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SECTION IV. SECRETION GLANDULAIRE

Dans cette classe de sécrétions, la fonction n'est plus disséminée sur une vaste étendue de surface : elle s'exécute dans un organe spécial qui réunit toutes les conditions pour opérer seul la sécrétion du liquide. On peut le regarder comme une agglomération d'une foule de petits organes sécréteurs, qui élaborent, chacun en particulier, une partie du fluide. Cela est si vrai, qu'on peut enlever des quantités considérables d'une glande, sans que la sécrétion cesse de s'opérer dans ce qu'il en reste. L'anatomie pathologique ellemême nous en fournit souvent des preuves bien convaincantes 5 1° En nous montrant des organes sécréteurs presque entièrement détruits, quoique pendant la vie ils n'eussent pas cessé de sécréter leurs fluides ; 2° en nous présentant des vices de conformation dans lesquels de petites portions de glandes étaient isolées de la glande principale, ou bien cette glande ellemême était divisée en une foule de parcelles de glandes indépendantes qui toutes sécrétaient un fluide parfait. Ce qu'une partie restante ou isolée a pu faire, toutes peuvent le faire aussi, de sorte que l'agglomération de tous ces organes en un seul n'est point indispensable pour la fonction ; mais elle est nécessaire pour simplifier la fonction, et pour ne pas multiplier les moyens sans utilité. En effet, plusieurs appareils biliaires et urinaires n'eussent été qu'embarrassants, tandis qu'un seul appareil, disposé dans le lieu le plus convenable à sa fonction, ne gène aucun autre organe, et n'en est pas gêné non plus. D'ailleurs les liquides glandulaires, étant appelés non à lubrifier de vastes surfaces, mais à agir dans un seul point, devaient pour arriver à ce but être versés dans ce point par un ou plusieurs conduits qui fussent eux-mêmes le résultat de la réunion successive d'un grand nombre d'autres. Aussi chaque organe glandulaire forme un appareil très- compliqué, non seulement à cause de la nécessité de cette concentration du liquide 5 mais surtout, parce que dans plusieurs, ce liquide, ne devant être versé qu'à des époques plus ou moins éloignées, a besoin pour attendre lé moment <le son

évacuation, d'être accumulé dans un réservoir, dans lequel un séjour prolongé lui fait souvent éprouver quelques modifications.

Le mode d'action des glandes a été la source de bien des hypothèses. Deux seulement méritent de fixer notre attention, parce qu'elles comptent encore de nombreux partisans. L'une est de Malpighi : elle attribue la sécrétion à faction de petits corps glanduleux, acini, qui pris isolément seraient autant de petites glandes complètes. L'autre appartient à Ruisch : elle ne voit dans la sécrétion que le passage simple des matériaux des vaisseaux sanguins dans les vaisseaux sécréteurs, qui les choisissent et les élaborent sans aucun tissu intermédiaire. Elle acquit une grande prépondérance par l'acquiescement que luidonna Haller. Ces deux théories s'appuient également sur l'inspection anatomique et sur quelques expériences. D'une part, il est certain que la plupart des corps glanduleux, et surtout les glandes lacrymales, salivaires, le pancréas et le foie, présentent, à la section ou à la rupture, un aspect glanduleux qui semble être le résultat de l'assemblage de tous les petits grains glanduleux, et que, malgré le passage fréquent du liquide d'une injection de l'artère dans les vaisseaux sécréteurs, on n'a pu jamais démontrer une continuité réelle entre les deux vaisseaux, leur ténuité ou l'existence d'un tissu intermédiaire y ayant été un obstacle. D'autre part, des injections bien faites pénètrent partout et ne font de l'organe qu'un réseau vasculaire, et Haller les a vues pénétrer dans les conduits excréteurs. La disposition presque toute vasculaire du rein, et du testicule surtout, vient encore ajouter à cette dée de tout attribuer à l'action des vaisseaux. Haller cite en faveur de cette opinion les hémorrhagies, dans lesquelles le sang passe de ses vaisseaux dans les conduits excréteurs. Ces raisons ont paru insuffisantes àDœllinger, Berreset Cayla, Hyrtl, Muller, qui ont constaté que le passage du sang n'avait lieu que par rupture. Ce dernier fait est erronné. Il y a un obstacle bien plus puissant, c'est celui qu'apporte la vitalité spéciale de chaque glandule : ce qui lui fait refuser le sang pur. Dutrochet, Purkinje , Henle, Goodsir et Bowmann ont fait de nouvelles recherches, et dans ce tissu canaliculé ils ont trouvé un tissu intermédiaire granuleux, utriculaire ou cellulaire, ou acini, ou enchyme, dans lequel les matériaux sont versés, élaborés et repris. Pour toute réfutation nous allons exposer ce qui est.

Dans cet ordre de sécrétions, comme dans les deux autres, les matériaux sont apportés avec le sang par les artères. Une partie est versée dans un tissu extra-vasculaire et y est soumise à l'imbibition ou endosmose vitale ; l'autre retourne dans le système veineux. Mais ce que l'imbibition ou l'endosmose n'expliquent pas, c'est que ces matériaux, élaborés par l'action spéciale des organes, deviennent en partie ou en totalité, les uns de la bile, les autres de l'urine, ou de la salive, ou du sperme, etc. Et alors seulement il? passent dans les conduits sécréteurs. Ceux-ci ne sont pas entièrement étrangers à la confection du fluide sécrété : car s'il en était ainsi, à quoi serviraient ces longs conduits spermatiques et la substance tubuleuse du rein ? Ils reçoivent un fluide qui n'est pas encore parfait, et \U en achèvent la corn-

binaison : aussi l'urine et le sperme ne sont-ils pas les mêmes à l'origine de ces vaisseaux que dans leurs réservoirs. Cette modification de perfectionnement n'est point une sécrétion , et jamais , sans la glande , les conduits excréteurs ne peuvent en produire le fluide. L'ablation des testicules ne permet plus au sperme de se former malgré l'intégrité des conduits déférents. Le 4 février 1851, M. Gosselin a mis sous les yeux de l'Académie de médecine un arrêt de développement du testicule droit, avec conservation de l'épididyme et des conduits déférents. Ces conduits ne contenaient pas un atome de fluide séminal. Aussitôt que le fluide sécrété s'est engagé dans ces vaisseaux, il s'avance, en suivant leur direction, vers un point déterminé, et en formant des colonnes de plus en plus volumineuses, à mesure qu'un plus grand nombre de vaisseaux se réunissent j de telle façon qu'ils sont constamment remplis par la matière de la sécrétion : la portion épanchée la première est poussée en avant par celle qui se forme après, et peu à peu, elle parvient ainsi à sortir. Le liquide est ensuite versé ou dans un réservoir, ou à une surface quelconque par les vaisseaux qui résultent de cette réunion successive, soit qu'il n'en reste plus qu'un ou qu'il y en ait plusieurs.

On a beaucoup discuté sur le mode d'action des vaisseaux sécréteurs et excréteurs. Quelques physiologistes n'ont vu dans eux qu'une transmission passive, et n'y ont admis la progression du liquide que parce qu'un liquide nouveau y était introduit et poussait le premier. Les autres leur ont accordé une part active dans ce phénomène. Tels sont entre autres Muller et Mayer. Ils se sont appuyés sur ce que bien souvent le conduit salivaire de Warton lance la salive avec force hors de la bouche ; sur ce que les conduits galactophores font quelquefois jaillir le lait d'un côté, pendant que l'enfant tète de l'autre 5 sur l'action de l'urètre sur l'urine, qu'il fait jaillir, quoique la vessie n'y soit pour rien. En voyant ce phénomène, on ne peut refuser à ces conduits une action contractile 3 mais, en la leur reconnaissant, il ne faut pas y chercher une contraction musculaire. Rien de semblable n'existe, et ceux qui l'ont supposée étaient dans l'erreur. Aussi, nous pensons que Mayer s'est trompé lorsqu'il a cru avoir provoqué les contractions de ces conduits par le galvanisme. Cette contraction est due à l'élasticité du tissu vasculaire vivant : elle ressemble à celle des capillaires et des artères. Parmi les fluides sécrétés par les glandes, les uns arrivent directement à leur destination, après avoir parcouru un conduit plus ou moins long : ce sont les larmes, la salive, le suc pancréatique, le lait 3 les autres sont retenus, pendant un temps plus ou moins long, dans des renflements ou réservoirs, d'où ils sont ensuite expulsés en plus grande quantité à la fois, soit pour servir à la fonction qui l'exige ainsi, soit pour être évacués lorsque le réservoir est plein : ce sont la bile, l'urine et le sperme.

Les usages des fluides glandulaires sont différents. Chacun d'eux est appelé à jouer un rôle spécial , de sorte qu'il est impossible de les étudier d'une manière générale. Tout ce qu'on peut dire , c'est que les unâ ne semblent être formés que pour être rejetés au dehors, comme des matériaux

devenus inutiles à L'économie, et dont un séjour plus prolonge deviendrait nuisible : telle est l'urine. Les autres ont une destination nouvelle : ils vont concourir à d'autres fonctions par un mode d'action qu'on ne peut pas généralise]*, parce qu'il n'est pas le même pour tous : tels sont le suc pancréaliqu< , la bile, le sperme. Enfin, quelques-uns sont en partie rejetés, et en partie employés à d'autres usages : ce sont les larmes et la salive. Ainsi, les fluides glandulaires sont, les uns cxcrémentitiels, les autres récrémcntitiels, et quelques-uns excrément-récrémentitiels. Ces différences importantes nécessitent un examen particulier de chaque sécrétion , afin de mieux apprécier sa modification et ses usages spéciaux. Nous ne voyons pas de meilleur ordre à suivre que celui des régions en commençant par la tète.

1° Sécrétion des larmes.

L'humeur limpide et presque séreuse des larmes est sécrétée dans le corps glandulaire qui occupe la partie supérieure et externe de la cavité orhilaire. Formée dans le tissu intermédiaire, elle passe d'abord dans de petites cellules analogues à celles des glandes salivaircs ; elle y est prise par les conduits lacrymaux ; puis elle est versée dans le point le plus rapproché de la surface libre de la conjonctive , par un plus ou moins grand nombre de petits conduits excréteurs découverts par Monro , qui en a compté sept ou huit. Par les mouvements des paupières , les larmes sont étendues à toute la surface antérieure de l'œil, dont elles favorisent les mouvements. Elles conservent surtout la grande transparence de la cornée, en empêchant l'action irritante de l'air, qui l'aurait bientôt détruite en enflammant cette membrane, aussitôt qu'elle serait privée de son humidité. Ainsi étendu, ce liquide s'évapore en partie par l'action dissolvante de l'air , et s'amasse en partie dans le petit canal triangulaire que forme le bord libre des paupières réuni avec la face antérieure du globe de l'œil. Il est retenu en dehors par l'humeur de Méibomius, et dirigé vers l'angle interne de l'œil par l'action des paupières et l'espace toujours croissant de ce canal. Lorsque les larmes sont arrivées dans cette partie qui forme le sac lacrymal , elles s'y trouvent en rapport avec les points lacrymaux , dont l'action absorbante s'exerce sur elles et les aspirent. Alors engagées dans les conduits lacrymaux, elles se rendent dans le sac lacrymal , dans lequel elles ne font que passer pour descendre, par le canal nasal, dans la cavité nasale, s'y mêler avec les mucosités, et être avec elles rejetées au dehors. Fourcroy et Vauquelin ont trouvé dans ce liquide de l'eau , du mucus, de l'hydrochlorate de soude et des phosphates de soude et de chaux.

Le versement des larmes par un certain nombre de conduits excréteurs a porté quelques physiologistes à placer la glande lacrymale au nombre des cryptes muqueux, dont elle ne serait, comme les amygdales, qu'une agglomération. Mais cette considération n'est pas suffisante ; car, en l'admettant,

il faudrait aussi retrancher les reins du nombre des glandes, puisque l'urine est versée dans les calices par des milliers de conduits, comme les larmes le sont à la surface de la conjonctive. Il faudrait aussi en retrancher la glande mammaire et une des glandes salivaires. D'ailleurs, les larmes ne sont-elles pas bientôt réunies dans deux conduits seulement et ensuite dans un réservoir unique , et cette disposition ne constitue-t-elle pas un appareil sécréteur plus complet que celui de la plupart des autres sécrétions ?

Les usages des larmes ne sont pas douteux. Elles humectent la conjonctive et entretiennent la mobilité de l'œil et la transparence de la cornée. Elles exercent encore sur cet organe une action protectrice , en entraînant par leur plus grande abondance le corps étranger qui s'y est introduit et qui l'offenserait , et en lui formant une espèce de bain émollient , pour calmer l'irritation qui en résulte : car alors la sécrétion en est toujours augmentée. Lorsque la glande lacrymale a été enlevée et que les larmes ne sont plus sécrétées, la nature, toujours féconde en ressources, y supplée par l'augmentation d'activité de l'exhalation muqueuse de la conjonctive.

Les larmes jouent un rôle bien grand dans l'expression des passions. Presque toujours elles viennent se joindre aux autres phénomènes pour exprimer une violente douleur ou un grand chagrin. Alors elles sont sécrétées trop abondamment pour que les points lacrymaux suffisent à leur absorption. Ne pouvant pas non plus être retenues dans le petit canal palpébral, elles franchissent le bord libre des paupières et coulent avec abondance sur les joues. Cette coopération de la glande lacrymale à l'expression des passions , et l'influence qu'elle reçoit en conséquence de l'encéphale , pourraient faire penser que la sécrétion des larmes s'exécute sous la dépendance du système nerveux cérébral, si nous ne connaissions pas, d'une part , la puissante réaction des deux systèmes nerveux l'un sur l'autre, et si, d'autre part, nous n'avions pas vu la sécrétion continuer après la section du fdet nerveux de l'ophtalmique qui se rend à la glande. Cependant, il faut le dire, c'est peut-être moins pour servir de signe diagnostique à l'expression de telle ou telle passion, que la nature a destiné cette abondante sécrétion, que pour prévenir les fâcheux effets qui pourraient en résulter , en fournissant une sorte de crise qui juge la passion. Dans un violent chagrin, par exemple, tout porte à croire que ce sont les parties antérieures du cerveau qui en sont le siège, ou du moins qui sont le plus gravement compromises. C'est au, front que se font sentir la pesanteur et la douleur de tête ; c'est aussi au front que les mains se portent pour chercher à soulager ce malaise. Tout indique que le sang y afflue abondamment et y opère une congestion par appel idiopathique , bien plus que par refoulement de la concentration sanguine cardiaque. Il fallait que l'organe sécréteur le plus voisin vint la dissiper et en prévenir les suites. De là cette source intarissable de larmes dans le chagrin. Cela est si vrai que tout le monde sait combien les pleurs soulagent les grandes douleurs, et tout ce qu'on a à redouter de ces chagrins concentres qui ne font pas explosion par celle abondante sécrétion. Il y a

néanmoins dans oc phénomène quelque chose de spécial ou de sympathique : car, dans la colère, le sang est aussi congestionné vers l'encéphale, et ce ne sont pas les larmes qui coulent : c'est la salive. On leur attribue aussi d'exciter beaucoup plus la commisération de la part des personnes qui les voient couler. Voilà pourquoi les enfants , les femmes et les vieillards pleurent si facilement : leur faiblesse exige plus de compassion, ils ont plus besoin d'aides. C'est un effet vital : car s'il était le résultat de la congestion céphalique, pourquoi n'aurait-il pas lieu dans les congestions bien autrement considérables produites par les efforts ? Pourquoi la sueur ne coulerait-elle pas sur le front et sur la face? Pourquoi la salive ne fluerait-elle pas plus abondante dans la bouche ? Leur sécrétion est presque suspendue pendant le sommeil, par cet instinct qui veille toujours à ce qu'une fonction s'exécute pour remplir sa destinée. A quoi serviraient les larmes pendant le sommeil, lorsque les paupières abaissées et immobiles ne permettent pas à l'air de sécher la surface de la cornée ? Du reste, comme toutes les autres sécrétions, celle-ci s'opère sous l'empire du système nerveux ganglionnaire.

