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de la rétine , les nerfs sensoriels n'étant qu« des prolongemens du sensorium. Dans l'état présent de la science , il est totalement impossible de résoudre cette énigme.
De quelque manière que les choses se passent , ce qu'il y a de certain , dans tous les cas , c'est qu'après la perte de la rétine ou de la partie extérieure du nerf optique , les portions intérieures ou cérébrales du sens de la vue ne peuvent plus produire non seulement les sensations de lumière , mais même les intuitions d'un champ visuel dans lequel desimages soient vues. Ici se rangent les phénomènes remarquables observés par Lincke. Un homme auquel on avait extirpé un œil cancéreux, voyait , le lendemain de l'opération , quand il fermait l'œil sain , différentes images voltiger au devant de son orbite vide, comme des lumières , des cercles de feu, de nombreux personnages dansans (1). On avait déjà remarqué souvent des phénomènes analogues sur des personnes totalement aveugles (2). fl paraît découler de là que les affections des fibres nerveuses du nerf optique ne sont employées que dans le cerveau à la construction d'un champ visuel , et il s'ensuivrait aussi , comme conséquence , que toute la mosaïque de la rétine serait représentée dans le sensorium par un nombre correspondant de fibres nerveuses , ce dont o-n ne peut donner la démonstration empirique.
Le conflit entre les parties igi-minales et les parties centrales de l'appareil visuel est donc encore fort obscur , et nous sommes obligés de nous en tenir au fait que tout ordre régnant parmi ce que nous voyons dans le champ visuel , dépend de l'ordre des particules de la rétine qui viennent à être affectées.
(1) De fungo meduUari^ Léipzick, 1834.
(2) MiJLLER , Ueher die phantastischen Gesichtsserscheinunyen , Coblentz, 1826.
B. Grandeur du champ visuel dans la représentation.
La grandeur du champ visuel dépend de celle de la rétine ; car 00 ne saurait jamais voir en même temps plus d'images qu'il n'en peut tenir à la fois sur la rétine entière. En ce sens, la rétine sentie par le sensorium est le champ visuel luimême. Mais, pour la représeniation de celui qui voit, le champ visuel n'a point de grandeur déterminée , et la représentation que nous avons de l'espace au devant de nous, varie à l'infini , tantôt fort petite, tantôt extrêmement grande. En effet, lareprésentation de ce que nous voyons le projette en dehors de nous , par des motifs qui seront déduits plus tard. Aussi le champ visuel est-il trèsrpeiit quand cette représentation se trouve bornée par des obstacles situés au devant de l'œil , et trèsgrand , au contraire , lorsque la projection hors de nous ne rencontre pas d obstacles. Le champ visuel est très-petit dans la représentation lorsque nous voyons à travers un étroit corps creux placé devant notre œil , grand lorsque nous contemplons un paysage à travers une petite ouverture , plus grand encore quand nous regardons par la fenêtre , et aussi grand que possible quand nous sommes en plein air, où rien ne gêne notre vue- Dans tous ces cas , la représentation de la grandeur du champ visuel diffère beaucoup , et cependant sa grandeur absolue est toujours la même , c'est-à-dire dépendante de l'étendue de la rétine. En effet, comme je l'ai déjà dit , il nous est impossible de jamais voir plus d'images à la fois qu'il n'y a de place pour elles sur la rétine. Cependant , quoique , en regardant un paysage à travers une ouverture, son image entière ne soit pas plus grande que l'ouverture , et occupe sur la rétine le même espace que le pourtour de celte dernière , la réprésentation d'un même champs visuel n'en est pas moins extrêmement variée. Il suit donc de là que l'imagination joue toujours un rôle dans la vision, à tel point qu'on aurait finalement de la peine à établir ce qui lui appar-
lient et ce qui est du ressort de la simple sensation. Si nous pouvions , à l'âge adulte , faire abstraction de l'imagination quand nous voyons, il ne resterait plus que la sensation nue , ce qui est peut-être le cas chez Tenfanî nouveau né. Pour l'enfant , qui n'a encore aucune idée du voisinage ou de l'éloigrement de ce qu'il voit , le champ visuel devrait paraître également grand quand il regarderait dans un tuyau fermé au bout , ou quand il verrait le paysage entier à travers le même tube , mais ouvert. De ces considérations il suit encore que la simple sensation de ce qu'on voit doit être quelque chose de primitif et d'indépendant des représentations. Fig. 53. Tout ce qui apparaît sous le même
angle obtique axb , n'a non plus , sur la rétine , qu'une image de même grandeur ab. Les objets d ^ e ^ f, g, h^ très-difFérens de grandeur et placés à des distances diverses , ont le même angle optique et la même image ab sur la rétine. Cependant leur image diffère beaucoup , pour la représentation , dès que des idées de proche et de loin se sont développées. Car là représentation agrandit successivement le champ visuel de d^ e, f, g, h , et l'image ab de la rétine se trouve peinte par elle à l'âme aussi grande qu'elle le serait si l'objet était vu de près , c'està-dire dans les conditions les plus ordinaires de la vision. D'après cela , un paysage ab peint sur le rétine , sous l'angle optique axb\ peut être représenté ayant des lieues d'étendue, si nous savons que telle est réellement sa grandeur , ou si, de la quantité d'objets connus que nous découvrons en mêmetemps , nous concluons qu'il doit l'avoir. Et de même que des images d'un même angle optique sont représentées diversement grandes dans le champ visuel , de même aussi le champ entier des particules atî'ectées de la rétine , dont la grandeur
absolue demeure constamment la même, est représenté avec des diversités infinies dans son étendue, c'est ce qui fait qu'en contemplant l'image dans une chambre obscure , on la prend pour un paysage vivant , pour le véritable champ visuel luimême, quoique ce ne soit qu'une très-petite image projetée sur une table. La même action de projeter hors de nous dans la représentation fait naître aussi la représentation de la profondeur dans l'espace , idée à la consolidation de laquelle ce qui contribue le plus , c'est que , quand nous marchons en avant, d'autres images s'oflrentà notre rétine, de sorte que nous semblons cheminer, pour ainsi dire , entre des images , ce qui , pour la représentation , produit le même effet que si nous passions réellement entre les objets vus dans l'espace.
