‹ Physiologie [electronic resource]Chapitre 57 sur 202 · CENTIM. CUBES · texte numérisé non relu

CENTIM. CUBES

CALORIES

TEMPÉRATURE

EXTÉRIEURE

kilog-.

gr.

degrés.

] cr

30 m. après.

30 m. après.

30 m. après.

43 m. après.

30 m. après.

3 h. après.

Dans d'autres expériences, avec un autre récepteur calo-

1, J'ai cherché à savoir si les injections sous-cutanécs non médicamenteuses sni toxiques modifiaient le dégagement de chaleur ; le résultat a été peu marque, î La chaleur d'un lapin normal étant de 100, celle d'un lapin qui avait reçu 10 grammes d'eau en injection sous-cutanée a été de 84 (Exp. CCCCXXXII ;et CCCCXXXIII).

j 2. BuUetin de la Société de Biologie, 1884, p. 730.

3. Ce même lapin, huit jours après ces expériences, a donné 3 490 calories.

rimétriqiie, j'ai trouvé pour le même lapin des chiffres corrélatifs : expérience CXXII, injection de O^^OS, 3 740 calories; expérience CXXVII, injection de 0^^04, 4 730 calories.

Je ferai aussi remarquer la diminution rapide du poids de l'animal. Quoique sur les lapins on voie souvent des oscillations de poids considérables, une diminution de 135 grammes en six jours est assez notable. On comprend bien la raison de cette diminution de poids. Si Talcaloïde de la coca provoque une dénutrition active, il doit s'ensuivre, en même temps , qu'une élévation de température, un certain amaigrissement, puisque c'est aux dépens des tissus que se fait cette production de chaleur exagérée. La cocaïne est donc une substance qui donne la fièvre, qui accélère les fonctions chimiques des tissus par une stimulation du système nerveux. Elle agit comme la piqûre du cerveau, et, quoique le mécanisme soit bien différent, au fond il s'agit toujours d'une stimulation du système nerveux, lequel accélère les fonctions chimiques \

D'ailleurs, d'une manière générale et sans avoir de preuves absolument démonstratives pour établir une loi rigoureuse, il m'a toujours paru que la quantité de chaleur produite était en rapport avec la température organique. Autrement dit : , quand une substance élève la température, elle élève en même temps la production de chaleur. Quand une substance abaisse | j la température, elle diminue la production de chaleur. La jlf théorie des vaso-moteurs et de leur influence calorifique est sans doute vraie dans ses lignes générales; mais, pour un , grand nombre de cas, ce qui détermine le plus ou moins de , chaleur, ce n'est pas le plus ou moins de déperdition, c'est la ; quantité de production. La cocaïne, qui augmente la production, augmente la déperdition. On peut donc approximative- j||

1. Un chien qui, à l'état normal, m'avait donné (Exp. CX) 4 070 calories, i m'a donné, après l'injection de 8 centigrammes de coca'ine (Exp. CXIV), 5 IPO, chiffre tout à fait considérable, qui est en rapport avec l'élévation de sa température interne, laquelle était de 38°, 9 avant l'expérience, et qui, une heure et demie après, était de 41o,6.

GALORIMÉÏRIE.

ment savoir, par la température interne, la quantité de chaleur produite; puisque, le plus souvent, quand la chaleur baisse, c'est que la quantité de chaleur produite diminue; quand la température monte, la quantité de chaleur produite augmente en même temps que la radiation calorique.

J'ai essayé aussi l'action du chloroforme, non pas au point de vue de ses effets après inhalation, mais après des injections sous-cutanées de cette substance.

On sait, depuis les recherches de M. Bouchard et de M. Laborde, que l'injection de chloroforme à des lapins provoque une sorte de maladie ou d'empoisonnement chronique de l'animal, et que les effets sontbien différents de l'inhalation ' anesthésique.

J'ai étudié l'action immédiate de ces injections chloroformiques.

