C. Oiseaux
L'organe auditif des Oiseaux ressemble à celui des Crocodiles et des Lézards sous la plupart des rapports, par exemple dans la structure de la caisse du tympan , de la columelle et du limaçon. La caisse du tympan amène de l'air aux cavités des os de la tête, ce qui agrandit le volume des parois résonnantes. Le hmaçon n'est point contourné ; c'est un canal presque droit , et terminé en cul-de-sac , qu'une cloison membraneuse très-délicate partage en deux conduits , la rampe du tympan et celle du vestibule. La cloison est tendue dans
(1) Foij. Mdller, dans Tiedemann V Zeitschrift, 4. 2.
un cadre cartilagineux qui se réflchit en forme d'utricule vers l'extrémité , et qui se comporte envers la lamelle de la cloison comme l'empeigne d'une pantoufle à l'égard de la semelle. La courbure de cette espèce de bouteille est continuée, sur toute la longueur du limaçon , par une membrane vasculaire plissée en travers. Ces plis ou rides sont ce que Treviranus a le premier décrit comme autant de petites lamelles isolées représentant des touches de clavecin. Le sinus commun des canaux semi-circulaires et la bouteille du limaçon contiennent une poudre cristalline de carbonate calcaire (1).
D. Mammifères.
L'organe auditif des Mammifères ne diffère en rien d'essentiel de celui de l'homme , et les différences de détail n'ont point , quant au plus grand nombre , assez d'importance physiologique pour que nous devions les mentionner ici. Le limaçon est toujours contourné , et possède une lame spirale , en partie osseuse , en parue membraneuse , qui court autour de la columelle. Il n y a que celui de l'Ornithorhynque et de l'Echidné qui ressemble, sous tous les rapports , à celui des Oiseaux. La caisse du tympan d'un grand nombre de Mammifères représente une grande vésicule osseuse , qui est fermée la plupart du temps par l'os tympauique. Chez beaucoup de ces animaux , elle se prolonge dans d'autres os limitrophes (2). Quelques uns ont aussi un tympan supérieur, attendu que le rocher fait une saillie vésiculaire en haut et en arrière , comme dans les genres Pedetes , Dipus et Macrosceîides. De cette manière , les espaces résonnans se trouvent agrandis. Les Cétacés et l'Ornithorhynque n'ont point d'oreille externe : la trompe d'Eustache des Dauphins s'ouvre dans le
(1) HuscHKE , dans Mulier Jrchiv , 1835, p. 335. — G. Brescuet , Recherches anat.et phys. sv,r V or ijane de V audition chez les oiseaux, Pans, 1836, in-8, avec 8 pi. m-4.— Muller Archiv, 1837, LXIV.
(2) HA6£KBikCH, Die Paukenhœhle des Sœu g ethiere ,Bài\e, 1835,
486 DES FORMES ET DES PROPKlÉlés
nez , et le conduit auditif externe des Mammifères totalement aquatiques est extrêmement étroit.
J'ai fait connaître ailleurs les observations de Treviranus et de Goltsche sur la distribution des nerfs dans le Limaçon. De même que les fibres nerveuses s'y répandent sur la lame spirale , pour être entourés de deux côtés par la lymphe labyrinthique , de même aussi , d'après la découverte de Steifensand (1)^ ils s'épanouissent, dans les ampoules, sur une saillie , qui ne traverse pas l'ampoule de part en part , mais ne fait que s'élever dans son intérieur. Dans l'ampoule des Mammifères, il y a un renflement transversal, formant une cloison incomplète , qui correspond à l'épanouissement du nerf. Chez les Oiseaux , au contraire , on trouve sur cette cloison deux branches libres , l'une supérieure, l'autre inférieure , qui se terminent en forme de bouton , de manière que le tout représente une croix, dont les branches transversales sont adhérentes, tandis que les branches perpendiculaires sont libres. Dans la Tortue, la cloison , comme renflement , présente seulement dans le miheu une espèce de bosse. La cloison de l'ampoule antérieure repose obliquement sur la paroi de l'ampoule , et n'a point de bosse : dans l'ampoule externe il n'existe qu'une moitié de la cloison. Chez le Crocodile et les Lézards l'ampoule extérieure est comme dans la Tortue ; les autres ont la conformation en croix dans l'intérieur. La cloison des Poissons est un pli transversal renflé en bourrelet.
