SECTION II. DE L EXHALATION
L'exhalation est la plus simple des modifications secrétaires. Elle s'opère, pour ainsi dire, sous les yeux , et elle serait bien propre à nous éclairer sur cette fonction si la nature ne l'avait pas enveloppée d'un voile peut-être à jamais impénétrable. En effet, le sang est apporté dans l'épaisseur même des membranes séreuses, qui sont les plus minces des membranes, et là, à peine a-t-il quitté ses capillaires, qu'il est versé en sérosité à leur surface libre. L'analogie qu'on a trouvée entre la sérosité exhalée et le sérum du sang n'a pas peu contribué à favoriser, d'une part, le système de Boerhaave au sujet des vaisseaux décroissants, en faisant admettre le troisième ordre de vaisseaux pour ne recevoir que les globules blancs ou séreux ; d'autre part , les systèmes des anciens et de Haller sur la simple séparation des matériaux tout formés dans le sang et leur exhalation par des sortes de criblures ou porosités artérielles ; d'autre part enfin, la doctrine de Bichat sur la sensibilité spéciale de chaque radicule des vaisseaux exhalants, pour ne prendre, des molécules avec lesquelles ils sont en rapport, que celles qui leur conviennent. Mais l'identité n'est pas complète, et les fluides exhalés diffèrent même entre eux. Ce qui prouve qu'il y a non seulement un travail , puisque la sérosité n'est pas le sérum , mais encore que ce travail est modifié dans chaque organe exhalant , puisque chacun produit son liquide propre. Quelle que soit la courte distance qui sépare le sang du point de l'exhalation, elle ne prouve rien, parce qu'elle suffit à son élaboration. L'existence des vaisseaux exhalants sécréteurs se continuant avec les artères n'est pas mieux démontrée pour l'exhalation que pour les autres sécrétions. Cependant la facilité avec laquelle le fluide d'une injection vient pleuvoir à la surface d'une membrane séreuse a fait présumer que cette continuité avait lieu. Malgré cela les anatomistes et les physiologistes ne sont pas d'accord aujourd'hui, et la plupart regardent ces vaisseaux comme une de ces créations séduisantes que le génie de Bichat imagina plutôt qu'il ne les vit. Aussi pensent-ils que la sérosité s'élabore dans le tissu perméable ou spongieux et vasculaire de la membrane, pour de là être exhalée à sa surface. Cependant les recherches de Breschet sur l'appareil sudorifère de la peau nous font admettre le même appareil pour les autres exhalations ; seulement il est modifié dans chacune. Malgré ce travail réel, tout porte à croire cependant que le sang ne fournit que le sérum pour la formation de la sérosité. Un organe plus simple ne devait avoir qu'une action plus simple à exercer. En outre les organes exhalants sont blancs et dépourvus de la matière colorante du sang, dont la présence n'a pu y être démontrée par l'analyse chimique. Ainsi , par une action élective dépendante du système nerveux ganglionnaire, le sérum est versé dans le tissu des exhalants , et là , par un léger travail, il est transformé en sérosité. Ce travail est si vrai que non seulement la sérosité diffère du sérum , mais
qu'elle diffère d'elle-même dans chaque organe. La sérosité du péritoine n'est pas la même que celle du péricarde -, celle-ci diffère du fluide céphalo-rachidien, et tous diffèrent de la sueur et de la synovie des gaines tendineuses et des articulations. L'analyse chimique y démontre les mêmes principes , l'albumine, une matière animale combinée, et plusieurs sels en petite quantité qui semblent varier beaucoup, puisque chaque chimiste les trouve différents. Ces principes y sont dans des proportions très-variables, et ils ne constituent pas les différences les plus sensibles, et qu'on remarque dans la couleur , la consistance et la viscosité, suivant la sérosité qu'on examine, non seulement dans les organes différents, mais souvent dans le même organe à différentes époques, comme on peut s'en convaincre en étudiant l'exhalation cutanée si variable d'un instant à l'autre. Ces nuances de la sérosité suffisent pour prouver qu'elle n'est pas le sérum pur et pour renverser l'opinion de Fodera , qui ne voyait qu'une simple transsudation dans l'acte de sa formation.
Les dernières recherches de Breschet sur l'organisation de la peau ne laissent pas de doute sur l'existence d'un appareil sécréteur et excréteur de la sueur. En est-il de même pour les autres liquides séreux? On doit le présumer, et de cette manière se trouverait démontrée l'existence des vaisseaux exhalants tant disputée à Bichat.
