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SECTION IV. — SÉCRÉTION DES PRODUITS SOLIDES

Nous avons cru devoir comprendre au nombre des sécrétions la production de quatre corps solides et dune apparence plus ou moins inorganique. Ces productions sont condamnées à une usure perpétuelle, à laquelle la nature a eu la précaution de fournir sans cesse , en les faisant renouveler à mesure plus ou moins complètement. Ces quatre substances sont l'épidermc , les ongles, les poils et les dents. Nous y ajouterons le cristallin et quelques produits concrets chez les animaux : tels sont la soie, la toile d'araignée, les tests , etc.; mais ces dernières sécrétions ne regardent pas notre physiologie pour le moment.

1° De rêpiderme.

Placée à la surface libre des membranes muqueuses et cutanées , mais surtout à la surface de celles-ci , cette membrane albumineuse ne se nourrit pas par elle-même. Elle doit son existence et son entretien à la portion de la membrane sur laquelle elle repose immédiatement , au corps muqueux dont la concrétion de la partie la plus externe la constitue. Elle est stratifiée et formée couche par couche à mesure que , par le frottement ou toute autre circonstance mécanique ou pathologique , la partie extérieure de son épaisseur ou sa totalité est détruite ou enlevée , car l'épidémie n'est pas un corps permanent. La partie existante aujourd'hui ne sera plus dans quelques jours, parce que les couches superficielles sont usées sans interruption et font place aux couches plus profondes , qui elles-mêmes sont ensuite remplacées par de nouvelles. Cette succession perpétuelle est le produit d'un travail organique qu'il nous importe d'apprécier.

Le tissu ou réseau vasculaire de la peau , étendu avec le corps papillaire à toute la surface externe du derme, forme un véritable organe sécréteur représenté par de petites glandes rougeâtres, bosselées, sillonnées par les vaisseaux sanguins et placée au fond du sillon qui sépare les papilles. Elles sécrètent un produit muqueux , qui est versé à la surface du derme par un conduit très-court. Il représente le prétendu tissu muqueux de Malpighi, couche intermédiaire à l'épiderme et au vaisseau vasculaire. Il enveloppe successivement, et couche par couche, les papilles et les vaisseaux inhalants et sudorifères. Sa partie externe se concrète à mesure en membrane et constitue successivement les couches profondes de l'épiderme. Cet enduit, en apparence inorganique et amorphe, puisque les injections n'y pénètrent pas, semble cependant revêtir certains caractères douteux d'organisation qui ne sont dus peut-être qu'à l'organe sécréteur, qui donne à cette enveloppe un caractère différent aux doigts , aux membres et surtout au pli du bras. Partout on y trouve plus ou moins prononcée la forme écailleuse , vestige des

écailles ichtyoïdes : dans plusieurs points, surtout au pli du bras , ces écailles, fabriquées les unes dans les autres , sont faciles à distinguer , même à l'œil nu. Cette sécrétion se fait par un travail constant et non interrompu, de façon que les coucbes nouvelles s'ajoutent sans cesse aux couches anciennes et les poussent de plus en plus en dehors. Cette accumulation progressive donnerait bientôt lieu à une épaisseur considérable de l'épiderme , et le rendrait ainsi nuisible de plusieurs manières , si la nature n'y avait pas pourvu en le faisant user par le frottement perpétuel des agents physiques au milieu desquels nous nous trouvons, et à défaut de cette usure, par une desquammation continuelle aussi, et plus ou moins complète, de sorte que l'épiderme n'acquiert ordinairement guère que son épaisseur naturelle.

Ce n'est qu'à l'abri de l'air que la sécrétion de l'épiderme s'organise en membrane. L'observation nous en fournit tous les jours des preuves incontestables. En effet, c'est toujours sous l'épiderme déjà formé que le corps muqueux se concrète, et, lorsque par un agent physique, chimique, pharmaceutique ou pathologique, l'épiderme a été enlevé et le réseau vasculaire mis à nu, jamais la couche épidermoïde ne se forme d'emblée. Toujours il se fait une exhalation albumineuse plus ou moins abondante qui coule sous la forme de sérosité ou de pus ; et, lorsque l'irritation est calmée ou ramenée à un type plus normal, il se forme une couche inorganisée qui prend le nom de croûte, et sous laquelle se sécrète et s'organise, à l'abri de l'air, la première couche de l'épiderme. Alors seulement la croûte se détache , car si on l'enlevait trop tôt , il s'en formerait une nouvelle pour protéger le travail de l'épidermose jusqu'à son achèvement complet. Ainsi les physiologistes qui ont dit que l'épiderme était de l'albumine durcie par le contact de l'air, sont dans l'erreur, puisqu'il faut que le travail s'en opère à l'abri de ce contact, et que la matière qui doit le produire ne s'organise jamais en épiderme tant qu'elle y reste exposée. Il est si vrai que c'est le réseau vasculaire qui est l'organe sécréteur de la matière de cette membrane, que lorsqu'il est détruit, il ne se forme plus d'épiderme jusqu'à ce que par le travail de la suppuration, la surface de la plaie soit couverte de ces bourgeons charnus que recouvre une légère membrane vasculaire qui vient remplacer celle qui a été détruite et sécréter après un certain temps les matériaux de l'épiderme. Jamais ce dernier ne sera formé d'emblée sur une plaie récente avec déperdition de substance.

L'épiderme prend une consistance plus grande à la surface des parties qui sont exposées à un plus grand frottement ou à une plus forte pression , comme on le voit à la plante des pieds, à la paume des mains , au genou , etc. Cette circonstance paraît d'abord contradictoire avec ce que nous avons dit, puisqu'un frottement plus actif, en usant plus vite cette couche , devrait l'amincir davantage. Mais il faut faire attention que la nature, toujours prévoyante, a disposé les choses de manière à ce que l'épiderme fût en rapport avec le besoin des parties, et pour cela, à mesure qu'il a dû y avoir une augmentation de frottement, elle y a produit une augmentation d'action de l'organe sécréteur et déterminé une épaisseur plus grande de l'épiderme. Cela

esl si Mai, que l'on peut à volonté faire augmenter le travail de l'épidermose dans la partie du corps que l'on veut, au moyen d'une expérience bien facile à vérifier. Mettez entre les mains d'un petit-maître un balai un peu lourd, et qu il s'en serve pendant une demi-beure seulement : examinez ses mains et nous verrez que les parties qui ont été soumises à la pression du manche sont plus rouges , parce qu'elles ont été excitées par cette pression , et que les capillaires, en y faisant affluer le sang en plus grande quantité , fournissent des matériaux plus nombreux à la sécrétion. Recommencez l'expérience pendant quelques jours, et alors comparez l'état de l'épidémie avec ce qu'il était auparavant, vous verrez combien il aura augmenté d'épaisseur. Comparez encore les genoux d'une personne qui est souvent en oraison avec ceux d'une personne qui ne prie jamais. C'est de cette manière que se développent les cors aux pieds. Une pression trop forte d'une chaussure étroite excite l'action plus grande de l'organe sécréteur. Une sécrétion plus abondante a lieu, et comme Vusure ne suffit pas pour en détruire à mesure l'excédant , des couches nouvelles successivement accumulées dans le point comprimé constituent le cor. La viciation prolongée de l'organe sécréteur l'entretient et en prolonge la durée. Cependant, il ne faut pas en conclure que la pression soit partout la cause nécessaire et unique de l'épaississement plus considérable de Tépiderme. Nous avons vu plus haut que dans plusieurs parties du corps cette membrane était naturellement plus épaisse ou plus mince. Aussi on peut, en les comparant, voir , même à la naissance , la différence qu'il y a entre l'épidémie de la plante des pieds ou de la paume de la main , celui du sein ou de la partie interne des cuisses. La raison de cette différence se trouve dans la destination spéciale de chaque partie. Il fallait plus d'épaisseur à l'une et plus de finesse à l'autre, puisque dans un cas Tépiderme avait à protéger plus efficacement les parties qu'il recouvre, et que dans l'autre il devait leur donner plus de délicatesse.

