‹ Physiologie du système nerveux, ou Recherches et expériences sur les diverses classes d'appareils nerveux, les mouvemens, la voix, la parole, les sens et les facultés intellectuellesChapitre 95 sur 136 · I. Formes de l'organe auditif · texte numérisé non relu

I. Formes de l'organe auditif

On ne connaît pas de parties comparables à l'org^ane auditif chez la plupart des animaux sans vertèbres , et l'on peut même douter, pour certains d'entre eux, qu'ils entendent ; car de ce qu'un être réagit à l'occasion de vibrations, il ne s'ensuit pas qu'il a perçu un son , puisque ces vibrations peuvent être senties aussi par le toucher, comme ébranlement (1).

Ce qu'il y a de plus essentiel dans l'organe auditif est, en tous cas , le nerf spécifique de l'audition , qui a la propriété de percevoir les chocs comme son ; vient ensuite un appareil capable de bien conduire ces chocs à l'organe auditif. Mais , toutes les matières conduisant les vibrations sonores comme ondes de condensation, il peut ne point y avoir d'appareil conducteur spécial. On explique ainsi pourquoi il n'a pas été jusqu'ici découvert d'organes particuliers d'audition chez un si grand nombre d'animaux invertébrés. Le nerf auditif, quoiqu'étant seulement appliqué contre les parties solides de

(1) Foyez ^ sur les parties comparées à l'organe auditif, chez les Insectes : CoMPÀEETTi , Observ. anat. de aure interna comparata, Padoue , 1789. — Trevirands, dans Annalen der TVetterauischen Gesellschaft, t. I. — B.ÀUDOHR , dans Magazin der Gesellschaft naturforschender Freunde, Berlin , 1811 , p. 389. — P. Lyonet, Recherches sur l'anatomie et les métamorphoses de différentes espèces dHnsectes, Paris, 1832, in-4, fig.— MuLLER , Physiologie des Gesichtssinnes , p. 437.

la tête, devra sentir les vibrations communiquées à ces dernières, tout comme s'il était étalé sur un appareil spécial. La plus simple forme de l'organe auditif, comme appareil particulier, abstraction faite du nerf spécifique, est celle d'une vésicule pleine de liquide et sur laquelle se répand le nerf. Les vibrations sont amenées à celui-ci ou par les parties dures de la tête, ou en même temps par une membrane tendue au dehors. Telle est la forme qu'on rencontre, parmi les animaux articulés, chez les Crustacés, et parmi les Mollusques, chez les Céphalopodes.

Dans les Crustacés, l'organe est situé de chaque côté, à la partie inférieure de la tête , et près de l'article basai des grandes antennes extérieures. Il consiste en un vestibule osseux, dont la fenêtre extérieure est fermée par une membrane analogue à la membrane tympanique secondaire des animaux supérieurs. La cavité osseuse renferme un sac membraneux plein d'eau, à la surface duquel s'épanouit le nerf auditif.

L'organe auditif des Céphalopodes se compose d'un vestibule cartilagineux, simple excavation du cartilage céphalique, sans fenêtre ni membrane au dehors. On trouve, dans cette cavité un sac membraneux, sur lequel se répand le nerf auditif. Chez le Poulpe , la paroi interne du vestibule est lisse; chez la Seiche et le Culmar, elle est parsemée de petits tubercules mous, ou de prolongemens, qui maintiennent la vésicule nageante. Il y a une concrétion, une pierre auditive, dans l'intérieur de la vésicule (1).

Aucun animal vertébré n'a l'organe auditif aussi simple que ceux dont il vient d'être question. Jadis on croyait que les Lamproies ressemblaient sous ce rapport aux animaux sans vertèbres; mais je me suis assuré qu'elles ont un labyrinthe compliqué et deux canaux semi-circulaires. Du reste, l'or-

(1) Voyez, sur l'organe auditif de l'Ecrevisse et du Poulpe, E. H. WB' BER, De aure et auditu hominis et animalium, L^ipzick ,;1820.

gane auditif suit une progression dans son développement et sa composition, depuis les Poissons jusqu'aux Mammifères (1).

