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RÉACTION VARIABLE SUIVANT L'ESPÈCE

Toutes les espèces animales ne réagissent pas de la même manière aux vapeurs d'hydrocarbures. Si le lapin, le cobaye, le pigeon présentent une réaction très nette dans ce sens, le chien et le chat, chez lesquels les symptômes d'intoxication se manifestent rapidement, n'ont pas de réaction globulaire.

Moyenne des numérations.

Après +

Avant.

Après une séance.

séances.

Augmentation p. 100.

Cobayes .

Lapins. .

Pigeon. .

Chien.. .

Chat. . .

ACTION DE LA BENZINE SUR LE SAN G

Toutefois, chez le chien nouveau-né, lt» réaction est assez manifeste.

Deux jeunes chiens, âgés de 4 jours au début, d'une portée de 7 animaux, ont été exposés neuf fois en onze jours, pendant deux heures un quart, dans la chambre à expérience avec une moyenne de 10 ce. de benzol.

Jours d'expériences. Chiens avec benzol.

Avant 4 jours . 2 880 000 3 300 000

6 jours. . . . 3 900 000 3 600 000

L'augmentation des hématies le 15e jour d'âge, qui est pour les témoins négligeable, atteint 33 p. 100 pour les deux animaux exposés aux vapeurs.

Les jeunes chiens n'ont pas présenté d'accidents comparables, autant qu'on peut l'apprécier, avec ceux des chiens adultes.

Dans une expérience où 18 ce. de benzol en trois heures avaient été évaporés, on note un léger tremblement, alors qu'avec cette dose un chien adulte aurait été certainement très intoxiqué.

Bien qu'il n'ait pas été fait de pesées régulières, les animaux exposés ont présenté une croissance analogue aux autres.

Sans vouloir tirer une conclusion ferme de ces observations, il est curieux de noter que des animaux qui donnent une réaction polyglobulaire : cobayes, lapins, pigeons et chiens nouveau-nés supportent plus facilement les vapeurs carburées que les animaux qui ne réagissent pas : chiens, chats.

Déjà Benech avait souligné une différence de réaction. Les cobayes soumis aux inhalations de benzine ont du sucre dans les urines, alors que les chiens n'en ont pas1.

1. Benech. Action physiologique de la benzine. Soc. de Biologie, 1878, 352.

Chiens témoins.

P. LANGLOIS ET DESBOUIS.

Durée de V hyperglùbulie . — Avec des doses faibles, nous avons vu que l'hyperglobulie était progressive, même quand les séances étaient espacées de quelques jours; et, d'autre part, qu'avec des doses fortes, le nombre des globules s'élevait rapidement en quelques heures.

L'hyperglobulie n'est pas durable, mais la descente de la courbe se fait assez régulièrement. Chez les cobayes, on trouve encore 7 500 000 globules le sixième jour (moyenne

8 millions

5qi OOO

7 millions

5oo

6 mi Un

5oo ooo

5 millions

Fig. 2. — Courbe montrant le retour des hématies au chiffre normal, après la cessation ( + ) des séances de la cage.

de 7 animaux), le chiffre de 6 millions n'étant retrouvé que vers le quinzième jour.

Chez le lapin, la chute est plus rapide ; ainsi un animal qui avait atteint 6 600 000 globules, n'en avait plus que 5 880 000 après quarante-huit heures.

Action sur les animaux anémiés. — Nous avons cherche quelle pouvait être l'influence des vapeurs de benzine sur la régénération du sang chez des animaux anémiés par une saignée. L'expérience suivante a été faite sur deux lapins de 1 800 grammes environ, auxquels 25 ce. de sang avaient été pris par la carotide. Le lapin A fut soumis à des plongées

ACTION DE LA BENZINE SUR LE SANfi. 507

de trois heures avec benzol, pendant dix jours, le lapin B servant de témoin.

A (benzolé). B (témoin).

Avant la saignée. . . 5200000 5 100000

3e jour 3 660000 3140000

La différence est en faveur du lapin soumis au benzol, mais sans qu'on puisse tirer de conclusions précises.