Nous avons cru devoir nous dispenser d'énumérer les nombreuses opinions des auteurs sur le mode de formation et sur la structure de l'épiderme. Vésale, Morgagni, Ruisch, Leuwenhoeck, Malpighi, Meckel, Winslow, Mascagni, Cruikshank, Haller, Blumembach, Campan, Prochaska, Hunter, Béclard, Blainville, Mojon, Delle-Chiaje, Panizza , Rapp , Lauth, Gaulthier, etc., ont tous scruté ce sujet à leur manière, et chacun a émis une opinion différente. Nous nous en tenons à ce que l'observation la plus scrupuleuse nous a démontré. Selon Leuwenhoeck, Purhinje, Valentin et Henle, les couches stratifiées de l'épiderme se composent de petites pièces microscopiques aplaties, rangées à côté les unes des autres comme des pavés , et dont chacune contient un noyau. Ces pièces forment les écailles ou la poussière écailleuse qui se détache chez l'homme et chez certains animaux.

Les usages de Vèpiderme ne sont pas douteux ; leur importance est telle, que tous les êtres organisés en sont pourvus. Cette couche presque inorganique est placée sur les limites de la vie pour protéger les tissus sous-jacents contre l'impression douloureuse et nuisible qu'ils recevraient du contact de

l'air et de tous les autres corps physiques. On peut s'en convaincre aisément. Pour cela , on n'a qu'à dépouiller les téguments de leur épiderme. Ils seront alors douloureusement affectés par le simple contact de l'atmosphère , et > dans cet état pathologique , ils cessent de remplir leurs fonctions jusqu'à ce qu'un travail nouveau ait reproduit leur membrane protectrice. La disposition de cette couche est si artistement faite, que, tout en protégeant, elle se prête à toutes les fonctions des organes qu'elle recouvre-, elle présente assez d'élasticité pour se prêter à toutes les distensions possibles de la peau et des membranes muqueuses. Elle est percée d'une foule de pores pour laisser passer librement les produits des sécrétions et les matériaux de l'absorption ou pour recevoir ces derniers d'abord par imbibition. Croirait-on que l'existence de ces pores a été plus que mise en doute par Humboldt, Meckel, Rudolphi et Seiler, parce qu'ils n'ont pas pu les apercevoir avec le microscope? Comment donc expliquer les gouttelettes de sueur qu'on voit sourdre de la peau à mesure qu'on les essuie? D'ailleurs, Cruikshank, Béclard et Weber n'ont-ils pas démontré qu'une piqûre oblique de l'épiderme n'était pas non plus aperçue par le microscope? Cette enveloppe est assez mince et assez heureusement disposée pour ne gêner en rien l'opération tactile des papilles nerveuses. Quelques auteurs lui ont même supposé une action de transmission électronerveuse. Enfin elle se replie dans tous les orifices qui viennent s'ouvrir à la surface de ces membranes et même dans ceux des poils. L'usure , véritable desquammation habituelle de l'épiderme, a lieu sur les membranes muqueuses aussi bien que sur la peau. Elle a fait penser que ce corps était un excrément par lequel l'économie rejetait différents résidus inutiles, et surtout du carbonate et du phosphate de chaux, et que c'est pour cela que cette desquammation, peu abondante chez l'enfant , augmentait chez l'adulte à mesure que l'ossification plus complète a moins besoin de ces principes. Mais cette opinion est trop évidemment erronée pour mériter une sérieuse réfutation. Cette desquammation remplit un autre usage sanitaire, c'est de détacher du corps les saletés plus ou moins insalubres qui s'y sont attachées , et d'entretenir ainsi les téguments dans une sorte de propreté hygiénique naturelle, lors même que les individus s'y soustraient par la négligence la plus coupable.

2° Des poils.

La peau entière, à l'exception de la paume des mains, de la plante des pieds et des parties latérales des doigts, est couverte d'une partie plus ou moins considérable de poils. Leur structure est la même partout, quoiqu'il y ait quelques modifications dans leur forme , leur grosseur et leur longueur. Ils ont reçu le nom de cheveux sur la tête, de barbe à la face, de duvet lorsqu'ils sont très-fins et très-courts, et ils conservent le nom de poils sur le tronc et sur les membres. Leur longueur varie beaucoup. A la tête ils acquièrent beaucoup de longueur : elle est moins considérable au menton , encore moins au pubis et à l'aisselle, et moindre encore partout ailleurs. La couleur des poil^

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net pas la même chez les différentes personnes et quelquefois sur les différente parties de la même personne. On peut réduire les couleurs à trois principales , le noir ou brun, le blond et le roux. Le blanc n'est pas une couleur. Le châtain et ses nuances sont des variations du blond. La couleur change avec l'Age. Les cheveux sont plus clairs dans l'enfance, et ils deviennent plus foncés à mesure qu'on avance en âge. La couleur des poils a de si grands rapports avec celle de la peau, qu'on peut le plus souvent deviner la disposition de l'un par celle de l'autre ; ce qui semble indiquer qu'ils sont destinés à faire partie essentielle des téguments. Les poils blonds sont plus doux, plus flexibles, moins forts, moins rudes que les noirs. C'est la graisse qui leur donne leur flexibilité. Ils s'implantent obliquement par le bulbe qui traverse le derme et s'enfonce plus ou moins profondément dans le tissu cellulaire sous-dermique. Rien n'est régulier dans leur rapprochement ou leur éloignement. Le bulbe ou plutôt le sac n'est pas toujours placé dans le même lieu. Selon le siège qu'il occupe , le poil prend une direction

des caractères différents et particuliers. On peut en compter trois espèces. Ou bien le sac est sous-épidermique, alors le poil est court et fin : il constitue le duvet. Presque toujours il précède les autres poils ou les plumes. Ou bien le sac est renfermé dans le derme , et quelquefois même il le dépasse à sa face interne \ alors le poil est plus ou moins long et il sort dans la direction du sac : ce sont les poils cutanés. Ou bien enfin le sac s'étend au panicule charnu et même aux muscles sous-cutanés \ ce qui leur donne, outre leur direction , la faculté d'être mis en mouvement par ces muscles, surtout chez certains animaux et pour certains poils : ce sont les poils musculo-cutanes . M. Girou de Buzaraingue a exagéré les rapports des muscles peauciers de l'homme avec ses poils , comme à la tète , aux paupières , aux lèvres, au col : car, aux aisselles, au sternum, au pubis, il n'y a pas de peaucier, et cependant il y a beaucoup de poils. D'ailleurs les contractions du peaucier impriment le mouvement aux téguments et non aux poils en particulier. Il a exagéré encore davantage , lorsqu'il a voulu regarder les poils comme la continuation de la fibre musculaire ou de la fibre dermique.

Les parois membraneuses de la cavité dans laquelle est implanté le bulbe du poil, sécrètent et fournissent les matériaux qui dans son intérieur se convertissent d'abord en bulbe et ensuite en poil. Quelques auteurs, comparant le poil à une plante, ont regardé le bulbe comme sa racine et ont pensé qu'il puisait dans les parois de sa cavité les matériaux qu'il transformait en cheveux, de la même manière que la racine puise les matériaux de la nutrition de la plante dans le sol qui l'enveloppe. Mais cette comparaison , juste en ce qu'elle établit de l'analogie entre le poil et la plante , est fausse dans le fait lui-même -, car le bulbe n'est pas une racine, puisque , lorsqu'on arrache un cheveu ou un poil avec son bulbe, on en voit, quelques jours après, repousser un autre à l'endroit même où était le précédent. Ce qui n'arriverait pas si le bulbe était la racine, puisqu'elle aurait été arrachée. Ainsi il est évident que la matière organisatrice du poil est versée dans la cavité ou crypte qui

lui sert de réceptacle, et qu'elle y forme d'abord le bulbe, et que par un travail spécial et propre à ce bulbe , la matière subgélatineuse ou cornée , étant sécrétée, s'organise par couches circulaires en poil à mesure qu'il avance vers l'orifice de sa cavité. C'est ce qui leur donne cette apparence noueuse et valvulaire qu'on leur a trouvée au microscope. Cette disposition par couches annulaires n'empêche pas l'organisation fibrillaire du cheveu , comme on le voit dans les cas. où il est multifide , et dans les poils du sanglier , dont on sépare les fibres par le frottement entre les doigts, Une fois formé, le poil ne change plus : ce qui l'a fait regarder comme inorganique par de Blainville et plusieurs autres anatomistes. Quelques auteurs ont attribué à la forme sphérique, ovoïde, cylindrique du bulbe l'espèce de poil qui en sort. C'est là une supposition hypothétique : ce fait tient bien plus à une concordance qu'à une influence réelle ; car le rapport n'est pas constant. On voit même dans quelques animaux le bulbe se prolonger en s'amincissant dans la cavité du poil jusqu'à une certaine distance des téguments.