Toutes les dispositions acoustiques qu'on observe dans l'organe de l'ouïe ne sont que des appareils conducteurs du son , de même que celles qu'on voit dans l'œil sont des appareils conducteurs de la lumière. Comme toute matière quelconque conduit les ondes sonores , il faut que Taudiiion soit possible même dès les plus simples conditions , car tous les entourantes matériels du nerf auditif doivent nécessairement lui amener
(1) MuiLF.R, Arckiv , 1835, p. 71.
DES OKGANES AUDITIFS. 4^7
le son. Dans l'œil, il fallait une certaine construclioa pour diriger les ondes lumineuses de manière à ce qu'elles prissent sur le nerf la même disposition que celle qu'elles affectent en partant de l'objet. Cette précaution était inutile pour l'organe auditif. Tous les milieux conduisent sans le moindre trouble, et malgré les croisemens les plus variés , les ondes sonores les plus diversifiées eu égard à leur direction comme à leur succession ; pourvu que ces ondes viennent à rencontrer l'organe et son nerf, elles arrivent infailliblement à la perception. La structure entière de l'organe auditif ne peut donc tendre qu'à un seul but, celui de faciliter la transmission des ondes et de les multiplier par résonnance. Or, tous les appareils acoustiques de l'organe se laissent effectivement ramener à ces deux principes.
Pour l'audition en elle-même, il n'est donc besoin ni de membrane du tympan , ni d'osselets de l'ouïe , ni de limaçon , ni de canaux semi-circulaires, ni même de vestibule et de lymphe du labyrinthe. Aussi toutes ces parties peuvent-elles manquer. L'organe auditif des animaux sans vertèbres est déjà réduit a une simple vésicule , qu'on ne rencontre même pas chez beaucoup d'entre eux , où le seul nerf spécifique paraît suffire. Tout corps conduit des ondes : le corps d'un animal et les entourages immédiats du nerf auditif les reçoivent dans le même ordre que le milieu conducteur du son les propage. On ne peut donc pas même prétendre que l'aptitude à distinguer l'acuité et la force relative des ondes exige des appareils particuliers ; mais la netteté et l'intensité absolue des sons augmLUtent à mesure que l'organe se développe davantage sous le point de vue acoustique.
La meilleure manière de comprendre la destination de ces appareils, est de les suivre depuis leurs formes les plus simples jusqu'aux plus compliquées, et d'examiner ce qui s'y ajoute peu à peu. On apprend ainsi à connuître ies'circonstances qui
sont indépendantes de telle ou telle autre , et celles qui sont étroitement liées ensemble.
III. Transmission du son jusqu'au labyrinthe chez les animaux qui entendent dans l'eau.
Chez les animaux qui vivent dans Tair, les ondes sonores de loir arrivent d'abord aux parties solides de l'animal et de l'organe auditif, et de là elles passent à la lymphe du labyrinthe. La force de l'ouïe d'un animal qui vit et qui entend dans Tair doit donc dépendre du dejjré auquel les parties solides de son organe auditif sont aptes à recevoir des ondes aérie^iues, de la diminution que les excursions de molécules vibrantes éprouveni au moment où les vibrations passent de Tair dans les parties extérieures de Torgane auditf , et du de- .gré d'npliiude de la lymphe labyrinthique à recevoir des vibrations des parties externes de l'organe auditif. La portion extérieure toiu entière de l'organe d'audition est calculée, comme nous le verrons , dans la vue de rendre plus facile la transmission des vibrations de l'air à des parties solides, transmission qui présente en elle-même des difficultés.