Al. Poissons,

Les Poissons manquent de limaçon et de caisse du tympan. Mais ils ont le labyrinthe membraneux , c'est-à-dire le sinus commun des canaux semi-circulaires, avec son appendice utriculiforme, qui existe la plupart du temps , et des canaux semi-circulaires. Le labyrinthe membraneux est logé, ou en totalité dans la substance du cartilage céphalique , comme chez les Poissons cartilagineux, Plagiostomes et Cyclostomes , ou en partie dans les os du crâne et en partie dans lu cavité crânière, entre le cerveau et la paroi du crâne , comme chez les Poissons osseux, les Esturgeons et les Chimères.

Les principales différences, et les plus essentielles, chez les Poissons, sont les suivantes :

1° Il n'y a qu'un seul canal semi>circulaire, qui revient sur lui-même en forme d'anneau, et dont une partie , celle dans laquelle se répand le nerf auditif , correspond au sinus commun. Ce cas^ qui a été observé pour la première fois par Retzius, est celui des Myxinoides {Myxine etBdetlostoma).

2° Il y a deux canaux semi-circulaires, dont chacun naît du sinus commun par une ampoule à trois tubéi osilés. Les deux canaux convergent en reposant sur la surface du sinus commun, et se réunissent en arcade : sur ce point ils communiquent une seconde fois avec le sinus par une fente ; ce dernier présente en même temps un appendice en forme de sac. Tel est le cas des Petromyzon et àQS Ammocetes (2).

(1) yoy.^ sur sa structure chez les animaux vertébrés et chez l'honiniç, A. ScARPA, Anatomicœ disquisiones déjivditu et olfactu ^ Ticini, 4789, in-fol. 8 pi. — Weber, loc. cit. — G. Breschet , Recherches anatomiques etphy. sur V organe de V ouïe et sur l^ audition dans l'homme et les ani' maux vertébrés, Paris, 4836, in-4, avec 43 pi. — P. -J. Vidal, De laphysiologie de l'organe de Vouie chez l'homme, Paris, 4837, in-8.

(2) G. Breschet, Recherches anat. et physiol, sur l'organe de Voûte d9S poissons , Paris, 1838, in4, avec 17 pi.

Dans ces deux premières formations, le labyrinthe ne contient pas de pierres auditives.

3° Il y a trois canaux semi-circulaires disposés comme chez les animaux supérieurs, c'est-à-dire partant d'un sinus commun ; ce dernier a pour appendice le sac. Dans tous deux on trouve des concrétions , comme chez les Plagiostomes, ou de petites pierres auditives osseuses et dures, comme chez les Poissons osseux ; les unes et les autres sont libres. Le sac ne correspond point au Limaçon des animaux supérieurs et de rhomme, puisque le sinus commun offre, même chez ceux-ci, un petit appendice utriculiforme.

Les Plagiostomesont de plus un prolongement du labyrinthe jusqu'au dessous de la peau.

Chez les Squales, la cavité du ^vestibule cartilagineux se prolonge seule jusque sous la peau, par l'ouverture existante à la région supérieure de la portion occipitale du crâne. Chez les Raies, au contraire, la cavité du labyrinihe cartilagineux et le labyrinthe membraneux se prolongent tous deux jusque sous la peau. Une fosse creusée dans la région moyenne de la portion occipitale du crâne, et qui est tapissée par une peau ou plus mince ou plus épaisse, contient quatre ouvertures, deux à droite et deux à gauche. Chacune des postérieur es conduit au vestibule cartilagineux, et est close par une petite membrane. Chacune des antérieures appariient à la communication avec le labyrinihe membraneux. Entre les deux ouvertures du crâne et de la peau se trouvent effectivement deux sacs membraneux , de chacun desquels la cavité se prolonge jusque dans le sinus comn^n du labyrinthe membraneux par un canal qui traverse l'ouverture du crâne. Ce sinus auditif externe et son canal sont remplis de carbonate calcaire, dont on rencontre aussi des concrétions dans le sinus commun. Laportien de sinus auditif qui adhère à la peau s'ouvre au dehors par trois petits canaux fort étroits, creusés dans les tégumens extérieurs. Les Chimères m'ont offert aussi une ouverture au

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crâne et deux amincissemens correspondans à la peau ; mais l'ouverture mène dans la cavité crânienne, où se trouve placée une partie du labyrinthe.

