‹ Physiologie du théatreChapitre 17 sur 28 · MT8I0L0G1K DU THÉÂTRE · texte numérisé non relu

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il y avait foule là, parce qu'on célébrait un mariage, celai d'un homme riche.

FRANCMESNIL.

Le mien, monsieur.

MARCEL, au comble de la surprise.

Le votre?

FRANCMESNIL.

Oui; un intérêt de position et de fortune me forçait à trahir la foi que je lui avais jurée, à elle , Caroline AUard !

MARCEL , avec la plus profonde douleur.

Mon Dieu ! mon Dieu ! pas même un refuge dans le passé ! pas même un jour de vertu ! le mensonge depuis le premier serrement de mains , depuis le . premier sourire... mais c'est affreux!... et c'est vous qui m'enlevez tout à moi, à moi qui n'ai rien qu'elle. . . son cœur, son amour !... mais non, elle ne m'a rien donné... jamais... ah ! si fait! elle m'a donné deux .enfants!...

GAROUNE.

Ne les oubliez pas, Marcel.

MARCEL, sans l'entendre*

Ainsi, depuis des années, le bonheur vous a rapprochés, ici, dans ce domicile clandestin, un bonheur honteux... ainsi elle m'a trahi, elle, pour avoir

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un mari! et lui, il a trahi sa femme pour aToir de l'argent ! et avec Targent il a voulu pour maltresse la femme de Fhomme laborieux !... Je u'avais d'abord de colère et de mépris que pour elle , sans foi , sans pudeur, que pour la parjure... mais est-ce la femme qui vient se jeter à nos pieds? est-ce elle qui pénètre dans l'intérieur d'un ménage pour suborner un mari, pour régler les détails d'une intrigue? {j4 Francmetnil.) C'est donc toi, infâme! qui lâchement, à plaisir, es venu porter le trouble et le désespoir dans ma maison ? Si tu ne me dois rien , es-tu quitte envers le monde, où tu joues un rôle? si tu ne m*as riea promis, n'as-tu pas des obligations envers la société? L'or qui reflète sur tes vices les colore-t-ilà ce point de les faire aimer?... Sais-tu bien que tu m'as fait pleurer, moi, pendant deux ans? sais-tu que la vengeance est douce?... et ma main est bien près de ta joue... tiens, misérable!

(Il lance son bras pour donner un soufflet à Francmesnil , qui l'esquive.

CABOUNE , se plaçant entre eux et à genoux.

Marcel! monsieur! monsieur!

(Pendant tout le complet elle cherche à Parréter.)

MARCEL

Retirez-vous ! il n'appartient qu'à la femme pure de se placer entre deux hommes irrités... baissez les yeux, fermez la bouche; vous n'avez plus l'ascendant de votre sexe... retirez-vous! (Pltis ftêfieuxy à

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fYanomegniL) Eh bien, tn te tais ! ta n'as pas même le courage de i'honnéte homme pour te venger des injures que tu reçois ! il te faut le duel, n'est-ce pas? il te faut des témoins, Téclat, le bruit, les journaux? mais tu n'oserais te battre en duel avec l'ouvrier !... tu lui prends sa femme et tu reçois ses affronts, tu te crois quitte... mais je ne le suis pas, moi ! j'oserai te poursuivre en tous lieux et te traiter ainsi partout, sur le seuil de ta demeure, sur la place publique, en plein soleil. .. Moi, Marcel ! moi, je traînerai ton nom dans la boue, pendant deux ans, s'il le faut, par représailles de ce moment, de cette heure... Ah! (à Caroline) madame, interrogez cette montre que le Toi Louis XV donna pour quelques complaisances à la baronne de Brémont... la mémoire des noms me revient aussi, à moi ! Cette montre ne pouvait lui venir que de toi ; cette montre, en ce moment, elle marque ta dernière heure, malheureux ! et je puis te briser comme elle.

(U arrache la montre de la ceinture de Caroline et la jette avec TÎoIeoce. La porte s'ouvre. M»* de Fraucmesml parait suivie de Gauthier.

Un homme du peuple, sa femine et un jeune élégant , voilà les personnages : pas de pompe ici , rien de ce qui parie aux regards, tout s'adresse à l'âme, et trois salves d'applaudissements partent de tous les rangs de la foule. Nous sommes cependant bien loin du mélodrame ; il n'y a ni emphase de langage , ni invraisemblance de situation ; c'est l'histoire de

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tons les jours qui se retrace sous les yeux de la foule attentive, tremblante; c'est malheureusement aussi l'histoire de beaucoup de gens dans cette foule : les Francmesnils sont aux premières, les Marcels sont au parterre, lesCarolines sont partout, et l'effet est général ! Vous voyez bien qu'on la calomnie , cette foule , quand on ne la croit pas digne du drame simple et littéraire. Encore une fois , nous ne citons pas Marcel comme un modèle , mais comme une tentative heureuse ; le succès obtenu par cette pièce prouve que le peuple comprend vivement tout ce qui a trait à son bonheur. Mais la leçon n'est pas donnée encore an pauvre, si le riche a reçu la sienne. Que deviendra la situation de Marcel ? Se séparera-t-il de sa femme? Il faut de l'argent pour plaider ; la misère et les enfants lient les malheureux jusqu'à la tombe. Caroline est repentante ; mais le repos et l'espérance ne viennent plus parer le ménage du pauvre. N'avoir qu'une chambre , qu'une table , qu'un lit , et ne plus s'estimer , et ne plus pouvoir se regarder en face , voilà les suites de la désunion ! Le coup reçu par Marcel a d'ailleurs produit le découragement , la plus accablante des maladies de l'âme ; l'honnête homme se relâche peu à peu de ses principes ; le bonheur, qu'il ne trouve plus dans son intérieur, il le demande au crime; c'est à son tour d'être coupable : ici le drame et la leçon sont poignants de vérité, ici est toute la pensée de l'auteur. — Marcel est chez lui ; sous un prétexte il s'est débarrassé de