Chez les animaux qui vivent et qui entendent dans l'eau, le problème est tout autre. Le milieu qui transmet les vibrations sonores est l'eau ; il les amène aux parties solides du corps de l'animal , d'où elles parviennent encore une fois dans l'eau, dans la lymphe du labyrinthe. Ici l'intensité de l'ouïe dépend du degré d'aptitude qu'ont les parties solides de l'organe auditif, que les ondes sonores doivent traverser en premier lieu, a recevoir des ondes de l'eau ambiante , pour les transmettre de nouveau à de l'eau , et de la diminntion que les excursions des molécules vibrantes éprouvent pendant ce passage. Nous verrons encore ici que toufo la partie extérieure de l'organe auditif est calculée dans le but de faciliter celte transmission.
Gomme la transmission des ondes de l'air à des corps so-
lides, et celle de ces mêmes ondes de Teau à des corps solides , sont fart inégales , et qu elles sont fortifiées par des moyens fort différens , la nature a eu besoin de déployer pour cela des appareils tout autres dans la partie extérieure de l'organe auditif chez les animaux qui entendent dans l'air et chez ceux qui entendent dans Teau, tandis que la partie interne de l'organe pouvait avoir et a effectivement beaucoup plus d'uniformité dans les deux cas. En général , le problème est plus simple chez les animaux qui vivent dans Teau. Le cheminement des vibrations, depuis le milieu extérieur jusqu'au nerf, a lieu par trois conducteurs successifs , mais dont deux sont semblables , savoir d'abord Veau extérieure, puis les parties solides de l'animal et de l'organe auditif, enfin Teau du labyrinthe. Chez les animaux aériens, ce cheminement s'opère aussi à travers trois milieux différens tous les uns des autres : ce sont l'air, les parties solides de l'animal et de l'organe auditif, et l'eau du labyrinthe. C'est cette circonstance, sans qu'il soit nécessaire d'en chercher d'auti^e, qui fait que l'organe auditif des animaux aériens l'emporte généralement en complication sur celui des animaux aquatiques. Comme l'organe auditif de ces derniers, des Poissons par exemple, est d'ordinaire totalement entouré de parties solides, la première question qui se présente à résoudre est celle de savoir ce qui se passe pendant que des ondes sonores passent de l'eau dans des parties solides et sortent de celles-ci pour rentrer dans l'eau. Lorsque des ondes d'air sont transmises à des corps solides , une diminution considérable a lieu dans l'amplitude des excursions ou des chocs des molécules vibrantes , tandis que la communication des ondes de l'air résonnant à l'air, et celle des ondes d'un corps résonnant solide à d'autres corps solides, s'accomplissent sans la moindre diminution. Le plein son d'un corps solide, d'une corde par exemple (sans caisse résonnante), ne s'entend que quand des corps solides le conduisent du corps solide gêné-
rateur aux parues solides de Tor^jane auditif, comme lorsqu'on interpose une verge entre le chevalet de la corde et Toreille externe bouchée. Mais s'il y a de Tair entre le corps solide qui produit le son et l'oreille , le son est faible , parce que la transmission des ondes s'opère difficilement d'un corps solide à l'air , et qu'en pareil cas elle ne peut s'accomplir sans une diminution dans l'amplitude des excursions des particules vibrantes ou de l'ébranlement. Par contre , le son de l'air qui résonne , comme celui d'un instrument à vent , est parfaitement propagé par l'air, et porté par lui à l'organe auditif, mais il ne se communique à des corps solides que difficilement et avec une diminution de l'intensité des ébranlemens. Aussi n'entend-on jamais mieux le son d'un sifflet qu'en appliquant à l'oreille bouchée une verge qui s'étend jusqu'au voisinage de l'air résonnant. En est-il de même lors du passage des ondes de l'eau dans des corps solides? Y a-t-il également ici diminution de l'ébranlement? On n'a point encore fait de recherches à cet égard. L'imperfection dans laquelle a langui jusqu'à présent l'acoustique des organes auditifs, qui, pour parler plus exactement, existe même à peine, m'a déterminé à entreprendre une série d'expériences , dont je vais donner ici les résultats.
