‹ Physiologie du système nerveux, ou Recherches et expériences sur les diverses classes d'appareils nerveux, les mouvemens, la voix, la parole, les sens et les facultés intellectuellesChapitre 49 sur 136 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De la parole.

Outre les sons ayant une valeur musicale qui sont produits dans l'organe vocal , il est une multitude de sons et de bruits qui naissent dans le tuyau annexé à cet organe , et qui constituent la parole par leurs associations diverses , dont certaines servent a désigner des objets , des qualités, des actions, des rapports. Les langues n'emploient pas tous les sons qui peuvent être engendrés de cette manière, parce qu'il s'en trouve, parmi eux , qu'on aurait de la peine à unir avec dautres. La majeure partie de ceux dont rassociiuion présente ie plus de facilité se rencontrent dans la plupart des idiomes. Chaque II. 14

langue renferme un certain nombre de ces sons possibles , mais aucune ne les contient tous , et les différences caractéristiques qui existent entre elles tiennent à ce qu'elles emploient plus particulièrement les uns , tandis qu'elles font rarement usage des autres , ou même ne s'en servent point.

C'est à la physiologie qu'il appartient de rapporter les sons de la parole à un système naturel. Les tentatives des grammairiens à cet égard ont échoué , parce qu'ils avaient établi leurs classifications sur des qualités qui ne sont point essentielles. En effet , la distinction des sons de la langue parlée d'après les organes qui sont censés les produire, est vicieuse , .parce qu'elle en réunit qui diffèrent totalement les uns des autres suivant les principes de la physiologie , et parce que plusieurs parties de la bouche concourent à la production de la plupart d'entre eux. C'est le défaut qu'on peut reprocher à la division en sons labiaux , dentaux , gutturaux et linguaux , à celle même , beaucoup plus simple , en sons oraux et nasaux. Il y a quelque chose d'exact au fond dans la distinction qu'on a établie pour les sons muets et pour les sons mouillés ; mais on en fait une mauvaise application. Les propriétés mêmes des voyelles, par opposition aux consonnes, n'ont point été appréciées d'une manière convenable. Généralement on fait consister leur essence en ce qu'elles ne sont pas muettes, en ce qu'elles ne se réduisent pas à de simples bruits, comme les consonnes , mais doivent naissance à des sons qui se produisent dans l'organe vocal et sont modifiés par la bouche. Cependant la différence entre les voyelles et les consonnes est bien moins considérable ; car il est possible , pour toutes les voyelles, comme pour les consonnes, de les rendre muettes, de les réduire à de simples bruits , ainsi qu'il arrive quand on parle à voix basse ; les voyelles sonnartes ne sont donc dues qu'à la consonnance de la voix. Mais il y a aussi , comme nous ne tarderçnr^ pas à le voir, une c!asse entière de consonnes qui peuvent également , ou être raueitos et ne consister qu'en

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de simples bruits , ou sortir avec consonnance de'la voix. En s'attachant à Tessence des voyelles et des consonnes , la différence entre elles est tout autre. Un vice capital de plusieurs essais d'une classification naturelle des sons de la parole tien à ce qu'on ne s'est point assez attaché à la possibilité de leur formation sans intonation , au caractère de simple bruit qu'ils sont susceptibles de revêtir. Pour en bien apprécier les propriétés, il faut prendre le parler à voix basse, ou le chuchotement , pour point de départ, et rechercher ensuite quelles sont les modifications qui peuvent dépendre de l'addition du son proprement dit, ou de Tintonaiion. En suivant cette marche , on arrive à établir deux séries ; dans Tune, les paroles sont muettes et absolument incapables de s'unir à la voix; dans l'autre, elles sont également aptes à être rendues muettes et à s'allier avec la voix. Une autre diflérence importante entre les sons de la parole consiste en ce que les uns, produits par un changement brusque de la position des parties de la bouche, ne durent qu'un moment, et ne peuvent être prolongés ou soutenus {strepitus inconiinuus explosivus)^ tandis que d'autres sortent sans que la situation des parties de la bouche change , et peuvent être prolongés à volonté, autant que le permet la portée de l'haleine (sirppitus continuus). Tous les sons de la première espèce sont absolument muets et incapables de s'associer avec l'intonation , au lieu que presque tous ceux de la seconde espèce peuvent s'allier avec elle. De cette dernière combinaison résultent des modifications particulières, tandis que les sons absolument muets ou explosifs sont susceptibles de subir une transformation lorsqu'ils s'unissent à une aspiration (1).