2° Sécrétion de la salive.

Ce fluide est sécrété dans les six glandes salivaires. Nous ne comprenons pas au nombre des glandes ces amas de follicules qu'on remarque à la face interne des lèvres, des joues, et au palais, ni même la glande que Blandin a découverte à la face inférieure de la langue. Le fluide est d'abord versé dans les petites cellules réunies en grappes et découvertes par Weber -, il y est puisé par les conduits salivaires. Des parotides la salive est amenée en colonnes de plus en plus volumineuses , jusqu'à ce qu'elle n'en forme plus qu'une dans le conduit de Stenon , qui la verse à la face interne des joues , après un trajet de peu de longueur. Dans les glandes sous-maxillaires, la salive va en se réunissant de conduits en conduits jusqu'au canal unique, qui , sous le nom de conduit de Warthon , vient l'épancher dans la bouche sur les côtés du frein de la langue , après un trajet encore moins long que celui du canal parotidien. Enfin, la salive des glandes sublingales, après un bien court trajet , est versée par plusieurs conduits excréteurs auxquels Rivinus a laissé son nom , soit sur les côtés du frein , soit dans le canal de Warthon. Arrivée dans la bouche, la salive s'y mêle aux aliments pendant la mastication. Dans les autres moments, elle se combine ou non avec les mucosités buccales pour être quelquefois avalées et portées dans l'estomac , et d'autres fois rejetées par l'expuition ou le crachement. Mitscherlich a trouvé qu'une seule parotide sécrétait , en 24 heures , G5 à 95 grammes de salive, et que les cinq autres glandes en fournissaient six fois plus, ce qui donnerait un total de 390 à 570 grammes pendant 24 heures. Ces appréciations ont beaucoup varié, comme viennent de le démontrer les nouvelles évaluations de M. Colin ; aussi nous ne leur accordons pas une confiance mathématique.

Le mode de sécrétion de la salive ne présente rien de particulier. Son excrétion se fait par l'appareil excréteur le plus simple. On sait quelle influence cette fonction reçoit de la qualité des aliments qui sont introduits dans la bouche ; quelquefois leur seule vue ou même leur souvenir, fait, comme on dit , venir l'eau à la bouche. La satiété, la présence ou la vue d'aliments qui répugnent, la rendent quelquefois fade et insipide, et la font rejeter au lieu de la faire avaler avec plaisir. Le mouvement des mâchoires suffit pour l'accélérer, ainsi que Mitscherlich l'a constaté sur un homme qui portait une fistule. Lorsque l'aliment est dans la bouche, son influence est puissante : car si le canal de Warthon est intercepté , la salive coule par la fistule. C'est à l'impression que cause l'aliment sur la membrane buccale , qu'est due la réaction de la glande et sa plus grande activité de sécrétion. L'aliment sec en fait sécréter beaucoup plus que l'aliment mou et humide. MM. Lassaigne, Bernard et Colin ont démontré ce fait en faisant manger tantôt du foin sec, tantôt des grains secs, tantôt de l'herbe fraîche ou quelque autre aliment mou , et en pesant la quantité de salive que chacun avait absorbée pendant la mastication. M. Colin a de plus indiqué une particularité remarquable : c'est que la parotide qui est du côté où le bol alimentaire est broyé par les molaires, sécrète une quantité bien plus considérable de salive ; tellement qu'on fait changer la sécrétion d'une parotide à l'autre , en alternant les deux molaires sous lesquelles on place l'aliment. La dentition fait sécréter beaucoup de salive chez les enfants. On a vu l'injection d'aliments ou de bouillon dans l'estomac produire le même effet. Nous ne parlons pas des influences morbides et thérapeutiques. La colère en augmente la quantité et en vicie la qualité. L'émotion, la frayeur, en suspendent la sécrétion, toujours par cette influence que les deux systèmes nerveux exercent l'un sur l'autre dans leur association harmonique.

La salive est une humeur transparente , inodore, visqueuse, filante , plus dense que l'eau, et dans laquelle on a trouvé des globules dus en partie au mucus. Ces qualités sont plus marquées dans l'appareil antérieur que dans le postérieur. D'après Berzélius, elle est formée de 992,9 parties d'eau ; 2,9 d'une matière animale , osmazône 5 1,4 de mucus 5 1,7 d 'hydrochlorate de potasse et de soude -, 0,9 de lactate de soude ; 0,2 de soude -, et d'une matière animale soluble , ptyaline. D'autres analyses ont été faites , et les résultats en ont un peu varié, selon le moment et l'endroit où elle a été recueillie, selon qu'elle a été gardée plus ou moins longtemps dans la bouche, selon surtout l'état physiologique des organes. Nous nous dispensons de les citer, parce qu'elles ne nous conduiraient à rien , et que nous perdrions un temps précieux à vouloir les accorder. Le plus ordinairement , surtout pendant la mastication , elle a été trouvée alcaline -, quelquefois cependant elle est neutre -, on ne la croit jamais acide ; cependant Haller l'a trouvée telle, Schulz et Mitscherlich ont reconnu que ce n'était que dans les moments de repos , lorsqu'elle avait séjourné dans la bouche. Combien de débats se sont ensuite élevés sur la cause de l'alcalinité I Soude, potasse, bicarbonate

alcalin, ammoniaque, chacun compte des partisans. Que de discussions encore sur le sulfo-cyanure de potassium ! Comment, sur des analyses si différentes, a-i-on eu le courage d'établir une théorie chimique de l'action de la salive sur les aliments? Disons par anticipation que tout nous paraît résider dans l'action de la ptyaline, indiquée pour la première fois par Berzélius.

Comme pour les autres sécrétions, Bordeu a fait intervenir l'action vitale de la glande. Comme dans toutes les sécrétions, cette action vitale est sous l'influence du système nerveux ganglionnaire ; soit que ces nerfs viennent du tronc ganglionnaire en se ramifiant sur les artères ; soit qu'ils viennent du ganglion sous-maxillaire et des autres petits ganglions qui sont dans le voisinage des glandes salivaires, comme le veulent Arnold etLonget ; soit enfin qu'ils viennent de ces deux sources, comme nous le croyons; la 5e paire n'y est pour rien, puisque sa paralysie n'empêche pas la salive de se former : M. Longet a pu faire, d'une part, la section du lingual, d'autre part, la section des trijumeaux, sans nuire à la sécrétion de la salive. Nous avons vu aussi la section du facial laisser couler la salive comme auparavant.

Les usages de la salive sont évidents. Elle sert à humecter les aliments à mesure qu'ils sont triturés ou broyés dans la bouche , soit pour en favoriser le glissement lorsqu'ils sont avalés , soit , bien plus encore , pour les imprégner et concourir, par sa combinaison avec eux , au premier acte de dissolution digestive. La nature fournit très-souvent des preuves de cet usage de la salive. Qu'une personne ait une fistule salivaire, on voit la sécrétion, presque nulle habituellement, augmenter considérablement pendant que les aliments, par leur présence et par les mouvements qu'ils exigent, sollicitent une grande quantité d'un liquide qui serait inutile dans d'autres moments. Qu'un individu soit privé de sa lèvre inférieure, la salive n'est plus retenue, elle s'écoule pendant la mastication ; et alors la digestion , privée de cette espèce de dissolvant, s'opère moins bien, et le sujet dépérit. Nous reviendrons sur cette action au chapitre de la digestion. La salive sert encore à la phonation : on sait combien la sécheresse de la bouche gène la parole, phénomène que Virgile a si bien caractérisé : Vox faucibus hœsit. Nous refusons à la salive l'action contagieuse erotique que Schultz et Bicker lui ont attribuée.

De nouvelles recherches faites par MM. Leuchs, Lassaigne , Duvernoy, apporteraient de nouvelles idées dans la manière de voir sur l'appareil salivaire. Les parotides et les molaires, ou système salivaire postérieur, sécréteraient un fluide aqueux et dissolvant, qui, en se mêlant aux aliments, les diviseraient et les dissoudraient. Les sous-maxillaires et les sublinguales, ou système salivaire antérieur, sécréteraient un fluide visqueux, analogue ou semblable à la mucosité, et qui agirait sur l'amidon pour le transformer en glucose , mais qui serait surtout destiné à favoriser le glissement du bol alimentaire dans la déglutition. Aussi, les premières manquent dans les animaux qui vivent dans l'eau, et les secondes existent dans tous les animaux. Ils rejettent la diastase salivaire admise comme principe dissolvant, et qu'on i. 16

avait cru trouver dans la salive mixte. M. Bernard a poussé plus loin encore cette distinction des usages de chaque glande salivaire. Selon lui , la parotide sécrète pour la mastication, la sous-maxillaire pour la gustation, la sublinguale et les glandules buccales pour la déglutition. Voilà pourquoi la parotide et la sous-maxillaire manquent chez les oiseaux qui ne mâchent et ne goûtent pas. Aussi, ces glandes ne peuvent pas se suppléer, et lorsqu'une d'elles disparaît ou diminue chez certains animaux , c'est parce que sa fonction spéciale est devenue inutile chez lui. C'est pour cette raison que la glande parotide acquiert son summun de développement chez les mammifères qui vivent de substances sèches, et qu'elle disparaît chez le phoque qui se nourrit d'aliments humides. M. Lassaigne a , depuis , fait connaître une différence de composition dans les liquides de ces glandes, ce qui ajoute un poids nouveau à la nécessité de les distinguer.

3° Sécrétion du lait.

Les glandes mammaires sécrètent le lait, comme toutes les autres glandes sécrètent leur fluide spécial. Quoique cette sécrétion, complément des fonctions génératrices , appartienne spécialement â la femme , il n'est pas sans exemple de la rencontrer chez quelques hommes. Les matériaux du lait sont apportés à l'organe par les artères mammaires ; ils y sont élaborés dans le tissu de la glande ; et le nouveau fluide qui en résulte est versé d'abord dans les vésicules en grappe , découvertes par Duvernoy , constatées par Breschetet Cuvier, et visibles au microscope. C'est dans les parois de ces vésicules que s'opère la transformation des matériaux du sang en lait. Artères, veines lymphatiques , galactophorcs , tout communique. Les injections de Maseagni, Ruisch , Cruikshank , Muller, Kospin, Dumeril , Meckel , Deschamps, etc., ne laissent pas de doute là-dessus. Que se passe-t-il? Ce qui se passe dans toutes les autres glandes, une véritable transformation; mais le secret en est encore caché dans le tissu vésiculaire. Disons toutefois qu'il csî faux que le chyle en envoie les matériaux tout préparés , comme on l'avait supposé. Le lait ainsi formé est ensuite absorbé par les radicules des vaisseaux lactifères, et conduit vers le mamelon pour y être transmis , par l'allaitement, à un autre individu , au moyen des galactophores. Aujourd'hui , on ne connaît pas d'autres conduits lactifères. Les adipeux que Haller croyait avoir découverts n'existent pas. L'appareil utéro-mammaire , supposé par Girard, de Lyon, n'existe pas non plus. Avant d'être évacué, le lait séjourne pendant quelque temps dans ses conduits en nombre indéterminé : il s'y accumule et il distend ceux-ci de manière à en faire des espèces de réservoirs qui en fournissent ainsi une plus grande quantité à la fois. Ce liquide a besoin, pour être évacué, d'une action mécanique extérieure. Tantôt c'est la succion exercée par la bouche de l'enfant , qui enveloppe le mamelon, l'excite et le fait entrer en érection , et ensuite , par le vide opéré dan< sa

houehe et le serrement alternatif de ce mamelon, il en exprime le lait qui \ était , et \ en fait affluer une nouvelle quantité. Tantôt c'est la pression méthodique du mamelon, qui amène le liquide d'arrière en avant, c'est-àdire, des radicules laelifères vers leur orifice extérieur, où on le fait jaillir par autant de jets qu'il y a de vaisseaux, et chacun dans une direction différente. Le lait n'a cependant pas toujours besoin de cette action mécanique pour être porté au dehors. Bien des fois il coule spontanément et mouille le linge, surtout chez les nouvelles accouchées. Il arrive très-souvent qu'il coule abondamment d'un sein, pendant que l'autre est livré à la succion de l'enfant : nous avons même vu alors le liquide jaillir à une distance considérable parla seule contraction des vaisseaux galactophores. Une remarque importante à faire, c'est que la sécrétion laiteuse est temporaire et périodique. Elle est temporaire, puisqu'elle commence dans la jeunesse et qu'elle cesse dans l'âge mûr, sans qu'on l'observe jamais dans l'enfance ni dans la vieillesse. Elle est périodique , puisqu'elle n'a lieu qu'après un accouchement et qu'elle se renouvelle après chaque accouchement. Pendant son repos, la glande est plus petite, son tissu est plus serré, on n'y distingue ni granulations, acini, ni tubulations en cul-de-sac :mais l'une et l'autre dispositions se développent pendant la grossesse et persistent pendant toute la durée de l'allaitement. Tout-à-fait dépendante de circonstances fortuites et spéciales, cette fonction est donc nulle pendant la plus grande partie de la vie, et quelquefois pendant la vie tout entière si la femme ne devient pas mère. Ces conditions ne sont pas tellement rigoureuses qu'on ne puisse voir , dans des cas rares, déjeunes filles avoir du lait au point de pouvoir allaiter. Tout le monde connaît l'histoire de cette jeune Romaine qui , en l'allaitant , sauva son père condamné à mourir de faim.

Bordeu a vu des jeunes filles provoquer la sécrétion laiteuse par la titillation du mamelon. Ces faits démontrent que l'allaitement ne produit pas seulement l'effet d'une ventouse, mais qu'il produit sur la glande mammaire une irritation particulière. Aussi les qualités du lait changent à l'infini, selon que la personne nourrit ou ne nourrit pas, selon qu'elle est enceinte, qu'elle ne l'est pas, etc. Ses principes constitutifs varient alors aussi dans leurs proportions et dans leurs qualités.

Autant, dans cette fonction , le but de la nature est évident, autant il est difficile de faire connaître les pourquoi et les comment : ils sont des mystères dont elle s'est réservé la solution. Vainement dira-t-on que c'est par sympathie ou synergie que les glandes mammaires sont averties de la grossesse, on ne m'aura point satisfait avec ce mot : car il est mis à la place de l'explication, mais il n'explique rien. Quoi qu'il en soit, c'est ordinairement le troisième jour après l'accouchement que s'opère une fluxion sur les seins sous le nom de fièvre de lait. Alors les glandes mammaires , distendues et excitées, deviennent le foyer d'une sécrétion abondante. Le premier lait qui coule après l'accouchement est le colostmm ; plus séreux qu'il ne l'est après le

mouvement fébrile, il est plus laxatif, et semble avoir été disposé pour évacuer le nouveau-né beaucoup plus que pour le nourrir.

Un physiologiste distingué, M. Richerand , a pensé que l'analogie qu'il trouvait entre la composition chimique du lait et celle de la lymphe indiquait que le premier fluide n'était peut-être que le dernier légèrement modifié. Il admet en conséquence que le chyle, au lieu de se rendre dans le torrent de la circulation, remonte dans les lymphatiques des aisselles, puis dans ceux des mamelles , et arrive ainsi dans les vaisseaux excréteurs de la glande. Quelques interprétations forcées ont donné à cette opinion une apparence de vraisemblance qu'il est facile de renverser, en rappelant que cette interversion du cours du chyle et de la lymphe n'a jamais ^té démontrée et qu'elle est contraire aux lois de la nature. De plus , nous avons fait une expérience convaincante. Après avoir fait jeûner pendant dix heures une chienne qui avait mis bas depuis quatre jours, nous lui avons fait avaler une grande jatte de lait. Demi-heure après, nous avons fait teter ses huit petits à la fois, afin de produire vers les mamelles une forte direction fluxionnaire , et, au bout d'une demi-heure, la chienne a été ouverte. Les vaisseaux lymphatiques intestinaux et mésentériques étaient gorgés de chyle. Ils se vidaient tous dans le canal thoracique ou dans les veines après avoir traversé un plus ou moins grand nombre de ganglions lymphatiques , mais aucun ne se rendait vers les mamelles. Cette expérience variée et répétée plusieurs fois ne peut pas laisser de doute. Nous voyons en outre tous les jours la fluxion laiteuse la plus intense avoir lieu, malgré la diète la plus rigoureuse imposée aux nouvelles accouchées.