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sa femme , il a besoin d'être seul , car il aime toujours 9 quoi qu'il fasse :

K ... Mon Dieu! je ne pourrai donc pas en finir avec cet amour?... Malgré la trahison il dure!... La voilà- partie... oui, oui, loin d'elle, quand je m'agite pour tromper mes douleurs , c'est sa pensée qui me ramène ici !... j'ai besoin de la voir... j'ai besoin de l'entendre ^ j'éprouve un plaisir secret à lui faire sentir le poids de mes misères... Oh! l'étrangç bonheur !... mais il soutient mon courage , et je ne vis que par lui!... Si je pouvais lui rendre à mon tour les maux qu'elle m'a fait souffrir ! si je pouvais lui faire connaître la jalousie , ce démon qui ne laisse ni sommeil ni repos!... mais jalouse, elle m'aimerait... et elle ne m'a jamais aimé!... Mon Dieu! si je pouvais occuper mon cœur , ma pensée, mon temps, pour une autre qu'elle ! si je pouvais me distraire !... Quand on n'a plus de bonheur, il faut des^ plaisirs... mais les plaisirs coûtent cher... et je n'ai rien! rien! (Jvec amertume.) Vraiment, tout est facile à certaines gens... quand la désunion arrive dans leur ménage, elle s'y loge commodément... l'hôtel est vaste, et l'on y fait deux parts pour toute chose; vis-à-vis du monde le mari voit sa femme , la femme accueille son mari... leur visage est riant; tout est bien parce qu'ils sont riches !... mais nous ! on ne touche pas à notre bonheur que tout ne croule aussitôt... Le pauvre n'a que des vices, lui, s'il

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ce88e d'être heureux ! Ce ii*est pas moi seul qui chan* gérai les choses!... Mais je suis jeune! me fauUil donc renoncer à la vie !... non, non, je sortirai de cet état , j'en sortirai... je le veux !... je yeux l'oubli de mes soufirances , je veux des illusions , je veux du bonheur, je veux des plaisirs !«.» j'en aurai !... de l'argent , j'en aurai ! il y a .mille moyens de s'en procurer. . . le jeu ! ... oui , j'irai jouer. . . ( Ame dèses^ pair.) Je dois être heureux au jeu, moi!... je gagnerai , j'en ai la conviction , je gagnerai une somme... considérable... Alors, en honnête homme je fournirai aux besoins de... Caroline... oui... mes enfants ne manqueront de rien... et moi?... et moi non plus ! ... je veux faire de ma vie une longue suite de plaisirs... je veux que ma femme soit envieusse de ma nouvelle existence... qu'elle me regrette... qu'elle soit punie... qu'elle vienne à son tour chercher vers moi son bonheur!... mais je ne céderai pas... je la verrai à mes genoux sans émotion , sans pitié... Si elle se conduit bien, tant mieux!... si elle se conduit mal, tant pis!... les fautes sont personnelles... J'ai déjà tout combiné... oui, la petite Nina est gentille ; elle n'a pas d'amour pour Gervais, et je crois qu'elle a pour moi une sorte de penchant. . . avec elle , je ne serai pas seul , avec elle.. . mais je n'aime pas cette pauvre enfant, je ne l'aime pas d'amour... c'est égal!... ça viendra... c'est le moyen d'arracher de mon cœur cette fatale passion... Il est pourtant vrai que j'ai voulu tomber à ses pieds;

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j'ai voulu pardonner!... oui, pardonner!... mais l'honneur me le défend ! je saurai conserver ma dignité... On verra ce que je puis, moi! on verra!... Je jouerai aujourd'hui même... j'aurai de For... beaucoup d'or.... je serai riche malgré tout... je serai heureux... Quel moyen employer?... ah!... celte montre... oui!... la prudente M™" AUard a rapporté cette montre ici , je me le rappelle à présent; elle a dit qu'il y avait pour cent francs d'or au moins ; et j'ai vu cette montre là , hier , en cherchant... ( // va pour ouvrir la commode.) Pourquoi ce tiroir est-il fermé ? mais je suis chez moi , je suis le maître ici. {Il brise la serrure.) Ah ! cherchons... je ne vois rien... Caroline l'aurait-elle ôtée?... la voilà!... la voilà !... mon Dieu , je tremble !... elle a vécu, cette montre... elle a marché, cette montre... elle a réglé les heures pour eux , pour leurs rendez-vous... ( Mouvement de résolution spontané). Nina ! Nina ^ . . je veux voir Nina!... Si vous avez besoin de moi , m'a-t-elle dit... la pauvre enfant!... appelez-moi. {Jl ouvre la porte et appelle.) Nina ! Nina !... Elle va venir... allons, Marcel, la passion s'endort dans le bonheur ; tu te venges , tu dois être plus tranquille ^ et grâce à ce bijou , tu peux avoir des plaisirs.

Me voici , monsieur Marcel , avez-vous besoin de moi ?

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MàKGEL.

J*ai toujours besoin de voas voir, Nina... mais pourqaoi me dites-vous n]onsieurMarcel?nous sommes des amis... j'étais impatient de vous parler... Venez , asseyez-vous là... (Ils s'assexent près de la tahis.) Mon Dieu! que vous êtes jolie, Nina!

NINA

Ne me dites pas ça... je n'aurais qu'à le croire , et ça me rendrait coquette... j'aime mieux que vous me parliez de votre amitié , si véritablement vous en avez pour moi.

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