TOME I
SAINT-HILAIRE
Vomissements.
5 h. 40. — Injection de 0ë^,i2.
Vomissements.
5 h. 50. — 0sr,l2 injectés. T. 38°,5.
6 heures. — Injection de O^^",!!.
Le chien a reçu O^^IS de lithium par kilogramme. On le détache et on le laisse en liberté. II marche bien, fuit quand on veut le prendre, mais il paraît fatigué. Diarrhée.
juin. — Le chien pèse 3'^ii,540. Cette diminution de 420 grammes s'explique par la diarrhée et les vomissements.
2 h. 40. — Il ne peut parvenir à se tenir sur ses pattes qui sont rigides. Couché sur le côté, il fait quelques efforts pour se mettre debout et ne parvient qu'à tomber de l'autre côté. Resp. 34 par minute.
Le rythme respiratoire est très irrégulier. L'animal fait 5 ou 6 inspirations rapides, puis 2 ou 3 très lentement.
Les membres sont secoués par de petits mouvements convulsifs très lents. L'oscillation est petite et met un certain temps pour se faire.
3 h. 15. — T. 34^,40. — Mis dans la baignoire à 44°. 3 h. 30. — T. 350. — Polypnée réflexe.
Le chien est muselé.
Convulsions cloniques généralisées.
Expirations convulsives produisant des cris; la gueule se ferme brusquement comme par une secousse électrique. Les convulsions de la mâchoire s'étendent à tout le corps.
Le chien est sorti de la baignoire.
8 h. 47. — Les convulsions s'arrêtent. La respiration cesse, mais le cœur bat encore pendant une minute.
Autopsie faite une heure après.
Poumon congestionné. Pas la moindre ecchymose sous-pleurale. La congestion est générale mais plus intense aux bases.
Cœur. Ventricules remplis de caillots noirs. Myocarde souple.
Estomac et intestins complètement vides. Pas d'hémorrhagies ni d'ecchymoses.
Observation VIII. — V6 juin. — Jeune chien, 4'^i^7o0.
Injection de 0^^,12 de lithium par kilogramme d'animal, faite rapidement en 35 minutes, et accompagnée de vomissements et de diarrhée.
L'injection terminée, le chien est détaché et mis en liberté. Il marche très bien, mais ses mouvements sont lents.
l(i juin. — 2 h. 30. — Le chien est très affaibli; mais il se tient sur ses pattes. Diarrhée intense. — Poids, 4^^1,270. T. 38°,2.
4 h. 5. — T. 370. — Muselé, attaché et placé dans la baignoire à 46".
j 4 h. 10. — T. 38°. Le chien se débat violemment î 4 h. 14. — T. 39°.
4 h. 20. — T. 41'>,2. Démuselé. Polypnée très intense 4 h. 22. — 410,3.
4 h. 25. — 42°. La pupille se dilate.
4 h. 30. — Quelques petits mouvements convulsifs cloniques. T. 42°,o0. Sorti de la baignoire.
, 4 h. 35. — Les mouvements respiratoires s'arrêtent, mais le cœur bat encore. T. 43°.
4 h. 38. — Le cœur ne bat plus. T. 43°,1. 4 h. 40. — T. 43°,2.
4 h. 50. — T. 43°. Autopsie. Rien à signaler.
I Observation IX. — 19 juin. — Chien adulte, ^^^\U0. Injection de j 0&f,04 de lithium par kilogramme. Vomissements.
20 juin. — Poids ^^'\3iO.
3 h. 40. — T. 39°, 0. Attaché, muselé et placé dans la baignoire. 3 h. 45. — T. 40°.
3 h. 55. — T. 41°. Démuselé.
4 heures. — T. 41°,2. Polypnée très intense. , 4 h. 10. — T. 41°, 5.
j 4 h. do. — T. 41°, 8.
4 h. 30. — T. 42°, 1. Sorti de l'eau. 4 h. 32. — T. 42°.
4 h. 35. — Détaché et laissé en liberté.
Le chien se tient bien sur ses pattes, marche et boit un peu d'eau qu'on lui présente.
21 juin. — Le chien semble un peu fatigué, mais ne paraît pas très malade.
23 juin. — Bon état.
25 juin. — Le chien est complètement guéri.
Observation X. — 2^ juin. — Chien adulte, loulou, Qi'i^TOO. Injection ide 0er,05 de lithium par kilogramme d'animal, puis le chien est placé Idans la baignoire.
10 h. 40. — T. 40°, 6. Le chien ne ferme pas les yeux si on passe la Imain devant les yeux, mais la cornée est sensible.
10 h. 48. — T. 41S6. Démuselé. Polypnée très intense.
11 h. 20. — T. 42°, 5. Sorti de l'eau, il marche très bien et boit un
SAÏNT-HILAIRE.
peu d'eau qu'on lui présente. La tempe'rature n'a pas été à 42° ou audessus plus de dix minutes. Le maximum a été 42°, 50.
2^ juin. — Le chien parait très fatigué, mouvements lents. Diarrhée intense. T. 37°,9. Poids : 8i^ii,900.