Nous n'avons rien à dire sur l'influence nerveuse ou vitale qui préside à la sécrétion du lait : elle est la même que dans toutes les autres glandes. C'est par les filets nerveux ganglionnaires des artères que l'incitation galogène y est portée.

La composition du lait a beaucoup occupé les chimistes et les micrographes. Il importe de rappeler en peu de mots ce qu'il y a de plus démontré. Lorsque le lait sort de la mamelle, il est d'un blanc opalin plus ou moins opaque. Il a une odeur spéciale assez agréable , quoique un peu nauséeuse > Il a une saveur douce, sucrée et agréable. Enfin il est plus lourd que l'eau. Abandonné à lui-même, il se refroidit et peu à peu il se partage en trois principes bien distincts. L'un vient à la surface et forme la crème, matière grasse spéciale, d'où l'on retire le beurre 5 l'autre se concrète et nage dans le liquide , c'est le caséum ou la caséine des modernes, caillot blanc azoté et dont on fait le fromage ; le troisième est le sérum lacté, liquide d'un jaune verdâtre, acidulé. La chimie a pénétré dans l'intimité de ces substances, et, indépendamment de ces trois états, elle a trouvé, outre la caséine et la matière grasse, une substance sucrée particulière, le sucre de lait, lactose, et une quantité variable de sels inorganiques. L'analyse microscopique a , depuis Leuwenhoëc, trouvé des globules sur lesquels Henle et surtout M. Donné ont donné les détails les plus satisfaisants. On s'est beaucoup occupé de sa qualité alca-

line, et si l'on a varié, c'est parce qu'ordinairement il est alcalin lorsqu'il sort et qu'il (lc\ ient acide par le repos, à cause d'un travail intime qui ne ressemble point à la putréfaction, comme l'ont dit quelques chimistes. Le colostrum contient moins de lactose, et ses globules sont moins ronds, moins unis que ceux du lait. Ce sont des corpuscules distincts que M. Donné a décrits avec le plus grand soin, et qu'il a vu diminuer à mesure que le colostrum prend les qualités du lait pour disparaître complètement au huitième jour.

Tout le monde connaît l'influence de l'alimentation sur le lait. On sait que certains aliments en augmentent la sécrétion et que d'autres la diminuent. On sait de même que ses qualités varient beaucoup aussi d'après la qualité de nourriture. Certains aliments rendent le lait purgatif , acre, irritant, et le rendent par conséquent nuisible à l'enfant. Les nourrices le savent fort bien. Mais la chimie moderne a voulu aller trop loin lorsqu'elle a supposé que l'aliment gras fournissait plus de beurre, et que l'aliment sucré ou féculent fournissait plus de lactose. Nous avons autre part réfuté cette opinion de MM. Boussingault, Sandras, Bouchardat, Dumas, Lebert, et M. Bernard vient prêter son appui à notre opinion en démontrant que le glucose était un produit indépendant de l'alimentation féculente.

On sait aussi combien certaines conditions physiologiques influent sur les qualités du lait, et surtout la grossesse, la menstruation , les passions et les maladies.

Les usages du lait sont bien eonnus : il est le premier aliment de l'enfance. C'est à cause de la faiblesse de l'appareil digestif à cet âge, que la nature lui a préparé une nourriture presque digérée, et qui n'eût, pour ainsi dire, besoin que d'être absorbée pour être du chyle. C'est pour cette raison que ces deux liquides présentent une si grande analogie apparente , car ils diffèrent réellement beaucoup. Le caséum du lait ne ressemble en rien à la fibrine du chyle,

4° Sécrétion du fluide pancréatique.

Quoi qu'il en soit de l'analogie qu'on a cru remarquer entre le pancréas et les glandes salivaires, et de la presque identité que Fordice a trouvée entre le fluide pancréatique et la salive, la sécrétion s'opère dans le pancréas comme dans toutes les glandes. Il appartient aux glandes en grappes. Le fluide sécrété est déposé dans les petites cellules découvertes par Weber ; il y est puisé par les radicules des vaisseaux excréteurs , qui le transportent en convergeant vers l'extrémité droite de l'organe , et en se réunissant successivement , jusqu'à ce qu'ils ne forment plus qu'un tronc unique sous le nom de conduit pancréatique, découvert par Wirsung et Hoffmann. De cette manière le fluide représente une somme de colonnes d'autant plus volumineuses et moins nombreuses qu'il approche davantage de ce conduit dans lequel il n'en forme plus qu'une. Après un court trajet et sans s'être séparé de l'organe, ce conduit vient verser sa liqueur dans la partie movenne du duodé-

num, tantôt séparément et à côté du conduit cholédoque , tantôt confondu avec ce conduit, de telle façon que les deux fluides, biliaire et pancréatique, peuvent se mêler avant leur entrée dans l'intestin. Aussitôt après , la liqueur pancréatique se mêle avec les substances alimentaires qui arrivent de l'estomac. C'est encore une des ressemblances que présente la sécrétion de cette glande avec celle des glandes salivaires. De part et d'autre, en effet, le fluide sécrété arrive à sa destination sans passer par un appareil excréteur compliqué. Ces points de conformité avaient porté Siebold à donner au pancréas le nom de glande salivaire abdominale. Le fluide pancréatique exerce sur le chyme une action sans doute indispensable , parce que la nature ne fait jamais rien en vain; mais, outre qu'il est peut-être impossible de l'apprécier, ce n'est pas ici le lieu de nous en occuper.

La sécrétion du fluide pancréatique ne présente rien de particulier. La profondeur de l'organe rend presque impossibles et très-peu concluantes les expériences directes qu'on pourrait pratiquer sur lui : on ne peut donc que lui faire l'application de ce qui a été démontré pour les autres organes sécréteurs. Il est à présumer qu'en arrivant dans le duodénum , la masse alimentaire sollicite une sécrétion plus abondante en titillant, pour ainsi dire , l'orifice du conduit pancréatique. Ce soupçon vient d'être mis hors de doute par M. Bernard. Il a trouvé le pancréas pâle, flétri chez les animaux qu'il avait fait jeûner ; rouge et plus gonflé chez ceux qui venaient de manger ; rouge foncé, turgide , comme en érection, chez ceux qui avaient mangé depuis trois heures, et dont les aliments avaient passé dans le duodénum. Nous le pensons ainsi, malgré quelques expériences en apparence contradictoires.

De Graaf, Schuyll, Mayer, Tiedemann, Gmelin, Leuret et Lassaigne, etc. , en ont recueilli sur plusieurs animaux. Ils l'ont trouvé légèrement transparent , opalin , visqueux et gluant -, alcalin au commencement, acide vers la fin et à l'état frais et quelquefois neutre. M. Bernard ne l'a jamais trouvé qu'à' l'état alcalin. MM. Leuret et Lassaigne y ont reconnu de l'osmazône, une matière particulière, beaucoup d'albumine et très-peu d'acide libre, et quelques sels solubles, carbonates, chlorures, phosphates et sulfates alcalins. Il différerait donc essentiellement delà salive, qui contient du mucus et de la ptyaline. Cependant M. Blondlot ne le regarde que comme un simple fluide muqueux. M. Colin a démontré l'identité du suc pancréatique chez tous les animaux herbivores et carnivores. Selon lui, la sécrétion, toujours considérable, augmente et diminue alternativement : plus abondante lorsque l'animal mange et lorsque l'aliment franchit le pylore -, alors aussi le fluide est plus émulsif, plus visqueux, plus gras , il contient plus de principe albuminoïde. Après la digestion , il devient moins visqueux , plus aqueux , moins albuminoïde, moins émulsif; cependant il ne perd jamais complètement cette propriété. Par son contact avec l'huile, il devient toujours acide. Chez le cheval il est peu albumineux et il s'émulsionne très-bien \ d'où l'on peut conclure la futilité de l'opinion qui veut que l'albumine soit nécessaire pour émulsionner: il y a bien certainement autre chose. Ainsi le suc pancréatique du mouton

contient beaucoup d'albumine et émulsionne bien les graisses-, cependant il n'en mange jamais.

Les usages du fluide pancréatique sont de concourir à la dissolution chimico-vitale delà masse alimentaire, en se combinant avec elle. Il doit contribuer puissamment à favoriser la formation et la séparation du chyle; mais le mode d'action qu'il exerce , quelque indispensable qu'il soit, est impossible à constater par les expériences directes. Cependant il ne peut pas être révoqué en doute, puisque la digestion languit dès que , par une altération, le pancréas ne sécrète plus de fluide ou qu'il ne le sécrète que d'une mauvaise qualité. Il semblerait encore, d'après les expériences de Brunner, qui a extirpé cette glande sur plusieurs chiens, qu'elle favorise la défécation en activant la chylification, puisque, chez ces animaux, il y eut à la fois une faim voraceetune constipation opiniâtre. La faim provenait de ce que les organes, ne recevant plus les matériaux réparateurs de la digestion , en demandaient sans cesse ; et la constipation , de ce que les intestins ne cherchaient pas à se débarrasser d'un chyme qui n'avait pas fourni tout le chyle qu'il aurait dû. M. Blondlot ne le croit destiné qu'à étendre la bile et à en atténuer l'âcreté. Sylvius et Haller ont fait des expériences qui ont montré l'importance du pancréas, mais qui n'ont rien révélé sur son mode d'action. Les animaux languissaient et succombaient. Les effets nuisibles des lésions morbides de cette glande ont été recueillis par M. Mondière. Quoique MM. Tiedemann et Gmelin en aient conclu la nécessité de cette glande et de son produit pour l'animalisation des aliments, cela ne suffit pas, puisque Autenrieth a vu quelquefois cette altération ne porter aucune atteinte ni à la digestion ni à la santé. Les recherches de MM. Sandras et Bouchardat et de M. Mialhe, font agir ce liquide spécialement sur les fécules pour les convertir en dextrine et en glucose , à l'aide de la diastase dont ils y ont démontré la présence. Enfin, M. Bernard vient de lui trouver la propriété d'agir sur les corps gras pour les émulsionner et les disposer à l'absorption, puisque la ligature du conduit pancréatique empêche cette transformation, et qu'on ne la trouve qu'au-dessous de son orifice et jamais au-dessus. Il dédouble chimiquement les corps gras et les sépare en glycérine et en acide gras. M. Mialhe élève des doutes sur cette action du suc pancréatique, et il pense qu'elle ne peut avoir lieu qu'en vertu de son alcali, soude ou ammoniaque.

5° Sécrétion de la bile.

Comme tous les autres liquides sécrétés, la bile est élaborée dans le parenchyme même de son organe sécréteur, le foie, la plus importante des glandes, puisqu'elle se trouve la première dans le règne animal. Ce fluide , pompé et transporté par les radicules des vaisseaux excréteurs, se dirige de tous les points vers la grande scissure du foie, où il vient, en se réunissant successiment, ne former plus qu'une colonne dans le canal hépathique , qui le con-

duit vers le duodénum, pour l'y verser directement dans certains moments, et pour le faire refluer, dans d'autres, à la vésicule du fiel au moyen du conduit cystique. Il séjourne dans ce réservoir plus ou moins longtemps , jusqu'à ce que la digestion en nécessite l'expulsion vers le premier intestin. Alors la vésicule exprime peu à peu la portion de liquide qui s'y est accumulée, et lui fait reprendre le conduit par lequel elle avait été apportée , pour aller s'unir à la bile qui continue avenir du foie par le canal hépatique, afin de se rendre ensemble au duodénum au moyen d'un conduit commun qu'on appelle cholédoque. Comme nous l'avons déjà dit , elle s'épanche avec le fluide pancréatique dans la courbure moyenne de l'intestin, et elle s'y mêle à mesure à la masse. alimentaire qui passe.

Analyse chimique.

La bile est un liquide semi-transparent, d'une couleur verte jaunâtre, plus ou moins foncée , quelquefois brune, quelquefois même bleue, se transmettant aux corps qui s'en imprègnent ; d'une saveur amère désagréable, nauséeuse, laissant un arrière-goût fade et douceâtre; d'une odeur fade particulière, nauséabonde, persistante, due à quelque principe volatil insaisissable par l'analyse chimique ; d'une consistance visqueuse , quelquefois poisseuse , plus ou moins dense, et toujours savonneuse au toucher. Ces caractères changent à mesure qu'elle change de place 5 ainsi elle est plus foncée, plus dense, plus visqueuse, plus limpide, plus muqueuse, plus amère dans la vésicule du fiel que dans les conduits hépatiques , à cause de l'absorption de la partie la plus liquide. Elle varie du reste en quantité comme en qualité, selon l'âge, le sexe, le tempérament, le climat, la saison, l'exercice, le sommeil, la veille, et surtout selon les affections morales et pathologiques. Il ne nous est pas possible d'aborder les moindres détails sur ces sujets , ils seraient trop longs. Elle est légèrement alcaline 5 cependant M. Bernard l'a trouvée acide.

Les caractères microscopiques de la bile ont à peine été signalés par Mieg, Delius, Burdach, Weber, de Blainville, Chevreul. Ils ont fait le sujet d'une étude particulière de la part de M. Bouisson : il y a trouvé des corpuscules ou globules muqueux variables ; quelques plaques de matière colorante jaune, amorphes, et plus ou moins étendues ; une matière en partie transparente, cristalline, en paillettes, étoiles, etc., attribuée à la cholestérine, qui, étant plus disséminée, n'est pas toujours facile à constater. Il n'a jamais pu rencontrer les animalcules biliaires de Blainville.

