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Epilogue qu’il était fort important d’écrire

oici un chapitre qu’il nous était impossible de ne pas écrire, — notre conscience et notre éditeur nous en faisaient un devoir, — plus qu’un devoir même, une loi ; — et pourtant jamais auteur tenant en ses doigts une plume de sir Perry ou une vulgaire plume d’oie ne fut plus embarrassé que l’infortuné jeune homme blond qui tient en ce moment la plume qui griffonne les mots que vous lisez présentement.

Au moment de rédiger cet épilogue je regrette vivement de ne pas avoir écrit un prologue, cela serait revenu absolument au même *

— mais , hélas ! ma mauvaise étoile a voulu que je ne prisse pas mes degrés littéraires à l’école de M. Bouchardy , qui ne procède jamais que par mélodrames en cinq actes dont un prologue!

Enfin n’importe ! — ce qui est fait est fait ,

— maxime aussi vieille que désolante , car elle me rappelle que ce qui n’est pas fait reste à faire , — et que , par conséquent, je dois vous confier mystérieusement le motif palpitant d’intérêt qui m’a fait écrire le présent chapitre xv intitulé Épilogue. — Titre que vous devez trouver réellement très-joli , à moins que vous ne soyez enclin vous-même à épiloguer sur les mots !

Mais je vous entends me crier : — au fait !

— tellement vous êtes pressé de connaître le fond du sac de ce mystérieux épilogue.

Et pourtant plus je vous vois impatient et plus je crains d’y arriver, à ce terrible mot du logogriphe.

Non pas qu’il soit capable de me faire traduire en police correctionnelle comme atten-

tatoire à la Majesté royale , aux bonnes mœurs, ou à la garde nationale !

Je vous prie de croire que sous ce triple rapport j’ai l’innocence d’un garde municipal , — à cheval encore !

3Jais cela n’empêche pas que je ne sois fort embarrassé !

Car enfin , je ne vous connais pas assez pour savoir comment vous prendrez la chose; — je dirai mieux , c’est que probablement je ne vous connais pas du tout , — sauf cette légère liaison qui a existé entre nous durant cent vingtdeux pages.

Il est possible que vous soyez nerveux , susceptible , très - maussade , — tout ceci n’est qu’une pure supposition ; — car, du moment où vous achetez ces petites physiologies , il y a beaucoup, énormément, à parier que vous êtes jovial , spirituel , bon garçon , — enfin pétri de qualités ; — excusez ma franchise.

Oui, mais sur cent lecteurs ne viendrais-je qu’à en rencontrer un seul doué du premier caractère peu caressant décrit plus haut , que je redouterai encore beaucoup la mauvaise humeur de ce monsieur , si ma révélation ne lui plaît pas.

Ah! bah! tant pis après tout! — Il en sera quitte pour jeter le volume par la fenêtre, et la maison Aubert gagnera probablement vingt sous à cet accès de colère , car un lecteur aussi désagréable doit être avare, — probablement il aura tout simplement emprunté à un de ses amis la Physiologie du tailleur ; — et une fois le volume dans la rue, du diable si quelqu’un le lui rapporte. — Notre lecteur maussade , colère et avare sera donc obligé d’acheter un nouveau volume pour remplacer celui qu’il aura détruit, — et ce sera bien fait!

Aussi je ne vais pas plus long- temps par quatre chemins, et je vous dirai donc , — avec tous les respects que je vous dois , madame ! — car cette idée ne m’était pas encore venue : il est fort possible que mon lecteur soit une lectrice, une jolie lectrice aux cheveux blonds et aux yeux bleus , — ou bien encore aux yeux noirs et aux cheveux bruns, — ou bien encore aux cheveux noirs et aux yeux bleus , — ce qui est infiniment plus rare. — NJ ais n’importe la nuance, madame, je vous trouve charmante ; et peu s’en est fallu que je ne vous * appelasse mademoiselle ! — car on jurerait que vous n’avez que dix-huit ans , — c’est-à-

dire que je ferais plus que de le jurer, — je le parierais.

Mais en eussiez -vous vingt -cinq que je trouverais que c’est encore un âge adorable ; — si vous en avez trente , je ne continue pas moins à me jeter à vos genoux!

Vous en avouez trente-cinq? Ah diable!

alors je me relève, car alors si vous vous en donnez trente-cinq, je pourrais être surpris par monsieur votre fils, lieutenant de sapeurs ou de carabiniers ; — il me prendrait pour votre cordonnier ; — ça ne me blesserait pas, — mais enfin chacun son état.

Ah çà ! où en étions-nous de notre conversation ?

M’y voilà ! — j’étais en train de vous apprendre le mystère du chapitre xv et dernier. -

Eh bien ! puisqu’il n’y a plus moyen de reculer , — et d’autant mieux que je m’aperçois que tout en reculant je suis arrivé à mon but , — je vous révèle , — oh ! mais sous le sceau du secret, — et uniquement à vous seul , — que ce présent épilogue a été écrit dans l’intention , dans l’unique intention — de remplir quatre pages qui étaient restées en blanc !

Ah! j’en étais sûr! — voilà les nerfs de mon lecteur maussade qui font leur jeu , — il ouvre la fenêtre , — il lance le volume dans la rue ! — gare ià -dessous !

En voilà une d’humiliation pour un auteur!

Si je me donnais un conseil, ce serait de me brûler immédiatement la cervelle ; — mais je ne me le donnerai pas!

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