THEATRE DE LA BOURSE
La façade de ce théâtre est mesquine ; cependant l'espace existait quand on la construisit : on pouvait la combiner de manière à orner le coin de la place de la Bourse, et à faire un point de vue à la rue Vivienne. Le terrain manquait plutôt de profondeur. La salle est dans des proportions suffisantes au genre pour lequel elle a été élevée, et auquel elle doit être nécessairement rendue. L'Opéra-Comique s'y trouvait à l'étroit, le Vaudeville y aura ses coudées franches , surtout en quittant la petite salle du Café-spectacle du boulevard Bonne-Nouvelle, où il s'est provisoirement établi.
La décoration actuelle de la salle de la Bourse est surchargée d'ornements, et la distribution, par une singularité remarquable, y est plus favorable aux petites places qu'aux places d'un prix élevé. La deuxième galerie et l'amphithéâtre y sont plus commodes que les premières loges , étroites et resserrées. L'orchestre , le parterre et les loges du rez-de-chaussée sont les meilleures places; celles du balcon et de la première galerie
y manquent d'espace* En général, on y voit bien^ et la voix de madara^e Damoreau-Cinti, toute faible qu'elle soit , y produit tout l'effet qu'on peut attendre des finesses exquises de son admirable méthode.
Ce théâtre manque de dégagements ; ses escaliers sont rudes à monter , surtout ceux des vestibules; l'entrée donne sur le flanc de la salle ; il faut tourner pour en chercher le côté droit, ce qui trouble parfois la représentation ; c'est un défaut qu'on n'a pu éviter. Le foyer est grand; mais les quatre colonnes qui eh supportent le plafond sont d'une telle dimension , qu'elles nuisent à toutes les proportions de ce théâtre.
raÉATRE DU PALAIS-ROYAL.
Il était bien difficile de faire une salle de spectacle dans l'espace offert par l'épaisseur des arcades du Palais-Royal, entre le jardin et la rue; cependant la difficulté avait été vaincue à moitié avant la révolution, et en 1790, par mademoiselle Montansier, pour y jouer la tragédie, l'opéra et la farce. Mais à cette époque, un parterre et deux rangs de galeries parallèles, arrondies par le fond, formaient une salle , ainsi qu'on peut le voir à
PHYSIOLOGIE DU THÉÂTRE. lt»3
celle des Fuiiambules;le théâtre où joue le Pierrot Debureau retrace Timage de celui où Brunet illustra les Jocrisses et les Cadet Roussel.
Aujourd'hui le problème a trouvé sou entière solution. M. de Querchy a fait, dans ce petit espace , une salle d'une forme gracieuse , et cette salle contient beaucoup de spectateurs, sans qu'on y soit par trop les uns sur les autres. Certes, il faut y mettre un peu de bonne volonté ; il faut se baisser et serrer les coudes dans les couloirs; il faut surtout rire en dedans et ne pas trop se dilater : mais tout est facile avec un public de bonne composition. Sans songer à faire son testament , on consent à s'emboîter dans ce joli bouge, selon l'expression des soldats à l'exercice; et comme au temps où les personnages historiques de la révolution venaient rire aux calembours de Brunet, on remplit chaque soir ce lieu de digestion et de refuge contre l'ondée.
Le foyer, autrefois célèbre comme lieu de prostitution , peut être offert aux yeux les plus innocents; mais en revanche, il faut que les chastes oreilles se ferment quelquefois aux intentions égrillardes et à la morale lubrique du répertoire.