Comme toutes les autres sécrétions, l'exhalation s'exécute sous l'influence du système nerveux ganglionnaire, puisqu'elle a lieu chez les êtres organisés qui sont privés du système cérébral , et qu'on l'observe sur les membres paralysés et même quelque temps après la mort cérébrale la plus complète.
Après avoir fait une large part à l'action moléculaire attractive, Burdachest obligé de se rejeter en dernière analyse sur l'influence nerveuse comme seule capable de déterminer l'action des tissus sur les fluides pour en opérer les métamorphoses.
Nous savons déjà que les membranes séreuses ne sont pas les seuls organes de l'exhalation. Elle s'opère également à la surface de toutes les autres membranes et dans les aréoles du tissu cellulaire qui, à cause de leurs communications, pourrait être regardé comme une immense membrane. Malgré l'identité de la fonction, il est indispensable de jeter un coup d'oeil sur ce qui se passe dans chaque organe.
1° Exhalation des membranes séreuses.
La surface des membranes séreuses est constamment humectée par la sérosité que lui versent les bouches exhalantes. La quantité en est considérable, et bientôt une accumulation énorme aurait lieu dans chacune , si l'absorption de celle qui a été précédemment versée n'entretenait pas un équilibre parfait. Ainsi destinée à rentrer dans le torrent de la circulation , elle est donc une humeur récrémentitielle très-liquide dans l'encéphale: sa con-
sistance augmente un peu dans les autres membranes séreuses et surtout dans les gaines des tendons et dans les poches synoviales. La difficulté de la recueillir dans l'état naturel est cause sans doute de la différence qu'on remarque dans les analyses chimiques, car clic ne peut s'accumuler que dans des Circonstances pathologiques qui en modifient nécessairement la composition. Voici du reste le résultat des dernières analyses :
Eau 987 5
Albumine grasse et visqueuse 8
Quelques sels de soude et de potasse 3 5
Phosphate de chaux 1
Le mécanisme de l'exhalation étant le même partout , il ne peut donc pas dépendre des glandes conglobées , comme le pensait Lower ; ni de petites glandes spéciales admises dans l'épaisseur des membranes par Duverney et Malpighi; ni de certains vaisseaux naissant du canal thoracique; ni enfin de la simple perspiration des extrémités artérielles, ainsi que le croyait Hallcr : et dans les cavités articulaires, elle n'est pas une simple transsudation de la moelle, comme l'ont avancé Hallcr et Desault.
Les usages de la sérosité sont d'entretenir la souplesse des membranes séreuses et de favoriser le glissement des différentes parties de leur surface libre l'une sur l'autre , parce que ces membranes revêtent des organes auxquels le mouvement est nécessaire pour l'exécution de leurs fonctions. Si cette humeur, sous le nom de synovie, est plus épaisse, plus onctueuse dans les articulations et dans les gaines tendineuses , c'est parce que les frottements plus violents et plus répétés des parties dures le nécessitaient, et qu'à cet effet elle contient une plus grande quantité d'une matière animale particulière, qui, combinée à l'albumine , la rend plus grasse et plus visqueuse, et non parce qu'elle est le produit de la sécrétion d'une glande graisseuse , ainsi que l'ont pensé Desault et Clopton-IIavers. L'accumulation trop grande de la sérosité, comme sa privation absolue, constituent deux états pathologiques qui gênent et entravent les fonctions des organes ; et selon que ces fonctions seront plus essentielles, le rôle de ces variations, dans la quantité du liquide, deviendra plus important, ainsi que l'ont prouvé des faits pathologiques nombreux, soit pour le cœur ou les poumons, soit surtout pour le cerveau, au sujet du fluide céphalo-rachidien. Sur quelques points des membranes séreuses , surtout chez les animaux , on voit des cils vibratoires dont les mouvements semblent destinés à favoriser le déplacement de la sérosité.
Nous assimilerons à la sérosité l'humeur aqueuse de l'œil. Elle n'en diffère que par l'usage. Elle concourt à la forme du globe de l'œil et à la transparence de son intérieur pour laisser passer les rayons lumineux.
2° Exhalation du tissu cellulaire.
