ARTICLE PREMIER. — DE L INNERVATION CEREBRALE
Partout où les nerfs cérébraux vont se distribuer, ils portent une influence qui détermine des actes spéciaux. Un corps se met en contact avec le mien, je distingue non seulement la nature de l'impression, mais je reconnais l'endroit précis où le contact s'effectue. De même , lorsque je fais mouvoir un membre , j'ai toujours la conscience du membre qui se meut. Cette faculté de percevoir et la sensation et le mouvement , n'est point dans les membres, elle est dans le cerveau. Elle s'établit par les cordons nerveux, puisque la section de ces cordons intercepte toute espèce de perception. Avec la communication, cesse l'exercice du mouvement et du sentiment. Mille faits pathologiques, et les expériences de Kaau Boerhaave, de Haller, de Zimmermann, de Wolstoff, de Caldani , de Vicq-d'Azyr, de Bichat , de Longet, etc., le prouvent d'une manière convaincante. Les lésions pathologiques , accidentelles et expérimentales de la moelle épinière donnent les mêmes résultats, ainsi que l'attestent Zimmermann, Fontana, Zinn, Leveling, Lorry, Arnemann, Cruikshank, Olivier d'Angers, et tous les expérimentateurs modernes , ainsi que nous avons eu nous-même mainte et mainte ibis occasion de le constater.
Comme les nerfs se distribuent partout, il n'est aucune partie qui ne reçoive cette influence. Piquez, déchirez, cautérisez un tissu quelconque, vous y produisez de la douleur, vous y causez une sensation qui est perçue. Par suite de cette sensation ou de toute autre cause, vous faites exécuter des mouvements à certains organes , soit pour changer de place , soit pour éloigner ou pour rapprocher les objets qui vous plaisent ou qui vous déplaisent. Voilà deux actes bien différents , et qui , cependant, procèdent du même organe, de l'organe encéphalo-rachidien L'un de ces actes est d'abon passif, c'est une impression reçue. L'autre est toujours actif, c'est une impulsion communiquée. Le cerveau reçoit et envoie. Les preuves de cette double action sont établies d'une manière irrécusable : coupez le nerf que vous irritez ou qui se distribue à la partie que vous irritez , il n'y a plus de sensation perçue ; la partie qui est au-delà de la section ne communique plus avec le cerveau, elle ne lui transmet plus les impressions qu'elle reçoit elle est alors une partie isolée. Voilà pourquoi on fait la section du nerf dans les névralgies. Coupez le nerf qui se rend à un muscle, vous ne pouve> plus le faire contracter, il n'exécute plus les mouvements que vous lui faisiez exécuter auparavant. Voilà deux faits bien prouvés : les nerfs apportent au cerveau les impressions qu'ils reçoivent \ les nerfs portent du cerveau aux muscles les impulsions de leur contraction. C'est par eux que nous sentons que nous éprouvons du plaisir et de la douleur ; c'est par eux que pous re
cherchons les choses qui nous sont bonnes, et que nous fuyons ou éloignons telles qui nous sont mauvaises. Il y a donc deux ordres bien distincts (1 Snnervation : l'un est relatif à la sensation-, l'autre est relatif à la contraction ou myotilité. De là deux objets d'étude bien différents, et qu'il est essentiel d'examiner séparément.
1° De la sensibilité et de la sensation.
Déjà nous savons qu'une impression faite par un stimulant quelconque sur un nerf spinal ou cérébral, est transmise à l'encéphale, et que celui-ci la transforme en sensation. L,a sensation n'est donc que la connaissance d'un certain état de notre être produit par l'influence de causes internes ou externes sur un nerf ; et c'est en vertu de cette sensation que l'intelligence se détermine au mouvement. Il semble dès lors qu'une chose aussi simple ne devrait pas susciter de difficulté : néanmoins, dans le dernier siècle surtout, cet acte a soulevé les controverses les plus ardentes entre les hommes du plus grand mérite. Cela vient de ce qu'on n'avait pas assez bien compris les différentes sensations et leurs modes nombreux , et de ce qu'on n'avait pas posé entre elles des limites franches et bien déterminées. Comment, en effet, aurait-on pu s'entendre, lorsqu'on faisait de la sensibilité un apanage de nos tissus, une faculté de la vie ? Tout alors devenait vague , tout favorisait les interprétations les plus disparates , à cause des modifications nombreuses de la sensibilité. Aussi, les travaux de Haller, de Gastel, deHousset, de Bordeu, de Desèze, d'Hoffmann, de Prost, d'Hedelhofer, etc., tout en enrichissant la science de recherches importantes, n'ont pas pu répandre sur cette question la clarté qu'on avait lieu d'en attendre. L'embarras de Haller fut même si grand, que, dans un passage, il avoue ne se refuser à admettre un sentiment insensible et des actes de volonté involontaires, que parce que la chose lui paraît contradictoire. Bichat, le premier, y jeta la clarté la plus vive : il débrouilla ce chaos en y portant le flambeau de l'analyse physiologique la plus sévère. Il n'eut que le tort de faire de la sensibilité une propriété des deux vies, au lieu d'en faire une fonction des deux ordres de nerfs. A lui donc appartient la découverte de la vérité ; car, depuis lui, peu de choses ont été ajoutées à ce qu'il avait fait. Disons-le même, ce qu'on a voulu corriger a plusieurs fois replongé le sujet dans les ténèbres : témoin Broussais encore , qui veut que la sensibilité soit « un des résultats de l'exercice de nos fonctions, résultat immatériel et incompréhensible qui correspond toujours à une exaltation de la contractilité , mais qui n'en est pas inséparable. » Il la regarde comme un état violent qui coûte à la nature ; il la fait. ensuite tout intellectuelle. Cependant, personne n'a fait de plus grands efforts pour bien déterminer ses variations, leurs causes et leurs différences ; malheureusement il a appelé à son aide les substances blanche et grise du cerveau, le trisplanclinique, l'instinct, etc. lira jusqu'à admettre la création accidentelle d'un
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tissu vasculo-nerveux pour expliquer les sensations qui se développent accidentellement 5 son embarras va toujours croissant, et prouve les difficultés dont se trouve hérissée l'étude de cette fonction. Aussi, il finit par dire qu'il faudrait réserver le mot de sensibilité à la sensation perçue , et celui de contractilité aux mouvements de la matière organisée , de la fibre sensible. Témoin encore M. Bazin , qui suppose l'adjonction des filets nerveux ganglionnaires aux nerfs cérébraux , pour porter leur impression à l'appareil cérébro-spinal ; et il explique ainsi certains phénomènes cérébro-ganglionnaires. Témoin enfin la création moderne de ces fibres végétatives dans les cordons nerveux cérébraux , pour expliquer l'influence de ces nerfs sur des actes qui ne sont pas de leur compétence. Pour éviter la confusion, pour se tenir dans le chemin du vrai , il faut donc reconnaître deux sortes de sensibilité : la sensibilité organique , qui est la fonction du système nerveux ganglionnaire,- et la sensibilité cérébrale, qui s'exerce exclusivement par le moyen des nerfs cérébraux. Les dénominations adoptées par Chiaverini n'y changent rien. Il appelle sensitivité la sensation cérébrale, et sensualité la sensation trisplanchnique. Nous avons déjà vu ce qu'était la sensibilité organique ou ganglionnaire , il ne nous reste qu'à étudier la sensibilité cérébrale.
De même que la sensibilité ganglionnaire , la sensibilité cérébrale est une fonction , un acte , puisqu'elle ne s'exécute qu'en vertu de l'action des nerfs cérébraux et rachidiens. Dès lors on ne devrait plus y voir une propriété, on ne devrait plus dire sensibilité, on ne devrait plus s'occuper de cet acte que comme on s'occupe d'une autre fonction; on ne devrait plus l'appeler que sen sation , de la même manière qu'on ne dit point digestibilité pour exprimer li faculté de digérer, mais digestion pour désigner la fonction , ainsi que nous l'avons dit plus haut. Cependant la comparaison n'est pas tout-à-fait exacte, et nous concevons la possibilité d'admettre dans les nerfs deux états , plus distincts qu'on ne peut le faire dans l'appareil digestif ou dans tout autre appareil fonctionnel. Dans les nerfs la fonction n'est plus la même que dans les autres organes ; on ne peut pas les supposer séparés : leur action est indispensable , sans elle point de fonction , pas même possibilité de supposer un acte. Dans les nerfs , au contraire , tout est passif , leur action est soumise à tout ce qui peut agir sur les nerfs , ils ne font que recevoir , leur action ne commence qu'alors. On peut donc supposer les nerfs comme toujours aptes à fonctionner, comme toujours aptes à recevoir les impressions , à les sentir. On peut donner à cette disposition le nom de sensibilité : nous ne nous élevons point contre cette manière de voir, nous l'adoptons. Mais comme c'est multiplier les divisions sans nécesssité , et qu'il ne nous est guère possible de poser des limites bien tranchées entre l'aptitude et l'action , de comprendre même l'aptitude sans l'action , nous ne les séparerons point , et pour nous la sensibilité sera l'action nerveuse ou la sensation. Dès lors cette distinction devenant une sorte de jeu de mots , il nous arrivera souvent d'employer indistinctement l'une ou l'autre de ces expressions , lorsque surtout il ne s'a-
gira que de la faculté non agissante. Il n'est donc pas étonnant que les physiologistes se soient si peu entendus , puisque , d'une part , ils ne distinguaient pas la sensation ganglionnaire de la sensation cérébrale, et que, d'autre part, la sensibilité n'était qu'une propriété inhérente aux tissus. Ce qui n'a pu moins faire que d'engendrer ces disputes interminables sur les parties sensibles et non sensibles et sur les parties irritables. Comment aurait-on pu s'entendre puisque tout était confondu? comment aurait-on pu se reconnaître puisqu'on ne connaissait pas même les mille modifications de la sensation cérébrale? Ainsi , bien que l'aptitude existe dans le nerf, nous ne la séparons pas de l'action , et la sensibilité n'est pour nous que la sensation.
On a beaucoup cherché quels étaient les tissus sensibles et irritables. Haller s'est distingué parles expériences nombreuses qu'il a faites. S'il n'a pas réussi à fixer la science sur ce point , c'est parce que le sujet était nouveau , c'est parce que les deux sensations cérébrale et ganglionnaire n'étaient pas encore déterminées , c'est parce que surtout il n'a pas su apprécier les différentes modifications de la sensibilité. Il ne s'est pas assez rendu compte de cette sensation qui se développe sous l'action d'un agent seulement , et qui reste muette sous l'action de tout autre agent , ainsi que Dumas surtout l'a fait ressortir. De là les efforts inouïs qui ont été faits pour classer les tissus selon qu'ils étaient sensibles ou insensibles -, de là ces disputes et ces démentis qui semblaient plonger la science dans le chaos d'où on croyait la tirer. Cependant, de tant de faits, en apparence contradictoires , il jaillissait chaque jour une vérité , chaque jour on s'apercevait que la sensation n'était pas mise en jeu par le même stimulant , et l'on arrivait ainsi à reconnaître plusieurs sensations , ou plutôt plusieurs modes de sensations. Bordeu, Lecat et Vicqd'Azyr firent beaucoup , mais il était réservé à Bichat de porter la lumière dans ce ténébreux dédale. Il a saisi le fil de ce labyrinthe , et, en établissant deux sortes de sensibilités , il a purgé la science de ce fatras de controverses dont elle était obscurcie , et dans lequel semblent vouloir la replonger quelques physiologistes du plus grand mérite , parce qu'ils s'obstinent à ne pas vouloir reconnaître l'action spéciale de chaque système nerveux. Le vague renaît sous leurs plumes ; l'incohérence , les contradictions et l'obscurité la plus profonde ternissent les grandes vérités qu'ils nous révèlent, et reculent les progrès d'un point scientifique mal compris. Ce débat est terminé pour nous. Les deux sensations ganglionnaire et cérébrale ne laissent pas de doute. Nous ne devons plus nous occuper que de la dernière.