La composition delà bile serait très-variable si l'on en jugeait parles différentes analyses qui en ont été faites. En effet , pas une ne se ressemble. Quoique nous admettions des différences notables dans ce fluide , suivant qu'il est pris dans la vésicule, dans le canal hépalhique ou dans le canal cholédoque ; suivant la constitution bilieuse , lymphatique ou sanguine des su-

jets; suivant leur régime alimentaire, l'époque du repas où on la recueille, etc., ikiii^ pensons cependant que ces différences tiennent beaucoup plus à l'état d'enfance dans lequel la chimie organique se trouve encore. Car un chimiste décomposera bien souvent les produits organiques qu'avait trouvés un autre chimiste, et en fera connaître de nouveaux qui seront à leur tour décomposés ou combinés différemment. Tout est arbitraire, rien n'est fixé dans cette science toute nouvelle encore. Aussi nous nous dispenserons de faire connaître les travaux de Verrheyen, de Gaubius, de Macbridc, de Ramsay, de Van Bocchante, de Poulletier de la Salle, de Fourcroy, de Cadet, de Thénard, de Bracounot.. de Lercboullet. Nous croyons cependant devoir faire connaître l'analyse qui en a été donnée par Berzélius. D'après lui, la bile serait composée ainsi qu'il suit :

Eau 007.4

Matière biliaire 80.0

Mucus 5.0

Alcalis et sels 9.1

Depuis, M. Chevreul a fait connaître la présence de la cholestérine, découverte importante qui jette un grand jour sur l'étude de la formation des calculs. Gmelin, reprenant avec une patience admirable les travaux faits jusqu'à ce jour, a trouvé un nombre de produits bien supérieur à celui qu'on avait signalé. Il en compte vingt-quatre, les uns déjà connus, les autres encore inconnus. Nous nous dispensons de les énumérer, parce que sans doute quelques-uns ont pu se former pendant la longue analyse qu'il en a faite ; ou bien ils résultent de la division de quelques-uns ou de la réunion de quelques autres. C'est ainsi que, de concert avec Tiedemann, il y a trouvé la taurine. De nouvelles recherches de M. Demarçai lui ont fait découvrir l'acide choléique, à l'aide duquel il a pu recomposer la bile. Berzélius, ayant repris son travail , arriva à de nouveaux résultats qui lui donnèrent deux matières colorantes, la biliverdine et la bilifulvine \ un principe essentiel, la Mine , enfin la dislisinc , l'acide fillique, l'acide cholinique, l'acide bilifellique . Il chercha à mettre ces résultats en harmonie , et à les faire concorder avec les faits physiologiques. Selon M. Bouisson, la bile doit sa couleur à la matière jaune de Thénard , ou aux principes colorants verts jaunes de Berzélius , biliverdine et bilifulvine : elle doit sa saveur à la fois amère et sucrée à l'acide choléique de Dumarçay (picromel de Thénard, résine et sucre biliaire de Gmelin, matière biliaire et biline de Berzélius) ; elle doit sa consistance à la combinaison savonneuse de principes gras ou résineux acides avec la soude. Aussi la bile, représentant une solution aqueuse d'un sel ou savon, ne peut pas offrir, à l'inspection microscopique, des molécules organiques proprement dites, comme le chyle, le sang, le lait, etc. Il est disposé à la considérer comme une sorte de savon ou cholate de soude, que Platner appelle bilate de soude. Au reste ; ces analyses et celles qui ont encore été faites par MM. Liébig, Platner, Frômmherz et Gugert, Verdèil, Strecker, Blondlot, etc.,

2bO FONCTIONS GANGLIONNAIRES.

ne fournissent aucune donnée sur son mode de sécrétion ni sur ses usages. Tout ce que l'on sait à cet égard est le résultat de l'observation et de l'expérience, et des conséquences qui en découlent naturellement. On sait que les qualités physiques et chimiques varient infiniment suivant différentes circonstances ; mais on n'a pas même pu apprécier le caractère de l'influence de chaque modification, tels que l'âge, le tempérament, le sexe, le climat, la saison, l'exercice, le sommeil, les passions, le genre de nourriture , le moment de la sécrétion, l'administration de certains médicaments. Les données qu'on a sur cet important sujet sont encore bien faibles. Cependant la bile est dans l'enfance plus limpide, moins foncée 5 les corps gras, résineux et épicés en augmentent la quantité ; les végétaux .et les acides la diminuent; le mercure, la rhubarbe, la térébentine, etc. exercent sur elle une action bien marquée.

Sécrétion et excrétion.

Cette fonction consiste, comme toutes les sécrétions, à transformer en un liquide nouveau les matériaux qui sont apportés à l'organe sécréteur. La conversion est ici complète. On ne peut pas regarder la sécrétion comme une simple séparation des matériaux préexistants, puisque, dans l'état de santé, les principes constitutifs de la bile ne se rencontrent jamais tout formés dans le sang. Quelques faits d'ictère sans obstruction des conduits biliaires, et les interprétatations de M. Liébig sont loin de changer nos convictions à cet égard. Il y a donc transsubstantiation ou création d'un nouveau produit organique. Dans son trajet, la bile est poussée par l'action contractile des capillaires excréteurs, comme tous les autres liquides le sont dans leurs canaux respectifs beaucoup plus que par le vis a tergo admis par M. Bouisson. Ce trajet présente cependant une particularité : c'est tantôt de passer directement dans l'intestin, en continuant son cours dans le conduit cholédoque,- tantôt de refluer, par le conduit cystique, dans la vésicule biliaire pour s'y accumuler et en être ensuite versée en plus grande quantité à la fois dans le moment de la digestion. Quelques auteurs ont élevé des doutes sur ce reflux de la bile dans la vésicule, parce que le conduit cystique, réuni au conduit hépatique à angle aigu, leur a paru disposé peu favorablement à opérer ce reflux, et qu'ils n'ont pas cru possible que le même conduit servît alternativement à faire circuler le même fluide dans deux sens inverses. Pour soutenir cette opinion, ils ont admis, les uns, des conduits hépato-cystiques qui venaient du foie dans la vésicule y verser la bile ; les autres, une sécrétion biliaire dans les parois mêmes de cette poche membraneuse. Mais l'existence des prétendus vaisseaux hépato-cystiques est tout à fait imaginaire, tous les efforts des anatomistes n'ont jamais pu les découvrir chez l'homme. La sécrétion de la bile dans les parois de la vésicule n'est pas plus admissible. D'abord, si elle avait lieu, le foie eût été inutile, et il eût

été absurde de créer un aussi volumineux organe pour la formation d'un liquide aussi facile à sécréter. En second lieu, une expérience directe nous a convaincu de l'impossibilité que cela fût ainsi. En effet, nous n'avons jamais vu la vésicule se remplir, lorsqu'après l'avoir vidée, nous avions placé une ligature sur le conduit cystique. Il est évident que si la bile arrivait dans ce réservoir par d'autres voies que ce conduit, elle aurait continué à s'y amasser malgré la ligature, tandis qu'alors il ne s'y amasse que du mucus. Il n'est plus permis d'attribuer à ce conduit l'action d'une vis d'Arcliimède, qu'on avait supposée à cause de la disposition spirale que Bauhin, Heister, Spigel et M. Amussat ont reconnue à la valvule. Les raisons physiques admises par d'autres physiologistes ne sont pas plus admissibles. Comme tous les organes, ces conduits ont leur instinct. Selon le besoin, ils admettent ou rejettent la bile ; ils la font couler d'un côté ou de l'autre, et ils la font couler en plus ou moins grande quantité. Les calculs de Valcarenghi ne peuvent donc qu'être illusoires et erronés, lorsqu'il veut préciser la quantité qui se rend à la vésicule et celle qui se rend au duodénum. Il fait d'ailleurs la part de celui-ci beaucoup trop grande pendant le repos de la digestion. Il dit que les cinq sixièmes se rendent directement dans l'intestin.

Pendant son séjour dans la vésicule, la bile acquiert quelques nouvelles qualités. Elle devient plus foncée en couleur, plus consistante et plus visqueuse. Elle prend alors le nom de fiel ou de bile cystique, pour la distinguer de la bile hépathique qui vient du foie. La chimie ne nous a rien appris encore sur la cause de ce changement ni sur les modifications qu'il apporte dans la composition du fluide. Est-il dû à une sorte de fermentation ou de travail intestin de la bile elle-même ? ou bien est-il le simple résultat d'une plus grande condensation des principes constitutifs essentiels du liquide, par l'absorption de la partie la plus séreuse, d'un peu d'albumine et de mucus? Quoiqu'il soit impossible aujourd'hui de décider avec certitude ces deux questions, la dernière est plus vraisemblable, et nous l'admettons. Mais ces changements ne sont pas assez importants pour qu'on doive attribuer à la vésicule une action trop grande sur la qualité de la bile. Vieussens a donc eu tort de la regarder comme l'organe où s'achevait la bile, et de ne reconnaître pour telle que la bile qui en sortait. La vésicule est un réservoir destiné à faire, pendant le repos, une provision de bile qui fût utile pendant la digestion. Ce qui le prouve, c'est qu'on ne la trouve que chez les animaux qui ne mangent qu'à des intervalles éloignés, les carnassiers, et qu'elle manque chez les animaux qui mangent toujours, tels que le bœuf. Les variétés sans nombre de couleurs jaune, verte et bleue, plus ou moins foncées que présente la bile, ne sont pas toujours le résultat de la seule condensation. Elles dépendent le plus ordinairement de modifications imprimées par le foie lui-même à la matière colorante, et dont il est impossible d'apprécier et la cause et la nature.

Lorsqu'on a vu la vésicule se vider en partie après s'être remplie pendant la vacuité de l'estomac, on s'est demandé par quel mécanisme s'opérait cette expulsion. Les uns n'y ont vu que la pression physique produite sur cette

poche membraneuse par l'estomac rempli d'aliments et par les mouvements de la respiration. Les autres ont admis une action contractile dans ses parois. La première de ces opinions ne peut pas être admise, au moins d'une manière absolue ; parce que s'il en était ainsi, la bile ne s'écoulerait que dans le moment de la plus grande plénitude de l'estomac : aussitôt que ce viscère se serait débarrassé de quelques aliments, il ne comprimerait plus suffisamment la vésicule, et une grande partie de la masse chymeuse ne recevrait plus l'imprégnation d'une assez grande quantité de bile. L'expérience a prouvé, d'un autre côté, que la simple compression de la vésicule était insuffisante pour l'évacuer, puisque ni la pression de l'abdomen, ni sa plénitude séreuse ou gazeuse ne produisent cet effet. Il faut l'action contractile des parois de la vésicule qui agit ici, comme la vessie agit sur l'urine, toutes les fois que, dans l'état de santé, elle est sollicitée par le passage des aliments dans le duodénum, qui produisent sur l'orifice du conduit cholédoque une impression dont la sensation, transmise à la vésicule, lui annonce que c'est le moment de se contracter pour coopérer à une grande fonction. Lorsque nous avons comparé l'action de ce réservoir à la contraction de la vessie, ce n'est que sous le rapport du résultat : car le mode d'action est tout à fait différent. Dans la vessie, c'est une contraction opérée par les fibres musculaires. Dans la vésicule, c'est le simple retour à leur état ordinaire de parois élastiques qui avaient été distendues : c'est une contraction analogue à celle du chorion ; jamais le scapel n'a pu démontrer rien qui ressemblât à la fibre musculaire chez l'homme. Cependant quelques faits anatomiques recueillis par Amussat, Barth, Meyer, sembleraient y avoir démontré quelquefois la nature musculeuse ou presque musculeuse. Ce n'est donc pas la distension du duodénum par l'accumulation du chyme qui dilate l'orifice du canal ; la vésicule se contracte lorsqu'elle est avertie de leur présence ; aussi la bile coule plus ou moins abondante selon la qualité des substances qui arrivent dans le duodénum ; aussi, pendant que la vessie, en se contractant, se vide complètement jusqu'à la dernière goutte de l'urine, la vésicule ne se vide jamais en entier, elle retient toujours une assez grande quantité de liquide. On a cherché à évaluer la quantité de bile qui était sécrétée dans un temps donné. Les résultats obtenus sont loin d'être satisfaisants, parce qu'ils partent de principes inexacts. Borelli, comparant le diamètre des excréteurs avec le diamètre de la veine-porte, évalue à trente-quatre livres la quantité de bile qui est sécrétée dans un jour. Verger a voulu comparer cette quantité avec celle des urines, si variable. De Graaf, Keil, Hemremann, Reverhost, Haller, Seger, Blondlot, ont ouvert les animaux et ont reçu la bile par le bout du conduit hépatique coupé. Quelques-uns, avec Schulz, ont calculé la quantité de bile qu'il fallait pour neutraliser l'acidité du chyme, etc. Aussi, les évaluations sont-elles bien différentes -, tandis que Borelli la porte à trentequatre livres, et d'autres à quinze ou vingt, quelques-uns la réduisent à trente grammes. MM. Saunders et Bouisson me semblent se rapprocher le plus de la vérité, Dans l'état normal, disent-ils, il reflue à peu près autant de bile dans

la vésicule qu'il en coule dans le duodénum : or la vésicule contient environ soixante grammes de bile, deux fois par jour elle se vide à peu près aux trois quarts ; cela donnerait donc environ cent quatre-vingts grammes de bile par jour. Tacconi eut l'occasion précieuse de pouvoir recueillir chez une jeune fille la bile qui sortait par une fistule cystique. La quantité ne s'éleva pas au-dessus de quatre onces, cent vingt-cinq grammes ; mais il est à présumer qu'une partie déjà passait par le canal cholédoque, puisque la fistule se ferma quelque temps après. Cette évaluation ne peut donc qu'être approximative puisque la quantité de la bile varie chez les différents individus et suivant une foule de circonstances.

Questions diverses.

L'étude sévère de la sécrétion de la bile ne présente rien de plus. Tout ce qui est positif, nous l'avons exposé. Mais l'existence de deux substances distinctes dans le parenchyme du foie, la distribution particulière et unique de deux ordres de vaisseaux sanguins, la distribution de la veine ombilicale chez le fœtus, le réseau nerveux dont s'enveloppent les ramifications de la veine-porte, et le volume énorme du foie proportionnellement à la quantité du fluide sécrété ont soulevé une foule de questions importantes, tantôt sur la sécrétion même de la bile et sur l'origine des matériaux qui la fournissent ; tantôt, et le plus souvent, sur les usages présumés du foie, autres que la sécrétion biliaire, ainsi que l'ont pensé Bichat, Moreschi, Richerand, Broussais, Voisin, Smith, etc. L'importance des questions auxquelles ces considérations peuvent donner lieu, ne nous permet pas de les passer sous silence. Nous les réduirons à quatre principales :

1° On n'a pas été d'accord sur les usages spéciaux des deux substances du parenchyme du foie. On n'a pas su préciser la part que chacune prenait dans l'acte sécrétoire : car les uns ont attribué à l'une ce que les autres ont attribué à l'autre. Cette dissidence ne doit pas nous étonner, parce qu'aucune expérience ne nous a rien révélé là-dessus. Qu'on envisage avec Ferrein la substance claire comme l'écorce et la substance foncée comme la moelle ; ou qu'on adopte avec Autenrieth, Mappes et Mekel une opinion contraire, ou qu'avec Ferrein, Bichat, Muller, Kiernau, Cruveilhier, Prochaska, Cloquet, Bouisson, Lereboulet, on adopte, pour chaque granulation , acini ou lobule composé de cellules, un point central jaune-clair formé par le cul-de-sac du conduit sécréteur, une triple zone extérieure ou corticale foncée, formée la première par les veines hépatiques , la seconde par la veine-porte et la plus extérieure par l'artère hépathique ; ce que l'un trouve, l'autre ne le trouve plus. Le plus souvent ces détails nous semblent le fruit d'une imagination prévenue, qui avait déjà vu ce qu'une idée préconçue lui faisait déférer. Cette triple zone ne viendrait donc là que pour favoriser certaines opinions spéculatives. Aussi, MM. Dujardin et Verger ont prouvé que les injections et le

microscope ne dévoilaient rien de semblable ; que les trois ordres de vaisseaux étaient confondus dans la substance foncée , et que la matière des injections communiquait des uns dans les autres. Theile et M. Lereboulet lui-même ont obtenu les mêmes résultats. Rien ne vient donc d'une manière positive contredire ou appuyer l'une plutôt que l'autre de ces opinions. Combien la perplexité augmente , lorsque nous voyons MM. Retzius, Weber, Henle, Vogel, Krukenberg, Lambron, Lereboulet, apporter leur tribut de découvertes dans ces infiniments petits, dans ces vasa vasorum, substantia tubulosa, acini, substantia venosa intralobularis , substantia vasculosa interlobularis, substantia flava, etc. Tout cela ne dit pas ce que fait la vie ni comment elle le fait. Sans nous inquiéter des deux camps des acini ou des vaisseaux exclusifs, nous reconnaissons qu'il y a une substance extérieure dans laquelle les vaisseaux viennent se distribuer et une substance intérieure jaune formée par la vésicule, où les vaisseaux excréteurs prennent naissance, et dans laquelle, selon M. Robin, il n'y aurait point d'épithélium. Là se borne ce que l'anatomie positive nous démontre. Cette opinion nous paraît la plus juste. Cependant, M. Lereboulet a trouvé l'utricule fermée ; et jamais il n'a vu les conduits, ou lignes, excréteurs pénétrer dans leur intérieur. Il nie aussi la communication des cellules entre elles, comme l'admettait M. Weber. Cependant, il reconnaît qu'elles sont unies en forme de chapelet, de manière à faire deux rangées autour des vaisseaux. De cette manière, le fluide sécrété serait versé en dehors et non en dedans de la vésicule ou cellule sécrétante. Il nie aussi l'existence de deux substances dans les lobules biliaires, et il exclut l'artère hépatique d'une participation active à la fourniture des matériaux de la bile. Il pense, enfin, que la bile sécrétée est versée dans l'espace filiforme qui sépare les deux rangées de cellules, et que là il n'y a aucune apparence de conduit; ce n'est que plus loin que celui-ci devient apparent et qu'il se charge du liquide pour le transporter en se réunissant successivement à d'autres conduits. Il combat aussi l'opinion qui fait prolonger les conduits biliaires jusqu'à former des tubes sécréteurs qui les terminent et qui se forment en cul-de-sac, comme l'ont dit MM. Krause , Cruveilhier, Henle. Il admet seulement un réseau biliaire extérieur et un réseau sanguin. Enfin il admet deux sortes de cellules très-distinctes, les unes graisseuses, les autres biliaires. Il prétend que les graisseuses existent presque seules dans le fœtus, et que c'est à leur nombre plus grand qu'il faut attribuer la quantité presque nulle de bile qui est sécrétée à cet âge. A la naissance, les cellules graisseuses se transforment en cellules biliaires. Erreur que nous nous dispensons de réfuter. M. Nathalis Guillot n'admet ni vésicule, ni utricule, ni cellule. Il ne reconnaît point de cavités dans ces acini, et il leur donne le nom de particules.