Il est donc clair que le champ visuel représenté est extrêmement variable , tandis que celui de la sensation simple dépend absolument de l'étendue de la rétine ou des parties centrales internes de l'appareil visuel dans le cerveau. Ce qui correspond le mieux à ce dernier , c'est k sensation que nous éprouvons dans la rétine quand nous ne nous représentons aucun objet, c'est-à-dire celle du champ noir étendu devant nos yeux fermés , ou la sensation du champ clair également étalé devant nos yeux fermés , quand la lumière passe à travers nos paupières. Ici encore le champ paraît être immédiatement au devant de l'œil ou dedans. Mais dès qu'une représentation quelconque d'objets déjà vus se joint à ce que nous voyons, la projection au dehors a lieu aussitôt , et la grandeur sous laqUell«5 on se représente ce qu'on voit , dépend de l'expérience individuelle. De là les différences dans la taille que divers individus assignent aux arborisations de la rétine qu'ils voient en répétant l'expérience de Purkinje , et dans la dislance à laquelle ces figures leur semblent être de l'œil.
Le sens de la vue se comporte en cela d'une tout autre manière que celui du toucher, à l'égard des objets extérieurs. Pour le toucher, les objets sont immédiatement présens, et la
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mesure de leur grandeur est retendue de notre propre corps avec laquelle ils entrent en conlact. Une table qu'on touche de la main paraît , à Tendroit louché , aussi grande que les parties de la main qui sont affectées par elle ; car ici c'est la partie de noire corps que nous sentons qui nous sert de mesure. En effet, la portion palpante de la main fait partie de la surface semante de notre corps, et la portion touchée de la table paraît aussi grande que la portion palpante de la main le paraît proportionnellement à notre corps entier. Mais toute distinction des parties de notre corps dépend de la possibilité de distinguer dans le sensorium les fibres nerveuses provenant des diverses parties. Dans le sens de la vue, au contraire , les images des objets ne sont que des fractions des objets eux mêmes réalisées sur la rétine, dont les dimensions ne changent jamais. Mais l'acte de la représentation , qui analyse les sensations de la vue, agit en dehors, et par-là élève les images des objets , ainsi que le champ entier de la rétine , à des grandeurs variables ; la seule chose qui demeure intacte , c'est le rapport des images au champ visuel entier, ou des particules affectées de la rétine à la rétine entière.
Volkmann fait remarquer que , dans aucun cas , la rétine ne sent son étendue matérielle , et que même le sens du toucher ne nous procure pas l'intuition de notre propre corporalité. Il se fonde sur les observations de E.-H. Weber , d'après lesquelles la distance entre deux points est très- diversement sentie dans des régions diverses de la peau. D'après cela, il pose en principe que la peau estime la grandeur des objets en prenant pour unité leur distance appréciable. Soit « l'unité de mesure , la grandeur d'un pouce est 12 a; pour le doigt indicateur , et 1 a; pour un point de la région moyenne du bras. Car chaque partie de la peau donne à un objet touché autant de fois Ta grandeur oe qu'elle contient de parties qui sont en état de distinguer w comme chose à part. D'après cette hypothèse , quand je me touche le milieu du bras avec le bout
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du doigt, ce point devrait me paraître douze fois aussi grand avec le bout du doigt qu'avec la peau du bras. Volkmann applique ces vues à la rétine. Il admet aussi que, dans l'estimation des grandeurs, Tuniié de mesure est la dernière distance visible. Cependant les phénomènes observés par Weber se prêtent à une autre explication ,• on peut les concevoir aussi par le mélange ou l'irradiation des sensations ;, qui fait qu'il se produit en quelque sorte des cercles de diffusion.