ANT. BREGUET ET CH. RICHET
couleurs succède à la perception lumineuse d'une excitation | de couleur, et qu'au début la sensation lumineuse existe seule, | nous n'avons pu vérifier ce fait. Si on interpose devant la | source lumineuse des verres rouges, bleus, verts, enfumés, j on reconnaît toujours, même lorsque la durée de l'éclair est ! extrêmement courte, sa coloration. Cependant, comme cette j durée était au moins d'un millième de seconde, nous ne pou- i vous infirmer les observations des auteurs qui ont expéri- î menté avec des durées plus courtes encore. !
6. C'est avec le rouge que l'on observe le plus nettement le phénomène de l'addition latente. Avec le bleu, et j surtout la lumière blanche, l'expérience est plus difficile à i faire.
7. Comme on peut le supposer, nous avons cherché à pré- !' ciser le nombre d'interruptions nécessaires pour permettre à l'addition latente de s'établir ; mais nous avons bientôt reconnu que toute détermination positive serait illusoire. En effet, il ne faut pas croire qu'entre la perception et la non-perception
il y ait un hiatus infranchissable. Au contraire, le moment oii j on commence à apercevoir la lumière, est très près du moment oii on ne voit rien, et il faut une grande attention pour le déterminer avec certitude. Ainsi que cela a été remarqué depuis longtemps (Aubert, Brûcke, etc.), la fatigue de la rétine | a une très grande influence sur son excitabilité. L'œil exposé !: quelque temps à la lumière est bien moins sensible que l'œil j 1 qui est resté dans l'ombre. j i
Aussi, avant de faire nos observations, avions-nous soin j i de rester pendant quelque temps dans l'obscurité, de manière j i à donner à la rétine son maximum d'excitabilité. ) I
Même avec cette précaution, il y a encore, pour l'excita- i bilité de la rétine, à divers moments et chez des individus différents, de telles variations, que l'on ne peut arriver à préciser exactement l'instant oii la perception visuelle commence ; ti à s'exercer. j ti
Nous pensons toutefois que lorsque les interruptions ne j ti
sont pas plus que de 20 à 30 par seconde, il n'y a pas d'addition latente ; au contraire , avec un diapason vibrant cent fois par seconde, les résultats d'addition latente sont très nets.
8. En résumé, nous avons pu démontrer que l'opinion générale relative à la perception des lumières très brèves n'est pas exacte, et que, s'il est vrai qu'une lumière très courte et intense provoque toujours une perception, une lumière très courte et très faible ne peut pas vaincre Tinertie de la ré-
FiG. 56. — Addition latente des excitations visuelles.
tine et l'appareil cérébral de la vision, aussi n'est-elle pas perçue.
Représentons par un schéma les phénomènes que nous venons de démontrer. Soit A^, la ligne des temps ; soit A, le moment où l'excitation se produit.
D'après la plupart des auteurs, la courbe de l'excitabilité rétinienne est telle que le maximum de l'excitabilité Ine survient qu'un certain temps, après l'excitation (0",18 d'après Brucke), temps variable, d'ailleurs, suivant la couleur et l'intensité de la lumière. Mais les auteurs qui ont traité la iquestion ne se sont pas occupés du moment de la perception première.
Or, si on représente par Ma la ligne de la perception, on verra que le point M', où commence la perception, ne coïncide pas avec le point A, et qu'un certain temps a dû s'écouler 'entre le moment de l'excitation (A) et le moment de la perception (M').