissement de la trachée-artère. En raccourcissant sa trachée d'un neuvième , l'Oiseau , dit-il , produit, toutes choses égales d'ailleurs, le premier ton entier au dessus du son fondamental ; puis il n'a plus qu'à raccourcir seulement Tanche, sans changer la trachée de longueur , pour produire tons les sons harmoniques de ce second son. Pour monter par ce moyen d'w^g à ut^^ il faudrait que la trachée se raccourcît de près de moitié , ce qui n'est guères possible ; le reste est donc produit par la diverse largeur de l'ouverture du larynx supérieur, de même que les sons d'un sifflet bouché deviennent plus aigus à mesure qu'on abaisse le couvercle ; de cette manière on parvient à gagner encore près d'une octave dans l'organe vocal des Oiseaux. En comparant ensuite cet organe au cor , le grand naturaliste retombe dans le même défaut de confondre ensemble les tuyaux à bouche et les jeux d'anche , auxquels les cors appartiennent , parce que l'ébranlement de la colonne d'air est déterminé par des languettes membraneuses, les lèvres. Mais dans un jeu d'anche les sons ne changent pas,

comme dans les tuyaux à bouche, en raison de la longueur des colonnes d'air ; leurs changemens ont lieu en vertu de lois toutes différentes.

Savart compare l'organe vocal des Oiseaux , comme celui de l'homme, à un tuyau à bouche. Par conséquent, il regarde l'air comme le corps à proprement parler sonore, de sorte que l'anche placée au larynx inférieur serait analogue à un tuyau à bouche et non à un tuyau à anche. Cependant Savart a fait voir que, dans cette supposition, les parois de la trachée-artère n'en doivent pas moins exercer une grande influence sur le son de la colonne d'air. Il compara ensemble les sons produits par des tuyaux à bouche d'égale longueur et de semblable largeur , mais de substance diverse. Tous avaient un pied de long , et neuf lignes de diamètre , à la lumière. Le résultat fut qu'un sifflet formé avec douze feuilles de papier collées l'une sur l'autre , et dont les parois présentaient une épaisseur de trois quarts de ligne, a déjà un nombre de vibralions un peu différent de celui d'un sifflet en bois , et que le son peut s'abaisser déplus d'une octave lorsque la rigidité des parois diminue beaucoup, surtout par humeciation : alors les parois du sifflet entrent en vibration, et influent à leur tour sur le son de la colonne d'air.

Savart cherche à renverser l'opinion qui représente l'organe vocal des Oiseaux comme l'analogue d'un tuyau à anche, en faisant remarquer que le son d'une anche ne change pas considérablement lorsqu'on souffle plus fort, tandis que , d'après ses expériences, on peut, en variant la vitesse du courant d'air, sur un larynx d'Oiseau chanteur, produire tous les sons possibles compris dans une octave et demie à partir du son fondamental. Je regarde comme une chose totalement dénuée de preuve que l'organe vocal des Oiseaux soit réellement un tuyau à bouche. L'objection de Savart n'est point décisive; car j'ai fait voir qu'en opérant sur des anches à languettes membraneuses en caoutchouc , on peut élever les

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sons de quelques tonsau moyen d'un souffle plus fort, qu'avec des languettes en tunique d'artère cette élévation s'étend à tous les tons compris dans la quinte , que le son des cordes vocales du larynx humain peut être élevé de tous lestons renfermés dans la quinte, et qu'un effet identique, quelque chose même déplus, a lieu lorsqu'on opère sur des languettes métalliques, pourvu que la languette soit assez mince. J'ai pu élever de plus d'une demi-octave les sons des languettes métalliques minces de la trompette des enfans , et, en soufflant plus fort, parcourir tous les tons possibles dans l'étendue d'une octave et demie. Le résultat est demeuré le même que je soufflasse par l'ouverture de la trompette ou par la pièce qui renferme l'anche. En étudiant les languettes métalliques, on s'est trop attaché aux languettes épaisses des tuyaux d'orgue , dans lesquels la vitesse ordinaire du courant d'air n'est point assez forte pour élever le son.

Il me paraît extrêmement difficile, et pour lé moment presque impossible, de décider si les sons de l'organe vocal des Oiseaux se produisent d'une manière analogue à ceux des tuyaux à anche et de l'organe vocal humain , ou à ceux des tuyaux à bouche , et si les lèvres de la glotte des Oiseaux vibrent, ou si c'est la colonne d'air qui entre en vibration par l'effet du frottement que le courant éprouve en les traversant. L'organe vocal simple d'un grand nombre d'Oiseaux , par exemple, des Canards et des Oies, est indubitablement un tuyau d'anche. Non seulement on voit les vibrations violentes du ligament extérieur de la glotte, mais encore le son a la plus grande analogie avec celui qui résulte des vibrations de membranes. On en peut dire autant de tous les Oiseaux dont la voix a un son de membrane , tels que les Corbeaux , qui , cependant appartiennent déjà aux Oiseaux chanteurs. La longueur de la trachée-artère de l'Oie n'exerce non plus, quand on souffle par les bronches , qu'une influence très-subordonnée sur le changement du son , et que ce tuyau soit