Les aréoles du tissu cellulaire, de même que la surface libre des membranes séreuses, sont continuellement arrosées parla sérosité. Il n'y a de différence que dans la forme du tissu. Ces aréoles communiquent toutes entre elles depuis la tête jusqu'aux pieds , de sorte qu'elles représentent une immense cavité partagée à l'infini par les lames et les filaments qui s'étendent des uns aux autres. Cette communication est prouvée par les progrès et les déplacements faciles des infiltrations séreuses , gazeuses, sanguines ou autres. Il ne peut pas être ici question de la portion de ce tissu qui est consacrée à la graisse. L'exhalation se fait dans le tissu cellulaire comme dans les membranes séreuses , et l'absorption y entretient l'équilibre en empêchant une accumulation gênante et nuisible. L'analyse de cette sérosité n'a pas été faite , mais elle ne paraît pas différer de celle des membranes. Ce liquide entretient la mollesse, la flexibilité et l'élasticité du tissu, afin qu'il se prête mieux à l'extension qu'exigent les mouvements et les déplacements des organes avec lesquels il est en rapport. A ce mode d'exhalation appartient celle du corps vitré, qui est composé d'un véritable tissu cellulaire ou lamelleux , et d'une humeur albumineuse , transparente et analogue à la synovie.
3° Exhalation des membranes muqueuses.
A la surface libre des membranes muqueuses sont versées deux sortes de fluides , la sérosité et la mucosité. Ces membranes étant presque toutes en contact direct avec des gaz , des liquides ou des solides , la sérosité ne s'y comporte plus de la même manière. Elle se combine avec les mucosités qui les tapissent ou bien avec les substances qui y circulent, pour être avec elles expulsées au dehors ou reportées à l'intérieur. Ainsi, dans les fosses nasales, le larynx, la trachée et les bronches, elle se combine, d'une part, avec la mucosité dont elle empêche le dessèchement par le passage continuel de l'air, d'autre part , avec l'air qui l'emporte en vapeurs qu'on peut recueillir en lui présentant un corps froid et poli au moment de sa sortie du corps. C'est à cette exhalation vaporeuse qu'on a donné le nom de perspiration ; et comme elle a lieu sur plusieurs autres surfaces, on l'a désignée par la dénomination de perspiration pulmonaire lorsqu'elle s'opère dans les canaux aériens, et peut-être aussi parce qu'elle est plus abondante dans cet organe. Elle emporte aussi avec elle une grande quantité d'acide carbonique , sur les variations duquel MM. Hervier et Saint-Lager, de Lyon, ont présenté des aperçus nouveaux fort ingénieux. Quelques auteurs ont voulu mal à propos la distinguer de la sérosité : c'est la même humeur sous deux formes différentes,
Dans la bouche, au pharynx, à l'estomac et dans l'intestin, la sérosité est sécrétée par les glandes ou tubercules de Lieberkùhn ; elle se mêle soit aux mucosités cl aux autres fluides sécrétés, tels que la salive, l'humeur pancréatique et la bile , soit avec les substances alimentaires 5 elle est ensuite en partie expulsée, en partie résorbée avec le chyle. Enfin, dans les voies génitourinaires , la sérosité se mêle soit avec les mucosités , soit avec le sang menstruel , soit avec l'urine , afin d'être expulsée avec ces fluides. Tantôt résorbée, tantôt expulsée, la sérosité ne forme donc pas à ces surfaces un fluide exclusivement récrémentitiel ou excrémentitiel, elle est récrémentexcrémentitielle. Le mode d'exhalation est le même que celui de la peau : les matériaux sont versés dans l'appareil sécréteur sous-dermique 5 la sérosité élaborée est puisée par les conduits spiraux qui traversent le derme et l'épithélium pour la verser à la surface libre de la membrane muqueuse ; et ses fonctions sont aussi d'humecter les organes , et le plus souvent , de concourir à d'autres fonctions dans l'exécution desquelles elle joue un rôle que nous apprécierons à mesure que nous les étudierons. Nous rapporterons à ce mode d'exhalation la sécrétion du fluide qui lubrifie les parois internes des vaisseaux sanguins et excréteurs.
4° Exhalation cutanée.
L'enveloppe cutanée , dont l'analogie avec les membranes muqueuse est si remarquable , que beaucoup d'auteurs ont voulu les assimiler, présente comme elles une exhalation séreuse , dont le produit s'évapore ordinairement au moment de son apparition à la surface libre de cette membrane. Ce n'est pas ici le lieu de parler de la sécrétion grasse. Cette vapeur constitue la perspiration cutanée , sécrétion perpétuelle dont on acquiert la certitude en approchant très-près de la peau un morceau bien froid de glace ou d'acier poli, sur lequel on voit la vapeur se condenser en gouttelettes. Quelquefois même cette vapeur est sensible à la vue. Le degré de sécheresse de l'atmosphère la favorise plus ou moins ; la chaleur, une course, un mouvement de fièvre et tout ce qui accélère la circulation, augmente cette exhalation ; alors l'humeur perspiratoire s'amasse en gouttelettes sur la surface de la peau et constitue la sueur, qui elle-même ne tarde pas à s'évaporer.
