TOME I
34 CHAKLES RICHET.
Ces divers phénomènes montrent bien le contraste complet qui existe entre la contractilité du muscle de la queue et celle du muscle de la pince. Ici encore il y a synergie entre les fonctions de l'organe et les propriétés du tissu. Le muscle de la pince semble constitué surtout pour la solidité. Une fois qu'un objet est pris entre les branches, celles-ci se resserreront de telle sorte que l'objet ne pourra plus s'échapper. Si cet objet est un animal vivant, une proie qui se débat, par exemple, les efforts n'auront pour [résultat que d'augmenter la constriction. La constriction peut durer indéfiniment : le muscle mourra 'plutôt que de lâcher. Quelle différence entre cette contraction persistante, indéfinie, et la contraction de la queue qui dure à peine une demi-minute !
Il est enfin un autre phénomène qui n'est probablement pas particulier au muscle de la pince, mais qu'on n'a pas encore, que je sache, observé sur d'autres muscles. Le muscle soumis à une longue série d'excitations électriques d'intensité moyenne se contracte avec une grande lenteur, comme on peut le voir sur les courbes myographiques de la figure 17 et de la figure 48 (gauche du tracé). Si l'excitation cesse, en A par exemple, le muscle se relâchera aussitôt; mais si, le muscle s'étant relâché pendant quelques instants, on l'excite de nouveau avec des courants d'intensité et de fréquence égales à celles des courants précédents, on verra le muscle se contracter bien plus rapidement. La courbe myographique de la figure 18 montre cette différence mieux que ne pourraient le faire de longues descriptions. Les courbes B' et C sont très rapides, alors que la courbe précédente est très longue; et cependant les excitations n'avaient pas subi de changements, étant de même intensité et de même fréquence.
Cette expérience, répétée bien souvent, donne toujours les mêmes résultats. Elle semble assez paradoxale ; car elle parait prouver que le muscle, loin de se fatiguer, devient plus facilement excitable, après avoir été quelque temps excité. Peutêtre faut-il voir là un effet d'addition latente à très longue
distance; les excitations antérieures s'étant accumulées, pour ainsi dire, dans le muscle, de manière à augmenter son excitabilité pour les excitations consécutives. Quoi qu'il en soit de ces hypothèses (assez peu satisfaisantes), le fait n'en est pas moins incontestable.
Ce sont ces faits paradoxaux, d'interprétation difficile ou impossible, qui ont le plus d'intérêt en physiologie, carils peuvent mettre sur la voie de phénomènes nouveaux qu'on ne connaissait pas.
Telle est la raison qui me fait insister sur cette expérience, quoique je n^en puisse donner d'explication vraisemblable. Elle nous montre, en tout cas, qu'il y a dans les modifications du tissu musculaire pendant la contraction, bien des phénomènes que nous ne connaissons pas encore ^
Résumant les principaux faits exposés dans ce chapitre nous conclurons ainsi :
1" Le muscle de la queue s'épuise très rapidement (fig.13) : il a un tétanos de courte durée, et ne peut guère donner plus de trente à quarante contractions de suite ;