IV. CONCLUSIONS ET THÉORIES
Quoiqu'il s'agisse ici de faits paraissant invraisemblables, on trouve, dans les auteurs, des faits analogues,
concordant bien avec cette action possible des doses minuscules.
Je signale d'abord l'expérience célèbre de Raulin, qui a vu l'influence de quantités très faibles de zinc et d'argent. Dans un vase d'argent, encore que probablement il ne se dissolve pas de quantités appréciables du métal, la fermentation de Y Aspergillus niger diminue énormément.
Une dose d'aconitine de un dixième de milligramme, exerce, chez un homme adulte, une action médicamenteuse qui n'est pas contestable. En supposant que cet alcaloïde diffuse également dans toutes les parties de l'organisme, 0 gr. 000 1 pour un homme de 100 kil. représente à peu près €gr. 000 001 par kil., soit <p6.
Probablement, avec certaines toxines animales, l'activité toxique s'observe pour des doses plus faibles encore, même en supposant que l'on dispose d'une substance pure, la botuline par exemple.
Dans mon mémoire sur l'émanation du radium, j'ai vu que des doses égales à 0.01 d'émanation par litre avaient encore une action. Or les quantités pondérales que dégage en une heure le radium sont certes inférieures à un cent millième de son poids; de sorte que l'émanation de 0,01 de radium est certainement active à une dose moindre que 0.000 000 1 (<p7).
Les proportions pondérales et odorantes de musc sont de cet ordre. Un fragment de musc, sur lequel passent des milliers de litres d'air, leur communique une odeur très perceptible, quoiqu'il ne change pas sensiblement de poids.
K.-V. Nâgeli1 a vu qu'une dose de 0 gr. 000 01(<pî;) de cuivre fait mourir des algues.
1. Ueber die oligodynamischen Erscheinungen an lebenden Zellen. Neue Denkschriften der allgem. Schweiz. Gesellscli. f. d. ges. Naturwiss., 1893, XXXI II, cité par Hamburger. Osrnotisclier Druck und Ionenlelire. Wiesbaden. 1904, III, 241.
CHARLES RICHE T
G. Galeotti1, étudiant l'action du cuivre, à l'état colloïdal, a trouvé qu'il était actif à la dose de 1 gr. pour 126 millions de litres (V) sur des colonies de Spirogyra nitida.
Israël et KlinGmann 2 ont répété avec le cuivre les expériences de Nàgeli sur les protozoaires, et ils ont constaté qu'à une dose très faible (cuivre métallique laissé quelque temps dans de l'eau distillée) il y avait altération des protoplasmes, dissociation des protoplastes et agglutination des chromatophores.
D'autre part, les expériences de Bredig (Phys. Zeit.7 et de M. V. Berneêk (Zeitsch. f. physik. Chemie, XXXI, 258) ont établi que le platine, à la dose de 1 gr. dans 50.000 litres, soit 2 <p:\ agit comme un ferment très actif, analogue aux zymases. Mais la dose de ©3 est déjà très forte, relativement à celles que nous examinons ici.
L'analyse des courbes données par des doses décroissantes du même sel nous permet de pénétrer dans la nature de cette action.
En prenant les doses de 10 <p, de <p, <p2, <p3, <p4 et en calculant les moyennes des expériences y afférentes, nous trouvons :
Pour avoir des chiffres réguliers, prenons la moyenne de <p et y-, ce qui donne :
s et ©2 ±= 100 cd6 = 112
1. Ueber die Wirkung kolloïdaler und eleklrobjtisch dissocierler Metallosung en au f die Zellen . (Biol. Centralbl., 1901, xxi, 321-329.)
2. Oligodynamische Ersclieinungen an pflanzlichen und tierischen Zellen. Arch. de Virchow, 1897, cxxvn.
En nous reportant aux chiffres de <p;, <p';, donnés plus haut, nous voyons nettement :
1°) qu'avec de très fortes doses (2 gr. par litre) de chlorure de baryum, il y a une accélération de la fermentation;
2°) qu'à la dose de 0 gr. 1 et 0 gr. 01 il y a une tendance à revenir à la normale; que, pour des doses de <p3 et<p\ il y a une légère diminution, à peine sensible, mais que, très brusquement, à partir de <p%la courbe se relève (<p ; == 115);
3°) qu'aux doses de <py, <p6, y1, l'accélération reste à peu près la même quoique la courbe tende à se rapprocher lentement de la normale.
Tout se passe comme si, à partir de la dilution <pî;, soit d'un centième de milligramme par litre, les propriétés du chlorure de baryum s'étaient modifiées. C'est là une hypothèse d'autant plus légitime qu'aucune réaction chimique ne permet plus de déceler la présence du chlore et du baryum.
S'agit-il là d'une ionisation, c'est-à-dire d'une transformation d'ions chimiques en ions électriques ? L'hypothèse a été d'une manière générale présentée par van der Stempel' pour appuyer le principe de l'homéopathie. Mais, ainsi que l'a justement fait remarquer Brand 2, à partir du moment où la molécule chimique s'est transformée en ions, toute dilution ultérieure ne pourra que diminuer l'effet toxique.
Il me paraît rationnel d'admettre au moins provisoirement une hypothèse analogue, fondée sur cette série d'expériences positives. Après que l'effet des doses faibles de sel a disparu, un autre effet se manifeste, quand la dilution augmente; et on ne peut l'attribuer à une action chimique, puisque graduellement cet effet a disparu. C'est un effet d'autre ordre, probablement électrique, du à la transformation de la molécule en ses électrons constitutifs.