De même que dans la substance corticale du rein, le sang est versé dans la substance foncée du foie et lui donne sa couleur, et, lorsque la bile est sécrétée, le tissu qui la reçoit devient plus clair et jaune, et fournit l'ori gine des excréteurs biliaires. D'après cette manière de voir, la substance

SÉCRÉTIONS. 2Ii

foncée serait la partie sécrétante, et correspondrait à la substance corticale du rein, tandis que la substance claire serait l'origine des conduits biliaires et correspondrait à la substance tubulée à la cellule. La dispersion de ces deux substances dans toute l'épaisseur du foie nous explique aussi pourquoi le^ conduits excréteurs naissent disséminés dans tous les points, au lieu de venir, comme au rein de la substance extérieure seulement. 2° Quand on a vu l'une des veines les plus considérables se distribuer au foie à la manière des artères , et former ce que Bichata décoré du nom de système veineux abdominal, on a pensé que ce n'était pas sans un but d'utilité que la nature avait établi cette disposition, et on a cru généralement qu'à ce vaisseau était confié le soin d'apporter les matériaux de la sécrétion , laissant aux artères celui de fournir ceux de la nutrition de l'organe et de son excitation vitale et de la sécrétion muqueuse de ses conduits. Telle fut l'opinion de Borde nave, de Dumas, de Ricbcrand , et ensuite de MM. Kiernan, Ripault, Lambron, etc.

Pour fortifier cette opinion, on s'est appuyé de toutes les circonstances qui pouvaient lui être favorables. On a fait ressortir le petit volume des artères hépatiques auprès de celui de la veine porte ; on a comparé la petite quantité du sang artériel qui était fournie , à la grande quantité du &an& veineux ; on a même trouvé à ce dernier des qualités plus hydrogénées et plus carbonées qui le rapprochaient davantage de la nature huileuse et alcaline de la bile. On lui a même supposé une marche plus lente, et par conséquent plus favorable à la sécrétion. MM. Prévost et Dumas , Tackeroy. Schultz, Blondin et Quartin-Dillon l'avaient déjà trouvé plus noir, plus pesant, plus amer, plus séreux, moins riche de globules et de fibrine , et bien moins coagulable. Ce que MM. Béclard et Beau ont démontré de nouveau, en extrayant du sang de la veine porte une fibrine moins élastique , plus faible et se liquéfiant à l'air. Ces raisons insuffisantes ont été victorieusement réfutées par Bichat, qui, sans oser se prononcer affirmativement, s'étonnait avec juste raison que l'appareil de la bile s'écartât seul de la loi commune qui fait fournir le sang artériel à toutes les sécrétions. D'ailleurs , les liquides injectés par l'artère hépatique arrivent par les conduits biliaires aussi bien que lorsqu'ils sont repoussés parla veine porte. Une nouvelle recherche faite par Stocker, de Dublin, par James Tackeroy et surtout par Schultz , leur ont fait adopter la fourniture des matériaux de la bile par le sang de la veine porte , dans lequel ils ont trouvé un cruor plus foncé qui fournit la matière colorante. et une matière grasse plus onctueuse que celle que l'on trouve dans le sang artériel. Ces raisons ont décidé MM. Bouisson et Thénard en faveur de cette opinion. Cependant, la graisse, la moelle des os, le cérumen, sont des matières huileuses , et elles ne sont pas fournies par le sang veineux. 11 y aurait une expérience décisive à faire. Ce serait de lier tantôt l'artère hépatique , tantôt la veine porte, et de s'assurer après laquelle de ces deux ligatures la sécrétion biliaire cesserait. Cette expérience difficile a été tentée par Malpigny, Haller et M. Simon, de Metz. Ils ont cru y trouver des raisons

favorables à la veine porte, puisqu'ils ont vu la sécrétion de la bile continuer malgré la ligature de l'artère. Le contraire a été observé par Philppi, qui a vu la ligature de l'artère suspendre la sécrétion de la bile , et la ligature de la veine porte la diminuer sans jamais la suspendre. Quoique, dansun temps, nous eussions essayé cette double expérience, et qu'il nous ait paru que la ligature de l'artère suspendait la sécrétion de la bile , et que celle de la veine ne l'empêchait pas , nous n'avons pas osé rien conclure , parce que les animaux ont vécu trop peu de temps pour permettre un résultat satisfaisant. Nous renvoyons donc notre conviction à des expériences ultérieures. Mais la nature est venue, en quelque sorte, suppléer à leur défaut, en nous présentant, d'une part, certaines classçs de mollusques chez lesquelles la veine porte ne traverse pas le foie; d'autre part, des faits pathologiques dans lesquels le tronc hépatique delà veine porte était oblitéré et ne lui permettait pas de distribuer le sang veineux dans le foie;, et dans un cas cité par Abernethy, la veine porte s'ouvrait directement dans la veine cave inférieure. Cependant, chez les uns comme chez les autres , cet organe sécrète la bile, viciée, sans doute, comme elle doit l'être dans les cas pathologiques. Abernethy a vu, chez une jeune fille de 40 mois, la veine porte se rendre à la veine cave sans se ramifier dans le foie. Kiernan a vu .la pièce et a vainement cherché à la trouver en défaut, parce qu'elle contrariait ses idées. Ses objections ne sont que des subtilités. Il en est de même de Muller, qui, pour expliquer ce fait, suppose que les veines ombilicales ont continué d'exister, et que par elles le sang a continué d'être apporté dans la veine cave , et qu'il y a été versé par l'aide des vasa vasoram. Ces suppositions n'ont besoin que d'une simple réflexion pour en démontrer la fragilité : c'est qu'après la naissance, les veines ombilicales ne reçoivent plus de sang et qu'elles n'en peuvent plus donner. Lawrence a rencontré un fait semblable chez un enfant de plusieurs années. Les Bulletins de la Société anatomique (avril 1836) contiennent un fait d'oblitération de la veine porte par de la matière encéphaloïde , chez un sujet qui avait vomi beaucoup de bile les deux derniers jours de sa vie. Les études de Kiernan, des deux Weber et de Muller sur les injections des différents vaisseaux, offrent des aboutissants en cul-de-sac , et pas de communications directes, de sorte que la communication ne peut avoir lieu que par extravasation , et qu'elle s'établit ainsi entre tous les vaisseaux. Tout y est si bien compliqué , que Muller ne sait trop comment rien fixer. Cependant, il admet que l'artère , étant plus éloignée des sécréteurs, ne fournit qu'à la nutrition et à la formation du mucus , et que c'est la veine porte qui fournit à la sécrétion de la bile. Il admet pourtant que l'artère peut participer à la sécrétion, et que même quelquefois elle la fournit seule. Kiernan a vu l'artère hépatique se ramifier sur les parois des conduits hépatiques, et se terminer dans les veines hépatiques, en formant la venula. Ici, les matériaux de la sécrétion ne peuvent donc être fournis que par les artères. Or, ce qu'elles font chez ces animaux et chez ces individus, ellespeuvent et doivent le faire chez tous les autres. La conséquence

intralo biliaire, tandis que la veine porte forme la vcnula intcrlobulaire. Les injections de Walter par les différents vaisseaux sont de la plus grande insignifiance. Sur 14, les différences ont été si minimes, qu'il est impossible d'en rien conclure. Cependant, la veine porte a toujours semblé communiquer le mieux avec les veines hépatiques. Il regarde les artères comme les vasa vasorum destinés seulement à la nutrition. Glisson , Ferrcin et lleissesscn les regardent aussi comme des vasa vasorum; mais ils pensent quelles s'unissent avec les ramifications de la veine porte pour se distribuer ensemble dans toutes les parties du foie. Cette disposition aurait quelque analogie avec celle qu'avait supposée Haller, puisqu'il admettait un réseau capillaire commun à tous les vaisseaux du foie ; ce qui ressemble beaucoup au réseau moderne des lobules , dans lequel , d'après les injections de Lieberkùhn, de Walter, de Crans, de Bowman, pénètrent également l'artère hépatique et la veine porte. M. Lereboulet, en reconnaissant cette communication des injections, l'attribue avec raison à la déchirure des parois vaseulaires si minces et si fragiles -, ce qui n'a pas empêché M. Lambron de refuser à l'artère toute participation à la sécrétion de la bile. Dans cette anatoniie controversée , Burdach a pu trouver avec tant d'autres des raisons pour admettre que le sang de la veine porte, plus riche en carbone, fournissait les matériaux de la bile, dans laquelle abonde aussi le carbone; tandis que Bichat, etc., y ont aussi puisé les raisons de la fourniture des matériaux de la bile par le sang artériel. Il y a eu de l'exagération lorsque les anatomistes ont vu, les uns, les injections seules des veines communiquer avec les excréteurs , et celles des excréteurs communiquer avec les veines ; les autres, les injections des artères établir une semblable communication. Voilà que MM. Bernard et Lereboulet viennent encore de rétablir l'existence des vasa vasorum, en démontrant la communication directe de la veine porte avec les veines hépatiques et avec la veine cave.

MM. Dujardin et Verger ont démontré , dans de nouvelles recherches anatomiques et microscopiques soumises à l'Institut, que l'artère envoyait à chaque globule un rameau qui s'y épanouissait en forme de réseau, que la veine porte se distribuait à l'extérieur, et que la veine hépatique pénétrait dans l'intérieur. Combien de résultats différents et douteux ! combien de contradictions entre eux! L'injection de la veine porte pénètre le lobule de l'extérieur à l'intérieur , et celle de l'artère hépatique passe de l'intérieur à l'extérieur. De là ils concluent que la veine porte et l'artère hépatique concourent à fournir également des matériaux. Ayant trouvé le sang de l'artère plus compacte, plus albumineux que le sang des veines porte et hépatiques, ils attribuent au sérum la plus grande part dans la fourniture des matériaux. Ils sont enfin portés à considérer l'artère hépatique comme fournissant les éléments digestifs de la bile, tandis que la veine porte fournirait la portion excrémentitielle. Comment cette veine prendrait-elle la peine de puiser dans les intestins une partie du produit de la digestion, pour l'y faire reverser de suite après sans aucun but d'utilité? et les globules t. 1. 17

et les lobules ne jouent donc plus aucun rôle ? Les vaines recherches de Vauquelin, Berzélius, Braconnot, et surtout celles qu'ont faites MM. Frommherz et Gagert, et M. Bernard, sur la composition chimique du foie , pour y trouver l'explication de la formation de la bile , n'ont conduit à rien. Ils ont vainement cherché à établir de l'analogie entre la combinaison émulsive de leur albumine et d'une matière huileuse, et la composition de la bile. Leurs conclusions sont tout aussi eiTonées que celles de ceux qui ont voulu trouver la même analogie dans les autres organes sécréteurs. 3° Les anciens physiologistes pensaient avec Galien que le foie n'était pas seulement un organe sécréteur, mais qu'il était en même temps un organe d'hématose. Selon eux, le sang de la veine-porte, rapportant des intestins des matériaux nutritifs nouveaux, les présente d'abord à cette glande pour leur faire éprouver un commencement de conversion en sang parfait. Quelques physiologistes modernes , séduits par de brillantes expériences sur l'absorption veineuse , ont adopté cette explication. De ce nombre sont Tiedemann, Gmelin et Ripault, etc. Mais comment accorder cette opinion avec la précédente, qui a cru voir dans la veine-porte un sang plus animalisé ? Nous avons d'ailleurs inutilement cherché quelque différence entre le sang de cette veine et celui des veines hépatiques : ils nous ont toujours paru identiques. Nous avons en outre démontré au chapitre de l'absorption , que le chyle était absorbé et élaboré par les chylifères exclusivement.

Il faut avouer cependant que cette opinion a quelque chose de spécieux J surtout chez le fœtus. En effet , la respiration n'ayant pas lieu à cet âge de la vie, la nature, toujours féconde en ressource, a dû y suppléer. Le placenta est le premier des organes qu'elle a employés pour cela ; aussi est-il retranché aussitôt que la respiration est établie. Le foie est alors énorme. Il ne peut pas être retranché à cause de sa position ; mais il diminue progressivement de volume , et une partie de sa substance disparaît. A cet âge aussi, il reçoit le sang, qui de la mère arrive à l'enfant. Or , s'il est vrai que la nature n'ait rien fait en vain , ce n'est donc pas inutilement que celui du fœtus le traverse. On ne dira pas que ce soit pour fournir de nouveaux matériaux à la bile , puisque ce fluide , inutile au fœtus qui ne digère pas , est à peine sécrété. On ne dira pas non plus que ce soit pour servir d'agent accélérateur de la circulation , puisque la veine ombilicale avait moins de chemin à faire parcourir au sang pour le verser dans la veine-cave que pour l'envoyer dans les points mêmes les plus rapprochés du foie. Il est donc à présumer que cette glande, inutile alors à cause de l'inutilité de la bile, a pu être employée à perfectionner le sang qui arrivait au fœtus -7 ce qui a fait comparer le foie au poumon , dont il serait l'antagoniste , puisqu'il diminue et de volume et d'activité, lorsque celui-ci, à la naissance, se développe et acquiert la plénitude de ses fonctions. Alors, mais seulement alors, le foie remplit, pour ainsi dire, le rôle du poumon. Ce qui peut ajouter plus d'importance à cette manière de voir, c'est que le sang de la veine ombilicale ne paraît pas différer de celui des artères : il est noir comme lui. Nous les avons recueillis

SKCKÉTIONS. 259

bien des fois comparativement , et jamais nous n'avons remarqué de dilïérence sensible , malgré l'assertion de plusieurs auteurs qui le regardent comme du sang aussi artériel que celui qui sort des poumons chez l'homme qui respire. A nous, il nous a toujours paru veineux et de nature à nécessiter une hématose réelle, ou un achèvement d'hématose. Enfin, par quelle contradiction choquante la nature enverrait-elle au foie le sang de la rate, qui ne provient que du sang artériel et qui, par conséquent, ne devrait pas avoir besoin d'être soumis à cette hématose préparatoire? Ou bien il ne viendrait donc s'altérer en grande quantité dans la rate que pour avoir le plaisir de se revivifier dans le foie? 4J Quelques physiologistes enfin, ne pouvant pas admettre que les matériaux de la bile fussent fournis au foie différemment que ceux des autres organes sécréteurs, ont supposé que cette distribution de la veineporte n'avait été établie que parce que le sang, ne trouvant plus dans elle une force suffisante pour arriver jusqu'au cœur, avait besoin d'une nouvelle impulsion pour parcourir ce trajet , et qu'il la trouvait dans les capillaires hépatiques. Cette opinion mérite-t-elle une réfutation sérieuse, lorsqu'on fait attention que la veine-porte avait bien moins d'espace à parcourir pour s'ouvrir dans la veine-cave inférieure que pour se diviser dans le foie, et qu'elle aurait en conséquence besoin d'une force beaucoup moins grande pour verser le sang dans cette veine , que pour le pousser dans toutes ses ramifications anguleuses.