On a dit, et Majon a cru l'avoir démontré de nouveau , que le poil , au lieu de percer l'épidémie , s'en coiffait en quelque sorte et s'en formait une gaine ou étui qui l'accompagnait dans toute son étendue. S'il en était ainsi , on verrait toujours ce soulèvement de l'épidémie l'allonger en gaine , et jamais celui-ci ne retiendrait le poil, au point de nécessiter son incision pour en faire sortir celui-ci. En outre, en arrachant un cheveu, cette avulsion tiraillerait et déchirerait l'épiderme cutané au pourtour de sa racine , ce qu'on ne voit jamais. Cela ne s'accorde pas non plus avec l'opinion de Muller qui a vu l'épiderme plonger dans le bulbe et finir à leur point d'adhérence. Le poil n'est pas toujours assez fort, assez raide pour se faire jour à travers l'épiderme ; alors il s'amasse dessous en se tortillant, et il forme un petit tubercule qui donne à la peau de quelques individus l'aspect de chair de poule : sous chaque point saillant se trouve le poil plissé , qu'on peut dérouler en perçant l'épiderme. Comme cette élaboration sécrétoire ne discontinue pas> de nouvelles parties annulaires sont ajoutées sans cesse à celles qui sont déjà sorties, et le poil croît indéfiniment. Si sa croissance parait bornée dans quelques parties, comme aux cils , aux lèvres, aux sourcils , etc. , ce n'est pas parce que le travail s'arrête , car en coupant et rasant ces poils à mesure qu'ils grandissent, on les voit repousser et croître toujours. La limite de leur accroissement tient donc à ce que la nature l'a déterminée ainsi et a employé pour y parvenir, un autre moyen que la cessation de sécrétion.

Avant de résoudre cette question , il est indispensable d'en examiner une autre qui a bien des fois occupé les physiologistes et sur laquelle ils ne sont pas encore bien d'accord. Il faut d'abord chercher si le poil ainsi sécrété est ensuite tout à fait inorganique , inerte et sans acte vital , et si, dès le moment qu'il est sorti du derme , il n'est plus soumis qu'aux lois physiques. Ceux qui l'ont cru, ont fondé leur opinion sur ce que le poil est tout à fait insensible . puisqu'on peut le couper, le tirailler et le rompre impunément : jamais non plus, dans sa solution de continuité, il ne laisse couler aucun liquide . ni

développer aucun phénomène vital , jamais il ne participe à aucune maladie , et on ne le voit jamais être malade lui-même , car ils nient que la plique en soit une affection directe. Mais si l'on fait attention que le bulbe est composé d'une membrane extérieure fibreuse et recouverte d'écaillés et d'une membrane intérieure vasculaire , injectée par Ruiseh , et que dans son intérieur se trouve une membrane muqueuse qui ne parait pas encore organisée , et qui ne prendra une texture cylindrique qu'en approchant de l'épidémie , et que , lorsque le cylindre est complet , il forme un canal dans lequel sont les granules de sa matière , qui a été fournie par le réseau vasculaire, de même que sa matière colorante ; si Ton envisage aussi qu'indépendamment de la texture vraiment organique que présentent les poils , ils opèrent des actes évidemment soumis à l'influence vitale , on rejettera cette opinion. Car sans parler de la plique polonaise , que nous n'avons jamais vue et dans laquelle cependant beaucoup d'auteurs ont vu une maladie réelle des cheveux et des poils , le passage des cheveux de leur couleur naturelle au blanc prouve d'une manière irrécusable qu'il s'y passe un mode spécial et réel de circulation et de nutrition. Jamais les cheveux ni la barbe ne commencent à blanchir par la racine , c'est toujours par l'extrémité la plus éloignée des téguments : de façon qu'ordinairement cette partie est déjà blanche lorsque la partie voisine de la racine est encore colorée. Bien souvent, lorsqu'un cheveu blanchit, il reste dans son intérieur quelques globules épars de sa matière colorante , et il paraît alternativement blanc et coloré. Nous avons même vu, en examinant pendant plusieurs jours le même cheveu , les progrès plus ou moins rapides de la disparition de cette matière colorante. Ces phénomènes prouvent évidemment que cette substance est soumise à l'action capillaire et nutritive du tissu dans lequel elle est renfermée : on ne peut concevoir autrement sa disparition progressive , surtout dans la partie du cheveu la plus éloignée. Si la chose ne se passait pas ainsi , la blancheur commencerait parles racines , et l'on verrait les cheveux blanchis près de la tète être* encore colorés dans le reste de leur longueur, ce que nous n'avons jamais rencontré. Cela nous explique en outre les cas assez fréquents dans lesquels des hommes ont vu blanchir leurs cheveux dans l'espace de quelques heures ou d'une nuit , soit par des causes morales , soit par des causes morbides générales ou locales , ainsi que l'histoire en a conservé des exemples. Alors bien certainement des cheveux nouveaux ne sont pas venus remplacer aussi rapidement les cheveux anciens, qui d'ailleurs ne sont pas tombés. Ainsi la matière colorante se forme dans le bulbe, d'où elle s'élève dans le canal du cheveu, et dans lui s'en opèrent les changements par une modification vitale de la sécrétion, car les mêmes matériaux y sont apportés, et ils fournissent les mêmes principes, l'élaboration seule les diversifie. Aussi l'albitie n'est point le résultat de l'absence de la matière , mais de son changement de couleur. Cette matière colorante peut avoir du rapport avec le pigmentum de la peau, mais elle n'est point identique, comme l'a prétendu Heusinger. Dans cette étude , nous avons négligé les analyses chimiques des

282 FONCTIONS GAINGLIONN AIRES.

cheveux faites par Neumann , Bertholet , Vauquelin, etc., parce que leur rôle nous a paru inutile dans la physiologie des poils. Disons toutefois que les chimistes ont reconnu dans leur composition la présence d'une huile animale spéciale , qui est verte , rouge ou blanche, selon que les cheveux sont noirs, rouges ou blancs, et que, selon Vauquelin, cette couleur tient: 1° dans les cheveux noirs , à la présence du fer et du souffre ; 2° dans les cheveux blonds ou roux , à la présence d'une matière jaune et d'une certaine quantité de fer sulfuré 5 3° dans les cheveux blancs , à l'absence du fer. Les colorations différentes sont donc le résultat de combinaisons différentes de ces principes , et ces combinaisons de chimie vivante sont opérées par une sécrétion variée autant que la vie des bulbes. Disons enfin que c'est à la transsudation d'une partie de cette huile que les cheveux doivent cette disposition onctueuse et grasse qu'ils présentent et qui les fait quelquefois coller ensemble .

