II. Consonnes muettes et soutenues
La prononciation de toutes les consonnes qui se rangent ici peut être soutenue aussi long-temps que Tiialeine le permet, les parties de la bouche conservant la même position au commencement , pendant la durée et à la fin. Ainsi on peut soutenir la prononciation de Vf, du ch , de Vs , de IV, de 17 , etc. Il n'en est pas de même des consonnes explosives p , y , ^ , vr , T, x; comme la position des parties de la bouche est tout autre au commencement que dans le milieu et à la fin de leur formation , elles ne peuvent durer qu'un moment, ou jusqu'à ce que le changement soudain des parties de la bouche se soit opéré.
Les consonnes soutenues sont h, w, w, ng,/, ch^ sch^ «, r, /.
On peut les ranger en trois classes :
1° Consonnes soutenues orales , dont Vémission exige que le canal oral soit entièrement ouvert, L'aspiralion h appartient seule à celte classe. Ici la cause du bruit produit par le passage de l'air ne lient point à une opposition des parties de la bouche entre elles. Le bruit de l'aspiration est la plus simple expression de la résonnance des parois de la bouche pendant l'expiration de l'air. L'^ manque à la langue italienne , si ce n'est dans un petit nombre de cas exceptionnels, tels que ho^ hai^ has^ hanno. On peut consulter l'ouvrage de Purkinje et celui de Rapp sur l'emploi de l'aspiration dans les diverses langues.
2 Consonnes soutenues nasales , dont rémission exige que le canal nasal soit entièrement ouvert. Ce sont m, n^ ng. Ici l'air traverse tout simplement le canal nasal , la cavité orale étant close soit par les lèvres, soit par la langue appliquée au palais. Il n'y a point non plus opposition des parties entre lesquelles le flaide passe. Dans la prononciation de ces trois consonnes, la cavité orale représente un diverticule ou cul-de-sac plus ou moins long de l'arrière-gorge et du canal nasal. Ce diverticule
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est plus grand pour m que pour n^ et surtout que pour ng,
La bouche se ferme à l'aide des lèvres pour la prononciation de Vm. Quelques physiologistes , Rudolphi entre autres , sont partis de là pour ranger cette lettre parnni les labiales ; mais elle n'est point une lettre labiale ; ce n'est point Tacte de la fermeture de la bouche qui lui donne naissance ; elle ne se forme qu'après cette occlusion , par le simple passage de l'air à travers le canal nasal , avec résonnance du cul-de-sac de la cavité orale.
Dans la prononciation de Vn , la bouche est fermée par la pointe de la langue, qui s'applique à la partie antérieure du palais.
Dans celle de Vng , l'occlusion de la bouche a lieu un peu plus en arrière , par l'application du dos de la langue à la partie postérieure du palais. Ng n'est point une consonne double ; c'est une émission de voix simple , tout comme m et n.
3® Consonnes soutenues orales , dont rémission exige que cer^ taines parties de la bouche se mettent en opposition les unes at^ec les autres y comme des espèces de valvules. Ce sont y, c/^, sch , s^ r, l. Les parties qui se mettent en opposition , et apportent ainsi obstacle au passage de l'air, sont tantôt les lèvres ( f) ; tantôt les dents {sch , s) -, tantôt la langue et le palais (cfe, r, /).
Dans la prononciation de Vf, les lèvres se placent comme pour souffler. Il y a deux modifications de ce bruit de soufflet, Vf et le V. L'ouverture des lèvres est plus arrondie' pour Vf; pour le V , les lèvres laissent entre elles une fente éti oiie , mais large.
Le cfe, correspondant au x des Grecs ," manque à la langue française. Il exige que la langue se rapproche du palais , et que l'air passe à travers un étroit intervalle ménagé entre elle et ce dernier. Il y a trois x, suivant le point où la langue se rapproche du palais.
«. Dans le premier , ou x antérieur , quelquefois exprimé
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par g en allemand , c'est la partie antérieure de la langue qui se rapproche du palais, comme dans les mots Ueblich^ selig,
b. Dans le second , ou x médian , le dos de la langue se rapproche de la partie moyenne du palais. Ce ch a un son tout différent de celui du précédent , par exemple dans les mots tag, sagen^ suchen , Aachen , ach. Kempelen- dit qu'il vient toujours à la suite d'un a , d'un o ou d'un ou. C'est , en effet , ce qui a lieu le plus ordinairement ; mais la chose n'est pas de nécessité absolue , car les trois voyelles peuvent être associées aussi au ch antérieur, ainsi qu'il arrive même dans certains mois de la langue vulgaire , tels que papachen , mamachen. La langue polonaise possède aussi ce ch.
c. Dans le troisième , ou x postérieur, qui est particulier aux Suisses , aux Tyroliens et aux Hollandais , le dos de la langue se rapproche de la partie la plus postérieure du palais ou du voile palatin. C'est le n (kheth) des Hébreux, le x (^^a) dt?s Arabes. Il existe aussi dans la langue bohème , d'après Purkinje.
Pour la prononciation du sch allemand , ch des Français, sh des Anglais , les dents des deux mâchoires sont rapprochées, ou n éme superposées, et la pointe delà langue se trouve derrière elles, sans y toucher. En Westphalie, on confond celte lettre simple avec ax-
Dans la prononciation de r«, les dents sont rapprochées ou en contact , et la pointe de la langue touche celles de la rangée inférieure. Le th des Anglais, le 0 des Grecs, en sont des modifications.