Il y a de l'analogie et non de l'identité entre la sueur et les autres fluides perspiratoires, car elle contient une matière animale particulière qui répand une odeur spéciale et propre à chaque animal et à chaque individu , et à laquelle le chien reconnaît son maître et suit ses traces , et découvre le gîte iu lièvre ou du cerf. La sueur contient en outre un acide que M. Thénard croit être l'acide acétique, et Berzélius de l'acide lactique, On y a trouvé un peu d'osmazône et quelques sels chlorurés, du fer, de l'urée, etc. Les gaz qui s'évaporent contiennent de l'acide carbonique, de l'azote et de l'oxygène
dans des proportions très-variées. Car les observations de Maekensie, d'Abernethy, de Priestley, de Fourcroy, de Gardon, de Collard de Marti gny , d'Ingenhousz, de Cruiksliank, de Jurine, d'Edwards , etc., sont presque toutes contradictoires, si l'on ne tient pas compte des modifications multipliées qui sont imprimées aux organes. Dans des recherches récentes , M. Gillebert-d'Hercourt a reconnu que la sueur n'était pas la même à toutes les époques , et qu'elle ne contenait pas les mêmes principes au commencement et à la fin. Il distingue la matière grasse ou smegma, qui enduit la peau, de la partie aqueuse proprement dite. L'acide que présente celle-ci est bien difficile à déterminer , puisque c'est de l'acide acétique selon Thénard, carbonique selon Cruikshank, lactique selon Berzélius, phosphorique selon Berthollet, hydrosique selon Favre. L'acide existe toujours, et, comme Andral, il n'a jamais trouvé que la sueur fut alcaline, ainsi que l'ont prétendu M. Donné et quelques autres. L'alcalinité a toujours été le produit de l'altération du liquide par la formation de l'ammoniaque, lorsque l'acide, trèsabondant au commencement de la transpiration, est devenu moins abondant (vers la fin) et même nul. La matière grasse cesse aussi d'être sécrétée vers la fin. M. Favre a confirmé ces idées dans un Mémoire lu à la Faculté de médecine de Paris, dans le mois de juin 1853. Mais cela ne suffit pas pour en faire une fonction différente , car s'il en était ainsi, elle ne serait plus la même, non seulement chez les individus différents et dans les différents points de la surface du corps , où elle a une odeur et des qualités bien tranchées, comme on le voit aux pieds, aux aisselles, etc., mais encore dans la même partie, puisqu'elle y varie d'un instant à l'autre de couleur, de saveur et d'odeur. Or, ces nuances dépendent de quelques modifications légères dans le mode de sensation de l'organe et non d'une différence dans la fonction.
L'exhalation cutanée s'exécute comme toutes les autres exhalations. L'œil armé d'une loupe voit arriver les gouttelettes de sueur à la surface de la peau , mais il ne les voit que lorsque le liquide a été formé et exhalé. Les matériaux de la sécrétion sont déposés dans le parenchyme de l'utricule ou glande sudoripare , placée sous la face interne du derme , et découverte par Breschet, Purkinje, et Roussel de Vauzême. Ils sont élaborés là comme dans tous les autres organes sécréteurs. La sueur, ainsi préparée dans son utricule, s'engage dans le conduit sudorifère tourné en spirale , qui traverse le derme et l'épiderme , et vient la verser à la surface libre de celui-ci, au fond du sillon qui sépare la papille. Son orifice est imperceptible , parce que le
conduit y arrive obliquement , et qu'il paraît former là une valvule que semble soulever la gouttelette de sueur. C'est cette disposition qui rend imperceptibles les pores de la sueur, et qui a tant suscité de controverses depuis Leuwenhoëck jusqu'à Bichat, Prochaska, Mayor, Purkinje et Breschet M. Robin les nie de nouveau. Il a de plus trouvé quelques variations de structure et de forme dans les glandes sudoripares , surtout à l'aisselle , l'aine et à la plante des pieds, et il attribue à cette forme différent c les