Ce mode de vitalité reconnu, il nous est facile de comprendre comment les poils peuvent arriver à une grandeur déterminée et ne pas la dépasser. Sans lui , en effet , il serait impossible d'expliquer la cause de la différence qu'il y a entre la grandeur des cheveux et celle des sourcils, par exemple. On ne peut pas invoquer ici la différence des frottements , car les cheveux y sont bien au moins aussi exposés que les sourcils , et cependant ceux-ci ne dépassent pas une taille bien inférieure, quoique leur formation ne soit pas suspendue un instant. L'usure a donc lieu lorsqu'ils ont atteint la grandeur que leur a fixée la'nature, parce que là s'arrête la circulation , et qu'étant alors privés d'une nouvelle nutrition , ils s'usent en fournissant successivement pour détritus ce qu'ils auraient acquis de surplus en taille. En établissant ainsi des limites à l'accroissement de certains poils , la nature avait des vues d'utilité dont elle ne pouvait pas s'écarter. Combien, en effet, eussent été incommodes et nuisibles à la vision les cils et les sourcils s'ils fussent parvenus à la longueur des cheveux ! #

Il ne faut pas étendre les attributions de cette vitalité du poil au-delà de ce qui est. Ainsi il ne serait pas exact d'y voir la cause de sa coloration et de ses formes mille fois variées , non seulement dans l'homme , mais dans les animaux. C'est dans son crypte sécréteur et dans son bulbe qu'il faut chercher la cause de ces différences , parce qu'à eux est confié le soin de les déterminer.Cela est si vrai que lorsque cet appareil vient à être modifié physiologiquement ou pathologiquement , il amène à son tour des modifications dans la forme et la couleur des poils , ainsi qu'on le voit souvent à la suite de quelques maladies graves. M. Villermé nous en a conservé un exemple remarquable dans une jeune fille de treize ans, qui , pendant plus d'un an, vit à plusieurs reprises ses cheveux changer de forme et de couleur. Tantôt noirs, bruns , châtains ou blancs , ils furent alternativement et quelquefois pêlemêle , des cheveux lisses et longs , des poils durs et courts, de la laine crépue, etc. C'est même dans le bulbe qu'est le véritable siège de la plique et que s'opère la véritable altération du poil.

C'esl à cette modification dépendante du bulbe et qui en fait un organe spécial pour chaque espèce de production , qu'il faut attribuer la sécrétion de la laine , de la soie du cochon , des épines du hérisson , des dards du porcépic , du duvet et des plumes d'oiseaux s enfin des écailles des poissons. Il n'est pas plus étonnant de voir différents cryptes pileux sécréter des produits différents de forme et de texture , qu'il ne l'est de voir les glandes sécréter des fluides différents , quoique la fonction soit la même pour toutes. Ainsi le poil naît du bulbe; mais le bulbe naît du crypte pileux, puisque le bulbe arraché reparaît peu après , ce qui ne serait pas s'il n'avait pas dans le crypte un agent de formation.

La sécrétion des poils s'effectue sous l'influence du système nerveux ganglionnaire. Indépendamment de l'analogie qui l'assimile à toutes les autres sécrétions , on a vu , et nous avons vu nous-mème la barbe croître pendant quelques heures après la mort de la vie cérébrale. De son côté le poil , privé de toute sensation perçue , est une espèce de plante parasite étrangère à la vie cérébrale , vivant par conséquent sous l'influence de la vie organique et du système nerveux qui préside à ses fonctions : car les changements qui s'opèrent dans son intérieur ne peuvent être que le résultat d'un mode de sensation ganglionnaire nouveau et de la réaction du tissu pileux sur les molécules. Ici on ne peut invoquer ni imbibition ni endosmose, car ces deux phénomènes n'expliquent pas pourquoi ils ont lieu d'une façon dans un moment et d'une autre façon le moment après.

La sensation que cause leur arrachement dépend du bulbe. Le sang qu'on a vu couler dans la plique venait d'un suintement interstitiel et extérieur au poil. Il pourrait cependant venir de son intérieur ; mais alors le poil aurait été vicié dans sa composition et sa texture par la maladie du bulbe , et il se serait formé dans son intérieur un canal capiliaire communiquant avec les vaisseaux du bulbe. Mandl a eu tort de regarder le bout des poils coupé et arrondi comme la preuve d'une cicatrice et d'un acte vital , et d'en conclure leur nutrition. L'usure a tout fait; les angles se sont détachés.

Nous reconnaissons l'influence des climats , des tempéraments , de l'âge , et même des saisons sur la coloration et sur le développement des poils. Ce n'est pas ici le lieu de nous occuper de la théorie , quelquefois nébuleuse , sur la manière dont ces influences agissent. Qui sait , en effet , pourquoi les cheveux des Nègres sont crépus , ceux des Espagnols bouclés, ceux des Français ondulés , ceux des Allemands plats , etc.? Il serait peut-être encore plus difficile de trouver la cause de la coloration des cheveux , quoiqu'on sache que la peau des mammifères est blanche sous les poils blancs et noire sous les noirs; que les Nègres ont toujours les cheveux noirs , et que les individus roux ou blonds ont ordinairement des rousseurs sur la peau , car les couleurs des plumes sont très-variées , bien que la peau des oiseaux n'ait qu'une seule couleur. Pourrait-on mieux trouver la cause des rapports qu'il y a entre les cheveux blonds et la mollesse de la fibre, entre les cheveux noirs et la densité delà fibre, entre les cheveux châtains et le

tempérament sanguin? Qui oserait donner la raison pour laquelle les poils à insertions plus profondes sont plus prononcés dans leur couleur? Pourquoi aussi ils le sont davantage sous la zone torride ? Pourquoi aussi les animaux des pays chauds blanchissent sous la zone glacée? Pourquoi l'âge et surtout la vie de la fécondation ou de la puberté opèrent de si grands changements dans les qualités du poil ? Pourquoi enfin le poil du père se transmet plutôt aux femelles et le poil de la mère aux mâles ?

Usages.

Chez les animaux les usages des poils ne sont pas douteux , ils sont un manteau protecteur qui sert à les garantir , en hiver, contre les rigueurs du froid , et en été contre la chaleur excessive. Cette double protection , en apparence contradictoire , n'a pas besoin d'explication pour ceux qui connaissent la physique. Chez eux aussi il en est quelques-uns qui sont des organes du toucher, mais alors ils sont beaucoup plus longs , comme on le voit à la moustache des chats : alors ils sont mus et dirigés volontairement dans tous les sens , parce que leur bulbe , très-prolongé au-delà du derme , a son extrémité implantée au milieu d'un muscle peaucier qui en dirige les mouvements. C'est au même muscle qu'il faut attribuer les mouvements de la crinière et des poils du dos dans certains animaux, lorsqu'ils sont agités par des passions violentes. Ils servent encore chez la plupart des animaux à les garantir contre l'action des instruments vulnérants et contre la dent meurtrière des autres animaux. Ce double rôle des poils est à peu près nul dans l'homme , parce qu'il a d'autres organes du toucher bien supérieurs , et que leur rareté ne leur permet guère de servir de vêtement , puisqu'ils ne l'en dispensent pas dans les pays froids. Ce qui prouve qu'ils ne sont pas indispensables , c'est qu'ils n'existent pas à toutes les époques de la vie. Les uns ne poussent que peu de jours après la naissance , les autres bien des années après , et les autres tombent dans la vieillesse et font place à la calvitie. Aussi ils ne paraissent être le plus souvent qu'une imitation de ceux des animaux , pour en conserver le souvenir et l'analogie, et pour servir d'ornement et de parure. Aussi, quoiqu'ils se renouvellent , c'est partiellement , et non , comme chez les animaux , par mues annuelles, qui font tomber, au renouvellement des chaleurs, les poils nouveaux qui, à l'entrée de l'hiver, s'étaient ajoutés à ceux de l'été. Cependant ils paraissent destinés à protéger les orifices auprès desquels ils sont placés en les garantissant de la poussière , des molécules ou insectes qui , en s'y introduisant , viendraient les offenser et nuire à leurs fonctions en y occasionnant ou une irritation vive, ou une viciation de sensation incommode et nuisible. Aux yeux , les sourcils paraissent en outre avoir pour but de détourner la sueur du front, et d'affaiblir l'impression d'une lumière trop vive. Peut-on les regarder, avec quelques auteurs , comme une voie d'excrétion , comme un émonctoire dont la nature se sert pour porter au dehors quelques principes excrémentitiels qui seraient devenus inutiles dans l'économie ? Cette opinion est tout à fait hypothétique , car les poils ne sécrètent rien , quoi qu'en aient

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pensé quelques physiologistes, et leur détritus est trop peu considérable pour mériter de l'importance. D'ailleurs,leur composition n'indique pas qu'ils puissent rejeter rien de nuisible; du mucus concrète et une petite quantité d'huile n Ont rien qui paraisse nécessiter leur expulsion. Cependant on ne peut pas se dissimuler que l'imprudence de couper sans précaution une chevelure habituellement longue ne soit bien souvent suivie d'accidents graves , qui ne se dissipent que lorsque les cheveux ont grandi comme ils étaient auparavant. Au reste , ces résultats fâcheux ne tiennent pas à la section des cheveux en elle-même , mais à la suppression d'une transpiration cutanée plus abondante que leur masse occasionnait, et peut-être un peu à la sensation différente qui en résulte. Combien de maux d'yeux, de céphalées, de catarrhes, d'otites, ont été la conséquence du rasement des cheveux! Bartholin a même vu un jeune moine devenir amaurotique chaque fois qu'il se rasait. On peut juger parla combien on devrait avoir de sa chevelure plus de soin qu'on en a généralement. Faut-il leur attribuer une fonction de production électrique , parce que certains animaux , et surtout les chats , en développent par le frottement de leurs poils, parce que la chevelure des femmes produit parfois quelque chose d'analogue dans 1,'obscurité , parce que le toucher des poils du mont de Vénus opère une sorte d'action électrique sur l'homme ? C'est une étude à faire.