Pour l'r, la langue vibre contre le palais. Tout son trem- Llottant n'est point un r, car le frémissement des lèvres vibrantes ne fait point entendre ce son. Haller regardait les vibrations de la langue pour la production de IV comme autant de mouvemens volontaires, et pensait pouvoir s'en servir pour calculer la rapidité de l'action nerveuse. Mais évidemment il y avait malentendu de sa part ; car les vibrations ne
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sont ici que des tremblemens imprimés par le courant d'air à la langue qui lui résiste , et elles ne dépendent pas plus de la volonté que celles des lèvres quand on les fait frémir. Il y a deux sortes dV .• IV pur ou lingual , dans la prononciation duquel la langue est la partie vibrante et le voile du palais reste en repos ; IV guttural , pour lequel la langue demeure tranquille et le voile du palais vibre. Cette dernière espèce produit le grasseyemf^nt. LV manque dans la langue chinoise.
Dans la prononciation de 17, la pointe de la langue s'applique immédiatement au palais , et Tair ne passe que des deux côtés , entre elle et les joues. On peut aussi former ce son d'un côté seulement. Il manque dans la langue zend.
Kempelen rangeait quelques unes de ces lettres parmi les consonnes avec intonation , parce que la voix se fait entendre en même temps que les bruits qui les produisent , comme lorsqu'on prononce Yr et 17. Cependant toutes peuvent être rendues muettes. La consonnance de la voix ne fait que leur imprimer des modifications dont on ne tient pas compte quand il s'agit du parler à voix basse.
IIl. Consonnes muettes explosives.
Ce sont p, 7, (î, et leurs modifications tt, x, t.
La situation des parties de la bouche qui sert à les former change d'une manière brusque ; la formation commence par la fermeture de la bouche, et se termine par son ouverture. Aussi ne peut-on prolonger ces consonnes à volonté ; le bruit qui les caractérise cesse dès que la bouche s'ouvre.
1° Consonnes explosives simples , ^ , 7 , (î.
B, p. La bouche est close par les lèvres, et elle s'ouvre pour le passage du vent.
D, S. La bouche est close parla langue appliquée à la partie antérieure du palais , ou à l'arcade dentaire , et elle s'ouvre pour le passage du vent.
G , 7. La bouche est close , plus en arrière , par l'applica-
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tion de la partie postérieure du dos de la langue au palais , et elle s'ouvre pour le passage du vent.
Les consonnes muettes b ^ d , g sont généralenient produites par la brusque ouverture des voies fermées; mais on peut aussi leur donner naissance par l'occlusion soudaine de ces mêmes voies.
2° Consonnes exploswes aspirées^ p, ty k.
Les sons /> , t ^ k^ correspondans k b , d , g y n'en sont que des modifications , dues à ce qu'une aspiration s'y joint au moment où la bouche s'ouvre. Par l'aspiration , le b devient;? , le d devient t , et le g devient k. Les anciens, et, à leur exemple , Kempelen et Rudolphi , faisaient consister la différence entre les deux séries eu ce qu'il y a résonnance de la voix pour b y d et g. L'assertion n'est point exacte , car on peut rendre ces trois lettres parfaitement muettes. Suivant Schulthess , leur essence tient à la force du courant d'air ; ce qui est vrai ; cependant il n'y a pas nécessité que les ouvertures postérieures du n^z se ferment avant l'explosion. La seule différence entre les deux séries dépend de l'aspiration qui succède dans la prononciation de p, «, k. J'ai donné cette explication dès Tannée 1827.
Plusieurs bruits explosifs que nous avons la faculté de produire , ne sont point employés dans les langues.
Tous les sont principaux de la parole articulée appartiennent , comme on voit, au système de la parole à voix basse. Il n'y a qu'un petit nombre de modifications des consonnes dont la formation exige la consonnance de la voix , et qu'on ne puisse faire sortir à voix basse , comme le 7 allemand , \ej français ,\ege,\ez français , Vl avec intonation, Yr avec intonation. A la place de ces consonnes avec intonation on emploie , dans la parole à voix basse, les consonnes muettes correspondantes. Ainsi on substitue au y allemand le ch, au y français le sch^ au z français 1'*, à 1'/ avec intonation 1'/ muette, à Vr avec intonation IV muet.
On voit, d'après cela, qu'il est possible, dans Téducation première des enfans, de recourir, pour la plupart des consonnes, au mode de prononciation qui consiste à les faire sortir comme de simples bruits , mais que toutes les consonnes avec intonation ne peuvent être ainsi formées à voix sourde, de sorte que cette méthode , employée sans discernement , est plus nuisible qu'utile , et perd les avantages incontestables qu'elle présente lorsqu'on sait en faire une juste application.
B. Système des sons de la parole à haute voix.
Dans la parole à haute voix, quelques consonnes restent muettes , c'est-à-dire bornées à de simples bruits , parce qu'elles ne sont pas susceptibles de s'allier à la consonnance de la voix. Telles sont les explosives fc, d^ g, et leurs modifications y?, t^ h; tel est aussi Yh parmi les consonnes soutenues. D'autres sont susceptibles d'un double mode de prononciation , à voix basse et à voix haute , dans ce dernier cas avec résonnance de la voix : ce sonty, ch^ sch^ s^ /, r, m, n, ng.