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très-court ou long, on n'en obtient pas moins le son caractéristique de l'animal. Mais c'est une autre question que celle de savoir si le son sifflant des Oiseaux chanteurs doit aussi prendre place ici , s'il ne se produit pas plutôt de la même manière que ceux du sifflement avec la bouche. La comparaison avec un instrument à anche me paraît être la plus vraisemblable. D'al>ord il n'est pas possible que les lèvres de la gloite n'entrent point en vibration quand les muscles agissent d'une manière déterminée, et quoiqu'une part revienne au frotienient de l'air, il doit , en tout cas, s'établir une compensation entre les vibrations de l'air et celles des ligamens de la glotte ; mais, dès-lors , l'organe vocal des Oiseaux n'appartient plus entièrement à la classe des tuyaux à bouche, et il renferme en même temps un élément des tuyaux à anche. Ensuite, quand, au moyen d'un tube introduit dans Tune des bronches, je souffle à travers le larynx inférieur seul, c'està-dire débarrassé de la trachée-artère , je produis des sons , qui ne changent point lorsque , sans rien changer à la force du souffle, je place un petit tuyau au devant du larynx. Dans l'Oie, la longueur de la trachée-artère n'influe que très-peu sur le son du larynx inférieur , comme le tube ajouté au tuyau à anche de l'homme. Le plupart des changemens des sons peuvent être produits, sur le larynx des Oiseaux^ en modifiant la force du souffle, comme l'a fait voir Savart.

La trachée-artère peut modifier le son comme dans un tuyau à bouche, ce qui ne me paraît pas probable, ou comme dans le corps d'un tuyau à anche. Son ouverture au larynx supérieur peut , en se rétrécissant , le rendre plus grave , comme il arrive dans les tuyaux à bouche et dans les tuyaux à anche.

La membrane tympaniforme , qui vibre violemment , doit influer sur le son de l'embouchure, et il doit y avoir accommodation entre la lèvre interne de la glotte, la membrane sémilunaire et la membrane tympaniforme. Cette dernière ressemble à la pellicule vibrante d'unmirhton.

CHEZ L HOMME ET LES ANIMAUX. l Qg

(Depuis l'impression de son Traité de physiologie, M. Mul- 1er a publié des recherches sur la voix des Oiseaux, qui doiveat naturellement trouver place ici.)

Je produis des sons très-forts avec Torgfane vocal du Psittacusararauna, que je souffle dans la trachée-artère ou dan$ les bronches. Dans ce dernier cas , les sons ont la plus complète ressemblance avec le cri perçant des Perroquets.

Cet organe vocal convient mieux que celui d'aucun autre Oiseau pour faire des expériences, parce que tout y est solide. On est maître de rapprocher et d'éloigner du larynx les ventaux qui se meuvent comme dans des articulations. Rien ici ne cède : la trachée elle même est très-solide , et peut en outre se raccourcir de moitié.

Chez les petits Oiseaux chanteurs , qui ont une voix plus étendue , on ne saurait faire des expériences sur le résultat desquelles on puisse compter, à cause de la grande mobilité des parties , et l'on ne sait jamais jusqu'à quel point un effet qu'on produit dépend de telle ou telle autre circonstance accessoire. Quant au larynx des gros Perroquets , on peut le fixer et soumettre avec certitude toutes les influences au contrôle. En accroissant successivement la pressioa de l'air, je suis parvenu , sur cet organe, à élever le son d'une manièrjç successive jusqu'à une quinte et plus.

En soufflant par la trachée-artère , j'ai produit tous les sons possibles dans l'étendue de plusieurs octaves. Par .exemple , le son fondamental du larynx, dans l'état de repqs, et en soufflant aussi doucement que possible par la trachée-artère , était fa^. Si je tirais les muscles qui rapprochent les ventaux , ç'est-à-dire qui rétrécissent la glotte , le son pouvait , suivant la force du souffle , s'élever successivement , et sans tous les intervalles, de/a^ à ut^. Cet effet a lieu plus facilement encore au moyen de la compression des ventaux, soit qu'on presse entre les doigts le point du larynx avec les muscles qui le recouvrent, soit qu'on se serve du compresseur, dont alors on

accroît Taction en serrant la vis. On peut même , à l'aide d'une disposition particulière , mesurer cette pression avec des poids.

SONS

POIDS

ré*

0,25 loth , poids du plateau

et du cordon.

ré^.

mi^^

la^.

ut^

ré.

ré^6

mi^

Dans cette élévation , les effets de la pression sur le larynx et ceux de la pression ascendante de l'air se combinent ensemble. La compression des valvules au dessus de la glotte , non seulement rétrécit cette dernière , mais encore rend plus tranchantes et plus tendues les lèvres qui sont formées par' les angles de la membrane tendues entre le cartilage semicirculaire supérieur et Finférieur. Mais , plus la glotte devient étroite , plus aussi il faut que la pression de Tair augmente pour faire sortir le son fondamental des lèvres. Celte pression plus forte de l'air doit être prise en considération dans l'élévation ; car, à égalité de pression sur les lèvres , si l'on accroît

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successivement la pression de l'air, on parvient sans peine à élever le son d'une qninte successivement et sans intervalles. Celte élévation est désagréable et bruyante; mais, en faisant coïncider la compression latérale du larynx , on obtient purs encore les sons même les plus élevés.

Pour me convaincre que Télévation des sons qui a lieu par la compression des valvules ne dépend point uniquement de l'accroissement de la pression de l'air, je la mesurai dans un cas où elle s'opérait par la compression croissante des lèvres , la tension de l'air restant la même. Pour cela, j'unis l'appareil manométrique à la trachée-artère du Perroquet , pendant que le larynx était dans le compresseur, et je cherchai à obtenir une moyenne de pression d'air uniforme , d'après l'indication du manomètre.

PRESSION ÉGA.LE DE L'AIR , COLONNE d'eau DE :

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