Chez l'homme l'usage des poils paraît donc moins indispensable, moins bien déterminé que chez les animaux , parce qu'il en est privé en naissant et qu'il s'en dépouille en vieillissant. Mais, par une sorte de compensation, ils deviennent chez lui un objet de parure et d'ornement. Voyez l'effet que produit une belle chevelure , artistement arrangée, sur la tête d'une jeune et jolie femme ; voyez les effets des sourcils et des cils pour l'expression de la beauté ; voyez surtout quelle expression de force et de virilité la barbe donne à la physionomie de l'homme.

3° Des ongles.

Cette substance cornée qui recouvre l'extrémité dorsale des doigts et des orteils , de même que l'épiderme et les poils , est le produit d'une sécrétion qui s'opère dans certaines parties du derme modifiées pour cet effet. Comme eux ils sont condamnés à l'usure et à la destruction d'un coté, pendant qu'ils sont sans cesse formés de l'autre. Sans cette usure , l'ongle croîtrait indéfiniment et acquerrait un volume et une longueur énormes, quelquefois même de plusieurs pouces, comme les auteurs en citent des exemples et comme nous en avons vu nous-même un bien remarquable aux orteils chez une vieille femme , dont la progression était tellement gênée par cette incommodité qu'elle pouvait à peine marcher , et que nous fûmes obligés de les scier. C'est pour remédier à cet inconvénient que l'usage veut que l'on coupe habituellement les ongles à mesure que leur allongement leur fait

dépasser la pulpe des doigts ou des orteils, bien plus encore que pour satisfaire à une mode de simple propreté.

L'espèce de cul-de-sac que forme le repli de la peau pour recevoir la racine de l'ongle et la surface convexe à laquelle celui-ci adhère par sa surface concave , sont organisées de manière à constituer l'appareil sécréteur ou matrice de la matière gélatineuse ou mucus spécial insoluble , qui , en se concrétant sur-le-champ, forme d'une part la racine de l'ongle, d'autre part les couches successives qui viennent s'ajouter à cette première couche à mesure qu'elle grandit. Ce mode de sécrétion nous explique pourquoi l'ongle est plus mince à sa racine et va en augmentant d'épaisseur jusque vers son extrémité libre, et pourquoi le nombre de lames dont il paraît composé, augmente dans le même sens. Cette sécrétion étant continuelle , l'ongle grandit sans cesse. Les couches nouvelles poussent les premières et successivement. Elles s'unissent et se concrètent à la surface de celles qui les ont précédées, et, restant adhérentes à la partie dont elles sont le produit, elles établissent et entretiennent la forte adhérence qui unit l'ongle entier aux téguments. Aussi le point où l'organe sécréteur finit et cesse de fournir de nouvelles couches est celui où l'adhérence cesse et où l'ongle devient libre en se détachant des téguments. On a vu quelquefois un rudiment d'ongle se former sur le bout du moignon du doigt, dans des cas où la matrice de l'ongle avait été enlevée avec la première phalange. Suivant Weber et Lauth , l'épiderme se replie vers le bourrelet qui enchâsse l'ongle, et passe avec le derme au-dessous de lui. C'est une erreur. Où l'ongle commence, l'épiderme disparaît et lui cède sa place , pour ne reparaître que lorsque l'ongle se détache. Qu'on admette de l'analogie entre l'épiderme et l'ongle , soit ; mais l'identité, non. Chacun a sa place et ses caractères.

L'insensibilité complète de l'ongle, lorsqu'on le coupe ou qu'onle déchire, et l'absence de tout autre phénomène vital, ne permettent pas d'élever de doute sur le mode de formation et de croissance que nous avons signalé. Il croît par une véritable superposition, à laquelle son tissu reste étranger : aucun travail intérieur ne s'y opère, et il ne présente aucune analogie avec la végétation. Cependant, malgré ce défaut de sensibilité et de travail organique apparent dans leur intérieur, nous n'oserons pas attribuera la seule affection de leur organe sécréteur les nombreuses altérations dont les ongles sont susceptibles. Bien des fois nous avons vu leur surface libre, d'abord très-lisse, devenir partiellement rugueuse dans un ou plusieurs points , et ces rugosités faire des progrès et s'étendre davantage. Cette circonstance dévoile l'existence nécessaire d'une sorte de vie organique dans ce tissu, parce qu'il est impossible d'en faire dépendre la cause de l'action de leur organe sécréteur, qui n'a plus d'action sur eux dès le moment que la matière de l'ongle s'est concrétée. Il faut donc admettre un premier degré de vie dans le tissu onguiculé , vie indépendante du système nerveux cérébral et que nous ferons dépendre du système nerveux ganglionnaire, par analogie bien plus que par démonstration : car jusqu'à ce jour les recherches les plus minutieuses n'ont pu y

l'aire découvrir ni vaisseau ni filet nerveux. Nous ne comptons pas au nombre do phénomènes vitaux «le l'ongle, les changements fréquents de couleur qu'on y remarque. L'ongle, incolore et transparent, laisse voir la coloration «lu li^>u sous-jacent et ses nombreuses variations sans y participer autrement. Il en est de même de la douleur que produit son avulsion. Elle n'a point son •il îge dans le tissu de l'ongle, mais dans la partie très-sensible de laquelle il est arraché.

L'analogie que présentent la formation de l'ongle et sa texture fibrillaire avec celles des poils, a pu fixer l'attention des physiologistes ; mais il ne faut pas en conclure avec M. Gaultier que les ongles ne sont que la réunion et l'agglutination d'un grand nombre de poils. Autant vaudrait aussi conclure par analogie que la bile, la salive , l'urine sont les mêmes fluides. D'ailleurs, les ongles ne sont pas sujets à la canitic comme les poils. Ils ne sont pas non plus identiques avec l'épidémie , ainsi que l'ont prétendu quelques physiologistes qui ont voulu n'y voir que plusieurs lames épidermoïdes superposées : car s'il en était ainsi, la plante des pieds présenterait un ongle immense dans son épiderme , puisqu'il est formé de plusieurs lames appliquées les unes sur les autres. Nous n'avons rien dit de la composition chimique de l'ongle , parce que son élément ne ressemble complètement à aucun élément organique. Il serait une modification de la gélatine selon Fourcroy, ou de l'albumine d'après Hatchett, Gmclin et Heusinger ; Vauquelin le regardait comme du mucus endurci; Humfeld a pensé qu'il était tantôt du mucus, tantôt du mucus réuni à de l'albumine ou à de la fibrine.

Usages.