Les nerfs cérébraux se distribuent à toutes les parties. Toutes , par conséquent, jouissent de la sensation cérébrale ou perçue. Voilà un axiome positif, et contre lequel s'élèvent cependant quelques voix imposantes. Pourquoi cela ? parce qu'on ne les voit pas répondre également aux incitateurs physiques. Pour bien comprendre cela , il faut savoir que les nerfs cérébraux , bien qu'émanés du même organe , du cerveau , ne sont pas sensibles , non pas seulement au même degré, mais encore de la même manière. En effet, nous voyons quelques-uns de ces nerfs répondre avec promptitude à certains agents , et
rester insensibles à d'autres agents, qui sont très-bien sentis par d'autres nerfs. Ainsi nous voyons la lumière impressionner le nerf optique et ne point agir sur les autres, nerfs , le son n'être entendu que par le seul nerf acoustique , les odeurs ne se faire sentir que par les nerfs olfactifs, les saveurs n'être perçues que par les nerfs gustatifs ; pendant que ces nerfs sont insensibles aux autres agents physiques, tels que le tiraillement, le pincement, la pi qûre, l'action des caustiques. Telle est la source d'une grande division sur laquelle a été basée la distinction des sensations spéciales ou des sens, et de la sensibilité ou sensation générale. Pour le moment, nous ne devons nous occuper que de celle-ci. Personne n'a mieux peint que Virey , dans son style poétique, les variations de la sensibilité et ses effets puissants. « La sensibilité, dit-il , n'est point la vie, mais elle en accélère ou calme les ondulations : tantôt superficielle ou concentrée , tantôt expansive ou languissante , c'est le délice, c'est le supplice de notre courte existence. Funeste à l'infortuné, présent fatal même au riche..., elle est le don le plusprécieux et sans lequel on n'éprouverait ni les enchantements du génie et de la vertu , ni la félicité suprême dans ses éclairs sur cette terre. Sans cette sensibilité intime , profonde , point d'imagination , point d'essor de hautes pensées ni d'actions éclatantes, ^>oint de savoir immense dans le vaste univers. »
Par sensibilité ou sensation générale , nous entendons ce mode de sensation qui nous instruit des qualités générales des corps , et non celui qui est affecté seulement à l'action d'un agent spécial et unique , comme la lumière ou le son.
Cette sensation est répartie à l'extérieur et à l'intérieur. Si quelque tissu paraît insensible , le sentiment aigu de la douleur, qui n'en épargne aucun , bien mieux que l'œil de l'anatomiste et que son scalpel, vient y révéler que le droit de sentir est commun à toutes les parties. Il n'y a pas , comme on le dit , transformation d'une sensation vitale ou organique en une sensation perçue j seulement les nerfs cérébraux de la partie ont trouvé leur agent incitateur. C'est par la sensation que les êtres organisés se distinguent des êtres bruts. Elle est d'autant plus développée qu'ils occupent un rang plus élevé dans l'échelle de l'organisation , et lorsqu'ils sont au sommet , elle déploie toutes ses richesses et leur donne toute la perfection à laquelle ils puissent prétendre.
Sensation extérieure.
A l'extérieur, elle constitue la sensation cutanée. Les téguments recouvrent le corps entier. Ils lui forment , d'une part, une barrière qui l'isole de tous, les autres corps, d'autre part, un instrument qui le met en relation avec le monde extérieur, en lui transmettant les impressions que font sur lui les êtres nombreux dont il est entouré. Aussi l'enveloppe cutanée est sensible partout , partout elle reçoit l'impression des corps ambiants , et elle la transmet au
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centre percevant. L'organe étant le même partout, Ja sensation devrait être la même : il n'en est rien cependant, autant de corps différents, autant de sensations différentes. Il fallait que cela fût ainsi à cause des différences du milieu dans lequel nous vivons , à cause du changement de climats , de saisons, à cause des habitudes et des besoins différents. Bien plus, le même corps produira des sensations différentes suivant certaines modifications qu'il éprouvera lui -même ; ainsi le même corps peut être chaud ou froid et à des degrés différents ; le même corps peut être solide , liquide ou gazeux , etc. Comme en acceptant toutes les sensations individuelles qui en résulteraient, on les multiplierait à l'infini , on les a réduites à un certain nombre de catégories; ainsi on a reconnu le chaud et le froid et une foule de nuances de température.
Les sensations ne diffèrent pas seulement relativement aux corps extérieurs qui les produisent, il y a des modifications qui dépendent de l'organe sentant, et qui font qu'il est plus sensible dans certains endroits et moins dans d'autres , qui font qu'il reçoit du même corps des impressions différentes dans des parties différentes. Ainsi le chatouillement, si vif aux lombes et à la plante des pieds, est inconnu au dos et au front ; ainsi la barbe d'une plume promenée sur la lèvre supérieure , y cause un chatouillement que n'éprouve pas la joue voisine. De Sèze a beaucoup insisté sur ces différences de la sensibilité. Elle n'est pas la même dans tous les organes, dit-il \ facile à exciter dans quelques organes , difficile dans d'autres , elle a , dans quelques cas , besoin d'un stimulant particulier. Ainsi l'émétique irrite l'estomac ; félaterium , la racine de la langue \ le nitre , les reins ; les cantharides, la vessie , etc. Elle n'est pas la même non plus dans les différents individus : ainsi le salicor nous tue et engraisse et fortifie les moutons -, l'arsenic, poison si violent pour l'homme, est donné impunément à un agneau.
Il l'a étudiée dans tous les tissus et tous les organes , et avec une foule d'agents modificateurs. Ces variétés de sensations ont porté quelques auteurs à admettre une différence de structure dans les nerfs , selon leur mode d'action. Cependant les pulpes nerveuses de la rétine, du nerf olfactif, des canaux demi-circulaires , ne présentent aucune différence physique : elles sont isomorphes et isomères ; et pourtant quels rapports y a-t-il entre voir, sentir et entendre. Il y a donc dans chaque nerf une modification vitale qui le destine à une fonction nerveuse que n'indique pas la texture anatomique. Cette destination de certains nerfs à un mode de sensation spéciale est rigoureuse ; et , malgré l'homogénéité et l'identité de structure , un nerf ne peut pas prendre la place d'un autre nerf pour en remplir les fonctions, la rétine pour entendre , l'acoustique pour voir, l'olfactif pour goûter. Il est donc faux que l'organe seul fasse la différence de la sensation , ainsi que l'ont pensé quelques physiologistes , tels que Castel, etc. Oui, sans doute, l'organe est disposé pour la sensation, pour en favoriser l'exécution , la précision, la finesse ; mais l'organe sans nerf spécial ne donnerait aucune sensation spéciale. Le degré de mollesse de la pulpe est-il en raison de l'action sensitive
du nerf? Castel et quelques autres l'ont prétendu, en s'appuyant sur la mollesse de la rétine et de l'olfactif, mais cette raison est bien futile.
Sous le rapport de l'intensité de la sensation , elle varie beaucoup aussi suivant les parties du corps où l'impression est reçue : une piqûre esta peine^ sentie au dos , tandis qu'au doigt elle causera la syncope ou des convulsions.'/ Dans l'étude de cette action tactile , nous faisons abstraction de la sensation cutanée comme sens du toucher, nous nous en occuperons au chapitre des sens.
Indépendamment des modifications que nous avons signalées et qui sont inhérentes à la fonction elle-même , combien d'autres modifications lui sont imposées par une foule de circonstances qui lui sont étrangères et qui la font varier : tels sont l'âge , le sexe, le tempérament , la constitution , le climat , la saison , le genre d'occupation , la nourriture et surtout l'état morbide! Tout le monde sait qu'elle est très-développée dans l'enfance , qu'elle s'émousse à mesure qu'on avance en âge pour s'éteindre presque chez le vieillard. Elle est bien plus vive chez la femme que chez l'homme , bien plus aussi dans les tempéraments nerveux et bilieux que dans le tempérament lymphatique. Elle est plus grande dans les pays chauds que dans les pays froids , où il faut , selon l'expression de Montesquieu , écorcher les gens pour les chatouiller. Elle est plus développée en été qu'en hiver, et lorsqu'on a chaud que lorsqu'on a froid. Presque nulle chez le manœuvre qui travaille péniblement exposé aux vicissitudes atmosphériques, elle est si exquise chez le citadin qui ne connaît ni la peine ni la rigueur des saisons. Elle est presque éteinte chez l'homme d'intelligence qui est enseveli dans les méditations les plus profondes , comme chez tout homme vivement occupé d'un objet unique, ou ravi en extase par la contemplation d'un bonheur mystique. Ainsi le chasseur qui court après sa proie se déchire la peau et ne s'en aperçoit pas ; ainsi Archimède fut tué au milieu de la solution d'un problême ; ainsi les martyrs et les illuminés supportent avec une sorte de volupté les douleurs les plus atroces. L'homme qui ne vit que d'aliments grossiers , qui ne boit que de l'eau , est bien moins sensible que celui qui se nourrit des mets les plus délicats et des boissons spiritueuses les plus agréables. L'état pathologique surtout fait varier à l'infini le mode et le degré de la sensation -, tantôt il l'exagère , tantôt il la diminue, tantôt il la modifie ou la pervertit. L'étude de ces variations infinies nous conduirait trop loin. Elle appartient d'ailleurs à une autre branche de la science, à la physiologie pathologique. Disons cependant que rien n'est variable comme les modifications de la sensibilité dans les grandes perturbations nerveuses. C'est là qu'on voit tantôt l'exaltation la plus grande, tantôt l'affaiblissement et même l'anesthésie partielle la plus complète en apparence. Ce fait que j'ai signalé depuis longtemps a été, dans ces derniers temps, reproduit comme une nouveauté , par les uns comme un signe de l'hystérie, par d'autres comme un caractère de la catalepsie , par quelques autres comme un effet de la colique de plomb. Eh bien ! il n'appartient à aucune de cet» maladies en particulier: il appartient à toutes ces grandes concentrations ner-
veuscs qui semblent, pour ainsi dire, absorber la sensibilité de certaines parties pour l'accumuler dans d'autres.
Sensation intérieure.
C est pour cette sensation que le génie des physiologistes a torturé les tissus pour leur demander s'ils avaient la sensibilité ; et qu'il les a déclarés sensibles , irritables ou insensibles , selon qu'ils répondaient oui ou non à ses agents incitateurs. Comme les mêmes agents étaient employés pour tous, et que leur mode de sensibilité n'est pas le même , ils ne répondaient pas tous également à la même provocation. De là sont nées une foule d'erreurs qui ne permettent de conserver de ces expériences que les faits isolés. Les inductions qu'ils en tiraient étaient presque toutes contradictoires , et par conséquent la source de controverses qui n'ont fait qu'obscurcir la question au lieu de l'éclairer. A l'intérieur comme à l'extérieur la sensation présente des modifications différentes et des degrés différents d'intensité. Elle peut être envisagée et dans l'épaisseur des tissus et à la surface libre des membranes muqueuses et séreuses. |
Rien n'est plus variable que le mode et le degré de sensation des membranes, même en faisant abstraction des sens olfactif et gustatif, qui y ont leur siège. Parcourons la membrane gastro-pulmonaire : elle change de degré et de mode de sensation d'une place à l'autre , sans que l'anatomie nous y révèle aucun changement qui puisse expliquer cette différence. A la bouche , l'impression physique et surtout la température de tous les corps y est sentie. A l'isthme du gosier la scène change ; les aliments et les boissons y passent sans presque donner connaissance de leur présence autrement que par leur température , tandis qu'un corps étranger, la simple barbe d'une plume qui touche la luette, y cause une sensation pénible qui va retentir dans l'estomac et en provoquer les contractions anti-péristaltiques. Dans le pharynx elle diminue beaucoup; elle s'efface presque en entier à la partie inférieure de l'œsophage et encore plus dans l'estomac et les intestins. Elle ne reparaît qu'à la partie inférieure du rectum. Cependant la thérapeutique nous apprend que plusieurs substances y font sentir leur passage , et la pathologie nous révèle les sensations douloureuses que les maladies y font naître. Eh bien ! ces substances si douces , si inoffensives pour le pharynx, pour l'œsophage, pour l'estomac, deviennent des causes d'irritation violente pour le larynx et pour la trachée-artère. Que le liquide le plus doux, en franchisssant le pharynx, fasse pénétrer dans le larynx une petite goutte ; son contact produit une sensation bien pénible et provoque une toux eonvulsive violente. La respiration de certains gaz, de certaines vapeurs , produit le même effet. Aux limites de la glotte se trouvent les limites de la sensation \ le mode en change complètement. Cependant le scalpel n'y découvre pas de différence , le microscope n'y voit pas de molécules particulières.