I. Les corps solides reçoivent de l'eau , douées d'une plus grande force , les ondes sonores produites dans ce liquide luimême.
On emplit d'eau Jusqu'au bord , un vase de verre , de porcelaine , ou de bois. Une soucoupe nage sur l'eau , sans toucher le vase. On produit un son en faisant tomber un corps dans cette soucoupe. Si l'on se bouche bien les oreilles avec des boulettes de papier tordu , dont on a préalablement mâché le bout introduit dans le conduit auditif, et dont l'autre extrémité sèche sort de Toreille, on n'entend le son que très-faiblement à travers l'air ; mais , à travers une baguette de bois, ou mieux un tube de verre appuyé sur le corps solide qui
résonne et sur le bouchon de l'oreille, on Fentend extrêmement fort. Si ensuite on plonge dans l'eau du vase la baguette tenue contre l'oreille , pendant qu'on laisse tomber quelque chose dans la soucoupe , on entend de l'eau un bruit très-fort et pur, tel qu'il est propre à la soucoupe , et beaucoup plus fort que celui qui est transmis par l'air. Dans ce cas , les ondes sonores passent de la soucoupe , ou du corps solide, à l'eau , puis de l'eau à la baguette , et ensuite à l'organe auditif. On voit , d'après cela , non seulement que des corps solides qui résonnent transmettent leurs ondes sonores à l'eau avec une grande force , mais encore que l'eau les rend avec plus de force au corps solide, au bâton , par le moyen duquel on les entend. En tenant la baguette dans l'eau pendant l'expérience, ou touchant avec elle la paroi du vase extérieur, les conditions sont à peu près les mêmes. Le son passe de la soucoupe dans l'eau, et de celle-ci dans la baguette, soit immédiatement , soit par l'intermédiaire d'un second corps solide. Dans ce dernier cas , le son peut être un peu plus fort , parce qu'il faut alors faire entrer en ligne de compte la résonnance du vase extérieur.
II. Les ondes sonores de corps solides se transmettent avec plus de force à d^autres corps solides mis en communication avec ceux-ci^ quà Veau ; mais la transmission des ondes a bien plus d'intensité quand elle s^ opère de corps solides à Veau , que quand elle s'accomplit de corps solides à l'air.
Ce théorème découle très-facilement de l'expérience précédente. Car le son n'est jamais plus fort que quand la baguette communiquant avec le bouchon de l'oreille appuie sur la soucoupe flottante pendant qu'on fait sonner celle-ci. Le son de l'eau qui environne la soucoupe, et dans laquelle on plonge la baguette , est déjà beaucoup plus faible. Mais l'air conduit le son bien plus faiblement encore , puisque celui qui arrive au bouchon de l'oreille par son seul intermède , est trèsfaible proportionnellement au son qui , de la soucoupe elle-
même ou de Teau , vient à Tobturateur par le moyen de la baguette.
m. Les ondes sonores de tair se transmettent très-difficilement à Veau^ et avec bien plus de difficultés qu elles ne marchent dvns Cair ; mais elles se communiquent très-facilement à ce liquide par l'intermédiaire d'une memhrane tendue.