Les usages des ongles chez l'homme ne paraissent pas jouer un rôle de première importance. Placés, comme l'épidémie et les poils, sur les limites de la vie, comme eux ils devaient être beaucoup plus un organe de protection inerte qu'un organe actif. Aussi ne semblent-ils destinés qu'à fournir à la pulpe des doigts et des orteils un soutien qui permette à l'une de se livrer plus complètement à ses opérations tactiles, à l'autre de mieux coopérer à la marche. Ils aident aussi les doigts à saisir et à fixer les objets minutieux qui échapperaient à la pulpe si elle en était dépouillée. Mais ils ne peuvent servir ni à saisir et à déchirer leur proie comme chez les animaux carnassiers, mammifères ou oiseaux ; ni à grimper et à se fixer contre les arbres comme chez les grimpeurs ; ni à fournir une chaussure qui enveloppe complètement les pieds comme chez les solipèdes ; parce que leur conformation , chez l'homme, diffère de celle qu'elle présente dans chaque classe d'animaux. Chez les uns comme chez les autres , elle est appropriée au genre de vie et aux habitudes de chacun.

4° Des dents.

De toutes les sécrétions, celle dont le produit acquiert plus de consistance et plus de solidité, est sans contredit la sécrétion des dents ; car ces petits

corps ossiformes sont tout à la fois le produit d'une sécrétion et la substance la plus dure et la plus compacte du corps humain. Voici comment s'opère leur formation dans le fœtus humain.

Du troisième au quatrième mois de la grossesse, à mesure que l'ossification se développe, les deux os maxillaires supérieurs et le maxillaire inférieur se creusent dans leur épaisseur, du coté du bord alvéolaire, de plusieurs petites cavités rangées dans l'ordre que doivent suivre les dents, et qui ne paraissent remplies d'abord que d'une matière gélatineuse, presque informe. Mais bientôt on y distingue une membrane qui en tapisse tout Fintérieur jusque vers le côté qui correspond au corps de l'os. Là elle se réfléchit sur elle-même, de manière à former une double cavité en dedans de la plus grande. Cette disposition peut être comparée assez grossièrement à celle d'un de ces bonnets de nuit en coton, qui, lorsqu'ils sont appliqués sur la tête , représentent une cavité intérieure dans laquelle est logée cette partie, et une cavité extérieure sans ouverture et formée par le doublement du bonnet, dont les parois sont ainsi appliquées les unes contre les autres. C'est par l'orifice de la cavité intérieure que pénètrent le nerf et les vaisseaux qui vont se distribuer à la portion de membrane qui la forme, et qui, plus tard, se trouveront renfermés dans l'intérieur de la dent et en constitueront les vaisseaux et nerfs. Ces deux cavités ne sont d'abord remplies que d'un mucilage glutineux et épais, qui ne paraît être que de la gélatine : pulpe interne de Hunter , bulbe sécréteur de Cuvier, ou organon adamantines de Purkinje. Vers le cinquième mois, il se forme au sommet de la membrane interne et en dehors d'une membrane appelée préformatrice , des filaments blanchâtres qui augmentent et se réunissent en une concrétion dure et blanche, aiguë ou conique pour les dents incisives, et laniaires et à plusieurs saillies ou petits cônes, pour les dents molaires, dont il ne paraît encore que les deux premières de chaque côté et à chaque mâchoire. Cette première partie de la dent est, selon nous , le commencement de l'émail , parce que nous l'avons toujours reconnu tel dans les fœtus que nous avons eu occasion d'ouvrir. Cette disposition ne parait pas être la même dans les animaux : car le célèbre Cuvier dit que c'est la couronne et le corps de l'ivoire qui se forment les premiers , et que l'émail y est ensuite déposé. Cette première partie de l'émail est libre et flottante dans la substance gélatineuse, et cependant elle s'est formée dans le point précis où elle doit, en grandissant, se faire jour à travers l'alvéole. Peu à peu de nouvelles couches s'ajoutent à ce premier noyau et en dedans de la membrane pré formatrice, et toujours en donnant à chacun la forme de la dent qu'il est appelé à former. Lorsque l'émail est arrivé à son point de développement, la cavité du cône qu'il représente se remplit progressivement, et couche par couche , de la substance éburnée qui doit former le corps ou le fût de la dent. C'est toujours par superposition que se fait l'accroissement en s'étendant vers la racine et tout autour de la plicature interne de la membrane, de façon que cette partie de la dent conserve une cavité qui loge cette membrane et qui ne s'efface

jamais. C'est à peu près à ce point de développement que les dents sont arrivées à l'époque de la naissance. Alors la cavité alvéolaire étant remplie, de nouvelles couches osseuses s'ajoutent au corps de la dent , toujours vers le point où la membrane se replie. Hunter a prouvé cette addition successive en faisant prendre de la garance, et en en suspendant alternativement l'usage, à différents animaux, pendant la dentition ; il a vu des stratifications alternativement rouges et blanches dans le corps de la dent, mais jamais dans l'émail. Ces additions successives font grandir la dent et en poussent l'émail contre la cloison qui ferme l'alvéole vers le bord libre des mâchoires. Cette cloison osseuse se laisse percer, ainsi que la membrane dentaire extérieure, moins par les efforts de la dent que parce que cela doit être ainsi ; alors l'émail , placé dans l'épaisseur de la gencive , la soulève et s'y dessine extérieurement, et la dent, croissant toujours par le même mécanisme , la pousse vers le bord libre, qu'il finit par ouvrir en passant peu à peu au dehors. C'est là ce qui constitue la dentition. Les racines de la substance dentaire sont d'abord minces, à large ouverture. Peu à peu les dépôts de la matière dentaire leur font acquérir plus d'épaisseur en diminuant d'autant celle du germe, jusqu'à ce qu'il ne* reste plus qu'une ouverture et un canal pour conduire les vaisseaux et les nerfs jusqu'au reste du germe contenu dans la couronne.

L'éruption des dents, ou leur apparition au dehors de la gencive, commence ordinairement au septième mois, quelquefois un peu plus tôt , mais souvent plus tard. Ainsi que les auteurs, nous avons vu des enfants apporter en naissant plusieurs dents incisives, et nous en avons vu un bien plus grand nombre n'avoir pas encore une dent à trois ans. Nous n'avons pas remarqué dans les premiers que cette éruption hâtive fût un signe de force ; mais, dans les seconds, un retard aussi prolongé indiquait toujours une disposition rachitique ou scrophuleuse. Ce sont les deux dents incisives mitoyennes qui paraissent les premières le plus souvent à la mâchoire inférieure , puis les deux latérales ; quelques mois après, ce sont tantôt les canines, tantôt les premières petites molaires. Les secondes petites molaires viennent vers les trois ans 5 elles sont suivies à quatre ans par la première grosse molaire qui doit rester toujours. L'enfant compte alors vingt-quatre dents et termine ainsi la première dentition , ainsi appelée , parce que toutes les dents qui lui ont poussé sont destinées, à l'exception delà première grosse molaire, à être remplacées après la septième année. Les petites mâchoires des enfants ne pouvaient admettre que de petites dents, qui d'ailleurs se trouvaient en rapport avec leur régime ; mais à mesure qu'avec l'âge les mâchoires ont pris plus de développement, les petites dents n'ayant pas suivi cet accroissement, ne sont plus en rapport avec la disposition organique de l'appareil ni avec les besoins du sujet : Comme elles ne sont pas susceptibles de grandir, il faut qu'elles soient remplacées par d'autres dents plus volumineuses et plus fortes. Elles s'ébranlent peu à peu, deviennent vacillantes et tombent à peu près dans le même ordre qu'elles ont paru, pour faire place à celles qui leur suecèdent. t. i. 19

i2i)0 FONCTIONS GANGLIONNAIRES.

Pour la formation de ces dernières dents , il s'est creusé dans le corps de la mâchoire, au-dessous, en dedans et en dehors de l'alvéole première, et quelquefois entre les racines des premières dents, une loge qui communique avec la première au moyen d'un petit orifice décrit par Fallope et Sœmmering. Une membrane semblable à celle de la première alvéole s'y développe. Les sécrétions gélatineuse et calcaire s'y opèrent de la même manière. Le premier noyau se forme par l'émail ou par la partie de l'ivoire qui doit lui servir de soutien, et il grandit à mesure par l'addition successive de nouvelles couches de phosphate calcaire. La dent ainsi formée s'avance vers sa correspondante. Leur rencontre ne se fait jamais en ligne directe, toujours la seconde dent est placée en arrièrre ou en dedans de la racine de la première dent. Elle détruit la cloison qui l'en sépare et use peu à peu la racine de la dent temporaire , en procédant d'arrière en avant pour les antérieures, et de dedans en dehors pour les latérales jusqu'à ce que, ne tenant plus qu'aux parties molles, la dent se détache au moindre effort. L'émail de la seconde dent , toujours poussé, se trouve dans l'épaisseur de la gencive, qu'il ouvre bientôt à son bord libre, et la dent s'allonge jusqu'à ce qu'elle ait atteint sa grandeur naturelle. Nous ferons observer que le travail de formation de ces secondes dents se fait beaucoup plus lentement que celui des dents du fœtus.