La membrane génito-urinaire nous présente les mêmes caractères différentiels. La vessie se trouve bien de la présence de l'urine , qui irriterait si violemment la conjonctive ou le péritoine. Le canal de l'urètre change de mode de sensation suivant le liquide qui doit y passer. Dans son état de relâchement il laisse passer l'urine , qu'il refuse dans le moment de l'érection ; dans cet état le sperme y passe seul et y cause une sensation extraordinaire de volupté. Est-il besoin de parler de la sensation que le coït développe dans le vagin et seulement dans ce canal ?
Indépendamment de ces sensations , que nous appellerons physiques , il en est de spéciales qui appartiennent à ces membranes. Quoique bien différentes, ces sensations peuvent pourtant se rattacher à un principe identique. Elles constituent les besoins. Elles comprennent la faim , la soif, le besoin de respirer et celui d'expirer, le besoin d'évacuer les selles, le besoin d'uriner, le besoin du coït. Ces besoins ont un rapport direct, les uns avec la vie assimilatrice , les autres avec la vie cérébrale. Chacun d'eux sera étudié avec la fonction à laquelle il est lié. Disons seulement que les sensations intérieures , quoique toutes des besoins, ont cependant pour but des objets bien différents : l'une veut des aliments , l'autre des boissons , une autre l'accomplissement du grand acte de la copulation, d'autres veulent faire rejeter ce que les organes ne peuvent plus garder : l'air, les matières fécales, les urines. Chacune s'exerce à sa manière ; aucune ne se trompe ; toutes concourent à l'accomplissement du grand tout fonctionnel si merveilleux dans ses moindres détails. Les besoins ont leur source dans les viscères. Chaque besoin est sollicité par un mode de sensation spécial. Il est le plus souvent l'effet de la privation d'un objet utile et nécessaire : la privation des aliments et celle des boissons provoquent la faim et la soif j la privation d'air, ou d'un air suffisamment oxygéné, provoque le besoin de respirer. Il est aussi des besoins factices qui ne sont pas moins impérieux que les besoins naturels : tels sont les besoins de priser du tabac , de prendre du café , etc. La distension du rectum et celle de la vessie provoquent le besoin d'évacuer les matières fécales et les urines. Le sperme , accumulé dans les vésicules séminales , enflamme les désirs de la luxure. On peut dire que les besoins sont la source des désirs , et que les désirs ne sont que le sentiment d'un besoin. Ils veulent être satisfaits d'une manière impérieuse, irrésistible. Ainsi on dit de la faim que ventre affamé n'a point d'oreilles. Les besoins sont de tous les temps : ils sont soumis à des retours constants et le plus souvent périodiques ; cependant l'habitude exerce sur eux une grande influence. Les premiers ils éveillent la vie et l'initient dans ses fonctions , tandis que les sensations extérieures n'ont lieu qu'accidentellement et à des époques très-variables. Outre ces besoins physiques, il en est de moraux et d'intellectuels qui commandent nos sentiments et l'exercice de notre pensée. Ces besoins sont infinis. Lorsque le besoin est satisfait , la sensation en est dissipée , et avec elle cessent les tendances extérieures qu'elle sollicitait.
Les sensations intérieures jouent un grand rôle aussi dans la production
des passions. Ce rôle avait porté les anciens à en placer le siège dans les organes mêmes , dans le poumon , dans le cœur, dans le foie , dans l'estomac , parce qu'ils voyaient partir de là la cause incitatrice de la passion. S'ils se sont trompés, ils avaient bien compris toute l'influence de ces organes , mieux peut-être que beaucoup de modernes qui , à l'exception de Broussais , l'ont presque entièrement méconnue.
Si les membranes séreuses paraissent insensibles au contact de certains corps solides , combien elles se montrent impressionnables à l'action de certains agents chimiques qui y développent rapidement les douleurs les plus intolérables ! Le passage des matières fécales et de l'urine dans le péritoine y devient subitement la cause de douleurs atroces et d'accidents graves. C'est cette différence qui a le plus embarrassé les physiologistes. Ouest la sensibilité de la plèvre , du péritoine , de l'arachnoïde chez une personne qui se porte bien , ont-ils dit , sans réfléchir que l'état normal est bien différent de l'état morbide ?
La membrane des artères et celle des veines sont , dans l'état normal , insensibles au contact du sang , qui eût été un obstacle au libre exercice des autres fonctions ; mais, dans quelques circonstances pathologiques , la sensation du passage du sang , par exemple à la tète , devient une fatigue gênante pour l'exercice des fonctions intellectuelles.
C'est dans la trame des tissus que la sensation a présenté les plus grandes difficultés aux recherches expérimentales de Haller et de ses antagonistes. Où l'un ne trouvait pas de la sensation parce qu'il employait certains agents , l'autre en trouvait avec d'autres agents. Voilà pourquoi certains tissus sont regardés comme insensibles par les uns et comme sensibles par les autres. Pour nous , tous les tissus sont sensibles ; mais chacun l'est à sa manière, chacun l'est pour la fonction à laquelle il est appelé à concourir. Une sensibilité différente lui eût été inutile ou même nuisible, en transmettant à chaque instant des sensations qui eussent trop souvent préoccupé l'organe de l'intelligence , et qui l'eussent ainsi détourné de ses fonctions. Ainsi les ligaments articulaires sont insensibles à l'action des corps vulnérants , dont ils n'avaient pas besoin, parce que la peau qui les couvre les sent avant eux et transmet la sensation de la lésion ; mais ils sont excessivement sensibles au tiraillement , à la déchirure de leurs fibres , parce que l'intellect avait besoin d'être informé de leur lésion dans l'entorse , afin de faire alors garder le repos nécessaire. De même les dents sont insensibles à l'action de la lime , tandis qu'elles sont affectées douloureusement par les acides.
La distribution du nerf a pu quelquefois induire en erreur sur la sensibilité de certaines parties. Ainsi Haller croyait les os insensibles , du moins ils lui avaient paru tels le plus souvent ; Bichat les trouva sensibles dans leur extrémité inférieure et insensibles dans leur extrémité supérieure. Béclard expliqua la cause de ce fait en apparence si singulier. Le nerf de l'os y pénètre par le tronc nourricier, et là il se partage en branches pour la partie supé-
Heure et en branches pour la partie inférieure. Dans cet état, l'os et sa membrane interne donnent partout des signes de sensibilité. Si on le scie au-dessous du tronc nourricier, la sensibilité est conservée dans le bout supérieur, parce qu'il reçoit intacts ses filets nerveux. Si on le scie au-dessus du tronc nourricier, le bout supérieur est alors complètement insensible , parce que les nerfs qui remontent s'y distribuer ont été coupés , et qu'il n'a plus de communication avec le système nerveux cérébral.
D'après cela on voit combien étaient futiles les expériences dans lesquelles, par exemple , on enfonçait un corps aigu dans la substance du cerveau et à des profondeurs différentes , pour en constater les parties sensibles et le degré de sensibilité. Aussi elles n'ont conduit à rien de satisfaisant.
Organes de la sensation.
Que nous l'examinions à l'intérieur ou à l'extérieur , la sensation cérébrale est soumise à l'action d'un instrument , le même partout. Cet instrument est le nerf cérébro-spinal. Point de sensation cérébrale ou perçue sans l'existence de cet organe, sans son intégrité parfaite. Il est essentiel qu'il unisse l'organe sentant avec l'organe percevant ou le cerveau. C'est lui qui reçoit l'impression et qui la transmet. Dès qu'il manque , il n'y a plus de sensation perçue, plus de sensibilité. Si vous interceptez sa continuité , à quelque distance que ce soit du point d'impression ou du cerveau , l'impression n'est plus transmise, le cerveau ne la reçoit plus ; c'est comme si elle n'existait pas. Vainement vous torturerez la partie la plus sensible, il n'y a plus de sensation si vous pratiquez la section de son nerf cérébral. L'impression peut être reçue par la partie du nerf qui est répandue dans l'organe ; mais, n'étant plus transmise, il n'y a plus de sensation. Ce fait est le même pour toutes les sensations, quelque spéciales, quelque modifiées qu'elles soient. Partout la section du nerf qui en est l'agent l'anéantit. Détruisez le nerf optique, le nerf auditif, le nerf olfactif, le pneumogastrique, le médian , le cubital, etc., vous abolissez la vision, l'audition , l'olfaction, la faim, le toucher dans les doigts. Il n'y a point d'exception à cette règle générale. Les faits dans lesquels les auteurs ont cru entrevoir des transmissions de sensations malgré la destruction ou l'absence des nerfs, ont été mal observés ou mal interprétés. Qu'on les étudie bien, on verra qu'ils ne sont qu'illusoires. Un tel fait parle assez haut, il n'a pas besoin, pour être expliqué, que Ton compare poétiquement le système nerveux à une lyre harmonique ou à une pile voltaïque. C'est là une vérité sur laquelle Haller s'est prononcé avec énergie, en refusant la sensibilité à tout autre agent que les nerfs. Beaucoup de physiologistes ont admis des sensations indépendantes des nerfs , parce que leur scalpel n'avait pas pu suivre les nerfs dans des parties qui donnaient des signes évidents de sensibilité. De Sèze encore etCaffel ont été de ce nombre. Nous voyons avec peine qu'un esprit aussi élevé que M. de Raudrimont ail
adopte cette opinion, et qu'il lasse l'épidémie l'organe de la sensation cutanée, parce que, dit-il, si le nerf était sensible , il faudrait qu'il s'épanouil considérablement et revêtit toute la peau, car tons les points de la peau sont fcensibles. Éi itons cette dispute puérile dans laquelle on a prétendu que le cerveau >eul était le siège et de l'impression et de la sensation. Les deux actes sonl lies; niais à chacun son rôle, cuique suum. Aussi Ilunter n'entendait parler que dos nerfs cérébraux lorsqu'il disait avec raison : « Les nerfs ne sont que de simples messagers de l'intelligence, ils n'ont rien à faire avec les phénomènes organiques. »
La sensation, ainsi examinée dans les nerfs et limitée à leur acte d'impression et de transmission, serait donc incomplète. Pour qu'elle soit complète, il lui faut une condition de plus , il lui faut être perçue par l'intellect. Sans cette condition, il n'y a point de sensation réelle pour nous, pour notre sens intime. On s'est beaucoup occupé de chercher quel pouvait être le siège préris de ce grand acte physiologique. On s'est assez généralement accordé à le placer à l'origine ou à l'insertion de chaque nerf sensitif. On a pensé que là où avait lieu la communication, là aussi devait s'opérer la perception de l'impression et se compléter la sensation. D'un autre côté, on a pensé qu'elle ne devait pas finir là , parce qu'il y aurait ainsi autant de sièges ou d'organes de la sensation qu'il y avait d'insertions nerveuses sensitives. On a donc pensé qu'il devait y avoir un foyer commun unique où la sensation se concentrait en dernière analyse, et qui en devenait l'organe ou le siège général. Partant de ce principe, on a regardé la douleur et son expression comme le moyen d'arriver à la connaissance désirée. La douleur étant la sensation la plus exagérée, on a pensé que sa manifestation devait donner la solution du problème. Or, c'est par les cris qu'elle se manifeste ; en conséquence la portion de l'encéphale qui les provoquera le plus sera le siège de cette influence et de la douleur. Ainsi, a-t-on dit , les animaux peuvent crier alors même qu'on leur a enlevé tout l'encéphale, moins la moelle allongée : cette partie est donc l'organe des cris, l'organe des cris a donc senti la douleur avant de réagir , la protubérance annulaire ou la moelle allongée est donc le siège de la douleur et de la sensation. Telle a été l'opinion de Legallois, de Flourens, de Muller, de Longet : mais le docteur Brown-Sequart, dans un Mémoire sur la sensibilité et sur la valeur des cris comme preuve de la perception de la douleur , présenté à l'Institut le 3 décembre 1849, a démontré que les cris ne prouvaient pas qu'il y eut perception de douleur , parce qu'ils pouvaient être l'effet du pouvoir réflexe de la moelle allongée. De même l'agitation des membres ne prouve pas que la douleur ait son siège dans la moelle épinière , puisqu'elle est le résultat de son action réflexe.