V hyperglobulie est-elle réelle ou apparente? — Gomme dans toutes les questions d'hyperglobulie, le problème qui se pose est de savoir si l'on est en présence d'une formation de nouveaux globules, ou d'une concentration du sang.

Si la plupart des prises de sang ont été faites à la périphérie par piqûre de l'oreille, nous avons un certain nombre de fois fait nos prises dans la circulation centrale : ponction du cœur chez le cobaye, prise de sang dans la carotide chez le lapin; l'hyperglobulie, dans ces cas, a toujours été du même ordre que celle du sang périphérique.

L'objection qui avait été faite pour les polyglobulies dans les hautes altitudes n'est donc pas inadmissible ici.

Il faudrait admettre, si on ne peut accepter l'idée d'une hématopoièse intense, que la polyglobulie constatée dans la circulation centrale est due aune concentration du sang. Contre cette idée, on peut invoquer les raisons suivantes :

1° Le nombre des leucocytes, loin de suivre une augmentation proportionnelle à celle des ^hématies, est plutôt diminué.

Avant. Après.

Cobayes 18 000 16 000

Lapins. ..... 11 000 7500

Mais cet argument est de peu de valeur, étant donné la variabilité extrême des leucocytes dans le sang

P. LANGLOIS ET DESBOUIS.

2° Les variations de l'hémoglobine ne sont pas proportionnelles à l'augmentation des hématies. On utilisait l'hémoglobinomètre de Gowers, en modifiant la technique ordinaire, la couleur du tube étalon vendu avec l'appareil étant établie pour le sang humain et ne concordant pas d'une façon absolue avec le sang du cobaye ou du lapin. Le sang pris avant l'expérience était dilué dans le tube gradué jusqu'à une coloration sinon identique, au moins voisine du tube étalon de l'appareil. Un second tube gradué, chargé du sang après l'expérience était amené à la coloration du premier. La comparaison avec le tube étalon permettait de s'assurer que pendant la durée de l'expérience le premier n'avait pas subi d'altération.

La comparaison des deux tubes montrait que l'augmentation de la richesse colorimétrique ne dépassait . pas 6,6 p. 100, alors que le nombre des globules avait progressé de 14 à 15 p. 100 (chiffres moyens chez le lapin).

Par contre, les données fournies par l'hématocrite se rapprochent de celles de la numération, avec une légère infériorité, 10 à 12 p. 100 pour 14 p. 100 du nombre des globules.

S'il s'agissait d'une simple concentration, les trois variations devraient être dans le même rapport, tandis que dans le cas d'une crise hématopoiétique, l'hématopoièse chimique évolue plus lentement que l'hématopoièse morphologique, et les globules nouveaux doivent occuper un plus faible volume ;

3° L'étude de la densité du plasma et du sérum est encore en faveur d'une réaction hématopoiétique.

Quelques centimètres cubes (2 ce.) de sang sont recueillis dans la carotide du lapin ou du chien, avant l'exposition aux vapeurs de benzol, et immédiatement après cette exposition. On laisse coaguler et on obtient ainsi le lendemain du sérum, ou bien on centrifuge immédiatement le sang légèrement oxalaté, et on recueille le plasma.

Pour les cobayes, sauf un cas où le sang a été pris dans

ACTION DE LA BENZINE SUR LE SANG

la carotide directement, on a comparé les sangs d'animaux différents normaux et benzolés, le sang étant recueilli dans le cœur.

La densité était observée à l'aide de la méthode décrite par l'un de nous1, et qui repose sur la grandeur de la dilatation cubique des hydrocarbures. Une goutte de chacun des plasmas ou sérum du même sujet pris avant et après le benzol est versée dans une petite éprouvette renfermant un mélange de benzine et chloroforme de densité 1 OiO à 15°. Les deux gouttes surnagent, on fait arriver autour de Téprouvette un courant d'eau tiède, et, à un moment déterminé, les gouttes commencent à s'enfoncer. On note la température avec un thermomètre très sensible plongé dans une éprouvette identique à la première, et pleine du mélange. Il suffit de se rapporter à un tableau établi expérimentalement pour connaître la densité correspondant à la température observée. La sensibilité de la méthode permet de préciser la troisième décimale. Or les deux globules de plasma ou de sérum flottent en équilibre au même moment, l'un précédant quelquefois très légèrement l'autre dans le mouvement d'ascension ou de descente.

