THÉÂTRE DE L'AMBIGU-COMIQUE
La coupe de la salle de TAmbigu-Comique est une imitation de celle des Variétés. Cependant, le trop grand espace qui règne entre les colonnes qui supportent la troisième galerie et l'amphithéâtre nuit beaucoup à son effet. Pour les théâtres destinés^ aux classes populaires, c'est un
avantage immense d'avoir le parterre au rez-dechaussée. Celui-ci j quoiqu'il forme sur le boulevard une longue construction , pèche sous le rapport des dégagements. L'architecte s'est trouvé gêné par le terrain trop étroit potn* sa longueur ; il en est résulté une façade mesquine et une salle peu commode pour la circulation dans les corridors, et pour l'entrée comme pour la sortie des spectateurs ; il s'y trouve des places de souffrance dans la partie voisine des loges d'avant-scène: c'est un défaut que n'a point la salle des Variétés. L'aspect actuel de la salle de ce théâtre est pauvre et triste comme le drame qu'on y vient voir. On ne sent rien là qui relève le peuple de sa condition sociale et de ses habitudes grossières. A la rigueur, à voir l'extérieur de ce théâtre, on pourrait se faire une idée avantageuse de la sollicitude du pouvoir pour les amusements des classes ouvrières; mais dès qu'on pénètre dans l'intérieur, cette illusion cesse pour faire place à uue impression qui serre le cœur ; tous les sens sont douloureusement affectés dans cette enceinte, soit que nous soyons occupés du spectacle de la salle ou de celui de la scène. Le foyer lui-même , qui fut gracieux dans l'origine , perâ aujourd'hui sa décoration, et presque sa
forme , dans l'obscurité qui y règne : une cUeminée sans feu , un lustre sans lumières, enfin tout est misérable, tout contriste le spectateur , tout l'éloigné de ce théâtre sans vie.