Après ce renouvellement des dents, que les auteurs ont désigné sous le nom de seconde dentition , ou vers la neuvième année, il sort une nouvelle molaire. Elle complète la dentition. L'enfant alors a vingt-huit dents. Cependant , vers la vingtième année, quelquefois plus tôt, souvent beaucoup plus tard, il pousse encore une molaire, à laquelle son éruption tardive a fait donner le nom de dent de sagesse. La dentition est définitivement terminée, parce que, dans l'ordre naturel, l'homme n'a jamais plus de trente-deux dents. Cependant on a vu quelquefois des variations assez singulières à ce sujet ; on cite des exemples d'une troisième dentition qui, à un âge avancé, est venue remplacer par des dents nouvelles les dents de la seconde dentition. J'ai démontré par des faits que cette troisième dentition n'avait jamais lieu. Joubert, Sennert et tous les auteurs qui ont cru la remarquer , se sont trompés, et ceux, en plus grand nombre , qui ont cru en voir de partielles, s'en sont laissé imposer par l'apparition d'une racine qui était restée cachée sous la gencive après la rupture du corps de la dent. M. Pichot, en examinant mieux le fait qu'il avait rapporté, a reconnu la vérité de ce que j'avance, et, dans le fait cité par Blandin d'une dent trouvée sous une autre dent, c'était la dent de seconde dentition, la première dent n'était pas tombée.

On a aussi rencontré bien des fois des dents surnuméraires à côté des dents naturelles, ou à des distances plus ou moins considérables.

Les dents de la première dentition ont leur artère particulière. Les dents de la seconde dentition ont aussi la leur. L'artère des premières dents s'atrophie et disparaît lorsque celles-ci ont disparu. L'artère des secondes dents reste toujours.

La dentition terminée, ces petites concrétions osseuses, exposées à des frottements perpétuels cl violents, s'usent constamment. Cette usure aurait bien tôt fait disparaître l.i partie saillante de la dent, si, par une admirable précaution de la nature, l'alvéole n'eût pas été ehargée d'en pousser la racine en se resserrant sur elle, de manière à entretenir un niveau régulier. La dent perd donc chaque jour de son émail ; chaque jour aussi sa racine est moins enfoncée, parce que de nouvelles concrétions ne sont plus 'ajoutées aux anciennes, excepté chez les animaux herbivores. Il en résulte que chezdes vieillards, les dents sont ordinairement réduites au collet et à la racine, qui s'élèvent désagréablement des gencives, et qu'étant peu solides, elles tombent facilement.

Nous ferons observer que l'éruption des dents , quoiqu'elle soit une opéralion toute naturelle , n'en occasionne pas moins très-souvent dans les gencives une irritation vive qui les fait gonfler et enflammer , et qui devient une cause fréquente de convulsions et d'bydrocépbalite.

La dent n'est-clle qu'une concrétion purement inorganique et déposée par sécrétion, ou bien possède-t-cllc un mode particulier d'organisation , et jouitelle d'un certain degré de la vie ? Car nous ne croyons pas devoir parler de l'opinion du physicien Magellan, qui les regarde comme des polypiers croissant par la construction successive de nouvelles cellules pour loger les nouveaux animalcules. Quoique la matière de la dent soit le produit d'une sécrétion et qu'elle se concrète réellement , cependant elle ne ressemble point aux concrétions inorganiques ou salines. Elle se fait par un travail de la membrane qui la dépose successivement et dans un ordre déterminé , non point dans un liquide inorganique, mais dans une substance gélatineuse organisée, qui est la trame et le parenchyme de la dent, et qui lui conserve une véritable organisation , ainsi que tous les anatomistes ont pu s'en assurer, et que le docteur Giovanni Gorgone, de Palerme , vient encore de le démontrer. Cuvicr, Purkinjc, Retzius, Duvernoy , Frœnkel, Dujardin, Muller ont admis et constaté cette organisation. Il paraît que la pulpe joue le plus grand rôle dans cette apparence d'organisation 5 car on ne peut la séparer du tissu de la dent sans causer sa déchirure. Malgré toutes les analogies , on ne peut pas confondre le tissu delà dent avec le tissu osseux. Owen, Duvernoy, Schwann en ont démontré avec clarté les points de différence i surtout pour l'émail, pendant qu'ils ont cru trouver plus d'analogie dans le cément. Il entre par conséquent dans leur composition des vaisseaux et des nerfs cérébraux ganglionnaires. D'une part, l'anatomie a suivi les filets nerveux cérébraux et les capillaires sanguins, et, avec eux, les filets ganglionnaires , jusque dans l'intérieur de la cavité dentaire dans laquelle elle les a vus pénétrer; d'autre part, la dent donne des signes d'une sensation exquise , lorsqu'elle y est développée par l'action de certains acides ou de la carie, ou de quelque odontalgie spéciale qui n'affecte même quelquefois qu'un point déterminé et bien limité de la dent. Serait-il vrai que la carie de la dent ne serait qu'une décomposition inorganique du tissu de la dent, ainsi que le prétendent Linderer et Muller, qui disent avoir vu de semblables caries sur des dents implan-

tées? La carie elle-même est un travail organique d'ulcération. Malgré ces rudiments d'action vitale, les dents restent insensibles à l'action de la scie et à leur fracture, et il ne s'y opère plus de nutrition, plus d'absorption , plus de régénération. Une fois qu'elles sont formées, elles le sont pour toujours, et elles n'éprouvent d'autres changements que ceux de l'usure, de la fracture et de la carie. Si chez les jeunes animaux auxquels on a fait manger de la garance pendant quelque temps, on a trouvé dans les deiits des couches alternativement blanches et rouges, il faut faire attention, avant d'en tirer aucune conséquence, que ce phénomène n'a lieu que chez des animaux dont les dents croissent encore et se forment par des couches successives.

Usages.

Quoique les usages des dents soient bien connus, il est indispensable de les indiquer. 4° Elles servent à la mastication : c'est leur fonction première et essentielle. Elles se présentent sous trois formes distinctes qui semblent les destiner à des emplois différents. Ainsi les incisives sont spécialement destinées à couper, les laniaires à déchirer, et les molaires ou mâchelières à broyer ou mâcher. C'est même dans ces usages qu'on a cherché leurs dénominations. Leur disposition respective est telle, qu'elles se rencontrent comme elles le doivent pour ce triple usage. 2° Eiles concourent beaucoup à la prononciation en rendant la cavité buccale plus spacieuse et en y retenant l'air tout vibrant de son. On sait combien la prononciation est pénible et désagréable chez les personnes à qui il manque des dents , surtout celles de devant. 3° Un usage qui n'est pas à dédaigner, c'est de conserver toute leur régularité aux traits de la face et de la bouche.

Le cristallin possède les caractères des tissus stratifiés ou sécrétions solides. Il n'a ni vaisseaux ni nerfs. Il est composé de couches superposées et de trois plans de fibres. Il se rapproche jusqu'à un certain point des os, en ce qu'il est renfermé dans une poche comparable au périoste et pourvue de vaisseaux, en ce que sa substance se renouvelle. Il est transparent. Les couches dont il est composé sont concentriques, plus denses au centre qu'à la périphérie , et plus apparentes lorsque le corps a perdu sa transparence par l'ébullitionou par quelque maladie. Il n'adhère point à sa capsule, qui le chasse lorsqu'elle est ouverte. C'est une albumine modifiée. Est-il complètement inorganique? Burdachet beaucoup d'autres auteurs l'ont pensé. Cependant sa substance acquiert de l'opacité dans la cataracte. Quelquefois cette opacité s'arrête et rétrograde même sous l'influence d'un traitement méthodique. L'opacité alors aurait-elle commencé par l'humeur de Morgagni et se seraitelle incorporée dans le cristallin par imbibition ? Nous nous abstenons de prononcer, quoiqu'il nous ait paru qu'alors il s'opérait dans la trame de ce tissu un travail indépendant de la simple imbibition.

