‹ Physiologie du système nerveux, ou Recherches et expériences sur les diverses classes d'appareils nerveux, les mouvemens, la voix, la parole, les sens et les facultés intellectuellesChapitre 72 sur 136 · IV. ISyopie et presbytie ; moyen d'y remédier ; lunettes · texte numérisé non relu

IV. ISyopie et presbytie ; moyen d'y remédier ; lunettes

4. Défaut de netteté des objets trop rapprochés. Effets des diaphragmes,

La vue distincte au plus grand rapprochement possible des objets a des limites chez tous les hommes. Les objets qui ne sont éloignés de l'œil que d'un à trois pouces , ou moins encore, ne produisent plus d'image nette, parce que la réunion de leurs rayons lumineux tombe, chez tous les hommes, derrière la rétine. Si les objets sont petits, ils ne donnent lieu qu'à une espèce de nébulosité , à travers laquelle on en aperçoit d'autres plus éloignés, quoique le petit objet, ainsi tenu devant Tœil , couvre la partie moyenne de la pupille. La vue des objets éloignés à travers la nébulosité des objets proches , tient à ce que , quoique le petit corps arrête ceux des rayons du corps éloigné qui devraient traverser le centre de la pupille , il en laisse cependant passer , sur ses bords , qui parviennent au fond de l'œil. De là résulte qu'une condition nécessaire pour qu'un objet lointain soit aperçu à travers la nébulosité d'un corps tenu très-près de l'œil , c'est que ce dernier soit plus petit que la pupille , afin de laisser passer

(1) VoiiMÀUK, loc, eit., p. 156.

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les rayons marginaux de Tautre. Dans le cas même où le corps le plus proche couvre presque entièrement la pupille , les rayons périphériques du cône lumineux du corps éloigné n'en passent pas moins par inflexion sur ses bords , pénètrent dans l'œil, et y produisent un image.

On voit aussi un objet éloigné au moyen des rayons qui traversent le pourtour extérieur du cristallin , lorsqu'il passe au bord d'un autre corps tenu devant l'œil. Il est connu que guand , tandis qu'on regarçie un corps placé à une certaine distance , un second passe plus près que lui , au devant de Tœil , d'un côté à l'autre , le premier se déforme un peu , et semble s'élargir , dès que le bord du second s'approche de lui. Cet effet paraît tenir en partie à ce que le corps éloigné est vu par les rayons marginaux du cristallin , en partie aussi à l'inflexion que la lumière subit au bord du corps intermé- (iiaire;

La nébulosité que les petits objets très -rapprochés produisent , au lieu d'une image , est d'autant plus grande que la pupille a plus de largeur. Car, comme le cercle de diffusion pour chaque point de l'objet est un segment du cône lumineux qui traverse la pupille , ce cercle doit aussi avoir d'autant plus d'étendue que la pupille est plus large. Mais la nébulosité d'un objet tenu tout auprès de l'œil , par exemple d'une épingle , est due aux cercles de diffusion superposés de tous les points de l'image. Ceci nous explique quelques plié- ^' nomènes intéressans. Si l'on lient une épingle à une telle distance de l'œil , qu'elle produise encore une image , mais une image nébuleuse, la grandeur de cette nébulosité est plus ou moins considérable suivant que l'œil se trouve éclairé ou dans l'ombre , c'est-à-dire suivant que l'iris s'élargit on se resserre. On a là une excellente occasion de voir le mouvement de l'iris de son propre œil dans un phénomène de vision.