Quand on injecte du chloroforme (de 0^'',4 à l-',2) on n'observe guère que des effets locaux. En particulier, quand on l'injecte dans le nerf sciatique, les effets sont fort intéressants : l'animal témoigne d'une vive douleur quand on lui (fait l'injection; une minute ou une demi-minute après, la ipatte est complètement paralysée, à la fois du mouvement et de la sensibilité. L'animal marche en laissant traîner sa patte. Par suite de la paralysie des extenseurs, c'est la face supérieure de la patte qui appuie sur le sol, et non plus^ comme là l'état normal, la face plantaire. Il ne semble pas d'ailleurs que l'animal soit bien malade, car il continue à manger et semble se bien porter

• Le lendemain, la patte est œdémateuse, chaude, non douiloureusepar suite de l'anesthésie, et complètement paralysée. I Au bout de cinq ou six jours, on observe des phénomènes îtrophiques : ulcération des orteils, durcissement de la peau, lœdème persistant. La paralysie persiste très longtemps. Au

• 1. Mes expériences ont porte sur des lapins de plus de 2'^s,400.

214 CHARLES RICHET. j

bout de trois mois elle n'a pas disparu. Les phénomènes trophiques d'ulcération et d'œdème sont remplacés par de l'atrophie et de l'amaigrissement.

En somme, dans le nerf sciatique l'injection de chloroforme a les mêmes effets, à peu près, que la section du scia- j tique, avec des phénomènes ulcératifs plus rapides, comme si, conformément à l'opinion de M. Brown-Séquard, l'excitation du nerf amenait plus rapidement des troubles de nutrition que la section de ce nerf. !

Au point de vue calorimétrique, voici quels ont été les résultats de ces injections de chloroforme :

calories.

Expérience CXXX. Injection de une demi-heure après . 3 060

— GXXXVIII. Injection de Igr., un quart d'heure après. 4 400

— GXXXIX. Injection de 8 gT.,une demi-heure après. 3 490

— CXL. Même animal, deux heures après 2 740

— CXLI. Môme animal, Je lendemain 2 740

— CXLII. Même animal, le surlendemain ..... 2320

— CLVl. Injection de 1 gr., une demi-heure après. 3 070

— GCXVI''^. Injection de Og'", 6, un quart d'heure après. 5 480

Ces expériences nous montrent que les effets du chloroforme varient avec la dose et le moment où l'on en étudie , les effets. A la dose de 1 gramme environ, injecté dans le nerf sciatique, le chloroforme produit une notable augmentation de chaleur (exp. CXXX, GXXXVIII, GGXYI). Il semble qu'il y ait une stimulation du système nerveux, stimulation analogue à celle que nous observerons en étudiant la piqûre du cerveau.

Le chloroforme ainsi injecté dans les tissus est absorbé avec une lenteur assez notable, de sorte que, même avec de fortes doses, on n'observe guère de phénomènes généraux immédiats. Le lapin de l'expérience GXXXIX, une demiheure après l'injection de la forte dose de 8 grammes de

1. Simultanément un autre lapin vivant, pris comme terme de comparaison, a donné 4 650 calories, soit, si l'on rapporte à 100 la chaleur du lapin normal, celle du lapin injecté au chloroforme a été de 118,

CALORIMÉTRIE- 215

chloroforme, donnait encore un nombre de calories presque normal. Sa température, à la fm de l'expérience calorimétrique, était de 38°; mais, deux heures après, la production ^en calories était notablement diminuée, puisqu'il ne produisait plus que 2 740 calories. Le lendemain l'animal vivait encore, très malade, tremblant, titubant, et sa température était de 33°, 8. Il n'a cependant produit que 2 740 et 2 320 calories.

On ne peut donc attribuer l'abaissement de la température, dans le chloroforme, à une déperdition de chaleur exagérée ; la cause en est dans une production moindre. De même que la cocaïne, qui élève la température, élève la déperdition de chaleur, de même le chloroforme (à forte dose), qui abaisse la température, diminue la déperdition de chaleur.