Personne n'ignore qu'on entend dans l'eau les sons qui sont excités dans l'air. Mais un autre fait que j'ai observé me semble avoir un grand intérêt : c'est qu'une membrane tendue , en contact avec l'eau et l'air à la fois , facilite à un degré extraordinaire le passage des ondes aériennes dans l'eau. Si je fais souffler dans un sifflet en laiton ou en bois , long d'un pied , et sans trous latéraux , de telle manière que l'extrémité inférieure plonge dans l'eau , et que je me bouche les deux oreilles, je n'entends que irès-f:iiblement le son au moyen de la baguette plongée dans l'eau , alors même que la surface du liquide est perpendiculaire à l'axe du sifflet, et que par conséquent les ondes aériennes choquent l'eau d'une manière verticale. Mais si le bout inférieur du sifflet est entouré d'une membrane mince (vessie de cochon), qui soit peu tendue, qu'on plonge cet instrument dans l'eau , et qu'on souffle dedans , j'entends le son très-fort avec la baguette plongée dans l'eau et appuyée sur l'obturateur de mon oreille , principalement lorsque la baguette se trouve dans la direction du mouvement ondulatoire, ou dans celle du sifflet. Les sons que je discerne ainsi sont irès-éclalans. Ceux qui conviennent le mieux pour l'expérience sont le son fondamental que le sifflet rend lorsqu'on y souffle aussi faiblement que possible, ou aussi l'un des sons moyens. On emploie pour conducteur une baguette de bois , ou mieux au tube de verre, d'un diamètre de six à huit lignes , dont on tient les parois parallèles à la direction des ondes sonores de l'eau. Si , tout en tenant le tube appliqué à l'oreille bouchée, on le promène çà et là dans l'eau , le son ne manque jamais de se renflor beaucoup chaque fois
DES ORGANES AUDITIFS. /^gZ
qu'il passe devant la membrane du sifflet. Cet appareil est indispensable dans les expériences suivantes sur l'audition dans Teau et sur la valeur acoustique de chacune des parties de l'organe auditif : il m'a rendu les plus grands services, et sans lui je ne serais arrivé à aucun résultat. Pour les sons aigus des sifflets le renforcement est peu ou point perceptible*
L'expérience qui vient d'être rapportée , prouve aussi que la propagation du son se comporte dans l'eau comme dans l'air, c'est-à-dire que les ondes d'imptilsion sont plus fortes dans la direction de l'impulsion primordiale, quoique les ondes soient aussi , généralement , circulaires ou spliériques.
IV. Des ondes sonores, qui se propagent dans l'eau et gui traversent des corps solides limités , ne se communiquent pas seulement avec force au corps solide , mais encore résonnent des surfaces de ce corps dans Vrau^ de manière que le son dans l'eau ^ au voisinage du corps solide ^ est encore entendu fort là oh il devrait être plus faible d'après la seule transm,ission dans Veau.
En exécutant l'expérience rapportée dans le paragraphe précédent, l'observateur dont les oreille^ sont bouchées, et qui se sert d'un condiK^teur plongé dans l'eau suivant la direction d'un sifflet fermé à son extrémité par une membrane et plongé également dans le liquide , entend le son de cet instrument très fort, lorsqu'il ne se trouve que de l'eau entre le bout du sifflt^t et le conducteur. Vient-on à interposer entre ces deux derniers corps une petite et mince planchette en bois , de manière que les ondes sonores aient à traverser de l'eau, puis la planchette, enfin de l'eau encore, pour parvenir jusqu'au conducteur, on entend le son , dans la direction du sifflet, avec autant ou presque autant de force que si la planchette ne se trouvait pas là ; mais on l'entend aussi avec assez de force , au voisinage des surfaces de la planchette entière , lorsque , sans toucher à celle-ci , le conducteur n'est mis en rapport qu'avec l'eau qui en avoisine les surfaces. Là
le son est plus fort que dans le reste de Teau. Ce renforcement a lieu dans le voisinage de toutes les parois de la planchette, et on le remarque encore à une assez grande distance de la direction principale de Tébranlement. Si l'on éloigne la planchette résonnante, le son n'est fort qu'aux endroits placés vis-à-vis du point sur lequel porte le choc des ondes du sifflet, La résonnance des parois du vase contenant l'eau est notable aussi dans leur voisinage, lorsqu'elles sont en bois.