Mais il y a aussi des circonstances où l'on voit distinctement encore, même lorsque les objets sonttrès-rapprochésde

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l'opil , et où ces objets paraissent très-grossis , bien qu'on n'emploie pas de verres d'optique. C'est ce qui arrive toutes les rois qu'on regarde un objet très-rapproché à travers un petit trou fait à une carte. Henle, qui s'est beaucoup occupé de ce phénomène , a appelé mon attention sur lui et sur les causes d'où il dépend. Lecat, Monro et Priestley le connaissaient. Si l'on tient une page d'écriture tout près de l'œil , on ne distingue aucune lettre ; mais si , la distance restant la même , on regarde à travers un trou fait avec une épingle à une feuille de papier , tenue immédiatement devant l'œil , sur-le-champ on distingue très-bien l'écriture, et les lettres paraissent fortement grossies, ainsi que leurs intervalles blancs. On pourrait croire que la netteté de la vision tient à ce que l'étroite ouverture isole les rayons centraux des objets rapprochés , et à ce qu'en vertu de la plus grande densité du noyau du cristallin , ces rayons sont amenés plus tôt à la convergence ( tandis que si la densité de la lentille était la même partout, ils se réuniraient plus tard que les rayons marginaux). Mais alors la grandeur des objets ne devrait pas croître. Si l'on objecte que leur grossissement n'est qu'apparent , parce qu'en voyant sans l'ouverture de la carte l'écriture tenue proche de l'œil , on aperçoit seulement le noyau des images par diffusion , sans tenir compte de la grandeur entière des images , cette objection sera facile à réfuter en comparant les images simultanées des deux yeux, dont l'un regarde librement les lettres très-rapprochées de lui , tandis que l'autre les aperçoit à travers le trou de la carte ; car les caractères et les blancs paraissent bien plus grands à celui-ci ^ et comme on voit les deux images à côté l'une de l'autre , on reconnaît qu'un même espace qui renferme trois lignes dans l'une, n'en contient que deux dans l'autre. Lecat et Priestley attribuent le phénomène à l'inflexion de la lumière aux bords de l'ouverture de la carte , et Lecat se fonde sur le changement éprouvé par le contour d'un objet éloigné qu'on vise au

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bord d'une baguette : le bord du corps éloigné s'élargit , en effet , lorsqu'on fait passer la baguette devant. Il est possible certainement d'expliquer par l'inflexion la netteté avec laquelle on distingue , à travers l'ouverture d'une carte , les objets très-rapprochés l'œil. Quand elle subit ce qu'on appelle l'inflexion , ou mieux la diffraction , la lumière s'écarte de deux côtés de sa direction : la partie extérieure des rayons infléchis au bord de l'ouverture de la carte tombe encore plus loin, derrière la rétine, que ne le font les rayons d'objets trèsrapprochés : ces rayons ne produisent donc plus du tout d'image ; la partie interne des rayons infléchis au bord de l'ouverture arrive plutôt à la convergence, ne tombe par conséquent plus derrière la rétine , mais sur elle , et cela explique la netteté de l'image , malgré la faible quantité de lumière qui y contribue. On n'entrevoit pas bien , dans celte théorie , à quoi tient le grossissement de l'image.

On peut, avec Henle, donner une autre explication du phénomène. Soit aZ» le corps tenu immédiatement devant l'œil , AB les milieux réfringens , ^C la rétine. Le cône lumineux du

point h se réunit en e, et celui du point a en f. Donc 1>g est le rayon principal du cône lumineux de a. Les points de réunion e et f sont situés arrière la rétine, parce que l'objet est trop proche, h est donc vu avec le cercle de diffusions' b\ et a avec le cercle de diffusion ap. Si maintenant on interpose entre l'objet et l'œil une carte percée de la petite ouverture o, les cônes lumineux sont réduits aux faisceaux bc et ad, qui traversent l'ouverture o. L'image de h est donc vue sans cercle de diffusion en a\ et celle de «, également sans cercle de diffusion , en p. L'inflexion peut concourir à l'effet , et faire que II. 24

Fig. 31.

3^0 ^^ DE l'oeil,

le faisceau lumineux filiforme qui traverse l'ouverture de la carte ne représente qu'un point sur la rétine. L'image paraît plus grande , parce que la distance des rayons périphériques a' et p des deux cônes est plus considérable que celle des rayons principaux des deux cônes.

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