M. Dépierris va plus loin , il place le siège de la sensibilité dans une monade. « Toutes les forces vitales, dit-il, résident dans une substance particulière essentiellement une, une monade. » Voici la raison qu'il en donne : «Le moi ne peut pas résider dans la fibre nerveuse : il pense, il voit , or il est indivisible, et il serait divisible avec la fibre. Chaque fibre nerveuse transmet à
3iO SYSTÈME NERVEUX CÉRÉBRAL.
son muscle la faculté de se contracter ; il y aurait donc autant de volontés que de fibres , si elles étaient le siège du moi. »
MM. Fovillc et Pinel-Grandchamps ont pensé que la sensibilité avait son siège dans le cervelet, pendant que la volition résidait dans la pulpe médullaire des hémisphères.
Lorsqu'un tronc nerveux est irrité, toutes les parties qui en reçoivent des branches ont le sentiment de l'irritation , comme si les ramifications du nerf étaient irritées toutes à la fois. Voyez le fourmillement qui a lieu dans toutes les parties auxquelles se distribue le nerf cubital lorsqu'on le presse à son passage entre l'olécrâne et le condyle. Voyez 1'engourdisse.ment formicant que cause au membre inférieur la pression du nerf sciatique à sa sortie de l'échancrure sciatique. Lorsqu'on irrite une branche d'un nerf, la sensation de l'irritation demeure bornée à la partie vers laquelle cette branche se rend. Elle ne s'étend point aux branches qui naissent plus haut du même nerf. Elle ne se communique point à d'autres nerfs voisins par les anastomoses qui peuvent les unir, parce que ces filets de communication ne sont point de véritables anastomoses. Chaque fibre nerveuse reste isolée dans son nerf. Depuis son origine jusqu'à sa terminaison, chacune aussi transmet isolément sa sensation. Cependant l'état pathologique les rend plus solidaires , et une névralgie qui commence par un point d'un nerf s'étend bientôt à tous les autres points du même nerf. Mais lorsqu'il y a transmission d'action d'un nerf à un autre, comme dans l'éternuement que provoque le chatouillement des narines, cela tient à une toute autre cause, cela tient au pouvoir réflexe qui lie et rend solidaires bien des parties , et quelquefois à une association fonctionnelle qui rend plus participantes les parties ainsi associées.
Il résulte de tout ce que nous avons dit, que trois choses sont nécessaires pour le complément de la sensation : 4° l'impression sur l'extrémité périphérique du nerf ; 2° la transmission de cette impression par le cordon nerveux ; 3° sa perception par l'organe de l'intelligence, le sensorium commune. Cependant, d'après quelques faits d'hallucination et de pathologie, Muller veut que les sensations et les qualités des corps ne soient que dans le cerveau. Il revient sur ce sujet avec une complaisance qui nous étonne de la part d'un esprit aussi sévère.
Lorsque la sensation est normale , elle donne simplement la connaissance de l'objet avec lequel le nerf est en rapport ; cependant, elle ne produit pas toujours le même effet : elle est tantôt agréable , tantôt pénible. Dans le premier cas, elle cause du plaisir ; dans le second, elle cause de la douleur. L'un et l'autre de ces deux états extrêmes présentent des nuances infinies : rien n'est varié comme les sensations de plaisir et comme les sensations de douleur. C'est un sujet encore neuf et qui mérite d'être étudié. Il est une douleur qui, depuis Boerhaave , a fixé l'attention des chirurgiens et des physiologistes : c'est celle qu'éprouvent certaines personnes à la suite d'une amputation d'un membre , dans le moignon qui lui reste. Cette douleur est quelquefois constante : d'autres fois elle se renouvelle dans les chance-
INNERVATION CÉllÉBllALl-:. 3U
nuMiis de température ou par toute autre circonstance. Le malade la rapr,.tc au membre ttinputé, au lieu même où siégeait la maladie-, c'est une sorte «I hallm -i nation du sens intime ou de mémoire du nerf. M. Hutin, des lmali.U-, croit en avoir trouvé la cause : 1° dans un état pathologique des nerfs qui se terminent par un renflement et par quelques filaments adhérents à la cicatrice; *> dans des saillies osseuses qui pressent et irritent ces ncrïs : ce qu'il pense avoir justifié par l'anatomie pathologique. Cette manière de voir n explique pas les alternatives de la douleur. Nous pensons que le tronc, nerveux en est le siège, mais qu'il n'y a de douloureuses que les fibres qui s'étendaient de la partie malade au cerveau. Aussi, il n'y a de douleur transmise que celle qu'éprouvait le malade dans la partie affectée, et que les mêmes fibres continuent à transmettre par habitude comme auparavant , tandis que les fibres venant des parties saines ne transmettent point de douleur.
Personne encore n'a déterminé la proportion dans laquelle la substance nerveuse doit être mélangée avec les éléments constitutifs de chaque organe, pour en déterminer l'action. Nous ne savons pas si une molécule nerveuse suffit à toute une fibre musculaire pour la faire contracter , ou s'il en faut une traînée considérable. Tout ce que nous pouvons présumer, c'est que la quantité de substance nerveuse dans un organe , est en raison du degré d'activité de sa fonction. La longueur du trajet des nerfs est sans influence sur le degré d'énergie de leurs fonctions -, et, suivant l'observation de Swann, le même nerf est doué de la même activité , quel que soit féloignement de l'organe auquel il se distribue. La plante des pieds est aussi sensible que la paume des mains et que les joues.
Nous pouvons juger de l'importance de la fonction des nerfs par les soins que la nature a pris de leur donner extérieurement et dans leur trajet', une texture forte et solide, capable de résister aux efforts extérieurs -, tandis qu'à leur origine, où ils sont bien protégés, ils sont mous, fragiles et faciles à détacher de leurs points d'insertion. Aussi, un nerf dépouillé de ses accessoires et mis à nu, ne transmet plus les sensations qualitatives des corps ; il ne sent et ne transmet plus que de la douleur.
La sensation est donc la première fonction des nerfs ; la transmission de la volonté aux muscles est la seconde, comme nous le verrons plus loin. Ce sont là les seules fonctions des nerfs cérébraux. Disons cependant qu'ils ne rapportent pas tous au sens intime l'impression qu'ils ont reçue : le nerf vague est dans ce cas ; alors on a trouvé sur le trajet du nerf un ganglion qui arrêtait la transmission sensitive et motrice , et l'assimilait aux nerfs ganglionnaires, Volkmann et Van-Deen ont admis cette hypothèse que l'anatomie et la physiologie ne justifient point encore.
La plupart des physiologistes ont voulu de plus accorder aux nerfs cérébraux une influence directe sur la nutrition. Nous avons fait justice de cette opinion, qui supposait des nerfs d'assimilation. Rappelons cependant l'opinion
erronée de Berlinghieri, qui avait créé à la moelle épinière un cordon latéral destiné aux fonctions assimilatrices. Disons aussi que dans ces derniers temps, on a admis comme démontrée l'existence de fibres spéciales dites organiques, grises, végétatives , dans les nerfs cérébraux et dans les nerfs ganglionnaires. Ces fibres proviennent des corpuscules gangliformes qui appartiennent au nerf grand sympathique, ou qui sont jetés sur le trajet de certains nerfs sensitifs ; on leur a attribué les fonctions nutritives. Il y a du vrai dans cette manière de voir. Oui , les nerfs ganglionnaires s'unissent quelquefois aux nerfs cérébraux , et ils vont avec eux se distribuer dans les organes. De cette manière , ils y portent l'influence ganglionnaire , et ils y président aux actes de la vie végétative, qu'on s'est trop pressé alors de mettre sur le compte des nerfs cérébraux. Bien des nerfs nous en fournissent des exemples. A mesure surtout qu'on descend dans l'échelle des êtres, cette association devient plus fréquente : il arrive même un moment où elle constitue presque en entier leur appareil nerveux. Malgré cette union anatomique des nerfs cérébraux et des nerfs ganglionnaires, ils exécutent chacun leurs actes , et il est facile de les apprécier et de les isoler. Il y a du faux , en ce sens qu'on veut faire de ces fibres un système à part, un appareil nutritif indépendant des autres appareils nerveux : ce qui n'est pas et ne saurait être. Cette adoption ne ferait que compliquer sans utilité les divisions.
Une question a beaucoup occupé les physiologistes : c'est la régénération des nerfs après leur destruction. Haigton, Sticker, Schwan, Steinrmeck, Longet , ont fait beaucoup d'expériences. Lorsqu'il n'y a que simple section du nerf, la réunion des deux bouts et l'organisation de la cicatrice permettent à la fonction nerveuse de se rétablir. Nous avons été nous-même le sujet d'une expérimentation accidentelle. Une plaie m'avait coupé le nerf cubital ; la paralysie du doigt auriculaire et de la partie interne de l'annulaire en fut la conséquence. Lorsque la plaie fut cicatrisée, je commençai à éprouver du fourmillement, puis une sensation de douleur qui prit mille formes différentes ; enfin, an bout de six mois, la sensation était la même à peu près qu'avant l'accident. La sensation se rétablit donc dans le nerf à mesure que l'organisation de la cicatrice permet l'intégrité de ses fonctions. Les opérations d'autoplastie pratiquées par Dieffenbach, Delpech, Serres, Yaller, Bonn, etc. , en sont aussi des exemples. Il est vrai qu'alors la sensation est moins précise , moins nette qu'auparavant. Ce rétablissement est aussi plus difficile, lorsque l'opération est pratiquée chez des sujets avancés en âge. Quelques physiologistes ont prétendu à tort que le nerf régénéré recouvrait seulement la faculté de porter le mouvement dans les muscles, mais jamais celle de rapporter les impressions ; et ils ont cherché à baser là-dessus une différence entre l'action nerveuse motrice et l'action nerveuse sensitive. L'une et l'autre facultés se rétablissent quand la réunion est exacte. Lorsqu'il y a perte de substance assez grande pour que la cicatrice intermédiaire ne puisse pas s'organiser en tissu nerveux, la transmission de l'action nerveusr
ne m' rétablit plus, la paralysie reste toujours, et, si elle se dissipe en partie, resl par le ministère des anastomoses des nerfs voisins.
2° De la myotilité.