Chez les Poissons osseux , la communication du labyrinthe osseux avec la surface extérieure à l'aide d'ouvertures au crâne fermées par des membranes , n'a lieu qu'exceptionnellement, par exemple dans deux espèces de Lépidolèpres, suivant Otto (1), et dans le Mormyrus cyprinoides , d'après Heusinger (2).

E.-H. Weber a découvert que le labyrinthe de plusieurs Poissons communique d'une manière indirecte avec la vessie natatoire (3).

Chez certains de ces animaux , tels que les Cyprinus , Silurus et Colites , la communication a lieu par l'iniermédiaire d'une chaîne d'osselets mobiles. Ainsi, par exemple, dans les Cyprins, les deux labyrinthes membraneux, formés du sinus commun, des canaux semi-circulaires et du sac à pierre , sont en connexion , par continuité des membranes , avec un sinus membraneux impair caché dans la base de l'occiput , qui se prolonge postérieurement et de chaque coté en une oreillette membraneuse , laquelle , placée à lu surface de la première vertèbre , a une couverture en partie osseuse. A cette oreillette aboutit le premier osselet conchyliforme ; le dernier est uni avec l'extrémité antérieure de la vessie natatoire.

Chez les Sparoides {Boops et Sargus), il part, de l'extrémité antérieure de la vessie natatoire , deux canaux dont les extrémités en cul-de-sac sont fixées à des ouvertures particulières du crâne que bouchent des membranes.

Dans les Clupées , l'extrémité antérieure de la vessie se

(1) f^oy. MuLLER, Jrchiv, 1836, LXXXIV.

(2) Tiedemann's Zeitsckrifty t. II, p. 86, — Le Lepidoleprus norweyieus n'a pas cette ouverture.

(3) Meckel's Archiv, 1825, p. 324,

prolonge en un canal qui se bifurque. Chacune des divisions pénètre dans un conduit osseux de rocciput ; là elle se bifurque encore une fois. Entin chacun des petits canaux se dilate en une capsule osseuse. L'une de ces capsules contient seule-j ment l'extrémité en cul-de-sac du proioa^enient de la vessie, natatoire; mais, dans l'autre, à ce prolongement en cul-de-sac s'en adosse un du labyrinthe membraneux.

Le labyrinthe du Myripristis communique aussi , d'après. Cuvier , avec la vessie natatoire. Le crâne est ouvert en dessous, et fermé seulement par une paroi membraneuse , à laquelle celte dernière pend.

La caisse du tympan et la trompe d'Eustache des animaux supérieurs , les cavités accessoires du nez( hez ces animaux , les sacs à air des Oiseaux , et la vessie natatoire des Poissons, appartiennent du reste à une même classe , attendu qu'ils doivent naissance à des prolongemens pleins d'air du tube respiratoire et intestinal , qu'ils continuent plus tard de communiquer avec ces cavités par des conduits ou des ouvertures , ou qu'ils s'en isolent complètement comme la vessie natatoire de plusieurs Poissons, dont, avec le temps, s'ellace le canal de communication avec le pharynx.

B. Reptiles.

A partirdes Poissons, on trouve généralement au labyrinthe deux fenêtres qui tantôi ne communiquant point avec une caisse du tympan, sont seulement couvertes de peau et de muscles, et rappellent alors les deux prolongemens du labyrinthe conduisant sous la peau qui se voient chez quelques Poissons, tantôt sont en communication avec une cavité ivaipanique contenant de l'air. Le labyrinthe membraneux est situé en totalité dans 1 intérieur des os du crâue. L'eau de ce labyrinthe ne contient que rarement de peîites pierres auditives , comme chez quelques Reptiles, notamment ceux qui se rapprochent des Poissons (A/e/j<?i&r««o^«*). La plupart du terap* il. 3 1

4^2 DES FORMES ET DES PaOPRlÉlÉS

on n'y trouve qu'une es{3èce de lait produit par des cristaux calcaires microscopiques.

La structure des organes auditifs offre de plus grandes variétés encore dans la classe des Reptiles. Chez ceux à peau nue, comme chez ceux à peau écailleuse , il y a des l'amilles totalement dépourvues de caisse du tympan , et d'autres qui en ont une , avec une membrane dn tympan et une trompe d'Eustache ; mais les Reptiles de ces deux catégories diffèrent absolument sous ce point de vue que les nus n'ont qu'une seule fenêtre au labyrinthe et manquent de limaçon.

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