J'ai cherché à voir alors si des substances irritantes, comme les essences, portées directement sur le nerf sciatique, auraient des effets stimulants analogues. Yoici ces expériences :

Exp. CLVIIl. Injection de 08^,5 d'essence de thym ; une demi-heure après, 4 480 calories

En prenant comme terme de comparaison des lapins intacts placés dans la boule calorimétrique voisine, nous trouvons les résultats suivants :

Rapport Température

Calories. au extérieure.

lapin normal. —

Exp. CGX et GCXI. — Injection de

1 g-ramme d'essence de thym . 4 650 94 14

Exp. CGXil et CGXIII. — Mômes

animaux, une heure après . . . 4150 93 14

Exp. GGXIV et GGXV. — Injection de 1 gramme d'essence de

Lhym, une heure après 3 570 100 12,5

Exp. GGXXIV et GCXXV. — In-

. jection de 0?S2 d'essence de thym. 4 900 99 12

Exp. GCGGXXXVI et GGGGXXXVII. —

Injection de 1 gramme d'essence

de lavande 3150 97 23

1. Ce même lapin, une heure auparavant, avait donné 3 490 calories.

Calories.

Rapport au

lapiQ normal.

Exp. CCCCXLII et CCCCXLIII. —

Injection de 2 f^rammes d'acide

acétique 2 240

Exp. CCGCXLIV et CCCCXLV. — Mêmes animaux, deux heures après. 1830

Température extérieure.

Degr(?s.

On ne peut donc guère conclure de ces expériences, sinon que l'injection d'essence est moins favorable pour produire de riiyperthermie que l'injection de chloroforme. Il y a peutêtre même une diminution dans la production du calorique.

Il est possible, d'ailleurs, que les effets de stimulation thermique soient différents suivant la température extérieure. Les phénomènes physiologiques sont souvent d'une complication extrême, et celui-là en particulier; de sorte que l'on devrait, pour conclure rigoureusement, répéter ces expériences à des températures différentes * .

YIII

Influence du système nerveux central sur la production de chaleur.

La dernière partie de ces observations calorimétriques est I aussi la plus longue et la plus difficile. Il s'agit de rendre compte des expériences nombreuses que j'ai faites sur la \ chaleur produite par les piqûres, les cautérisations et les | traumatismes du cerveau

1. Je noterai pour mémoire qu'après une injection d'urine concentrée, injec- • tion qui a été extrêmement douloureuse (exp. CLXVI), un lapin m'a donné . 4 320 calories. Le lendemain, sa température était de 40o,7; il a donné 4 400 ca- , tories (exp. CLVII). Ce même lapin, avant l'injection, avait donné (exp. CLXIV ; et CLXV) 3 490 et 3570 calories.

2. Voyez notre première publication à ce sujet, du 31 mars 1884, Comptes :

GALORIMÉTllIE.

J'établirai d'abord que la piqûre du cerveau détermine une élévation de température; en second lieu, je prouverai que cette hyperthermie coïncide avec une production exagérée de calorique.

Hyperthermie produite par la piqûre du cerveau. — Eu i837, un médecin anglais, Brodie, publia un cas de lésion de la moelle cervicale, suivie d'une élévation de température considérable, 43%9 \ Des cas analogues ont été signalés par BiLLROTH, qui vit une température de 42°, 2, après une fracture de la sixième vertèbre cervicale; par Simon, qui vit la température s'élever à 44°; par Frericiis qui, après une fracture des cinquième et sixième vertèbres cervicales, vit une température de 43°, 8; par Werer, Fjscher, Quinke et

NiEDEN ^

Ainsi la blessure de la moelle épinière, surtout dans la région cervicale, peut, dans certains cas, provoquer une hyperthermie générale considérable.

rendus de l'Acad. des se, 1884, t. XCVIIl, p. 826. D'autres faits ont été ensuite publiés par moi sur le mémo point. Comptes rendus de l'Ac. des se., 13 avril 1885, t. C. p. 1021, et Bulletin de la Société de biologie, 29 mars 1884, p. 189; ibid., p. 209, 655, 707, et 1885, ibid., p. 2.