La source de ces opinions plus ou moins erronées vient de ce qu'on ne voit jamais la nature faire rien d'inutile , et de ce qu'on n'a pas pu croire que cette distribution singulière de la veine-porte n'eût pas un but d'utilité. Avec cette persuasion, on a cherché ce but sans le connaître ; et pour y arriver, on s'est livré aux suppositions fécondes et brillantes de l'imagination, parce qu'on ne possédait aucun résultat qui pût faire découvrir la vérité. Quoique nous ayons combattu les trois opinions qui ont été admises pour expliquer la cause de cette disposition anatomique de la veine-porte, nous n'en sommes pas moins persuadé aussi que la nature n'a rien fait en vain , et qu'elle avait ses vues dans cette ramification veineuses. Si on s'est laissé entraîner à l'erreur en voulant l'expliquer, c'est peut-être parce qu'on a toujours voulu y voir une action ou une fonction beaucoup plus importante que celle qui est opérée. Peut-être serait-on arrivé à une explication plus satisfaisante, si l'on se fût contenté de comparer l'effet qu'aurait produit sur les voies digestives l'ouverture directe de la veine-porte dans la veine-cave, avec l'effet qui résulte de sa distribution dans le foie. Dans l'état de choses existant, le sang se rend, des voies digestives au foie, par une marche uniforme que rien ne peut troubler. Si, au contraire , la veine-porte, ou les veines gastriques et mésentériques se fussent ouvertes directement dans la veine-cave, le reflux sanguin qui s'opère à chaque contraction de l'oreillette droite, aurait pu facilement refouler le sang dans les capillaires stomachiques et intestinaux , et y causer une stase qui non seulement nuirait au libre exercice de la fonction , mais qui deviendrait en outre la source d'une foule

de maladies. Un fait recueilli par MM. Bourdon et Piédagniel vient nous confirmer dans cette manière de voir. Ils ont fait l'autopsie d'un sujet qui leur a présenté une ossification complète de la veine porte , et chez lequel la rate était très-volumineuse , et l'estomac et les intestins partout injectés et inondés de sang. Ainsi, nous pouvons regarderie foie et la distribution de la veine porte dans son parenchyme, comme une espèce de rempart protecteur contre les effets nuisibles du refoulement du sang. Cela nous paraît bien démontré. Quant aux autres opinions , nous en avons signalé les vices et l'impossibilité.

En dernière analyse , la sécrétion de la bile est la fonction indubitable du foie.

Usages.

Rien ne serait plus facile à déterminer si la question n'avait pas été singulièrement obscurcie par le grand nombre d'opinions auxquelles elle a donné lieu, et par les résultats contradictoires de la physiologie expérimentale. Les uns lui ont beaucoup trop accordé ; les autres lui ont trop refusé, en n'en faisant qu'un liquide excrémentitiel. Faisons abnégation de toute opinion préconçue, et reconnaissons que l'importance de ce liquide doit être bien grande, si nous en jugeons par le volume et par l'existence constante de son organe sécréteur.

Les usages de ce fluide sont d'aller, dans l'intestin , se mêler à la masse alimentaire , et d'y coopérer à la formation et à la séparation du chyle, par une action chimico-vitale dont nous ignorons le mécanisme, il est vrai , mais qui n'en est pas moins réelle , bien que nous ne le regardions pas comme un liquide vivant, ainsi que le faisait Grimaud. Les expériences de Brodie semblent ne pas laisser de doute là-dessus , puisqu'il a vu le chyle cesser de se former après la ligature du canal cholédoque. Cependant, MM. Leuret et Lassaigne ont vu le contraire , de même que Tiedemann et Gmelin 5 mais MM. Hébert, Mayo et Philipps ont, par de nouvelles expériences, vérifié la justesse de celles qu'avait pratiquées Brodie. La cause de cette différence vient de ce que l'absorption n'est pas empêchée par la suppression de la bile ; mais alors le chyle est imparfait, et lorsque Leuret el Lassaigne, Tiedemann et Gmelin l'ont obtenu blanc, c'est parce quils avaient fait prendre des aliments laiteux aux animaux. M. Bouisson a vu une femme ictérique ne pouvoir digérer qu'incomplètement , et périr dans le marasme. Une tumeur oblitérait le canal chodéloque et empêchait le passage de la bile dans l'intestin. Nous pensons aussi qu'il donne aux substances alimentaires une qualité excitante qui provoque une sécrétion plus abondante du suc intestinal , ainsi qu'Eberle l'a démontré par des expériences directes, et qui favorise leur progression en stimulant les intestins et leurs fibres musculaires, et en provoquant leurs contractions pcrisfaltiques. La constipation

opiniâtre qui tourmente les personnes chez lesquelles la sécrétion de la bile <>l altérée par une affection du foie, en est une preuve presque certaine. Ainsi, nous pouvons la classer parmi les fluides utiles et récrémentitiels. Cette opinion, qui fut généralement admise depuis lïaller, a été vigoureusement attaquée dans ces derniers temps. M. le docteur Voisin a publié, en 1Â33, un Mémoire fort intéressant, dans lequel il établit que la bile est un fluide purement excrémentitiel. Cette opinion , qui semble émaner des anciens Purgons, regarde la sécrétion de la bile comme une véritable dépuration du sang, auquel elle enlève de l'oxygène, de l'hydrogène et du carbone en excès ; elle serait en conséquence un auxiliaire de la respiration. Ce sont les raisons qu'ont fait valoir Tiedemann et Gmelin ; car ils ne trouvaient entre la bile et les matières expirées d'autre différence qu'en ce que les matières éliminées sont brûlées dans celles-ci et combustibles dans celle-là. A ce compte , tous les liquides seraient épurateurs, parce que tous enlèvent au sang les matériaux de leur composition. D'ailleurs, le sang des veines hépatiques n'a jamais été trouvé bien épuré , puisque la nature le fait passer par les poumons aussi bien que le sang altéré des autres veines. De plus, ne serait-il pas possible que ce liquide, dépurateur si l'on veut, fût employé encore à d'autres usages par la nature , toujours si habile à multiplier les effets ? Cependant, cette croyance semble avoir fait quelques prosélytes 5 elle ne nous paraît pas mériter une longue réfutation. En effet, les raisons plus ou moins plausibles sur lesquelles il appuie son opinion, et les faits qu'il invoque en sa faveur, sont loin de porter la conviction. Tous, au contraire , nous ont paru ou bien insignifiants , ou même propres à fournir des inductions contraires. Mais ce qu'ils nous ont évidemment démontré la plupart, ce sont les inconcevables ressources de la nature pour faire suppléer un obstacle important. Dans bien des cas, les fonctions du foie, suspendues par un organe pathologique, ont été suppléées jusqu'à ce que cet obstacle ait eu le temps de se dissiper et de cesser de nuire à la sécrétion de la bile. Et encore, l'auteur avoue que cette suppléance momentanée n'a jamais été parfaite, puisque le corps a dépéri et a fini par succomber, lorsque le rétablissement de la fonction s'est fait trop attendre. Cependant, MM. Ripault et Philips s'y sont rattachés. M. Blondlot surtout a repris cette question. 11 a pratiqué sur plusieurs chiens la ligature du canal cholédoque, en conservant une fistule extérieure pour l'évacuation de la bile. Quelques-uns ont continué à se bien porter. L'un a vécu un mois avant d'être tué ; un autre a vécu trois ans ; un troisième a vécu cinq ans bien portant et bien agile : enfin, il a maigri et a succombé. Dans ces trois chiens, les conduits biliaires ne communiquaient plus avec l'intestin. Le bout hépato-cystique finissait en cul-de-sac : il était bien dilaté et formait une espèce de réservoir rempli de bile. L'auteur en conclut que la bile est inutile à la digestion, et qu'elle est purement excrémentitielle. M. Schwann n'a pas été aussi heureux que M. Blondlot. Il a répété bien des fois la même expérience avec des résultats différents. Le plus souvent, les animaux sont

2f)ï2 FONCTIONS GANGLIONNAIRES.

morts après des accidents consécutifs 5 quelques-uns ont survécu 5 et alors la continuité du conduit biliaire s'était rétablie. Toutefois, admettons le fait de 31. Blondlot tel qu'il l'a présenté -, nous y trouvons un de ces cas de ressource inépuisable de la nature, pour suppléer au défaut de quelques organes dans quelques circonstances. De plus, il a pu et dû s'établir une suppléance par l'endosmose, à l'aide de laquelle le liquide aura été transmis des conduits excréteurs dans l'intestin. De quelle utilité enfin serait la vésicule , si ce n'était de réserver la bile pour la digestion. En outre, on ne voit pas ce que devient cette bile excrémentielle, ni comment elle s'évanouit. Pourquoi encore la bile se mêlerait-elle avec le suc pancréatique éminemment récrémentitiel , si ce n'était que pour s'en séparer de nouveau ? Une autre raison péremptoire et que M. Bouisson a bien signalée, c'est la petite quantité de bile qu'on trouve dans les matières fécales. D'après les recherches de Haller, Burdach, d'après les analyses de Berzélius, Einof, Morin, Penot, Zierl, Leuret et Lassaigne, ces matières ne contiendraient, terme moyen, qu'un sixième de bile ou de ses résidus. Or , 160 grammes de matières fécales sont rejetées par jour, et il se forme 192 grammes de bile. Il n'y aurait donc qu'un huitième de bile qui serait évacué. Dès lors peut-on appeler excrémentitiel un fluide qui verrait absorber les 7/8 de sa quantité , tandis que l'urine- est expulsée en totalité ? D'ailleurs, pourquoi le canal cholédoque se viderait-il au commencement du long tube intestinal ? Là, son mélange avec le chyme ne pourrait qu'entraver la digestion, en lui ajoutant des matériaux inutiles. Et, comme le fait remarquer M. Ripault, on ne concevrait pas pourquoi la nature aurait créé un organe aussi considérable pour d'aussi faibles et d'aussi minces résultats.

M. Semanas, de Lyon, admet deux digestions : la digestion intestinale ou nutritive , et la digestion hépatique ou sécrétoire. Celle-ci comprend la sécrétion et l'absorption des matériaux albumineux. Cette sécrétion se fait sur les matériaux de l'albumine apportés du foie par la veine-porte , où ils sont précipités et sécrétés par la bile, qui les alcalinise \ alors ils sont absorbés par les lymphatiques du foie, au sein même de cet organe. Ainsi, le foie est l'organe digestif des matériaux albumineux , et la bile est le dissolvant alcalinisateur de la bile digestive. Elle remplit son rôle dans le foie, et non hors du foie, où elle est alors seulement excrémentitielle.

Pour connaître l'influence que la rate pouvait exercer sur la sécrétion de la bile, on a plusieurs fois enlevé cet organe. Après son extirpation, Schmidt a trouvé le foie volumineux et dur, la bile épaisse, visqueuse et moins arnère 3 Tiedemann a trouvé le foie plus gros qu'à l'ordinaire, et la bile dans son état normal -, Czermack a trouvé le foie plein de sang et de grains albumineux , et la veine-porte distendue par le sang ; Assolant, sur quarante expériences, a trouvé la bile quelquefois plus amère, le plus souvent normale ; Haigton aussi. La rate manque chez les invertébrés. Enfin, on a cru trouver le sang de la rate différent de celui des autres organes. Ces résultats

sont encore peu satisfaisants , et on ne peut pas s'en servir pour rien conclure.

Nous n'avons pas cru devoir mentionner la découverte du sucre que M. Bernard vient de faire dans la veine-porte et dans les veines hépatiques, ni de son augmentation de sécrétion par la lésion traumatique d'un certain point du bulbe rachidien, qui alors agirait par une voie réflexe. La sécrétion du sucre serait-elle une nouvelle fonction du foie? A quoi servirait cette fonction ? Où s'exécuterait-elle ? Ce fait a besoin de beaucoup d'expériences nouvelles pour être admis,- car 1° il nous parait impossible que le sucre reflue, avec le sang, du foie dans la veine-porte, ou qu'il passe dans les veines hépatiques tout formé , sans organes sécréteurs ; 2° ce serait là un bien stérile produit , puisque ce sucre retournerait passer par le foie pour s'y détruire , ou qu'il s'évaporerait dans les veines hépatiques , puisque ces veines seules en contiennent , et qu'on ne le rencontre pas plus loin. Nous ne parlerons pas non plus de l'opinion de M. Beau, qui prétend que la graisse se forme dans le foie. Ses raisons , plus ingénieuses que solides , nous persuadent qu'il faut laissera chaque organe sa fonction, si nous ne voulons pas retomber dans le chaos le plus déplorable. En effet, la structure musculaire de la veine, l'appui qu'elle trouve dans la capsule de Glisson, etc., sont loin d'être démontrés. Disons encore pour l'histoire, que M. Fauconneau- Dufresne a placé dans le foie la formation de la chaleur animale , parce qu'un physiologiste a cru trouver le sang de l'aorte un peu moins chaud que le sang de la veine hépatique.

Aucune expérience n'a été faite pour constater l'influence du système nerveux sur la sécrétion de la bile. Comme toutes les autres sécrétions , elle s'exécute sous l'influence du système nerveux ganglionnaire. La grande quantité de nerfs ganglionnaires que le foie reçoit avec le plexus hépatique, en est un sûr garant. Les expériences de M. Bernard ont démontré que la section de la huitième paire ne suspendait point la sécrétion de la bile , mais qu'elle la rendait acide. Il a vu aussi l'irritation du bulbe rachidien olivaire augmenter la quantité du sucre dans le sang hépatique, fait mystérieux que l'auteur ne peut pas expliquer. Ces modifications indiquent de plus en plus la liaison, la corrélation des organes vivants.

M. Regnoli, professeur de chirurgie à l'université de Pise, nous a fait part, à son passage à Lyon, des grandes découvertes qui viennent d'être faites en Angleterre sur la structure du foie. A l'aide d'un procédé nouveau , dans lequel la dissection est favorisée par une longue macération , un anatomiste anglais, dont il a oublié le nom, est parvenu à des résultats étonnants. Il pense que ces découvertes répandront un grand jour sur les fonctions de cet organe. Nous souhaitons plus que personne qu'il en soit ainsi, et nous appelons de tous nos vœux la lumière qui doit en rejaillir.

6° Sécrétion de Vurinc.

Formée dans la substance corticale ou granulée des reins, l'urine passe dans les conduits de la substance tubuleuse qui lui font subir des modifications sans doute importantes, puisque de blanche , trouble et presque inodore qu'elle était en s'y engageant, elle devient transparente, citrine et odorante. Ces conduits urifères la versent à la surface des mamelons dans l'intérieur des calices, d'où elle passe dans le bassinet. Ce premier réservoir la transmet aux uretères , d'où elle descend dans la vessie par un cours régulier et continu. Elle s'amasse dans cette poche musculo-membraneuse , qui est le plus grand des réservoirs de l'économie. Lorsqu'elle y est accumulée en quantité suffisante, sa plénitude fait éprouver le besoin de l'évacuer. Alors le plan musculaire de la vessie se contracte seul ou concurremment avec les muscles de l'abdomen, et le liquide, pressé dans tous les sens, s'engage dans le canal de l'urètre et le parcourt avec plus ou moins de rapidité, pour être rejeté au dehors comme inutile.

Fonction du rein.

