‹ Physiologie du système nerveux, ou Recherches et expériences sur les diverses classes d'appareils nerveux, les mouvemens, la voix, la parole, les sens et les facultés intellectuellesChapitre 74 sur 136 · COMME APPAREIL D OPTIQUE · texte numérisé non relu

COMME APPAREIL D OPTIQUE

dure quelques heures. Sous ce rapport, les lunettes nuisent, en deshabituant l'œil de s'accommoder aux distances.

Il arrive quelquefois que les deux yeux ont, pendant la vie entière , un état moyen de réfraction difTérent , quoiqu'on ne remarque pas toujours alors de différence entre leurs pupilles. Ce défaut d'harmonie peut être l'effet de Thabitude contractée de ne regarder les objets proches qu'avec un seul œil , de l'usage du microscope, et autres circonstances semblables. [La cause qui y donne lieu le plus rapidement est la narcotisation d'un œil par le moyen de quelques gouttes d'une solution d'extrait de belladone qu'on y instille. Dans tous ces cas, les deux yeux, malgré l'inégalité de leur état moyen de réfraction, ou de leur portée moyenne, possèdent cependant encore la faculté de s'accommoder aux distances ; l'accommodation volontaire de l'un d'eux agit aussi sur l'autre , mais les deux organes n'en demeurent pas moins inégaux.

1 Supposons que les deux séries ci-contre de chiffres

2 expriment l'accommodation dans les deux yeux ; l'ac-

3 1 commodation 1 a lieu dans l'œil B en même temps que

4 2 l'accommodation 3 dans l'œil A. Si A s'élève jusqu'à 5, 6 3 B monte d'autant , mais ne va que jusqu'à 3. Avec l'ac-

6 4 commodation de 1 l'œil A voit distinctement les objets

7 5 éloignés , tandis que B ne distingue rien. Il peut se

8 6 faire que tous deux ensemble voient distinctement en

9 7 dedans d'une certaine limite, l'image nébuleuse de 10 8 l'un ne troublant pas l'image de l'autre, et toutes deux

9 se couvrant; mais, dans l'état de réfraction approprié

10 aux objets rapprochés, l'œil demeure en jouissance de

11 toute sa faculté visuelle , qu'il n'avait pas pour les ob- 12. jets éloignés. Peut-être A a-t-il atteint en 10 la limite

A B. de la portée de sa vue , tandis que B distingue encore avec 11 et 12. L'inégalité de l'état de réfraction est , chez certaines personnes, la cause qui fait qu'elles commencent à loucher, parce qu'elles emploient de préférence l'œil qui a la

372 DE l'OEIt ,

portée moyenne , la plus commode' pour Tusage , et négligent l'autre, dont l'image ne les trouble point. De là, quaifd riiomme , dont les deux yeux ont la même portée , regarde un objet de l'un avec des lunettes, et de l'autre sans lunettes, les axes des ses deux organes ne se réunissent point sur cet objet , et il voit souvent double , comme il arrive lorsqu'on se sert de lunettes dont les verres sont d'inégale force. Les doubles images produites par la non-réunion des axes optiques sur l'objet s'éloignent encore davantage quand Tétat de réfraction d'un des yeux vient à être changé par l'extrait de belladone , cas dans lequel , à une certaine portée de l'un des yeux , l'image de l'autre flotte à côté de la sienne , faible et confuse. La cause de ce dédoublement se déduit sans peine de ce que j'ai dit à la fin de l'article précédent. L'état de réfraction influe sur la situation des axes des yeux. La manière dont l'image de l'œil qui voit faiblement perd son influence perturbatrice sera exposée plus loin, quand nous aurons appris à connaître les faits qui prouvent que les champs des deux yeux se trouvent dans une sorte de lutte, qui fait que l'activité nerveuse peut pencher tantôt du côté de l'un , tantôt du côté de l'autre , et la domination osciller entre eux deux. Il faut maintenant présenter quelques remarques relativement à la manière dont les lunettes corrigent la myopie et la pi^esbyiie. L'œil presbyte est corrigé par des verres convexes, et l'œil myope par des verres concaves. Dans le premier, les rayons des objets éloignés se réunissent sur la rétine ; mais les rayons des objets voisins , et surtout très-rapprochés , dont la réunion a lieu plus tard , ne convergent que derrière cette membrane. Un verre convexe remédie à ce vice , parce qu'il rapproche le point de convergence des rayons envoyés par les objets proches, et le fait tomber sur la rétine elle-même. Dans l'œil myope , c'est l'inverse : les rayons des objets rapprochés se réunissent sur la rétine, et produisent une image nette ; mais ceux des objets éloignés , dont le foyer est placé

Page 1