Lorsqu'une sensation est reçue, l'individu qui la reçoit en aurait seul connaissance, s'il n'avait pas quelque moyen de nous la communiquer. Ce moyen est la contraction 5 il est unique : car la voix, la physionomie en dépendent. Mais tous les tissus ne se contractent pas. Cette action est réservée à un seul : le seul muscle jouit de la faculté de se contracter. Dans cet acte, les deux extrémités de chaque fibre se rapprochent ; elles tirent et rapprochent ainsi les deux parties auxquelles elles sont attachées, et il en résulte des mouvements et des changements , soit dans la forme ou l'attitude, soit dans l'expression. Les muscles sont donc les organes de la contraction. Par leur structure, ils y sont prédestinés. Ce n'est pas ici le lieu de nous occuper de la nature de cet acte : nous devons seulement constater qu'il ne peut pas avoir lieu sans une influence étrangère, sans l'incitation du nerf qui va s'y distribuer. Cela est si vrai, que vous paralysez le muscle si vous coupez ou si vous comprimez son nerf, si vous arrêtez ainsi sa communication avec l'encéphale ; vous en acquerrez la plus grande certitude encore , si vous portez sur la portion du nerf qui se rend au muscle, un irritant quelconque, physique ou chimique, et surtout l'électricité : alors le muscle se contracte. La contraction musculaire est donc l'aboutissant de l'action nerveuse cérébrale. Elle en est le but et la fin. C'est une réaction, mais c'est une réaction tantôt volontaire, tantôt réflexe. Elle est active, et non passive comme la sensibilité. Toujours elle est un envoi de l'incitation ; jamais elle n'arrive fortuitement et indépendamment de l'influx cérébral. Sensation, volonté, mouvement, sont les trois anneaux de cette chaîne parcourue par l'incitation nerveuse -, mais ils se réduisent à deux actes bien distincts : sensation et contraction. Tous les deux s'exécutent par le ministère des nerfs. Les nerfs qui en sont les agents sont-ils les mêmes pour tous les deux? ou bien y a-t-il un ordre de nerfs attaché à chacun ? Cette étude est du plus haut intérêt . elle a conduit à une des découvertes les plus brillantes de notre époque. En attendant que nous nous en occupions comme elle le mérite , disons que la sensation tend à se concentrer vers les régions supérieures et au cerveau, et que la motilité se répartit vers la périphérie, aux masses musculaires. Aussi, elles ne sont point une force identique , elles n'agissent point de la même manière : leur direction est opposée.
La force motrice n'agit dans les nerfs qu'en suivant la direction des fibres primitives qui se rendent aux muscles, lors même qu'elles se ramifient dans d'autres nerfs. Jamais elle ne marche en sens inverse ou rétrograde. L'irritation mécanique ou galvanique d'une partie d'un tronc nerveux ne met point en jeu la force motrice du tronc entier: elle n'agit que sur la partie quireeoji
314 SYSTÈME NERVEUX CÉllÉBUAL.
l'irritation. Un nerf rachidien qui entre dans un plexus et qui contribue avec d'autres nerfs à la formation d'un gros tronc nerveux , communique sa force motrice, non pas au tronc entier, mais seulement aux fibres par lesquelles il se continue. Comme les fibres s'entrecroisent souvent dans le trajet du tronc, l'incitation ne peut pas suivre un cours bien direct, parce que chaque fibre déploie sa force isolément sans la communiquer à d'autres fibres.
Lorsqu'un nerf moteur est séparé de l'encéphale par la section ou la résection , le bout qui se rend aux muscles répond encore à l'action des irritants, et il fait contracter les muscles auxquels il la porte. Personne n'a poussé plus loin que M. Matteucci les expériences galvanoscopiques sur l'action nerveuse et sur la contraction des muscles. Il les a multipliées à l'infini, et il a obtenu des résultats on ne peut plus satisfaisants en variant les courants galvaniques qu'il établissait entre les nerfs et les muscles, et en les faisant développer. Ces contractions, qu'il appelle induisantes ou inductrices , sont très-nombreuses ; elles varient selon la manière dont il dispose le nerf et les muscles inducteurs ou les membres induits. Ce qui l'a porté à en admettre trois ordres, selon qu'il agit directement sur les muscles, ou bien à travers la peau, ou bien enfin à travers d'autres tissus. Cependant, malgré l'importance des résultats galvanoscopiques auxquels il est arrivé, en variant les effets avec les causes, en multipliant les actes, leur puissance, leur augmentation , leur diminution , etc. ; à notre grand regret, il ne nous est pas possible d'entrer dans ces détails ; ils ne peuvent pas appartenir à un traité élémentaire. D'ailleurs, ils ne conduisent à aucune solution ; ils ne font que démontrer les influences réciproques des incitateurs ou inducteurs, et des incités ou induits. Il pense qu'on devrait appeler cette contraction, induction musculaire. Cependant, nous repoussons les tendances où il est d'attribuer la force nerveuse aux inductions, et la chaleur animale et la lumière à une action chimique de la conversion de l'oxygène.
D'après tout ce que nous avons dit, on conçoit comment la volonté devient l'incitateur cérébral de la force nerveuse motrice ; mais il ne suffit pas de vouloir pour que le mouvement s'exécute, il faut encore l'intégrité des nerfs. Sans elle, le muscle n'obéit pas, il reste paralysé. M. Flourens exige de plus trois conditions essentielles : la volition de ce mouvement, la coordination des diverses parties qui concourent à ce mouvement , et son excitation directe. La volition émane des lobes cérébraux, leur coordination provient du cervelet, et leur excitation dérive de la moelle épinière et de ses nerfs. Cette opinion a éprouvé de graves objections. Nous y reviendrons plus loin.
Il faut, selon Schœps et Meckel, plus d'innervation pour se mouvoir que pour sentir. Voilà pourquoi les paralysies du mouvement sont beaucoup plus fréquentes que les paralysies du sentiment ; voilà pourquoi aussi la contractilité s'éteint plus souvent et cesse plus tôt chez les vieillards. Sentir est un acte passif : il n'y a qu'à recevoir l'impression et la sensation. Mouvoir es! actif: il faut que l'intellect envoie sa volonté.
Les opinions ont varié sur la durée de l'excitabilité nerveuse. Les uns l'ont limitée à quelques heures; d'autres à quelques semaines, et d'autres à quelques mois. L'espèce d'animal et la manière d'expérimenter ont été, en giande partie, la cause de ces différences. Après des expériences multipliées, M. Longet l'a fixée à quatre jours. Passée cette époque, dit-il, le nerf ne répond plus à l'action des excitants : il a perdu sans retour son excitabilité. D'où il conclut que le fluide nerveux ne se répare pas dans le nerf lui-même, et qu'il n'emploie que celui qu'il avait reçu du cerveau et qu'il tenait en réserve. Celle extinction ne se fait pas brusquement dans toute l'étendue du nerf. Elle semble se réfugier successivement du centre à la circonférence dans les ramuscules les plus ténus. Déjà les troncs, les rameaux ont cessé d'être excitables que ceux-ci sont encore excités. Cependant , lorsqu'on meurt , l'extinction de la sensibilité semble suivre une marche inverse : les ramuscules cessent les premiers de répondre à l'excitation , puis les branches, puis les troncs, puis les cordons spinaux. Aussi, l'on voit quelquefois les troncs conserver une grande sensibilité, tandis que Tanesthésie plus ou moins complète occupe les rameaux.
Les choses ne se passent pas de même dans la moelle épinière ; l'excitabilité répond toujours à l'action des agents physiques , parce que le fluide nerveux y est régénéré par la substance grise qui en occupe l'intérieur. On s'est demandé si la perte de l'excitabilité du nerf s'étendait au muscle et lui faisait perdre son irritabilité. Les expériences ont répondu d'une manière positive. Le muscle est toujours sensible ; il répond toujours à la moindre action d'un stimulus, plusieurs mois, plusieurs années après la résection du nerf, et lorsque celui-ci ne donne plus aucun signe d'excitabilité, à moins toutefois que le repos ait déjà conduit le muscle à l'état d'atrophie et de dégénérescence du tissu.
Ce n'est pas ici le lieu de nous occuper des mouvements qu'exécutent les muscles à l'insu de la volonté, comme les muscles pectoraux de la respiration, les muscles du périnée dans l'accouchement, etc. Ces mouvements que Muller appelle mouvements associés , sont soumis à l'influence de la volonté simultanément avec d'autres muscles qui concourent à la même fonction.
3° Des nerfs du sentiment et des nerfs du mouvement.
Pendant longtemps on ne sut pas les distinguer. On s'était bien aperçu que des nerfs n'avaient qu'une racine et que d'autres en avaient deux, mais on ne s'en rendait pas compte. On voyait bien tous les jours des paralysies exclusives du mouvement, et des paralysies du sentiment seul ; l'habitude d'observer ces faits ne permettait pas d'aller plus loin. Cependant ce fait pathologique avait fixé l'attention de quelques auteurs. Déjà Erasistrate , Galien , Rufus d'Ephèse admirent des nerfs sensitifs et des nerfs moteurs, Ce ne
316 SYSTÈME NERVEUX CÉREABRAL.
fut que bien des siècles après que Dulaurens accueillit celte opinion , et que Boerhaave la consigna dans le passage suivant : « Ex hâc (medullà oblongalà) cxit duplex genus nervorum , unum motui , alterum sensui inserviens , nec unquam inter se conimunicans. » Pouteau, entre autres, fit un Mémoire remarquable dans lequel il établissait la nécessité de ces deux ordres de nerfs ; mais le défaut de preuves matérielles laissa dormir encore cette découverte. Vieussens, Haller et Tissot rejetèrent même cette distinction : ils prétendirent que si, dans certaines paralysies, la sensibilité persistait malgré la perte du mouvement, c'était parce qu'il fallait, pour l'exercice de celui-ci, une dépense plus grande de force ou d'influx nerveux. Cependant Haller et Zinn avaient reconnu que les nerfs dont la piqûre excitait de vives douleurs, n'avaient que très-peu de force ou de contraction , tandis que d'autres nerfs peu douloureux causaient des contractions plus vives. Lamarck revint à la nécessité d'admettre deux ordres de nerfs partant de points différents. Walker alla plus loin et indiqua cette opinion spéciale : mais il se trompa en supposant l'inverse de ce qui est. 11 était réservé à Charles Bell et à Magendie de compléter cette découverte et de l'asseoir sur des bases solides. Les premières expériences de Bell furent faites en 1811 sur les nerfs de la face. Ensuite la section des racines des corps rachidiens lui démontra que les racines antérieures étaient destinées aux mouvements et les racines postérieures aux sensations. En 1821 John Shaw les fit connaître en France. M. Magendie vérifia un fait aussi important et publia en 1822 lé résultat de ses expériences. Des faits pathologiques vinrent corroborer cette distinction. La difficulté de pratiquer l'opération et une appréciation erronée de quelques expériences et de quelques faits de pathologie portèrent plusieurs physiologistes, et surtout Bellinghieri , Rolando, Béclard, Casteî, et MM. Lordat, Belfield , Lefèvre, Dugès, Fodera, Hébert Mayo, Schoeps, Calmeil, Backer, à regarder cette distinction comme anticipée , et à solliciter de nouvelles expériences , car celles qu'ils avaient pratiquées étaient équivoques et douteuses. On voulut même la combattre en démontrant son incompatibilité avec la doctrine de M. Flourens sur les fonctions du cervelet, puisque cet organe reçoit l'épanouissement des cordons de la moelle qui sont sensoriaux, et que le cervelet serait l'organe directeur des mouvements. Cette objection n'est pas sérieuse : l'opinion de M. Flourens n'est pas encore démontrée. Cette découverte parut presque oubliée un moment. De nouveaux faits d'anatomie pathologique et de nouvelles expériences tentées par les physiologistes les plus distingués , Muller, Seubert,.Van-Dcen, Valentin, Pannizza, Stannius, Retzius,Matteucci, Longet, Budge et Stilling vinrent enfin lever tous les doutes et rétablir dans tout son jour la théorie des nerfs du sentiment et des nerfs du mouvement. Muller et Longet y ont contribué plus que personne en démontrant que la distinction n'était pas toujours aussi nette qu'on pourrait le croire , en ce sens que la section de racines antérieures ne paralysait pas toujours complètement h myotilitc, et que la section des racines postérieures ne détruisait pas ton jours en entier la transmission des sensations. Ils ont varié à l'infini le-
jents incitatcurs dont il> se sont servi. 11 faut convenir aussi que les mouvements réflexes qui se développent alors ont souvent causé beaucoup d'embarras. Les expériences de tous les physiologistes sont maintenant unanimes. La section des racines postérieures paralyse le sentiment sans nuire aux mouvement.-.