Y. Des ondes sonores qui se propagent dans Veau subissent aussi une réflexion partielle de la part des parois du corps solide.
Cette proposition, qui nous servira dans l'acoustique du labyrinthe , a besoin d'être déjà développée ici. L'appareil précédemment décrit est celui à l'aide duquel on parvient le mieux à se convaincre de la réflexion partielle des ondes sonores dans l'eau. On plonge dans Teau d'un grand vase le sifflet fermé par une membrane. Ce vase contient un cylindre de verre , long de six pouces , fermé à Tun de ses bouts , et également plein d'eau, qu'une personne embrasse aVec ses mains, et tient de manière à ce qu'il ne touche point les parois du vase. On enfonce l'extrémité du sifflet dans l'orifice du cylindre, et l'on souffle faiblement dedans, pour en tirer le son fondamental. En tenant alors le conducteur dirigé aussi vers l'orifice du cylindre, sans qu'il touche ni ce dernier ni le sifflet, on entend , avec îson secours , le son des ondes d'eau avec tout autant de force que s'il était opposé à l'orifice du sifflet. Cette force du son est une suite non pas seulement de la résoiiiiance du cylindre , mais encore de la réflexion que ses parois déterminent : car elle reste la même quand on a rendu la résonnance du cylindre aussi faible que possible en le couvrant intérieurement d'une couche de suif, et assourdissant ses parois extérieures en les embrassant avec les deux mains. Au contraire , le son dans l'eau est beaucoup plus faible dans le liquide qui entoure le cylindre à l'extérieur.
VI. De minces membranes conduisent le son dans l'eau sans affaiblissement , qu elles soient ou non tendues.
Si l'on placé , dans l'eau , une cloison membraneuse entre le bout du sifflet fermé par une membrane et le conducteur tenu dans la direction de' ce dernier, on n'aperçoit pas la moindre différence dans la force du son , tandis qu'il est partout faible dans les directions latérales. J'employai d'abord pour cloison une membi ane tendue , un morceau de vessie de cochon étendu sur un lar^^e anneau. Mais les membranes non tendues , et simplement suspendues dans l'eau , donnent le même résultat. J'appliquai l'une sur l'autre plusieurs couches de vessie de cochon séchée et ensuite ramollie , je les comprimai ensemble , pour exprimer l'air compris entre elles, et je suspendis le tout dans l'eau. Alors même tjue la cloison se composait de quatre à huit lamelles superposées , je remarquais encore un peu de renforcement dans la direction du sifflet. Un plus grand nombre de membranes le rendait nul. Un morceau de peau humaine et la paroi de l'utérus d'une femme enceinte , qui avait trois lignes de diamètre , empêchaient tout renforcement, lorsqu'on les employait comme cloison, et le son n'était pas perçu derrière ces corps avec plus d'intensité que dans tout autre point de l'eau situé en dehors de la direction principale des ondes.
.^Vll. Les propositions III^ IV et VI expliquent le phénomène de la transmission du son chez la plupart des animaux qui vivent dans Veau et ne respirent point l'air.