Avec le sang on peut utiliser l'acétate de benzyl, de densité 1 056 à 15° et qui a le grand avantage de constituer un milieu parfaitement homogène et par suite sans modification. Nous donnons ici quelques chiffres types :

Nombre des globules

Densi

té

Avant.

Après.

Avant.

Après.

Lapin. Plasma.

— Sang . .

Cobaye. Sérum. .

Chien. Plasma.

Le plasma n'a donc pas été modifié ; s'il y a eu concentration du sang, celle-ci ne peut s'expliquer que par une

1. Langlois. Détermination de la densité du sang. Soc. de Biologie, 1902, p. 1379.

P. LANGLOIS ET DESBOUIS.

transsudation du plasma complet, et non par une simple déshydratation du milieu sanguin.

L'examen du sang fixé et coloré au bleu de méthylène, ou au bleu de Unna, n'a pas permis de reconnaître un seul globule nucléé. Mais ces formes ont pu échapper à notre observation.

I II

I II

Hématies Hématies Hémoglobine Plasma

nombre volume Densité,

Fig. 3. — Variations centésimales du sang. (Les colonnes 1 correspondent au sang de lapin normal; les colonnes II au sang de lapin benzolé.)

Si la rapidité même de certaines polyglobulies ne permet pas d'admettre comme facteur unique une hématopoiëse renforcée, les observations précédentes ne sont pas en faveur d une polyglobulie par simple concentration du sang.

Il est probable que les deux facteurs, hématopoièse et concentration, concourent tous deux à déterminer l'augmentation du nombre des globules dans un volume de sang déterminé.

Injection sous-cutanée et réaction sanguine. — L'injection sous-cutané d'huile benzolée au 1/3, à la dose de lcc,5 pour

ACTION DE LA BENZINE SUR LE SANG

un cobaye de iOO grammes, a produit les troubles décrits par les auteurs qui ont étudié les effets toxiques de la benzine : Benech, Montalti, Chassevant et Garnier, mais le nombre des globules rouges n'a pas varié.

Cobaye. Avant. 1 heure après. 2 heures après.

0cc,o de benzol. . . 5 200 000 o 110 000 5 170 000

La polyglobulie observée dans ce cas se rattache au type des polyglobuliers de défense, observée dans les cas où l'hématose est entravée, soit par une diminution de tension de l'oxygène de l'air ambiant (polyglobulie des hautes altiludesj, soit par une gêne apportée à l'hématose au niveau du poumon (rétrécissement de l'arbre bronchique, persistance du trou de Botal), soit enfin par une immobilisation partielle de l'hémoglobine, intoxication faible par l'oxyde de carbone.

Dans l'intoxication par les vapeurs de benzine arrivant directement au sang par la surface pulmonaire, une partie de l'hémoglobine est transformée en méthémoglobine, ainsi que nous avons pu le constater par un examen spectroscopique, et l'hémoglobine oxydable est alors réduite à une quantité inférieure à la normale. La polyglobulie compensatrice n'est môme pas suffisante pour pallier la neutralisation d'une partie de l'hémoglobine, puisque nous trouvons qu'avec une augmentation de 300000 globules coïncidant avec un chiffre légèrement augmenté à l'hémoglobinomètre, le pouvoir de fixation de l'oxygène est sensiblement inférieur au chiffre normal.

Eosinophilie. — La recherche méthodique des modifications qualitatives des leucocytes, qui n'avait pas été poursuivie dans la première partie de ces recherches, a été entreprise depuis sur des lots de cobayes et de lapins, soumis tous les jours, pendant deux mois, à des inhalations de dix à douze heures de faibles doses de benzène, de toluène et de xylol.

Les globules blancs du lapin présentent une fausse éosi-

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