Tel est le cours entier et naturel des urines. Cependant , pour en compléter l'histoire, nous devons examiner plusieurs questions bien essentielles : 1° La structure des reins, bien mieux que celle d'un autre organe sécréteur, semblerait déposer en faveur de l'opinion de Ruisch , ou de la sécrétion au moyen des vaisseaux. Mais nous ferons observer que c'est dans la substance corticale que la sécrétion s'opère, et que cette substance est analogue à celle des autres tissus propres des glandes. Cependant le liquide sécrété éprouve dans la substance tubulée des changements qui, en nous prouvant que l'urine achève de s'y constituer, nous prouvent aussi que dans les autres organes sécréteurs les mêmes changements doivent s'effectuer dans les petits conduits excréteurs. Cette induction nous paraît même très -probable. Quant aux reins, le fait est positif, puisque l'urine qu'on exprime de la substance tubulée ne ressemble point à l'urine des bassinets ou de la vessie. D'ailleurs , à quoi servirait cette substance tubulée, si elle n'eût été qu'une production inutile, ce qui n'entre jamais dans les plans de la nature ? Les corpuscules de Malpighi, disséminés dans cette substance, et auxquels l'artère se distribue, en sont probablement les instruments, bien que Schumlansky n'ait pas pu y faire l'injection par les vaisseaux urinilères ; la vie n'est plus là pour exécuter les actes entiers. D'un autre coté, ce physiologiste a eu tort d'en faire les seuls organes de la sécrétion , et Muller, plus tort encore de ne leur attribuer aucune fonction. La terminaison des conduits urinifères en vessie ou en cul-desac, sans communication apparente avec les corpuscules de la substance corticale, ainsi que cela acte constaté par Muller, Bowmann , Berres, Hyrtl et

Cayla, etc., a pu embarrasser : mais pour nous elle ne signifie rien, parce que sur le \ ivanl la \ ie est là pour nous expliquer les passages qui n'ont plus lieu sur le mort. Bowmann, Huschke, Hyrtl et Mullcr ont pensé que les artérioles qui vont aux corpuscules de Malpighi s'y divisaient et en sortaient en vaisseaux cllercuts pour se rendre aux capillaires généraux de la substance corticale; ce sont des espèces de veines portes rénales qui charrient un sang plus propre à la formation de l'urine. Rien ne nous paraît justifier cette opinion. 2° L'activité et la promptitude avec lesquelles l'urine est quelquefois sécrétée en quantité énorme presque immédiatement après l'ingestion de la boisson , ont porté quelques physiologistes , entre autres Kratzenstein, Darwin , Watson, Winslow, Francknaw, Fabrice de Ilildan, Valentin, Berger, etc. , à penser <pic les reins n'étaient pas seuls employés à cette sécrétion. Le passage d'un liquide, de l'estomac dans la vessie , leur avait paru quelquefois trop rapide, et la sécrétion de l'urine leur avait aussi paru quelquefois trop abondante pour qu'ils crussent que le rein pût y suffire. Ils admirent en conséquence d'autres voies tantôt de sécrétion , quelquefois seulement de transmission- Avant lïaller on pensait assez généralement que le liquide de la boisson passait en partie par imbibilion, ce qu'on a depuis attribué à l'endosmose , de l'estomac dans le tissu cellulaire sous-péritonéal et qu'il se rendait ainsi directement dans la vessie. Quelques-uns ont admis, soit des conduits inorganiques particuliers, soit un canal de communication de l'estomac à la vessie. D'autres physiologistes ont admis avec Bartholin, Darcet, Brand , une communication directe et inconnue ou par une sorte de vaisseaux lactés , entre l'estomac, les intestins et les reins. Quelques autres auteurs , tout en pensant que le rein était le seul organe sécréteur de l'urine, ont admis, pour expliquer la rapidité de la sécrétion, des vaisseaux absorbants et lymphatiques qui transportaient directement le liquide de l'estomac dans les reins sans lui laisser faire le grand tour circulatoire. Diemerbroeck avait déjà parlé d'un tronc lymphatique s'ouvrant dans la veine rénale. Le professeur Lippi n'a pas peu contribué à donner, dans ces derniers temps , de la consistance à cette opinion, en lui prêtant l'assistance des anastomoses lymphatico-vcineuses qu'il a découvertes et quelquefois supposées.

Rien n'est plus facile que de renverser ces deux hypothèses , comme Font fait si heureusement Jacopi et, avec lui, presque tous les physiologistes modernes. Je dis hypothèses, parce qu'elles n'ont rien de solide en leur faveur. L'anatomie, les faits et les expériences, tout est contre elles, ainsi que l'a si bien démontré Haller, et ensuite Fodera. En effet, le tissu cellulaire sous-péritonéal, et, si l'on veut même, le péritoine, ne sont nullement disposés pour cette sorte d'imbibition ou d'endosmose. D'ailleurs personne n'a pu jamais prendre la nature sur le lait. Nous avons ouvert plusieurs animaux quelques instants après les avoir gorgés de boisson ; nous avons en vain cherché le liquide dans le péritoine et dans le tissu cellulaire ; jamais ils ne nous ont paru plus imprégnés que les mêmes tissus d'autres animaux qui n'avaient rien bu. Si c'était par imbibition ou par endosmose que l'estomac envoya!

dans la vessie le liquide ingéré, celle-ci devrait à son tour et par la même loi renvoyer à l'estomac vide le liquide dont elle se serait remplie. MM. Tiedemann et Gmelin ont fait une expérience qui nous paraît décisive. Ils ont fait avaler à différents animaux de l'indigo et de l'essence de térébenthine, et ils ont toujours trouvé les traces de ces substances dans les reins, et jamais dans le péritoine, ni dans le tissu cellulaire de l'abdomen. Si la boisson était ainsi transportée de l'estomac dans la vessie, ce serait la boisson elle-même et non de l'urine que contiendrait ce réservoir , et jamais on n'a rendu le liquide avalé, mais toujours de l'urine. D'ailleurs, n'eût-il pas été plus simple de faire parcourir au liquide le canal digestif toujours ouvert que de lui chercher mille voies détournées d'absorption ou d'imbibition par des pores imperceptibles? Mais il est une expérience convaincante et contre laquelle les raisonnements ne peuvent rien, c'est la ligature des uretères, opération déjà pratiquée par Galien. Constamment alors la vessie reste vide , quelle que soit la quantité de liquide qu'on ait fait avaler immédiatement avant ou après l'apposition des ligatures. L'urine ne cesse pas d'être sécrétée pour cela ; mais elle est absorbée et va imprégner toute l'économie pour donner à ses tissus et à la matière de la sueur et du vomissement l'odeur et les autres qualités urineuses, en produisant une série de phénomènes auxquels les auteurs ont donné le nom de fièvre urineuse. Chirac, Kratzenstein et Huet ont vu le contraire, ce qui porterait à croire que l'opération avait été mal faite. Nous ne croyons pas à la sécrétion de l'urine après la destruction des reins par la suppuration. Martini avance ce fait sans en donner aucune preuve. Disons enfin que la rapidité de l'absorption des liquides dans l'estomac et les intestins et le volume énorme des artères rénales suffisent. Disons enfin que le volume énorme des artères rénales suffit seul pour expliquer la rapidité de la sécrétion de l'urine et son abondance , puisque , d'après les calculs de Haller, ces vaisseaux apportent aux reins la sixième partie de la masse totale du sang contenu dans l'aorte ventrale.

Ce calibre de l'artère rénale suffit pour faire établir qu'elle n'a pas besoin de vaisseaux suppléants pour apporter aux reins les matériaux de leur sécrétion. Toutes les substances ne mettent pas la même rapidité pour passer de l'estomac dans la vessie. Stenberger a expérimenté , chez un enfant atteint d'extrophie vésicale, que l'indigo mettait 15 minutes; la rhubarbe, 20; le bois de campêche, 25; l'airelle, 30. Westrumb a constaté que deux à dix minutes suffisaient au cyanure de potassium. Quant à la rapidité plus grande qu'on attribuerait aux vaisseaux lymphatiques, ainsi que le professeur Lippi a essayé de l'établir en admettant des vaisseaux lymphatiques chylopoiétiqiies arifères, il suffit de faire attention avec quelle peine et avec quelle lenteur on obtient quelques faibles quantités de sérosités en ouvrant ces vaisseaux, et avec quelle rapidité on obtient des quantités considérables de sang en ouvrant la plus petite artériole , pour l'apprécier et en faire justice. Il faudrait en outre que de nombreux vaisseaux lymphatiques se rendissent de l'estomac aux reins ou aux artères rénales : or fanatomie n'en a encore démontré au-

eau. Les lymphatiques rénaux viennent de ce viscère et ne s'y rendent pas : ils sont disposés pour en rapporter les liquides et non pour les y porter. Qu'on ne vienne pas dire que les fluides peuvent y rétrograder , on sait trop bien que cette marche rétrograde est impossible, à cause des valvules nombreuses donl leur intérieur est garni. Leurs anastomoses avec les veines émulgentes ne prouvent pas davantage, quoi qu'en dise M. Lippi : car la lymphe ou le chyle qu'ils versent dans ces veines est entraîné vers le cœur et non vers les reins. On a cité à l'appui de cette opinion le caractère particulier et les qualités que donnent aux urines certaines boissons ou certaines substances, telles que les asperges , la térébenthine , la rhubarbe, la gomme-gutte, les baies d'airelle ou de sureau, ou de genièvre, le bois de campêche, la chélidoine, la valériane, l'indigo, le safran, le café, etc., et on en a conclu que le principe de ces substances était absorbé et transporté en nature et par conséquent soustrait à l'action de l'organe. Ce raisonnement est on ne peut plus vicieux : car ces faits eux-mêmes prouvent précisément le contraire de ce qu'on a voulu leur faire prouver. Ils démontrent en effet l'action des reins sur ces substances, puisque l'urine qui est formée après avoir pris des asperges ou de la térébenthine , non seulement ne contient ni asperges ni térébenthine, mais n'a pas même une odeur qui ait du rapport avec celle de ces substances, puisque dans une circonstance elles acquièrent une odeur puante et dans l'autre une odeur de violette, qui ne ressemblent ni l'une ni l'autre à l'odeur des asperges ou de la térébenthine. Cela prouve cependant que ces substances exercent une influence sur l'organe sécréteur. Dans les expériences de Fodéra relatives à ce sujet, il s'est toujours écoulé au moins cinq minutes avant que l'urine ait contracté les qualités que vient lui imprimer la substance employée : et ce temps suffit de reste à son passage par la circulation.

Le fait que Darwin a cité a été mal observé. Un de ses amis boit de l'alcool en grande quantité. Un autre boit son urine et s'enivre. Cela tient du fabuleux. Cependant, de même que Bachetoni, j'ai vu, chez une jeune fdle hystérique et atteinte d'une fièvre nerveuse, l'huile d'amandes douces, prise à Tintérieur, passer en nature dans les urines. Disons enfin que différentes substances déposées dans les poumons , dans le tissu cellulaire, dans les membranes séreuses, y ont été absorbées et ont agi sur les urines, qui ont ainsi été modifiées dans leur odeur, leur couleur et leur saveur. La sueur ne se charge-t-elle pas aussi des odeurs du musc, du camphre, etc.? Peut-être aussi ces modifications ne doivent-elles être regardées que comme des voies d'élimination, que la nature emploie pour se débarrasser des substances nuisibles ou étrangères introduites dans le sang. Chose remarquable ! les principes colorants du tournesol, de la cochenille, du henné et du vert de vessie ne paraissent jamais dans l'urine, ni dans le sang ou le chyle. De même, le cyanure de potassium qu'on trouve dans l'urine, la bile, le sang, ne se trouvenl Jamais dans la sérosité du péricarde.

La nature elle-même nous présente quelquefois une expérience décisive

dans un vice de conformation assez rare. Plusieurs fois nous avons vu des enfants venir au monde avec une absence complète de la paroi antérieure de la vessie et de la partie correspondante des parties abdominales, de telle façon que c'était la partie postérieure de la vessie qui remplaçait les téguments. Ce vice de conformation a été désigné sous le nom de renversement de la vessie ou extrophie. Toujours dans ces cas, et tant que les enfants ont vécu, nous avons vu l'urine sortir par les uretères, et rien que par les uretères. Feu le docteur Desgranges, notre savant compatriote, a eu l'obligeance de nous faire voir un homme âgé de trente-cinq ans, qui était atteint de ce vice de conformation. Entre autres questions que nous lui adressâmes, nous désirâmes savoir si, lorsqu'il avait beaucoup bu, les parois de ses téguments vésicaux laissaient suinter de l'urine, et sa réponse fut négative. Cette surface restait même sèche alors que tout le corps était en transpiration. 3° On a cherché d'où venait l'urée et où elle se formait. Millier a démontré qu'elle ne pouvait pas être fournie par les aliments, puisque des animaux ont été nourris avec des aliments non azotés, et ont continué à fournir de l'urée dans leurs urines 5 puisque des animaux, privés d'aliments pendant quinze jours, n'ont pas laissé de présenter de l'urée dans leurs urines; puisque chez les diabétiques l'urine ne contient presque pas d'urée, malgré la quantité qu'on leur en fait prendre par l'estomac. Le suere et l'albumine que les urines contiennent dans cette maladie et dans l'albuminurie, prouvent que ce sont les reins qui élaborent ces produits. On le voit encore dans la plupart des maladies et dans les affections morales où l'urine devient claire et ne contient presque pas d'urée, quoique l'alimentation soit azotée \ tandis que, dans la goutte, vous tenez en vain le malade à un régime végétal, son urine contient toujours beaucoup d'urée et d'acide urique.

On a aussi cherché le mode de combinaison des différents produits de l'urine et la raison de ces combinaisons. Les raisonnements de la chimie nous ont paru trop peu fondés et souvent trop contradictoires, pour que nous nous permettions de les discuter.

Quelques physiologistes ont prétendu que l'urine s'engageait du bassinet dans les uretères par son seul poids et par l'effet de la capillarité. S'il en était ainsi, ce liquide ne se rendraiC plus dans la vessie pendant le sommeil, parce que, chez la plupart des hommes, ce réservoir est dans ce moment beaucoup plus élevé que les reins. Si la capillarité était la cause de ce transport, lorsque la vessie serait pleine, le liquide refluerait dans le bassinet, et cependant il s'accumule de plus en plus et va quelquefois jusqu'à produire la rupture des parois vésicales. Il faut donc admettre une action contractile dans les uretères et même une action bien puissante. Cependant l'inspection anatoinique la plus scrupuleuse n'y a jamais dévoilé de fibres musculaires. Leur action, semblable à celle de tous les autres conduits sécréteurs, tient à une contraction fîbrillaire de tissu comme celle des lymphatiques et des capillaires.

Fonction de la vessie.

L'urine arrive dans la vessie goutte à goutte et par un cours continu; ce dont nous nous sommes assuré bien des fois en mettant à découvert l'orifice vésical des uretères, et que nous avons vu avec satisfaction chez les enfants venus au monde avec le vice de conformation signalé plus haut, l'extrophie vésicalc, surtout chez le sujet qui fut soumis à notre examen par le docteur Desgranges. Elle s'accumule dans ce réservoir autant que sa capacité et le degré d'extensibilité de ses parois le permettent, parce que son sphincter est habituellement fermé. Lorsque la plénitude est suffisante, elle produit, par la distension de ses fibres bien plus que par l'irritation de la paroi interne et surtout du trigone vésical, une sensation particulière qui la fait connaître et qui constitue le besoin d'uriner. Ce besoin peut encore être provoqué par l'irritation du canal de l'urètre, par l'impression du froid sur la peau, par une influence morale. Alors l'individu se met en devoir d'y satisfaire pour évacuer le liquide, en faisant contracter d'une parties fibres musculaires qui forment la tunique charnue de la vessie, d'autre part les muscles des parois abdominales. Les premières enveloppent le liquide de toutes parts ; les secondes, en diminuant la capacité de l'abdomen, compriment la vessie dans ses régions supérieure et postérieure. L'urine, ainsi pressée dans tous les sens, tend à s'échapper par les orifices qui se présentent. Elle ne peut pas rétrograder dans les uretères, soit à cause de la disposition oblique que ces conduits affectent dans les parois de la vessie en s'y ouvrant, soit, et plus encore, à cause de la sensibilité particulière dont ils sont doués et qui ne leur permet plus de la recevoir. Elle s'engage donc dans le canal de l'urètre, que ses sphincters ne resserrent plus, et elle en parcourt rapidement le trajet pour être expulsée au dehors d'une manière un peu différente dans les deux sexes. Tant que la vessie contient de l'urine et qu'elle la pousse, le jet dépend entièrement de son action : l'urètre ne remplit d'autre fonction que celle d'un conduit inerte. Ce qui le prouve, c'est la facilité avec laquelle ce liquide parcourt l'algalie qui a été placée dans le canal et forme un jet analogue à celui qui sort par l'urètre même. Mais lorsque la vessie est vide, et qu'elle ne peut plus pousser le liquide qui est engagé dans le canal en y faisant introduire une quantité nouvelle, alors ce qu'il y a d'urine dans ce conduit est poussé tout à la fois par l'action des muscles du périnée et surtout des bulbo et ischio-caverneux, et par la contraction fibrillaire du canal. L'action seule des muscles ne ferait avancer l'urine que jusqu'au devant d'eux. Il faut donc qu'elle soit suppléée, dans le reste du canal, par l'élasticité ou la contraction même de ses parois.

