TI
Du Conservatoire. -^Ses avantages et ses vice».
Les théâtres d*élèves.— * Les théâtres de la banlieue. — Le théâtre de Thôtel de Castellane.— La comédie de société.
Anecdotes relatives aux auteurs , aux directeurs et aiu acteurs.
AVAWT-PROPOS.
C'est le théâtre actuel, dans son ensemble et dans ses détails , avec ses auteurs , ses directeurs , ses acteurs, avec ses critiques, avec son public même, que nous nous proposons 'd'analyser. C'est le théâtre avec tout ce qu'il a de sérieux et de bouffon que nous allons offrir au lecteur, sans tenir aucun compte des réputations banales et des admirations de commande, selon la vérité , ou , du moins, ce qui nous semble mériter ce nom , à notre époque, d'après ce que nous avons dit de l'histoire de cette spécialité, et d'après ce que nous pressentons de son avenir.
204 AVAWT-PROPOS.
Le théâtre , comme un immense réseau jeté sur la France , rassemble tous les jours des citoyens d'un bout du pays à l'autre , et Paris , ce centre du monde intellectuel, est Tofficine où se prépare le pain quotidien qui se distribue pour les agapes de notre âge, pour cette communion d'idées si nécessaire au peuple qui doit marcher, dans son unité, à la tète des peuples. Si l'on réfléchit aux mots que nous employons à dessein pour exprimer notre pensée, ou plut6t pour marquer le but que nous nous sommes tracé, on le comprendra par avance, ce n'est pas un pamphlet que nous écrivons. Avec l'intention de ne déguiser aucune vérité de cette vie du théâtre et de cette vie de théâtre, nous avons employé hardiment les noms propres ; mais l'emploi des noms propres, vis-à-vis des contemporains, est une arme franche : l'auteur qui se nomme a le droit de nommer tout le monde. C'est , de plus , un moyen elliptique qui dispense parfois d'une longue phrase.
Sans haine et sans crainte, nous venons rendre témoignage dans le grand procès littéraire qui s'instruit chaque jour sous nos yeux; tous y sont alternativement accusés et jugés, et nous sommes soutenu dans l'audace de notre entreprise par la conscience de nos convictions et par la pensée que nous serons jugé à noire tour , sans doute pour notre instruction.
L'antagonisme et ta conciurrenee , tels qu'ils s'exercent aujourd'hui, sont les suites inévitables des
AVAifr-PBOPOS. 205
rêvohitioiis qui, depuis un demi-siècle, ne nous ont pas laissé le temps de rien asseoir d'une manière soHde. A ces deux fléaux, se joignent la dureté du cœur et la mauvaise foi, résultats de la nécessité d'être riche ; et il faut être déjà riche pour pouvoir faire fortune aujourd'hui. Le second million , a dit Jean- Jacques Rousseau, est moins difficile à gagner que le premier écu. Et de tous les moyens mis en iisage pour se procurer ce premier écu , il n'en est pas qui semble plus facile que la carrière du théâtre; personne ne doute de rien à cet égard ;. l'on devient auteur dès qu'on a résolu de le devenir. Attacher son nom à l'œuvre d'autrui , voler un proverbe à Carmortelle ou à Théodore Leclercq, disposer en scènes un roman tout dialogué, écrire sans penser ou penser sans but, voilà la marche suivie pour se faire vaudevilliste. C'est , avec de l'audace et de la souplesse, le moyen d'acquérir bien tôt une position ; et dès qu'on l'occupe, il faut la défendre , les directeurs de spectacles se prêtant merveilleusement du reste à tout ce qui peut attirer le public en le trom ^ pant. On le comprend donc, tant que le pouvoir n'interviendra pa^ au nom de la morale publique pour faire cesser les scandales du théâtre, tout homme de sens et de cœur aura le droit de critiquer et de s'interposer entre le public et ceux qui l'exploitent. D'ailleurs , disons-le avec franchise, le courage à cet effet, s'il est blâmé comme mouvement de probité, sera peut-être admis comme cal- 1. is
206 AYAIIT-PROPOS.
cul, comme arme d'antagonisme «t de concurrence ; car dans cette époque tout ce qu'on repousse au point de Yue de l'honneur, on le pratique au point de vue de l'intérêt. Mais dès que la vérité peut surgir de la lutte, il importe de l'engager.