ALCOOL ET CHLOROFORME
18 mai. — Solution. Alcool à 90° 10 ce.
Eau — 90 ce.
Grenouilles plongées dans cette solution. A 21°. — 3 min. — Réflexes diminués.
5 min. — Anesthésie complète.
A 29°. — 2 min. — Anesthésie complète.
Solution. Alcool à 90° o ce.
Eau — 9d ce.
21°. — 15 min. — Réflexes diminués, mais l'anesthésie n'est pas complète.
A 29°. — 10 min. — Anesthésie complète. A 32°. — 6 min. — Anesthésie complète.
Ces expériences faites avec plusieurs grenouilles, autant que possible de même volume, ont donné quelques petits écarts de 2 ou 3 minutes; mais les chiffres que nous donnons sont les moyennes du temps mis par les diverses grenouilles à mourir ou, tout au moins, à s'anesthésier.
Observation I. — 19 mai. — Deux grenouiUes sont placées dans 200 ce. d'eau dont j'élève graduellement la température à 33^. Je maintiens cette température pendant 10 minutes. Rien d'anormal. J'ajoute à ces 200 ce. 5 ce. d'alcool à 90°. Au bout de 8 minutes, une
1. Ces expériences avec l'alcool et le chloroforme devraient être complétées et répétées; quoi qu'il en soit, les faits qu'elles montrent confirment tout ce que nous avons dit plus haut.
des deux grenouilles ne se meut plus. Cependant, si on la pince, elle fait quelques petits mouvements. Au bout de iO minutes aucune réaction. La deuxième grenouille, à ce moment, ne fait plus que de rares mouvements; si on la retourne, elle ne peut réussir à se mettre dans la position normale.
Après 14 minutes elle ne fait plus aucun mouvement.
Observation II. — Deux grenouilles sont placées dans 200 ce. d'eau à la température du laboratoire; 22°. A cette eau, j'ajoute 5 ce. d'alcgjol à 90°.
Après 20 minutes, elles réagissent encore et ne présentent rien d'anormal. Au bout de 30 minutes, elles sont un peu engourdies, mais elles réagissent très bien.
Solution. Alcool 4 ce.
Eau — 6 ce.
Injection de 3 ce. de cette solution p. 100 gr. de poids d'animal. A 5°. — Rien d'anormal.
A 20°. — Rien d'anormal.
A 33°. — 5 min. — Anesthésie qui dure 7 à 8 minutes, puis tout rentre dans V ordre.
22 mai. — Eau chloroformée. Solution 1 p. 100.
Expérience I. — Six grenouilles sont placées dans l'eau chloroformée à la température du laboratoire : 18°.
Au bout de 2 minutes, elles semblent un peu engourdies, mais elles réagissent très bien si on les pince.
Après six minutes, elles réagissent encore très bien.
Anesthésie après 11 minutes.
Expérience II. — Deux grenouilles placées dans même solution chloroformée à 35°.
Au bout de 2 minutes, légère excitation, alors que, pour les grenouilles placées à 18°, je constate, au contraire, un léger engourdissement.
Mais au bout de 5 minutes, complète anesthésie. On a beau la pincer, pas la moindre réaction. A ce moment je les retire de l'eau chloroformée et les place dans de l'eau pure à 18°. Au bout de 20 minutes, elles font quelques mouvements. Au bout de 1 heure elles sont à l'état normal.
Ces expériences sont trop incomplètes pour que nous puissions en tirer toutes les conclusions que nous tirerons des expériences faites avec le chlorure de lithium, le bromure de potassium, Fantipyrine et le lactate de quinine. Elles nous
SAINT-HILAIRE
montrent cependant que la température a une influence incontestable sur l'action de l'alcool et du chloroforme.
Dans les expériences qui précèdent nous n'avons pas décrit avec détail tous les symptômes présentés dans chaque empoisonnement. Cela nous aurait exposé à de nombreuses répétitions, car la même substance toxique a produit, à toutes les températures, les mêmes désordres. De plus, le fait essentiel pour nous était la détermination des doses toxiques et la durée de l'intoxication.
Cependant ces symptômes ont présenté, avec chaque poison, des différences assez intéressantes pour mériter quelque description. D'après les analogies chimiques et Faction physiologique des substances employées, nous pouvons les classer de la façon suivante :
1° Chlorure de lithium et bromure de potassium. 2° Antipyrine et lactate de quinine. 3° Alcool et chloroforme.
Avec le bromure de potassium et le chlorure de lithium, sels alcalins, nous avons observé, aussitôt après l'injection, ce que M. Ch. Rtcheï a décrit sous le nom 'phénomènes cV inhibition c'est-à-dire, une abolition des mouvements spontanés ou réflexes, arrêt de la respiration, inertie complète, phénomènes qui disparaissent rapidement, au bout de une ou deux minutes. Cependant,chezrdeux grenouilles qui avaientreçu 0,30 de lithium, puis avaient été placées à 32°, cette anesthésie a persisté jusqu'à la mort, 10 minutes après l'injection. Le plus souvent, néanmoins, la sensibilité reparaît, pour un temps plus ou moins long, suivant la marche de l'intoxication : lorsquelamortdoit arriver, l'anesthésie s'établit de nouveau d'une façon définitive, et le cœur s'arrête bientôt. Ces phénomènes d'inhibition se sont montrés plus intenses avec le chlorure de lithium qu'avec le bromure de potassium.