Je tiens surtout à rappeler la première date de la publication, 31 mars 1884 ; car l'expérience de l'hyperthermie provoquée par la piqûre du cerveau a été répétée récemment, en Allemagne^ par MM. Aronsohn et Sachs, sans qu'ils aient eu vraisemblablement connaissance de mes recherches, dans le laboratoire de M. Kronecker, à Berlin {Ver. der Plujs. Ges. zu Berlin, 31 octobre 1884 ; in Arch., fiir Pliysiolog., 1885, p. 166, et Verein fiir Innere Medizin, Berlin, 15 décembre 1884; in Deutsche Medic. Zeitung, no 103, p. 621, 25 décembre 1884).

Ces physiologistes ont vu que la piqûre du cerveau, au niveau de la confluence des sutures sagittales et coronaires, à droite ou à gauche du sinus longitudinal, élevait d'une manière permanente la température des lapins ou des chiens.

Je donnerai, dans le cours de ce travail, de nombreux exemples de faits analogues que j'ai vus et publiés avant MM. Aronsohn et Sachs.

Il y a donc, ce semble, quelque injustice à mettre au même rang les travaux de MM. Aronsohn et Sachs et les miens, car leurs expériences n'ont fait que confirmer les miennes. Certes ils en ignoraient l'existence ; mais cette ignorance ne donne pas, que je sache, droit à la priorité ni même à l'égalité.

1. HiiRMANN'i' HaJidbuch der Physiologie, t. IV, 2° part., p. 436, et Lorain, Etudes de médecine clinique, t. I, p. 490.

2. Cités par Rosenthal et Lorain, loco cifato..ie ne mentionne pas le cas de

CHARLES RIGHET.

Expérimentalement on a pu réaliser ce même phénomène. M. Fischer a vu la piqûre de la moelle cervicale augmenter la température de 1%7; mais ce sont surtout MM. Naunyn et QuiNCKE qui ont fait sur des chiens des expériences démonstratives à cet égard. L'expérience suivante ^ peut servir de type :

« A un chien, dont la température est de 40% on fait, le « 10 mai, l'écrasement de la moelle cervicale; sa température « monte en cinq heures à 41°, 7; le lendemain, elle est de ce 42°, 3. »

MM. Bruck et Gunter % M. TscHEScmscmN % M. Lewizky*, M. ScHREiBER^ M. KûssNER % M. Peyrani out étudié l'inlluence des lésions du mésocéphale sur la production de chaleur et sur la température; tous ils ont vu que la piqûre dii bulbe et du mésocéphale provoque souvent de l'hyperthermie.

Mais si Taccord existe au point de vue de la température, au point de vue de la production de chaleur les résultats sont tout à fait discordants, ainsi que le reconnaît M. RosENTHAL^

Il résulte des nombreuses expériences faites par les auteurs dont j'ai rapporté plus haut les noms, que les destructions ou les piqûres du mésocéphale exercent une influence considérable sur la température du corps. Après la section du pont de Yarole sur un lapin, MM. Bruck et Gunter ont vu 42°, 5; sur un veau, après ablation de la couche optique gauche, M. Peyrani a vu la température périphérique monter de 3°, 2. Sur deux chiens, la température périphérique, d'après

M. Teale, qui paraît fort contestable, puisqu'il s'agit d'une température de 50°, 6.

Plus récemment, M. Breadbury, dans un cas de paraplégie cervicale, a observé des oscillations remarquables de la température qui variait entre 35° et42o ^ Brit. med. Journ., 1885, 2^ sem., p. 66).

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