On trouve chez les animaux plusieurs sécrétions solides étrangères à l'hom-

me : tels sont les tests ou coquillages, les écailles et certaines ossifications. Comme les précédentes , elles empruntent aux fluides les matériaux qui les constituent, et l'organe qui les sécrète leur donne à la fois l'organisation des corps inertes et la forme et la disposition physiques accommodées aux fonctions passives qu'ils sont appelés à remplir.

Nous avons négligé de parler de quelques produits particuliers qu'on rencontre dans l'économie et qui sont pourtant le résultat d'une sécrétion. Telles sont les matières colorantes de plusieurs tissus et surtout de la peau et de la choroïde. Leur formation a lieu par voie de sécrétion , comme tous les autres produits. Ainsi, à la peau, le pigment est sécrété par un tissu parenchymato-glanduleux , formé d'une substance propre , dans laquelle pénètrent des vaisseaux capillaires et veineux destinés à y apporter le sang nécessaire à la sécrétion, et d'où sortent des canaux sécréteurs. Ceux-ci versent les granulations du pigment ou la substance colorante, à coté des conduits blennophores , au mucus desquels elle se mêle de suite pour donner à la matière cornée, surtout à sa partie écailleuse, la couleur qu'elle doit conserver toujours. Dans les écailles des poissons et dans les pétales des fleurs , chaque granulation semble renfermée dans un utricule et incrustée par juxtaposition, de manière à former une sorte de mosaïque qui étale les riches couleurs que nous admirons. En est-il de même chez l'homme? L'observation microscopique n'a rien révélé de semblable. Elles ne présentent de différence que dans leur destination. Une fois formées et déposées, elles restent sans altération dans ce point. Il n'y a ni absorption ni renouvellement. Le tatouage nous semble en donner une preuve convaincante : une fois qu'une matière colorante a été déposée dans le tissu, elle est à peu près immuable et indélébile.

On trouve dans quelques animaux des sécrétions qui sont étrangères à l'homme. Quoiqu'il ne soit pas de notre sujet de nous en occuper ici, nous croyons cependant devoir avertir que la fonction est toujours la même, quel que soit le produit. Les huiles , les matières odorantes et colorantes , les fluides textiles , les poisons, les gaz eux-mêmes , tous ces principes sont sécrétés de la même manière et reconnaissent ces mêmes lois. La production de l'électricité et de la lumière, dans certains animaux, est encore soumise à ces lois. Les journaux anglais ont publié, en 4844, un exemple curieux de phosphorescence chez un homme de 43 ans, qui était atteint de psoryasis, et gros mangeur de graisse, d'huile et de citron. Un jour qu'il avait mangé avec excès, son corps fut couvert d'une lueur phosphorique qui dura plusieurs jours, et qui se communiquait aux linges et aux autres corps qui le touchaient. Ce phénomène se reproduisait après les excès de corps gras assaisonnés de citron. On a vu aussi les urines, la sueur présenter la phosphorescence. Ces faits n'ont jamais été la conséquence de l'absorption du phosphore. Les explications chimiques qu'en ont voulu donner Jurine, Guyton-Morveau, Dressen, Esser, Kastner, Henckel, Hermbstœdt, etc., nous paraissent insuffisantes. Elles ont même paru telles à M. Matteucci , qui les place sous

l'influence nerveuse. Ce sont des organes spéciaux qui sécrètent, les uns une matière électrique, les autres une substance phosphorescente et lumineuse.

Usages des sécrétions.

Chacune en particulier joue le rôle important que nous lui avons assigné : mais elles n'ont point un but commun , une action identique : chacune agil dans sa sphère et selon sa destination. Toutes, il est vrai, puisent leurs matériaux dans le sang artériel \ mais leurs produits ne tendent pas au même but. Les uns sont rejetés au dehors comme inutiles ou même nuisibles ; les autres sont employés à de nouvelles fonctions. Les premiers emportent avec eux les matériaux du sang, qui, ayant déjà servi dans l'économie, ne peuvent plus y séjourner sans causer quelque dommage : telles sont l'urine, la sueur. Les seconds puisent dans le sang des matériaux qu'ils transforment ou modifient pour les faire concourir à des actes nouveaux : tels sont la salive, le suc pancréatique, la bile, les sucs gastrique et intestinal, le sperme, etc. Ainsi, il y a des sécrétions excrémentitielles et des sécrétions récrémentitielles. Cette double destination doit faire présumer que les matériaux que fournit le sang, ne sont pas les mêmes. Les matériaux excrémentitiels qui ont déjà servi, ne peuvent plus retourner aux organes sans danger. Les matériaux des sécrétions récrémentitielles doivent être vierges : introduits par l'absorption de la digestion, ils n'ont pas encore servi, et ils doivent fournir leur carrière. Cela doit être ainsi ; les physiologistes l'admettent. L'urine doit purifier le sang de ses molécules usées ; mais rien ne le prouve. Le sang qui arrive au rein est le même que celui qui arrive au pancréas ou au testicule. Celui qui en sort est le même aussi. La chimie n'a pas encore pu approfondir ce mystère, soulever le voile qui le couvre. Quoi qu'il en soit de cette obscurité , l'importance des sécrétions n'en est pas moins démontrée, soit qu'on les regarde comme éliminatrices de principes usés, soit qu'on les regarde comme créatrices de produits qui doivent jouer leur rôle, soit enfin qu'elles fournissent une matière onctueuse qui favorise le glissement de certains organes dans l'exécution de leurs fonctions. Sans les sucs digestifs, la digestion ne s'opérerait plus , l'individu périrait. Sans la sécrétion spermatique, la conception n'aurait pas lieu , et l'espèce disparaîtrait. Peut-on avoir des prérogatives plus grandes? Peut-on jouer un rôle à la fois plus varié et plus utile ?

Les évacuations sont dans un rapport harmonique perpétuel avec les absorptions. Toujours les excréta répondent aux ingesta. Bien plus, les excrétions s'harmonisent aussi entre elles : si elles diminuent d'un côté, elles augmentent de l'autre. Les urines et la sueur se balancent ainsi pour entretenir l'équilibre. Il peut être complet sous le rapport du liquide évacué. Mais pourra-t-on l'admettre d'une manière absolue, lorsqu'on voit que les liquides qui se suppléent, ne se ressemblent pas sous le rapport de la qualité? La

sueur, par exemple, ne eontient pas l'urée , et l'urine ne contient pas la matière grasse. Chaque dépurateur doit donc entraîner des principes qui lui sont particuliers. Disons-le, cependant, notre corps admet plus de matériaux qu'il n'en faut pour son entretien ; ainsi, dans l'appareil digestif, une portion seulement des aliments est absorbée, et l'autre est rejetée ; dans les organes épurateurs, une grande quantité de principes absorbés est éliminée comme superflue et gênante.

Plus loin, nous verrons l'influence que les sécrétions reçoivent de l'âge, du sexe, du tempérament, etc. ; nous verrons aussi qu'il en est qui ne sont que temporaires, comme les sécrétions de l'appareil de la génération, tandis que d'autres sont perpétuelles et durent toute la vie.

En terminant cette première partie de la physiologie , nous nous plaisons à croire que le lecteur aura trouvé, dans notre distribution, un enchaînement méthodique qui lui aura favorisé l'étude des fonctions, en les faisant succéder l'une à l'autre comme une conséquence indispensable. Ainsi présentée, cette classe pourrait, jusqu'à un certain point, être envisagée comme une fonction unique, à laquelle coopéreraient plusieurs actes distincts, puisque nous avons suivi les molécules nutritives depuis le moment de leur introduction dans l'économie, jusqu'à leur expulsion.

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