Influence nerveuse.

La sécrétion urinaire proprcmcnl dite ou sa formation clans les reins es(

sous la dépendance exclusive du système nerveux ganglionnaire, ainsi que nous l'avons démontré plus haut en traitant des sécrétions en général. Cependant quelques auteurs ont prétendu, avec Brodie, que la moelle épinière et le cerveau exerçaient sur la sécrétion de l'urine une influence directe et la tenaient sous sa dépendance. Quoique nous ayons, autre part, réfuté cette opinion d'une manière convaincante, nous nous croyons obligé d'y revenir, parce qu'un dernier fait publié par Hunkel, en 1834, dans la Gazette médicale de Prusse, semblerait établir de nouveau cette influence. Mais en lisant attentivement cette observation, on s'aperçoit bientôt : 1° que l'urine n'a pas été supprimée, malgré la commotion et l'altération de la moelle épinière à la suite d'une chute d'un lieu très-élevé ; 2° que la viciation purulente qu'elle a présentée dépendait de l'inflammation et de la suppuration des reins, qui, dans la chute, avaient été contus au moins aussi fortement que la colonne vertébrale. Ces réflexions peuvent s'appliquer au fait analogue cité par M. Lepelletier, dans son Traité de phtjsiologie médicale et philosophique. Elles s'appliquent aussi aux faits qu'ont cités Olivier (d'Angers) , Pierre Lund, Krimer, etc., et auxquels M. Ségalas a répondu de la manière la plus satisfaisante , en leur opposant des faits convaincants. Cependant on a remarqué souvent une influence dans sa quantité et dans sa composition. Mais c'est une influence de consensus; c'est cette influence du moi qui lie toutes les fonctions et qui les rend dépendantes et solidaires les unes des autres. C'est de cette manière seulement que peut se comprendre l'expérience dans laquelle M. Bernard détermine la présence du sucre dans les urines, en piquant un point très-limité de la moelle allongée un peu audessus de la 8e paire. Mais dans l'exercice complet de cette fonction, tous les actes ne s'exécutent pas sous l'influence du système nerveux ganglionnaire. Ceux qui sont relatifs à l'évacuation de l'urine, qui appartiennent par conséquent à la vessie, dépendent du système nerveux cérébral. Nous ne pouvons comprendre dans ces actes que la sensation du besoin d'uriner et la contraction musculaire de son plan charnu, puisque nous savons que la sécrétion muqueuse qui se fait dans son intérieur est sous l'influence du système ganglionnaire. Les preuves de cette influence cérébrale sur les actes de la vessie sont nombreuses et convaincantes. 1° La sensation du besoin est perçue par l'encéphale, qui est ainsi averti de la plénitude de la vessie, sans qu'il soit nécessaire de lui trouver un organe spécial, tel que le trigone vésical, par exemple, attendu que la plus légère quantité d'urine suffirait pour produire cette sensation, puisqu'elle se met en rapport avec chaque point de la surface de la cavité de la vessie, aussi bien qu'une très-grande quantité. 2° La contraction est soumise à l'influence de la volonté, acte directeur de la plupart des opérations du cerveau. Cela est si vrai, que, malgré le besoin bien senti, on suspend assez souvent l'évacuation de l'urine pendant longtemps. 3° Nous avons bien des fois paralysé tout à la fois le rectum , la vessie et les membres inférieurs, en opérant sur une foule d'animaux différents la section ou la destruction de la partie inférieure de la moelle épinière.

4° La pathologie nous oiîre tous les jours des faits nombreux dans lesquels, par suite d'une altération traumatique ou organique quelconque de la moelle rachidienne, la vessie, paralysée avec les autres parties inférieures du tronc, oesse <lc donner la sensation de sa plénitude et refuse de se contracter pour se vider. Les malades n'acquièrent la connaissance de la plénitude de la vessie que par la tension de l'hypogastre, et, malgré tous les efforts dirigés par la volonté, ils ne peuvent plus uriner. Le cathétérisme est indispensable , et le plus souvent on est obligé d'aider à l'évacuation complète de l'urine , en pressant fortement avec la main sur l'hypogastre. Il en a toujours été de même chez les animaux à qui nous avons artificiellement occasionné cette paralysie. Telle est aussi l'opinion de Weber. Muller, au contraire, refuse à la vessie le pouvoir de se contracter le plus souvent sous l'influence de la volonté et de la moelle épinière. M. Longet avait d'abord émis cette opinion d'une manière absolue. Plus tard il la modifia en admettant l'influence réflexe de la moelle épinière. Ce que nous avons dit suffit pour réfuter leur opinion. Toutefois, nous insistons sur l'impossibilité de vider la vessie momentanément paralysée, quelles que soient les contractions volontaires du diaphragme et des autres muscles de l'abdomen.

Il était nécessaire en effet que cette excrétion fût soumise à l'influence cérébrale. Si elle avait été soustraite à l'empire de la volonté, elle aurait été une infirmité des plus gênantes et des plus dégoûtantes, comme on le voit chez les malheureux qui ont des incontinences d'urine ou des fistules vésicales. Aussi est-elle, aussi bien que les autres évacuations, disposée à contracter les habitudes régulières qu'on veut lui donner. Et lorsque est venu le moment accoutumé de l'émission, on ne peut guère le dépasser sans danger, ou du moins sans en éprouver un grand malaise.

Ainsi la sécrétion de l'urine appartient , avec toutes les autres sécrétions , à la première classe de fonctions, et son excrétion est du ressort de la seconde, classe 5 mais la coopération des deux systèmes nerveux à l'exécution complète de cette fonction, en fait une fonction mixte appartenant à la troisième classe. Si nous n'en avons pas placé l'étude dans cette dernière classe , c'est parce que nous n'avons pas cru devoir la séparer des sécrétions , dont elle est une des principales et des plus importantes. Elle semble en outre devoir être considérée comme le complément des autres fonctions ganglionnaires , puisque elle porte au dehors les matériaux qu'elles avaient introduits et élaborés. Elle nous prouve de plus ce que nous avons déjà eu l'occasion de dire , que , dans l'économie tout se lie et s'enchaîne , de manière à former un ensemble continu qui ne présente ni commencement ni fin , et qui n'est pas susceptible de se plier servilement à nos classifications méthodiques.

Usages.

Les urines sont excrémentielles. Entièrement rejetées au dehors , elles ne peuvent jouer aucun autre rôle dans l'économie. Formées avec les matériaux

que le sang apporte aux reins , eeux-ci ont dû choisir tout ce qui , dans ce liquide, pouvait être inutile ou nuisible à l'organisme. Dès-lors ils ont dû en extraire : 1° les substances qui ont déjà servi à la nutrition des organes et qui sont rentrées dans le torrent de la circulation par l'absorption nutritive ; 2° celles qui , ayant été introduites par une cause quelconque, ne peuvent pas concourir à l'assimilation : telle est cette grande quantité de liquides aqueux que la soif fait boire et qui deviennent inutiles dès le moment qu'ils l'ont apaisée et qu'ils ont rafraîchi les organes et le sang ; telles sont différentes substances étrangères qui s'y sont introduites accidentellement. Cette manière d'étudier le but de la sécrétion urinairc , nous conduirait naturellement à rechercher quels sont les matériaux que l'urine entraîne 5 mais cette question ardue et difficile exigerait en chimie animale des connaissances entourées de si grandes difficultés , que l'habileté des Thénard , des Berzélius et des Orfila est bien loin encore de les avoir surmontées. Cet acte de l'économie est , comme tant d'autres , enveloppé d'un voile mystérieux , peut-être à jamais impénétrable. En elfet , le sang artériel qui arrive aux reins est le même que celui qui est envoyé à tous les autres organes; et l'analyse chimique n'a point trouvé de différence entre le sang veineux pris dans les veines émulgentes et celui des autres veines. Elle ne retrouve même dans l'urine aucun des principes constituants du sang. Que l'on compare la composition de l'un avec celle de l'autre , et on verra s'il est possible de rien en conclure. En effet, l'urine est formée , d'après Berzélius , ainsi qu'il suit :

Eau , . . 933

Urée 30 40

Sulfate de potasse et de soude 6 70

Phosphate de soude et d'ammoniaque ... 4 59

Chlorure de sodium 4 45

Hydro-chlorate d'ammoniaque 4 50

Lactate d'ammoniaque , acide lactique , matière animale solublc et insoluble , et urée qu'on

ne peut en séparer 47 44

Phospate terreux avec trace de chaux ... 4 f>6

Acide urique 4 00

Mucus de la vessie et silice ...... 0 35

Les analyses qui ont été faites depuis par Lehmann , Lecanu , Becquerel , Millon, ont donné d'assez notables différences, qui peuvent tenir, soit à la qualité sans cesse variable de l'urine , selon mille circonstances d'âge , de sexe , de tempérament, d'alimentation , de climat , de saison , soit à l'heure de la journée. Ils y ont surtout démontré la présence assez considérable d'un acide particulier qu'ils ont appelé urobenzoïque ou plutôt hippurique. Personne n'a indiqué avec autant de précision que M. Millon le dosage absolu et relatif de l'urée , et ses rapports avec la densité de l'urine. lorsqu'il y a beaucoup d'urée et densité moindre, l'urée constitue la plus grande partie des matières

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contenues dans l'urine ; lorsqu'il y a peu d'urée et beaucoup de densité , ce sont les autres matériaux dissous qui sont en grande abondance. Dernièrement M. Bernard a déterminé la production du sucre en lésant un point de l'encéphale, et MM. Michea et Alvaro Reynoso en ont trouvé dans l'urine des épileptiques.

Aucune de ces substances ne se trouve dans le sang à l'état normal, toutes sont nouvelles et fabriquées par le rein. On ne peut rien conclure non plus des variétés innombrables que présente l'urine à cliaque instant , suivant les individus et une foule de circonstances hygiéniques et pathologiques. Les mêmes principes s'y rencontrent toujours dans l'état de santé , seulement ils sont plus ou moins concentrés et dans des proportions différentes. Parmi les mille causes qui peuvent faire varier ce degré de concentration, nous signalerons surtout la quantité plus ou moins considérable de boisson , la nature plus ou moins aqueuse des aliments, l'époque plus ou moins éloignée du repas , leur séjour plus ou moins prolongé dans la vessie , et principalement aussi l'augmentation ou la diminution des autres sécrétions. Tout le monde sait combien les urines sont aqueuses , ou , comme on dit vulgairement , peu chargées , lorsqu'elles sont le résultat d'une boisson abondante. Alors elles ne semblent destinées qu'à évacuer cette boisson même. La même quantité des matériaux organiques du sang est toujours éliminée, mais ils se trouvent délayés dans une bien plus grande quantité de liquide aqueux. Il en est de même des urines qui proviennent d'aliments peu substantiels et de celles qui sont rendues peu après le repas. Dans ce dernier cas , en effet , on a remarqué , et cela devait être , que ces premières urines sont abondantes, limpides, et peu chargées de leurs principes constitutifs organiques : tandis que celles qu'on rend à une époque de plus en plus éloignée du repas deviennent plus concentrées , plus riches en principes constitutifs , et en quelque sorte plus animalisées. Ces différences avaient porté les anciens à distinguer trois espèces d'urine. La première rendue était l'urine de la boisson , urina potûs , urina cruda \ celle qui venait ensuite était l'urine des aliments ou de la digestion , urina coda : enfin la dernière formée était l'urine du sang , urina sanguinis, urina percocta. La distinction de ces trois sortes d'urine repose sur l'observation ; elle est vraie sous le rapport physique et chimique , mais nous rejetterons la théorie tout hypothétique d'après laquelle ils l'avaient admise. Plus les urines prolongent leur séjour dans la vessie , plus leurs qualités chimiques sont modifiées par la concentration plus grande de leurs principes. L'absorption de la partie la plus aqueuse semble une voie supplémentaire établie par la nature , pour qu'une distension moins grande et moins prompte de la vessie nécessite moins souvent le besoin incommode de son évacuation , et peut-être aussi pour rendre moins promptement dangereuses les rétentions momentanées. Il n'y a ordinairement que la partie aqueuse qui soit absorbée , parce qu'innocente dans l'économie , elle peut y rentrer sans danger ; car il n'en serait pas de même des autres principes de l'urine , tels que l'urée et ses composés. L'abstinence rend aussi les urines plus denses, plus riches en print. 1. 18

cipes animalisés , en urée. M. Millon a observé qu'une abstinence de vingtquatre ou quarante-huit heures suffisait pour tranformer les urines des herbivores en urines des carnivores , et les rendre plus riches en urée et en phosphates. Ce qu'il attribue à ce que les herbivores deviennent alors de vrais carnivores, en se nourrissant de leur propre substance animale.

Les reins ne sont pas la seule voie de sécrétion excrémentitielle, il en est plusieurs autres, et surtout la transpiration , ainsi que nous l'avons déjà vu. Il doit exister et il existe en effet entre ces fonctions des corrélations telles que lorsque l'une élimine une plus grande quantité de matériaux , l'autre en élimine moins. Ce raisonnement tout naturel est fortifié par l'expérience journalière. Aussi toutes les fois que la sueur est abondante , les urines le sont beaucoup moins. C'est d'après cette loi physiologique mille fois constatée que les urines sont en général beaucoup plus rares en été qu'en hiver. Cette correspondance produit entre ces deux sécrétions une suppléance réciproque qui les fait souvent remplacer l'une par l'autre. C'est une de ces ressources multipliées que la prévoyance de la nature met en réserve pour que l'économie ait moins à souffrir lorsqu'un des moyens d'élimination vient à s'altérer. Cependant la substitution n'est presque jamais. complète ; la suppression totale de l'urine a toujours été dangereuse ou mortelle , excepté dans des cas bien rares. La ligature des uretères et l'ablation des reins ont constamment occasionné des accidents spéciaux qui n'ont pas tardé de faire périr l'animal. Toutes les fois que , dans les maladies , la sécrétion des reins est supprimée , elle est un des signes les plus fâcheux qui puisse se présenter. Cette sécrétion est donc indispensable : elle peut être suppléée momentanément, mais à peu près jamais remplacée complètement.

Les modifications qui sont imprimées à l'urine par les différents aliments , les boissons, les passions, etc., quoique bien nombreuses, ne sont pas les seules. Il en est de plus importantes qui sont le résultat non seulement des maladies différentes , mais encore de leurs différentes périodes et d'une foule d'autres circonstances. Elles jouent sous ce dernier rapport un rôle important dans l'étude de la seméiologie , des crises et de la thérapeutique. Aussi elles appartiennent en entier à l'histoire de la pathologie et de la physiologie morbide , et ce n'est pas ici le lieu de nous en occuper, pas plus des unes que des autres. L'ouvrage de M. Becquerel ne laisse rien à désirer sur ce sujet.

7° Sécrétion du sperme.

La sécrétion spermatique et la sécrétion ovarique font une partie trop essentielle de la génération pour qu'il soit possible de les séparer de la description générale de cette fonction. Il convient donc de ne nous en occuper qu'au moment où nous tracerons l'histoire de ses phénomènes. De cette manière nous ne couperons pas en plusieurs articles isolés l'étude d'une fonction unique , et nous en saisirons mieux l'ensemble et l'harmonie.

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