‹ Physiologie du théatreChapitre 16 sur 28 · CAROLINE · texte numérisé non relu

CAROLINE

Ciel ! mon mari !

Elle tombe sur le canapé et se cache le visage.

FRANCMESNIL.

Monsieur, d'où sortez-vous? qui vous a introduit ici?

MARCEL, tremblant et avec l'émotion la plus forte.

Pour que je réponde à vos questions... laissez-moi me remettre. {A Caroline, en s'approchant d'elle.) Depuis deux ans, j'en avais la conviction secrète ; le moment de la vérité devait se présenter un jour, le voila donc venu !

68 PHTSIOLOGIB DO THÉATIS.

FIAIICHESNIL.

Monsieur, qu'exigez-vous de moi?

MARCEL, réprimant un mouvement de fureur. De vous?. ..rien!

FRAHGHESHIL.

Vous écouterez du moins ce que je dois vous dire pour sa justification, pour la mienne.

MAICEL.

Vous! que m'importe! je ne tous connais pas, vous ne m'avez rien promis, jamais; vous croyez pouvoir me ravir ma femme, mon bonheur, ma vie. C'est l'usage des gens vicieux que je dois accuser pour ce qui vous regarde; s'il en eût été autrement, j'avais là des armes, vous voyez... (il montre deux pistolets), je vous tuais, vous ! j'en avais le droit, oui !... mais je ne puis tourner cet instrument de mort contre vos usages. Selon vous, je suis un mari absurde, parce que la misère accordait à mon foyer les illusions de l'amour, la volupté d'aimer et de me croire aimé ; soit, je suis absurde.

FBANGHSSiriL.

Calmez^vous , monsieur, et daignez m'entendre ; je dois essayer de vous expliquer...

HARCSL.

Encore une fois, je ne vous demande rien.

PBTSIOLOfill DU THtATlB.

FRANCMESNIL.

Dans cette circonstance, Thonnear me fait un devoir de protéger...

MARCEL

Elle? oh! tout change quand il est question d*elle.

FRAITCHESNIL.

Vous n*êtes pas chez tous , monsieur , comment pénétrez-vous ici ?

MARCEL, avec autorité.

J'y viens prendre ma place, et si vous n'êtes pas satisfait de la mesure que j'ai gardéei vis-à-vis de vous, je parlerai aussi haut que vous , ici, comme ailleurs.

CAROLINE, se levant précipitamment.

Arrêtez ! arrêtez !

MARCEL, 8'animant par degrés»

• Ah ! s'il s'agit d'elle, je ne vous permets pas de dire un mot ; seulement vous êtes libre d'écouter ce que je vais lui faire entendre : elle ! c'est la plus indigne des femmes, car elle a trahi ses serments... ; je ne parle pas de ceux qu'elle a faits à l'autel , le jour de notre mariage, mais de ceux-là qu'hier encore elle employait pour endormir mes soupçons, par lesquels elle engageait sa vie ! Elle ! Caroline Allard ! c'est la

70 PIYSIOLOUB DU TltATSK.

plus abjecte des créatures, car elle n'osera plus supporter le regard de son mari ni les caresses de sa famille.

CAROURE.

Ah ! Marcel, ne parlez pas ainsi.

HABGBL, vivement.

Qui voulez-vous tromper, lui ou moi?

FKANCMESNIL.

Il y a des fautes que je comprends...

MARCEL, plus vivement.

Quand on les comprend, pourquoi les commettre?

FRANCMESNIL.

II en est d'involontaires et qu'on peut réparer.

MARCEL

Oui, oui! je comprends aussi, moi ! vous voulez acheter mon honneur, ma femme, ma fille plus tard! Vous prétendez faire le monde ainsi qu'il vous con-» vient qu'il soit, pour votre usage particulier. Écoutez, vous que je ne connais pas, que je ne veux pas connaître ; écoutez, puisque vous êtes là, puisque c'est vous que j'y trouve : Un jour, sur la place publique , devant une église, j'aperçus une jeune fille, jolie! oh! bien jolie ! c'était Caroline Allard ; dans la foule, ma main pressa la sienne sans qu'elle me repoussât;

Page 1