En 1834, Van-Deen répéta toutes ces expériences et en confirma l'exactitude. 11 voulul de plus en faire l'application aux actes du nerf grand sympathique. A laide des quatre substances qu'il a supposées dans la moelle épinièie et des fibrilles de communication, il chercha à mieux expliquer certains faits et certaines expériences qui ne sont pas favorables à la théorie de Bell. Selon lui, les racines antérieures ne sont pas plus motrices que sensitives. Elles ne le deviennent que par leurs communications avec la substantiel spùnqiosa et avec les racines postérieures par le moyen des fibrilles. Les fibrilles centrifuges influent de diverses manières sur les muscles ; les centripètes re- •oivent de différentes manières les impressions. Ces explications, reposant sur un fait anatomique supposé, ne sont pas susceptibles de discussion. Aussi Volkm.mn, Car us, Muller, qui admettent avec lui plusieurs sortes de sentiments et de réflexions , ne sont plus d'accord lorsqu'il faut les faire passer de fibrille à fibrille , à ganglion , à substance spongieuse , grise , etc. Il importe cependant de faire connaître avec quelques détails les corollaires auxquels sont arrivés Volkmann et Van-Deen. Selon le premier , il convient de classer les différents modes de sentiment et de réflexion et de leur donner un nom particulier. Il voudrait un sentiment et un mouvement de réflexion pour ceux qui se correspondent, un sentiment affectif pour celui que perçoit le cerveau et un sentiment indirect correspondant au sentiment de réflexion. Van-Deen conclut : 1° que la substance blanche antérieure des cordons antérieurs sert seule au mouvement ; 2° que les cordons antérieurs avec leur substance grise servent aussi bien au sentiment qu'au mouvement; 3° que la substance blanche des cordons postérieurs est uniquement destinée pour le sentiment ; 4° que les cordons postérieurs avec leur substance grise sont aussi destinés uniquement pour le sentiment ; 5° que la substance blanche des cordons postérieurs n'a pas besoin d'atteindre au cerveau pour y communiquer les impressions reçues par les racines postérieures ; 6° que la substance blanche seule des cordons postérieurs ne peut facilement transmettre le sentiment au cerveau -, 7° que cela peut bien avoir lieu si la substance grise est encore en contact avec la substance blanche des cordons postérieurs; 8° que la substance blanche antérieure , sans substance grise , n'est pas en état de communiquer directement aux muscles, par les racines antérieures , les impulsions volontaires ; 9° qu'elle peut seulement provoquer les vibrations des muscles -, 10° que par la substance grise, les impressions se communiquent des cordons postérieurs aux antérieurs -, 11° que par sa substance grise , les impressions se communiquent d'une fibrille centripète à l'autre ; 12° que par la substance grise, la même chose a lieu pour les fibrilles centrifuges-, 1 3° qu'on
doit considérer les fibrilles centripètes et centrifuges comme conducteurs, et la substance grise comme le centre actif du système nerveux.
Bellingeri fait résider les facultés motrices d'extension dans une moitié de la moelle, et celles de flexion dans l'autre moitié. Il établit ainsi une théorie ingénieuse, une loi d'équilibre entre la flexion et l'extension, entre les sphincters et leurs antagonistes.
Suivant Ehrenberg , les tubes rectilignes ou à globules de la matière médullaire cérébrale sont les organes du mouvement , et les tubes variqueux sont les conducteurs delà sensibilité. Cette hypothèse repose sur deux faits anatomiques plutôt supposés que démontrés. Aussi est-elle contestée par Treviranus, Valentin, Burdach.
Ces dissidences apparentes ont fait demander si les nerfs moteurs ne recevaient pas, par leurs anastomoses avec les nerfs sensitifs, la faculté de sentir. M. Longet semble l'avoir démontré pour les nerfs de la face, et il en fait l'application aux nerfs moteurs spinaux. Il pense donc que ceux-ci, bien que seulement moteurs , donnent des signes non douteux de sentiment, parce qu'ils reçoivent des nerfs postérieurs quelques fibrilles qui les accompagnent. Cette opinion nous paraît tout-à-fait vraisemblable.
Le mode de terminaison des nerfs moteurs est aussi bien différent de celui des nerfs sensitifs. Prévost et Dumas , les premiers , ont reconnu que les nerfs des muscles n'ont point de terminaison périphérique, et que leur partie centrifuge rejoint sans délimitation leur partie centripète. Ce que Valentin, Emmert et Breschet ont ensuite constaté. Ils se distribuent et se perdent dans les parties les plus profondes des muscles. Les nerfs sensitifs, au contraire, traversent l'organe et viennent s'épanouir à la périphérie. Le nerf optique et les nerfs musculaires de l'œil nous en offrent un exemple. Cela devait être, puisque chaque fibre musculaire doit recevoir l'influx nerveux , et que la sensation ne peut se recueillir qu'à la surface de l'organe , là où son agent incitateur peut atteindre le nerf. Il est donc bien démontré que chaque ordre de nerf a ses vertus spéciales, et qu'il n'a et ne peut avoir celles d'un autre. Ce n'est donc pas, comme le pensait Arnold, parce qu'ils se distribuent aux muscles ou à la périphérie, qu'ils sont moteurs ou sensitifs.
Ce n'est pas seulement dans les racines des nerfs que gît la différence, elle est inhérente aussi aux cordons antérieurs et postérieurs de la moelle épinière. Les expériences de Van-Deen, Volckmann, Matteucci, Longet, Desmoulins, etc., ne laissent point de doute. La section des cordons antérieurs paralyse les mouvements des muscles auxquels vont se distribuer les nerfs qui partent du cordon au-dessous de sa lésion. La section des cordons postérieurs paralyse le sentiment des parties auxquelles se distribuent les nerfs dont les racines postérieures aboutissent à ces cordons au-dessous de leur lésion. Des faits pathologiques recueillis par Royer-Collard, Velpeau , Rullier ont également démontré que la lésion de ces cordons entraînait la paralysie ou du sentiment ou du mouvement, ou de l'un et l'autre, selon qu'elle occupait les cordons postérieurs, ou les cordons antérieurs , ou toute l'épaisseur de la
moelle rachidienne. Boycr raconte qu'un tambour de la garde nationale, blessé d'un coup de pointe à la partie postérieure et supérieure du col, conserva une paralysie presque complète des mouvements du membre supérieur droit, sans lésion de la sensibilité. Le quart inférieur de l'abdomen , du côté gauche, la moitié des parties génitales du même côté et tout le membre inférieur gauche étaient insensibles et libres dans leurs mouvements. Dugès pense avec raison que le prolongement rachidien a été percé de part en part et obliquement dans sa partie la plus large et au-dessus de l'entrecroisement des pyramides antérieures, de manière à couper la partie interne du faisceau postérieur gauche et la moitié externe du faisceau antérieur droit. Au reste, dans l'immense majorité des cas, la lésion de la moelle en a occupé toute l'épaisseur. Ce n'est que dans 19 cas sur 359 recueillis par M. Longet, qu'elle s'est bornée à n'envahir qu'un seul cordon.
Il ne suffisait pas d'avoir établi que les cordons antérieurs servaient à l'action motrice, et que les cordons postérieurs servaient à l'action sensitive , il fallait déterminer si les nerfs du mouvement qui émergent des premiers venaient de l'encéphale par autant de fibrilles qu'ils en ont en sortant , ou s'ils ne venaient que de la moelle, et si les nerfs du sentiment se rendaient à l'encéphale avec toutes leurs fibrilles. L'anatomie et la physiologie n'ont rien prononcé. D'un côté , la moelle épinière n'a pas supérieurement le volume que lui donnerait la réunion de toutes les fibres des nerfs. D'un autre côté, comment chaque sensation pourrait-elle être transmise au sensorium commune par autre chose que par la fibre nerveuse qui part de la partie où elle a reçu l'impression ? Ne pourrait-on pas admettre dans les cordons une sorte de fusion qui leur permettrait de transmettre sans confusion du cerveau aux nerfs moteurs et des nerfs sensitifs au cerveau ?
4° De l'action réflexe du système nerveux cérébro-spinal.
Les sensations, avons-nous dit, sont perçues par l'organe de l'intelligence, les mouvements sont exécutés sous l'influence du même organe. Il résulte de là que toutes les sensations cérébrales doivent être perçues et que tous les mouvements doivent être soumis à l'empire de la volonté. Mais en est-il toujours ainsi ? Déjà on avait observé que l'intellect n'avait pas toujours connaissance de toutes les impressions que recevaient les nerfs , et qu'il n'était pas toujours consulté dans beaucoup de mouvements qui paraissaient indépendants de la volonté. Un homme décapité avait pu tenir son sabre et l'agiter trois fois ; un autre s'était frappé la poitrine avec les deux mains ; une femme avait pu marcher quelques pas. En supposant ces faits exacts , ils devaient ébranler la confiance sur la nécessité absolue de l'intellect et de la volonté, surtout lorsqu'on y joignait des faits bien positifs. Des autruches décapitées par l'empereur Commode continuaient leurs courses jusqu'à leur man-
geoirc. Kaau Boerhaave, Lamétrie, Urbain, Tosetti, Sue, Wood-Ward avaient répété la même expérience sur les coqs et avaient obtenu le même résultat . Perraut avait vu un serpent, décapité dans sa course, regagner le trou où il se dirigeait. Chaque jour on voyait les canards et les coqs agiter leurs ailes et leurs jambes après la décapitation. Les grenouilles , les insectes privés de leur tête continuaient encore à vivre et à exécuter bien des mouvements. Le clignement spontané des paupières, la déglutition, l'éternuement, la toux, la respiration, le vomissement, les déjections, l'émission des urines, la parturition, se passaient sous les yeux de tous et à l'insu de la volonté. La pathologie surtout fournissait une foule de mouvements involontaires qu'on ne pouvait plus expliquer. Les physiologistes remarquaient ces faits et ébranlaient peu à peu l'absolutisme de la volonté De Sèze avait fait remarquer que beaucoup de mouvements étaient involontaires et automatiques, et par un instinct irréfléchi tendaient souvent à notre conservation. Legallois rapportait à la moelle épinière les mouvements qu'il obtenait dans des tronçons sectionnés du corps. Gall continuait à accorder à la moelle épinière cette influence qu'on reconnaissait avant eux. Le professeur Lallemand insistait beaucoup aussi sur l'action de la moelle épinière et de la moelle allongée dans la production des mouvements involontaires dans les cas d'anencéphalie. Dans un accouchement laborieux, Beyer avait vidé le crâne et déposé l'enfant comme mort dans un coin. Trois minutes après, l'enfant criait, respirait et s'agitait , et cela avait duré quelques minutes, bien que le cerveau y fût étranger. Des faits analogues s'étaient multipliés. Nous-même nous avions pressenti cette découverte. Voici ce que nous imprimions, en 4823, dans notre Mémoire sur les fonctions du système nerveux ganglionnaire envoyé l'année précédente à la Société médicale d'émulation : « Nous voyons dans cette fonction (la respiration) des nerfs de la vie de relation qui ont cela de particulier qu'ils sont presque indépendants d'un acte volontaire du cerveau, et ils ne sont pas les seuls. Il y aurait à cet égard une étude à faire , et cette étude présenterait un grand intérêt. » (Page 55.) Dès 1823, Herbert-Mayo reconnaissait des mouvements réflexes dans la moelle épinière, et même quelques-uns dans les masses cérébrales. Plus tard M. Calmeil en faisait autant et constatait quelques indépendances des opérations intellectuelles.
M. Flourens exprima aussi quelques doutes sur l'émission exclusive de la volonté dans la production delà sensation et de la contraction. Déjà, en 1800, Prochaska avait parlé de mouvements qui s'exécutaient vel anima inscià , vel anima consciâ; et il en avait fait l'application à certains mouvements des décapités , à l'éternuement , au vomissement, au clignement des paupières. Un physiologiste habile , Marshall-Hall , comprenant toute la portée de ce sujet, s'en empara avec fruit en 1832. 11 démontra que bien des actes nerveux de l'appareil cérébro-spinal s'opéraient sans aucune participation de l'intelligence et delà volonté. Il donna à cette série d'actes le nom de pouvoir réflexe ou réfléchi , de faculté ou propriété excito-motriee. Cette grande idée a fait disparaître la confusion qui régnait. Elle a été fécondée par les physiologistes
les plus distingués, Muller, Prochaska, Van-Dccn , Longet, Matteucci : aussi elle ne laisse plus rien à désirer.