26 juin. — Même état.
27 juin. — Le chien paraît guéri. Il a servi à de nouvelles expériences.
Ces expériences montrent que l'hyperthermie vient modifier, d'une façon manifeste, la marche de Fintoxication par le chlorure de lithium. D'abord elle précipite la mort. Lorsque les chiens ont été surchauffés aussitôt après l'injection de doses qui ne doivent produire la mort qu'au bout de vingt-quatre heures, nous les avons vus mourir pendant l'expérience, ou, dans un délai très court, alors que l'hyperthermie seule, dans aucun cas, n'explique cette mort. Lorsque les chiens ne sont surchauffés que vingt-quatre heures après l'injection, la mort a été très rapide, et, dans les expériences IV et YII oïj il y avait hypothermie, 33° et 29"", une élévation thermique très faible, 37° et 32°, a amené rapidement la mort, qui, selon toute probabilité, serait survenue un peu plus tard, si l'on n'avait pas élevé la température.
Les expériences IX etX dans lesquelles 0,04 et 0,05 centigrammes de lithium, doses trop faibles pour amener la mort, 0,06 étant la dose mortelle minima S ont été injectés et n'ont pas produit la mort avec une hyperthermie de 42°, ces expériences, loin de contredire les faits que nous signalons, viennent au contraire se ranger dans la même loi. Dans la première partie de ce travail, nous avons montré que la température agit seulement sur la durée des actions toxiques, et que, si des doses faibles ont amené la mort à des températures élevées, et laissé vivre les grenouilles à des températures basses, c'est que, dans ce dernier cas, il faut aux réactions
\. Ch. Richet, « Act. physiol. des sels alcalins ». Archives de physiologie 1886, p. 140.
toxiques un temps beaucoup plus long, pendant lequel les grenouilles peuvent éliminer le poison. Or le chlorure de lithium s'élimine très lentement; M. Ch. Richet a montré que, chez les poissons, le lithium n'était pas éliminé au bout de neuf jours ^ : il en est, selon toute probabilité, de même chez le chien. Quelle que soit la température, la mort arrivera plus ou moins lentement, mais elle arrivera fatalement si la dose est suffisante; elle ne peut survenir avec 4 et 5 centigrammes, dose trop faible pour produire la mort des éléments anatomiques sur lesquels le lithium va porter son action.
L'hyperthermie chez des chiens lithinisés n'a pas seulement pour effet de précipiter la mort, elle fait naître un symptôme nouveau, ou plutôt exagère un symptôme existant déjà, des tremblements convulsifs et des contractures cloniques lentes, sans mouvement de la face et sans coup de gueule. Si, au contraire, on élève la température des chiens lithinisés, soit aussitôt après l'injection^ soit vingt-quatre heures après, on voit toujours apparaître au bout d'un certain temps des attaques convulsives. En effet, comme le montre l'observation I, comme le montrent les expériences de M. Ch. Richet sur les sels alcalins, le chlorure de lithium, employé seul, amène la mort au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures, après avoir produit un abattement général et des attaques convulsives. Ce sont alors des convulsions cloniques généralisées, s'accompagnant de mouvements de la face et de coi^ps de gueule, complètement différentes de celles qu'on a notées chez les chiens lithinisés à la température normale, et qui se rapprocheraient, quoiqu'un peu moindres, de celles qu'on obtient avec la cocaïne.
Dans les observations III et VIII, la mort a suivi aussi de très près l'attaque convulsive. Dans tous ces cas, elle est sur-
1. Ch. Rtchet, « Act. physiol. des sels alcalins. » Archives de pHysiol.,lS8Q\ p. U5.
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venue par arrêt respiratoire, car toujours le cœur a continué 1 *
à battre une ou deux minutes. j ?
Ces convulsions ne peuvent être confondues avec les mou- |
vements préagoniques. Il n'existe pas, en effet, de ces grandes | ?
inspirations que l'on observe dans les convulsions qui précè- i f
dent la mort. i
Le refroidissement , même peu intense, a toujours amené \
soit la mort de l'animal^ soit l'arrêt des conv ulsions ; et, dans un \ P
cas, en réchauffant le chien, nous avons pu les faire apparaître \ '
de nouveau (Obs. Y). I
Si maintenant nous considérons que, à la température
normale, il existe de petites convulsions lentes durant long- I
temps, et que l'hyperthermie a pour effet de rendre ces con- | f
vulsions plus violentes, mais, en revanche, beaucoup plus lu courtes, nous sommes amené à penser que le travail chimique
de l'intoxication par le lithium se manifeste par des convul- i »
sions, et que la chaleur, accélérant les réactions toxiques, fait i
que le même travail est produit dans un temps beaucoup plus i ii
court. Il
En un mot, pour prendre une comparaison qu'il ne fau- i s
drait pas pousser trop loin, l'hyperthermie réunit en quel- I s
ques minutes toutes les convulsions que le lithium à froid i
produirait en plusieurs heures. i