(1) Consultez, sur la parole : J. Wailis, De loquela s. sonorum formatione ; dans C. Amman, Surdusloquens, Leyde, 1727. — Kratzenstein , Tentamen resolvendi problema ah. Acad. se. Petrop., 1780 propos. — Kempf.lkn , Mechanismus der menschlicher Sprache^ nehst der Besclireibung peiner sprechender Maschine, Yienne,1791.— Reiîïbii, Methodenbuch

2)2 DE LA rAROLi:.

A. Système des sons muets do, la parole à eoiai basse. I, Voyelles muettes.

a , e , * , 0 ^ ou , oe ^ «^ , m , et les voyelles nasales a , ae ^ oe , o. Toutes ces voyelles peuvent être prononcées d'une manière biet^istincte sous la forme de simples bruits. La question est de savoir si, comme voyelles muettes, elles ressemblent aux consonnes muettes , ou si elles en diffèrent , physiologiquement parlant. Les consonnes muettes ne naissent que dans le tuyau placé au devant de Torgane vocal, c'est-à-dire dans la cavité orale et nasale ; ce sont des bruits engendrés par l'air qui parcourt le canal diversement modifié. Mais les voyelles muettes se comportent d'une manière différente jusqu'à un certain point : quoiqu'ici non plus la voix ne résonne point , cependant la cause première est dans la glotte , et non dans la bouche , ainsi qu'on peut s'en convaincre aisément par des expériences sur soi-même. Le bruit qui forme une voyelle muette naît , à ce qu'il paraît , lorsque l'air passe le long des cordes vocales , qui néanmoins ne résonnent pas pour cela. Il ne diflere de celui qu'on parvient à produire dans la glotte , en fermant la bouche , ouvrant le nez , et évitant d'émettre aucun son proprement dit , que parce que, quand la bouche est ouverte , la forme diverse que le canal oral prend le modifie de manière à ce qu'il devienne les sons muets a , c , t , o, ou.

La forme du canal oral est la même pour les voyelles muettes et pour les voyelles prononcées à haute voix. La seule

zur Unterricht fuer Tauhstumme^ Vienne, i828. — KrDOLPHi, Physiologie^ t. II — Chladni , dans Gilbert' Jnnalen,^%%k. — C. Mater, dans Meckel's ^rc/nr, 1826. — R. Schulthess , Das Stammeln nnd Stottern ^ Zurich, 483Q, — I)e Gérando, De Védvcation des sourd-muets \de naissance , Palis, 1S27, 2 vol. in-8. — Wilws , dans Poggendorff's Annalen^ t. XXIV. — PcRKi>'jE, Badania w przcdmiocie fizyoloyie 7nowi/ ludzkiej, Cvacovie, 4836. — Consnllez suitoutA.-M Rapp, f^ersuch einer Physioloyie der Sprache, l. I , ^8-36^ t. II , 1839.

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diÉférence consiste en ce que , dans ie second cas , la gloite , au lieu d'un simple bruit , produit un véritable son. Kralzinstein et Kempelen ont fait voir que les conditions requises pour la transformation d'un même son en voyelles différentes , se réduisent au degré d'ampleur de deux parties , le canal oral et le canal nasal. Il en est de même pour les voyelles muettes. Kempelen appelle canal oral l'espace compris entre le larynx et le palais. Certaines voyelles exigent que Torifice buccal et le canal oral soient larges , d'autres que tous deux soient étroits, d'autres encore que l'un soit large et l'autre étroit. Si l'on admet , avec Kempelen , cinq degrés de largeur pour le canal oral , on a pour a, largeur de l'orifice buccal 5; largeur du canal oral 3 e 4 '2

ou 15

Les proportions pour les autres voyelles ae , oe et m sont faciles à trouver d'après cela.

Purkinje a montré que les conditions nécessaires pour la formation de quelques voyelles , notamment d'à et d'c , n'ont point été assignées d'une manière bien exacte par Kempelen. Ces deux voyelles dépendent principalement de la forme de l'espace compris entre la base de la langue et le pharynx ; pour toutes deux , cet espace est grand , et il l'est plus pour e que pour a ; mais a et e peuvent être prononcés avec la même ouverlure de bouche. La position assignée aux lèvres pour Témission de Vo n'est pas non plus nécessaire.

Auprès des voyelles pures viennent se placer les voyelles muettes à timbre nasal , fi , «^ , o , oe , par exemple dans les mots sang , singulier^ ombre ^ œuvre; ces modifications ne dépendent que du rétrécissemenl cia voile du palais et du soulèvement du iarvnx.

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