qualités particulières de la sueur de ces parties. Rien de ce qui se passe audelà ne nous est révélé ; tout reste mystère dans ce travail. Ainsi versée sur les téguments, la sérosité est enlevée par les vêtements ou par l'air ambiant. Quoique la chose ne soit pas impossible , il n'est guère présumable qu'il en soit absorbé : c'est une humeur excrémentitielle. Les variations que présente la sérosité dans la quantité comme dans la qualité, sont innombrables. Leur étude serait intéressante sous bien des rapports. Elle a fait le sujet de travaux immenses, depuis Sanctorius , Haies, Gorter, Keil , jusqu'à Lavoisier et Séguin, Chaussier et MM. Edwards, Thénard, Bcrzélius, AnselminofF, Collard de Martigny, Scoutetten, Robin, Favre et Gillebert ; mais ces détails seraient déplacés dans cet ouvrage. Qu'il nous suffise de dire que cette excrétion varie infiniment selon l'âge, le sexe, le tempérament, le climat, la saison, les variations atmosphériques, le moment de la journée, l'état de veille, l'époque du repos, la quantité et la qualité des aliments et des boissons, etc. Disons encore que sa quantité est en général énorme, puisqu'elle forme seule la plus grande partie des excréments de l'homme. Elle est de un à trois kilogrammes dans les vingt-quatre heures. Pour la recueillir, Séguin se renfermait dans un sac imperméable, Scoutetten, Berzélius, etc., se servaient d'épongés lavées à l'eau distillée. Mais combien de circonstances la font varier I Elle entretient avec l'urine une corrélation telle que l'augmentation de l'une signale toujours la diminution de l'autre. C'est là ce qui nous explique pourquoi en hiver les urines sont plus abondantes , tandis qu'en été c'est la sueur qui l'est beaucoup plus.
Les usages de la sueur ne paraissent pas douteux : 4° Par son humidité elle entretient la souplesse des téguments, et, en favorisant ainsi leur élasticité, elle favorise à la fois l'exercice du toucher et leur extension dans les mouvements étendus des membres et du tronc. Cela est si vrai que lorsque cette exhalation n'a plus lieu , comme dans l'hiver, le toucher devient plus obtus 5 les mouvements, plus gênés , deviennent plus lents et plus difficiles, et la peau elle-même se gerce et se crevasse , à moins que , pour remédier à ces inconvénients , on ne ramollisse artificiellement cette enveloppe au moyen de corps gras et onctueux qui suppléent à l'humidité de la sueur. 2° En couvrant la surface de la peau, la sueur y délaie la poussière et les autres immondices plus ou moins nuisibles qui se sont attachées à l'épiderme, et elle en favorise l'enlèvement. C'est une sorte de bain de propreté établi par la nature pour prévenir les mauvais effets de la malpropreté , de l'incurie ou de l'impossibilité d'agir différemment , soit par la position des lieux et des temps, soit par la position des personnes. 3° Par son évaporation, la sueur emporte une certaine dose de calorique , et , par cette soustraction, elle concourt en été à maintenir Téquilibre de la chaleur animale en proportionnant cette évaporation à l'augmentation de la température. 4° Comme humeur excrémentitielle, elle ne peut qu'entraîner des matériaux inutiles. Son organe sécréteur est un vaste émonctoire dont la nature se sert pour débarrasser l'économie des principes qui ont servi à son entretien, et t. i. la
dont le séjour et la présence ne pourraient plus être que nuisibles. Rien ne prouve mieux cette assertion que les mauvais effets qui résultent de la suppression ou de la diminution de la transpiration , et les avantages qu'on obtient bien souvent d'une sueur abondante, naturelle ou provoquée. Elle est aussi prouvée par cette espèce de balance, d'équilibre ou d'alternative qu'elle entretient avec les autres sécrétions excrémentiti elles, puisque lorsque l'une diminue, l'autre augmente, de manière à se suppléer ou se remplacer mutuellement. Nous en trouvons une autre preuve dans l'expérience de MM. Delaroche et Berger, qui, après s'être enduit toute la surface du corps d'un vernis imperméable à la sueur, perdirent néanmoins un poids égal à celui qu'ils avaient l'habitude de perdre. Dans cette fonction, si simple en apparence , la nature nous donne une preuve de ses innombrables ressources et de la facilité avec laquelle elle sait les utiliser en faisant servir le même moyen à plusieurs fins. Nous pouvons enfin assimiler aux exhalations la sécrétion du labyrinthe, qui est une véritable exhalation.