Lorsqu'aprèsnous être bien bouché les oreilles, nous écoutons les ondes sonores de Teau au moyen d'un conducteur en bois, nous nous plaçons précisément dans la situation du poisson, et nous entendons les sons de la même manière que lui. L'immersion de la tête dans l'eau est une chose inutile, et qui d'ailleurs ne permet pas de se livrer avec calme à l'observation. Le conducteur solide agrandit les parties solides de notre tête, et, comme chez le Poisson , les expose immédiatement
4g6 DES FORMES ET DES PROPRIETES
aux ondes sonores de Teau. Le labyrinthe simple ou composé des animaux qui vivent dans i'eau , tantôt est entouré de tous côiés parles cartilages et les os du crâne, comme chez les Céphalopodes , les Cyclostomes et les Poissons osseux, tantôt communique avec la surtace du corps de l'animal, et la communication a lieu au moyen d'une membrane , telle que la membrane tendue au devant de la capsule auditive des Crustacés, ou la peau amincie qui couvre la fenêtre des Plagioslomes, à la surface de la léte. Du reste, les os de la tête sont susceptibles aussi de résonnance dans l'eau, c'est-à-dire que les vibrations qui leur sont communiquées éprouvent une réflexion partielle de la part de leurs surfaces , et forment en eux-mêmes des ondes rétrogrades qui profitent au labyrinthe. Cette conséquence découle des faits mentionnés dans le quatrième paragraphe. Chez les Squales et les Raies, à squelette cartilagineux et mou , cette résonnance intérieure des parties solides de la tête est peut-être moindre que chez les Poissons osseux, et c'est peut-être là aussi ce qui a rendu nécessaire chez ces animaux la communication du labyrinthe avec la surface du corps par le moyen d'une membrane tendue sur une fenêtre. Dans les Cyclostomes , la capsule auditive fait partie des pièces solides du squelette; chez eux, elle est recouverte en outre par des muscles , qui doivent diminuer le pouvoir conducteur du son.
YIII. Des masses d'air résonnent dans l'eau par des ondes sonores lorsque Cair est renfermé dans des membranes ou des corps solides , et produisent par- là un renforcement considérable du son.
Une personne était chargée d'exciter dans l'eau , au moyen du sifflet fermé par une membrane , des ondes sonores ayant une direction déterminée , tandis que , plongeant le conducteur dans le liquide , je le dirigeais vers mon oreille bouchée. Je suspendais alors dans l'eau , avec mes doigts, entre l'extrémité libre du sifflet et le , conducteur , la vessie natatoire
d'un Gardon, de manière à ce qu elle ne louchât ni l'un ni l'autre. Dans ce. cas, le son perceptible avec le conducteur devient beaucoup plus fort que quand les ondes sonores ne parviennent à ce dernier, tenu d'ailleurs à la même distance, que par le seul intermédiaire de l'eau. Ceci prouve deux choses j d'abord, qu'au moyen de membranes interposées, le son passe très-facilement de l'eau à l'air et de l'air à l'eau , sans subir d'affaiblissement ; ensuite, que, quand l'air est en même temps renfermé dans une membrane entourée d'eau de toutes parts , le son est singulièrement renforcé par la résonnance de cet air limité, attendu que les ondes sonores sont en partie réfléchies par les limites de l'air, et que de là naissent des ondes sonores plus fortes.
IX. Des membranes remplies tï air résonnent dans Veau^ alors même que les ondes sonores sont communiquées à la vessie par des corps solides.
Si l'on fixe la vessie natatoire d'un Gardon dans la fente d'une baguette , qu'on tienne celle-ci appliquée aux parois d'un vase , de manière que la vessie soit libre dans l'eau , et qu'ensuite on pose un diapason résonnant sur le bord du vase, le conducteur mis en communication avec i'oreilie bouchée , fera entendre les ondes sonores transmises à Teau avec beaucoup plus de force au voisinage de la vessie , que dans tout autre point du liquide placé à une même distance du lieu d'où part le son , et le son est aussi fort que si l'on rapprochait le conducteur des parois du vase dans l'eau.
Avec un air plus condensé , cette résonnance doit être plus forte» C'est ce qui suit déjà de la loi connue de la transmission du son dans l'air, savoir que l'intensité augmente avec la densité de l'air, et que le son d'une cloche s'affaiblit jusqu'à devenir imperceptible dans un espace où l'on raréfie l'air. Cependant les expériences directes avec une vessie natatoire n'indiquent qu'une très-petite différence lorsque l'air est comprimé et lorsque le sac est flasque. Pour faire l'expérience , j'attachais la vessie au tube d'une bonne seringue , à l'aide de