Ainsi, lorsque l'irritation d'un nerf sensitif est suivie de mouvements ou de contractions involontaires, ces mouvements ne dépendent pas d'une influence exercée par les nerfs sensitifs sur les nerfs moteurs par le moyen des anastomoses, ils sont dus à l'irritation que les nerfs sensitifs portent au centre cérébro-spinal, lequel réagit sur plusieurs points de l'appareil locomoteur. Il est bien entendu que le système nerveux ganglionnaire n'est pour rien dans l'explication de ces faits. Les mouvements réfléchis sont distincts des mouvements volontaires en ce qu'ils leur survivent longtemps , pourvu que la moelle épinière reste intacte , ce qui fait présumer déjà que cet organe est l'agent incitateur des mouvements chez les animaux décapités : car les mouvements cessent si l'on détruit la moelle. Les contractions réflexes sont moins régulières que les contractions volontaires. Dans ces mouvements l'animal s'agite sur lui-même et ne cherche guère à se déplacer. Quand cela arrive , c'est à l'insu de la volonté , ou parce que l'élan est donné et qu'il s'achève. Cependant Volkmann admet alors dans les mouvements une certaine dose de volonté.
Marshall-Hall , voyant les serpents , les lézards , les grenouilles , etc., s'agiter lorsqu'on les touchait après la décapitation, pensa que l'influence réflexe ne venait que de la moelle épinière , partie à laquelle s'arrêtait la sensation, au lieu de remonter jusqu'au cerveau, ausensorium commune. En restreignant ainsi l'influence des mouvements réflexes, il est allé trop loin. Il y a aussi des mouvements réflexes qui émanent du cerveau. Le clignement des paupières est réflexe ; la crispation de la face lorsqu'une lumière vive ou un son intense frappe la rétine ou l'oreille est réflexe , la contraction des narines et des lèvres, lorsqu'une odeur forte pénètre dans les narines , est réflexe ; la déglutition est réflexe. Il y a donc aussi dans le cerveau des cas dans lesquels la sensation s'arrête et réagit sans la participation de la volonté. Muller va trop loin aussi lorsqu'il place les mouvements de l'iris et ceux du cœur au nombre des mouvements réflexes. Ces deux organes se contractent sous l'influence directe du système nerveux ganglionnaire ; ils sont par conséquent en dehors de l'influence volontaire et du pouvoir réflexe.
Marshall-Hall paraît admettre deux ordres de nerfs : des nerfs cérébraux chargés des mouvements volontaires, et des nerfs spinaux destinés à produire les mouvements involontaires réflexes. Il appelle ces derniers nerfs excitomoteurs. Cette supposition est ingénieuse. Les recherches anatomiques de M. Guillot donnent une explication plus satisfaisante du phénomène. Il a démontré que les nerfs rachidiens se rendaient tous à la substance grise de la moelle épinière ; mais que cependant une partie de leurs fdets se perdait dans la substance blanche et n'atteignait pas la grise. Il n'en a tiré aucune conséquence physiologique , et nous , nous y en trouvons une de la plus haute importance. Par la substance blanche, les filets communiquent avec le cerveau t. t. 21
et en reçoivent l'influence de la volonté. Par la substance grise, ils restent isolés et du cerveau et de la volonté ; c'est par là qu'ils opèrent les mouvements réflexe, c'est ce qu'il a démontré surtout pour le pneumogastrique, qui, d'une part, jouit de l'action sensitive et motrice, et, d'autre part, est privé de l'action de la volonté sur ses contractions.
Van-Deen, Matteucci, Longet ont multiplié les expériences sur les différents cordons de la moelle épinière et sur les deux substances cendrée et blanche . Ils ont obtenu des effets bien curieux , qui semblent quelquefois mettre eu contradiction l'opinion réflexe ; mais leur analyse convenable ne fait que la confirmer en démontrant la liaison et l'influence des différentes parties de la moelle. Ce qui avait fait admettre par Van-Deen une circulatio nervea on vis nervœ. Pour donner des explications plus exactes encore , ce physiologiste suppose la moelle épinière composée de quatre parties : 1° substantia medullaris postica ; 2° substantia gelatinosa ; 3° substantia spongiosa ; 4° substantia medullaris antica , et il attribue à chacune son rôle dans l'action réflexe . Nous nous dispenserons d'entrer dans ces détails jusqu'à ce que l'auteur nous ait démontré ce qui n'est pas même probable.
Les mouvements réflexes sont nombreux 5 mais tous les mouvements involontaires ne sont pas réflexes , comme l'a prétendu Muller. Aussi beaucoup de confusion règne dans cette partie de son ouvrage , parce qu'il a voulu faire dépendre les mouvements ganglionnaires du pouvoir réflexe. C'est ce qui avait porté un physiologiste à admettre trois sortes de sensations : une sensation ganglionnaire , une sensation instinctive et une sensation cérébrale.
C'est pendant le sommeil surtout que se manifestent le plus souvent. les mouvements réflexes des membres. Pincez ou piquez un membre , il se contracte et se retire. Mais le pouvoir réflexe, comme nous l'avons dit, ne se borne pas à la moelle épinière et à ses dépendances , les muscles de la tête aussi ont leur action réflexe. Le clignement des paupières , la convergence des deux yeux sur le même objet , la constriction des narines et des lèvres , sont des actes réflexes dépendant de l'encéphale. Les mouvements réflexes sont souvent occasionnés par imitation ; on bâille quand ou voit bâiller, on rit quand on voit rire, on vomit quand on voit vomir, on prend besoin de pisser quand on voit ou qu'on entend pisser ; on penche le corps du côté où l'on voit un oiseau ou une pierre fendre l'air, on se penche du coté où l'on voudrait voir se diriger la boule ou la bille qu'on vient de lancer ; on se penche , au contraire , du côté opposé à celui où l'on glisse ou bien à celui où une voilure menace de verser. Souvent ils sont le résultat d'une association fonctionnelle , la convergence des yeux , la déglutition , les contractions du périnée dans l'éjaculation , les contractions de l'abdomen dans l'accouchement , les contractions des sphincters. En général, le nerf moteur réflexe qui est influencé est le plus rapproché du nerf sensitif excité. Ainsi l'éternuement succède à l'irritation directe delà membrane pituitaire , la toux est provoquée par Fir-
i\Ml;\vim\ CÉRÉBRALE. 223
ritation du larynx el des bronches, le vomissement par l'irritation de l'estomac , la défécation par la présence des matières fécales , la mixtion par la plénitude de la vessie, etc. De cette manière la puissance réflexe n'a pas un |png parcours à faire. Elle passe plus vite et plus naturellement d'un nerf à l'autre, il n'en est pourtant pas toujours ainsi : le chatouillement de la plante des pieds excite le rire, le froid des téguments excite le claquement des dents et le tremblement des membres , la présence des vers dans les intestins provoque des convulsions, un verre d'eau jeté sur la face ranime la respiration , les médicaments et les toxiques opèrent aussi une foule de mouvements réflexes , soit internes soit externes, dont l'étude appartient à la matière médicale.
Chaque mode d'excitation excite un mode spécial de mouvement réflexe. Voilà le fait : La raison , nous ne la connaissons pas ; elle appartient à cette liaison inconnue de synergie ou de sympathie qui unit tous les organes.
Dans de nouvelles recherches sur les mouvements involontaires de la vie animale, M. Debrou a établi de nouvelles distinctions qui ne changent rien aux faits connus , mais qui les classent en variétés plus méthodiques. La théorie du pouvoir réflexe n'explique cependant pas tous les faits de mouvements involontaires dépendant de l'influence cérébrale : ainsi pourquoi l'on éternue toujours lorsque la pituitaire est irritée , pourquoi l'on vomit toujours lorsque ce sont les piliers du voile du palais. Muller, Debrou , Longet ont essayé d'en donner l'explication ; mais leurs raisons nous paraissent peu satisfaisantes. Il n'y en a qu'une à donner, c'est que la nature l'a établi ainsi pour la fonction. et que cela ne peut pas être autrement.
5° Dr la nature de l' action nerveuse.
Jusqu'à présent nous avons étudié les actes du système nerveux cérébral. C'est bien la chose essentielle, mais ce n'est pas tout. Il nous reste à comprendre comment ee vaste appareil agit dans la communication qu'il établit entre son extrémité périphérique et son extrémité cérébrale, soit pour transporter les impressions qu'il reçoit, soit pour transmettre les ordres dont il est chargé, en un mot, ce qui se passe dans l'intimité du nerf pour l'accomplissement de ce double emploi. Là rien ne se voit, rien ne tombe sous les sens. L'activité nerveuse est insaisissable, elle ne se traduit que par des résultats. Tout est soumis au calcul et à l'appréciation de l'imagination. Aussi tout est hypothétique. Et nous n'en serons pas plus avancé lorsque nous aurons dit que la réaction est analogue ou identique à l'impression ; qu'elle est dans le nerf ce qu'elle a été dans l'organe du sentiment, et dans l'encéphale ce qu'elle a été successivement dans l'un et dans l'autre ; qu'elle est modifiée successivement dans son trajet. Est-elle une impression, une secousse communiquée de molécule à mo-
lécule? Est-elle l'impression elle-même qui s'est en quelque sorte substantialisée ? Toutes les opinions qui ont été émises peuvent se rattacher à trois principales : la vibration du nerf, la transmission d'un liquide matériel , l'action d'un fluide impondérable.
A. — La vibration du cordon nerveux a été admise assez généralement par les anciens. Baglivi l'adoptait encore. Dans cette hypothèse, les cordons nerveux étaient tout-à-fait solides. Une impulsion faite à leur extrémité y causait un ébranlement qui les faisait vibrer comme une corde de violon , et cette vibration allait retentir dans l'organe auquel se rendait le nerf, et y produisait la sensation de l'impression. Ils supposaient aussi que la vibration avait lieu lorsque la volonté transmettait à un muscle l'ordre de se contracter, cette opinion est abandonnée aujourd'hui. On ne peut pas croire que la vibration puisse être modifiée autant que le sont les impressions différentes qui viennent assaillir le nerf ou les ordres différents qui sont envoyés aux muscles. On ne croit pas même qu'elle soit possible, parce que, pour vibrer , une corde a besoin d'être sèche, tendue et isolée, et que le nerf ne présente aucune de ces qualités. Il n'est point élastique. Privé de point d'appui , il n'est pas susceptible d'oscillation. D'ailleurs on n'a pu, ni avec le doigt ni avec le microscope, s'assurer de cette vibration. En outre, l'effort viendrait s'éteindre ou se partager dans les ganglions et les plexus qui s'opposeraient à sa transmission.
B. — Quelques auteurs, avec Leuwenhoeck, Hill et Ledermuller ont cru avoir trouvé les nerfs canaliculés. Haller, Arnemann , Muller, Leuret , etc.. ont reconnu l'inexactitude de ce fait. Cependant M. Bogros prétend avoirtrouvé de nouveau ce conduit. Il a même cru voir le liquide nerveux s'en écouler, lorsqu'il avait pratiqué la section transversale du nerf. MM. Gendrin. Weber, etc., n'ont jamais pu le rencontrer. Dès lors il est impossible d'admettre une circulation de la substance nerveuse analogue à la circulation sanguine. L'analogie est inexacte. Le névrilème forme bien une enveloppe à la substance nerveuse, mais ce n'est point un conduit, un canal. La substance nerveuse ne circule point. Elle ne sort en partie du névrilème coupé , que parce que celui-ci, en se rétractant, en exprime la partie la plus voisine de la section. Cette matière est trop épaisse pour pouvoir marcher avec la rapidité qu'exigerait la transmission de l'impression et de la volonté. La possibilité physique n'y est pas. Elle se trouverait encore moins dans les cordons de la moelle épinière : elle n'a point de névrilème, partant point de conduit. Cependant elle est une grande voie de transmission aussi bien que les nerfs. Mais alors, dira-t-on , pourquoi ces conduits névrilématiques, si ce n'est pas pour établir une circulation de la pulpe nerveuse? Pourquoi ? Le voici. Pour que la transmission ait lieu de la périphérie à l'encéphale et de l'encéphale à îa périphérie, il faut qu'il y ait continuité non interrompue de la substance qui est chargée de cette transmission. Voilà sa raison, voilà son usage. Les fibres canaliculées qu'Ehrenberg dit avoir trouvées avec le microscope dans
les cordons des mollusques ne sont pas des preuves plus satisfaisantes , et son fluide nerveux, limpide et transparent qui en oecupe l'intérieur n'est pas mieux établi. 11 ressemble à la sérosité ou fluide céphalorachidien de quelques physiologistes.
