THÉÂTRE DE LA RENAISSANCE
La salle Ventadour fut reconstruite pour TOpéra-Comique quand le théâtre Feydeau dut être détruit. L'emplacement du nouveau théâtre con-
venait peu, parce que les abords en sont difficiles. Cependant ou éleva à grands frais un vaste monument en pierres de taille , dans la forme d'un carré long, avec un passage voûté polir les voitures. L'aspect était imposant ; on parlait de la beauté de la salle, faite à peu près sur le modèle du théâtre qu'on quittait; on était impatient de jouir d'un spectacle de prédilection à Paris; mais quand on essaya le local, on le trouva sourd et muet : la voix des chanteurs s'y perdait sans produire le moindre effet, et pour remédier à ce vice, on avança le proscenium du théâtre d'une manière disproportionnée, au point qu'il dépassait presque les loges d'avant-scène. Certes, ce n'est pas à cçtte circonstance qu'il faut attribuer le peu de succès qu'obtint l'administration de l'Opéra- Comique dans cette nouvelle salle ; les causes en étaient ailleurs. Quoi qu'il en soit, après avoir fait une tentative pour y rappeler le public avec un drame dé M. Alexandre Dumas, Thérésa^ on fut obligé de suspendre les représentations jusqu'au jour où les Italiensi sans asile, après l'incendie de la salle Favart, vinrent s'y faire entendre. Dans l'intervalle, le local servit aux concerts historiques de M. Fétis , à des bals de souscrip-
tion : l'élégance du foyer se prétaii à ces sortes de solennités.
En s'ouvrant sous un nouveau nom , la salle Ventadour a subi d^heureuses transformaripns. On Ta baissée d*un rang de loges, on Ta décorée avec beaucoup de richesse dans le style du siècle de Louis XV, qui n'est certainement pas celui d'une renaissance ; mais la mode est une entrave pour la logique : on peut s'appeler Chrysostôme sans être éloquent pour ça. Enfin, telle qu'on l'a faite aujourd'hui, la salle Ventadour est une des belles salles de Paris. Quant à l'acoustique , on y entend toujours assez les vers qu'on y débite ; disons cependant qu'elle a gagné sous le rapport de la sonorité, et qu'on y voit généralement bien de toutes parts. Le plan actuel est , sans contredit , préférable au premier.
Quoique ce théâtre fût dégagé de toutes parts comme celui de l'Odéon, l'architecte n'y a pas ménagé assez d'issues pour l'évacuation de la salle, et le double escalier qui conduit du vestibule aux loges est plus solennel que commode : c'est un tort. Puisqu'on ne suit pour la construction d'un théâtre d'autres lois que celles de la fantaisie , on devrait profiter de celte liberté pour la
faire tourner entièrement à l'avantage du public. ^