C. — L'opinion qui admet un fluide impondérable comme agent de transmission ou de communication entre le cerveau et la périphérie , est aujourd'hui la plus généralement adoptée. Elle a éprouvé de nombreuses contradictions de la part de De Sèze, et elle en éprouve encore de la part de M. Littré. Sauvages, le premier, le regarda comme un fluide élastique impondérable : car avant lui on l'avait successivement assimilé à l'albumine , à l'alcool, à un fluide aqueux. Cependant Descartes en avait fait un fluide igné. Vanhelmont, Willis, Stenon en faisaient une émanation du fluide universel et lui trouvaient de l'affinité avec la lumière. On le désignait en général sous le nom d'esprits nerveux ou esprits vitaux. A l'aide du fluide, principe ou agent nerveux, tous les phénomènes de l'action des nerfs s'expliquent facilement, et la transmission instantanée des sensations de la périphérie au centre, et la transmission de la volonté de l'encéphale aux muscles , et les suspensions plus ou moins complètes du sentiment ou du mouvement , et le retour de ces paralysies au sentiment et au mouvement , et les mouvements désordonnés des convulsions, du tétanos, etc., et les sensations exaltées ou viciées des névroses ou des névralgies. C'est ce double trajet du fluide nerveux de la périphérie au cerveau et du cerveau à la périphérie qui a fait comparer les phénomènes de l'innervation à ceux de la circulation. Van-Deen disait cireulalio nervea, et il établissait entre ses quatre substances une analogie avec les quatre cavités du cœur? « De même, ajoute-t-il , que la respiration change le sang veineux en sang artériel, de même aussi la pensée change le sentiment en impression propre de la volonté. » Muller s'élève avec juste raison contre cette circulation nerveuse par un double courant centripète et centrifuge. Comment, en effet, trouver cette circulation dans les nerfs purement sensitifs , optique, olfactif, auditif?
Lorsqu'on fit la découverte du galvanisme et de son action sur le système nerveux; lorsque surtout Aldini, de Humboldt , etc. , eurent provoqué des courants galvaniques avec le seul courant nerveux ; lorsqu'on eut ainsi démontré que l'action nerveuse suivait les lois du fluide électrique dans les relations de l'organisme avec les circonstances physiques extérieures , et dans les relations mutuelles des parties de l'économie, on compara le fluide nerveux au fluide électrique, et de la comparaison on passa bien vite à l'assimilation. Mais cette analogie ne peut point entraîner l'identité, comme ont voulu le faire Sœmmering, qui avait bâti là-dessus son télégraphe électrique, Chiaverini,Fourcaut, Durand de Lunel, Jacobson, Bernardi, Bergmann, Meckel, Cazœuvielh, Boillarger, parce qu'ils avaient cru remarquer une sorte de stratification des substances grise et blanche qu'ils avaient comparées à une pile galvanique: comme l'ont voulu encore Giraudi, Faraday, Nobili, Wilson Phi-
o2G SYSTÈME NERVEUX CÉRÉBRAL.
lipp, Prévôt, de Genève, qui disent même avoir aimanté des aiguilles de fer doux en les plaçant dans le courant électrique de la moelle épinière. Comment y aurait-il identité, lorsqu'on sait qu'une ligature et la section d'un nerf interceptent la transmission du fluide nerveux, et qu'elles n'empêchent pas la transmission du fluide électrique qui franchit les sections et les ligatures, qui saute d'un nerf à l'autre et même d'un tissu à l'autre, et qui même, après la mort, parcourt le trajet d'un nerf que ne peut plus animer le fluide nerveux?
Nous savons, d'ailleurs, que ni Muller, niMatteucci, ni Longet n'ont jamais pu aimanter d'aiguilles avec les nerfs, qu'ils n'ont jamais non plus trouvé de courant électrique dans les nerfs. Cependant Matteucci admet la transformation du fluide nerveux en électricité et réciproquement. Rien n'est plus intéressant que les phénomènes galvanoscopiques qu'il a obtenus sur les grenouilles qu'il a soumises à mille expériences diverses. Dès lors il est plus qu'inutile de chercher une pile galvanique dans l'appareil cérébro-spinal. Non, les couches alternatives de substance grise et de substance blanche ne sont point des disques de métaux différents superposés et alternes. Non, la disposition des nerfs cérébraux et des nerfs du grand sympathique ne représente pas mieux l'action des métaux alternes. Non, cet appareil n'est point une pile armée de ses pôles. Non , ce fluide n'est point l'électricité , n'est point le magnétisme. Il est un fluide sui generis, qui est l'intermédiaire entre l'ordre physique et le sens intime. Comment concevoir ce rapport entre deux êtres, l'un physique et l'autre spirituel? Abîme de mystère , que n'explique même pas la métaphysique unitaire vitale. Les efforts de savants distingués n'ont donc pas pu faire adopter cette identité. Ils ont prouvé seulement qu'on pouvait consacrer beaucoup de temps et de talent à des questions futiles. Heureux encore quand elles ne sont pas nuisibles, comme l'eût été l'inqualifiable syphilisation présentée et soutenue cependant par des hommes de mérite et de beaucoup d'esprit.
Une question importante à l'anatomie et à la physiologie a beaucoup occupé les savants , c'est le mode de terminaison des nerfs. Les uns ont voulu qu'en se terminant dans les tissus ils se confondissent et s'identifiassent avec leur trame, afin d'y porter ainsi la vie plus directement ; les autres ont voulu qu'ils vinssent s'y anastomoser en arcade, afin de former une pile non interrompue, dans laquelle ils seraient ainsi afférents et efférents. Cette opinion de MM. Prévost etDumas, Dutrochet, etc., est le résultat d'une combinaison anticipée pour expliquer l'électricité nerveuse qu'ils supposaient. L'anatomie n'a pas encore confirmé ces anastomoses ; il est même des nerfs qui ne s'anastomosent jamais : l'optique, l'olfactif, l'acoustique, etc ; M. Bazin va même jusqu'à nier toutes les anastomoses nerveuses. Il en est de même de Hense et de Kœllison, qui assurent que les nerfs se terminent dans les corpuscules de Pacini. D'un autre côté, la fusion avec les tissus laisse beaucoup à désirer. L'incertitude la plus grande règne encore sur ce sujet. On a eu tort sans doute de vouloir généraliser. 11 y a plusieurs modes de terminaisons, et peutêtre y en a-t-il un spécial pour chaque nerf des sensations, des sens et des
INNERVATION CÉRÉBRALE. Mi
Mouvements, avouons toutefois que les anastomoses des nerfs sont précieuses. Elles entretiennent l'union, l'harmonie , le moi physiologique , et elles expliquent une foule d'actes qu'on n'expliquerait pas sans elles.
Partout où se distribuent les nerfs et leurs filets, l'action nerveuse se l'a i ! sentir; mais elle ne s'étend pas au-delà. Ainsi nous repoussons l'opinion de Heil , qui , croyant à l'absence des nerfs dans certains animaux et dans certaines parties, admit, pour y suppléer, une atmosphère nerveuse, lancée cl agissant au-delà du nerf lui-même. Ce serait accorder à ce fluide ou aux autres tissus qui lui serviraient alors de conducteurs, une vertu qu'ils n'ont pas. Les nerfs seuls sont les conducteurs du lluide nerveux, et seuls ils peuvent l'être. Cependant cette opinion a été adoptée par quelques physiologistes distingués, entre autres par Barthcz , de Ilumboklt, Rudolphi , Berend, Prochaska, Unrer, etc. Nous repoussons avec non moins d'énergie l'admission hypothétique de deux fluides nerveux, un pour le sentiment, un pour le mouvement. Il n'\ en a qu'un , partout identique, partout le même; allanl de la périphérie au centre et du centre à la périphérie. Si l'on en admettait deux, il n'y aurait pas de raison pour qu'on n'en adoptât pas un qui fut propre à chaque action nerveuse , à chaque sensation spéciale. Nous repoussons encore l'opinion de Thomasini et de Martini, qui n'ont vu là qu'un mouvement imperceptible imprimé au cordon nerveux par les excitants extérieurs et par la volonté : parce qu'ils ne pouvaient autrement comprendre et la rapidité de la transmission, et la formation d'une substance impondérable par des excitants pondérables ou par la volonté, et l'inaltérabilité du nerf par cette action , et le rétablissement de l'équilibre qui devait avoir été rompu. Nous nous dispensons de discuter l'opinion de Haller sur le vis ncrvosa et celle de Muller sur le vis motoria, qu'ils sembleraient vouloir substituer au fluide nerveux.
On s'est demandé quelle était l'origine du fluide nerveux. Les uns l'onl placée dans le cerveau, qu'ils ontregardé, avec Hippocrate, comme une glande; les autres l'ont fait venir de la moelle allongée; Rolando Ta fait sortir du cervelet qu'il regardait comme la réunion des disques d'une pile ; quelques autres en ont placé la source dans la moelle épinière , et d'autres enfin dans les nerfs eux-mêmes. Nous pensons que ce fluide est le résultat d'une sorte de sécrétion qui s'opère partout où il y a de la substance cérébrale , surtout de la substance grise , soit dans le crâne , soit dans le rachis , soit dans les ganglions et les nerfs -, mais surtout dans la masse cérébrale qui en serait le réservoir et l'entrepôt, tandis que les nerfs n'en seraient que les conducteurs. Détruisez le cerveau, vous paralysez toutes les sensations cérébrales et toutes les volitions. Détruisez la moelle épinière, vous paralysez tous les actes réflexes. Coupez un nerf, vous paralysez les parties auxquelles il se distribue. Mais, dira-t-on , la paralysie est alors le résultat de la séparation du nerf d'avec le cerveau et la moelle épinière. Cela est vrai pour la volition , mais pendant quatre jouis , un membre , qu'on a paralysé par la section du nerf qui s') distribue, exécute des mouvements lorsqu'on irrite le nerf
dont les branches vont se distribuer à ses muscles. S'il n'y avait eu que simple réservoir du fluide fourni par l'encéphale ou le rachis , ce réservoir eût été épuisé dès le premier jour. Il est donc à présumer que pendant les jours suivants le nerf a trouvé dans lui la source du fluide qu'il a fourni encore. D'un autre côté, le membre se paralyse par la ligature des vaisseaux sanguins. Il y a donc là une réparation du fluide nerveux, et cette réparation se fait comme la nutrition, et, selon Malpighi, Cabanis, comme une sécrétion , par le moyen du sang artériel , qui arrive en quantité plus considérable au cerveau qu'à toutes les autres parties nerveuses du corps. Cependant on ne peut pas dire que le sang fournisse les matériaux du fluide nerveux impondérable ; puisque ni Leuwenoeck, ni Ruisch, ni Albinus n'ont pu suivre les vaisseaux dans la substance blanche, à laquelle Giovani , Dellatorre, Monro, Fontana, Prochaska, Séligo se sont efforcés .en vain de trouver une structure identique, cylindrique, fibrillaire, globuleuse, celluleuse, etc. -, mais le sang entretient par son abord bien plus que par sa vitesse la condition vitale convenable du système nerveux , qu'il n'y ait qu'un seul réseau artériel , ou qu'il y en ait deux, comme le veut M. Guillot. Lecat avait déjà vu dans ce fait le résultat de la combinaison de l'élément nerveux avec l'élément vasculaire. Janin aussi avait prétendu que le fluide nerveux était fourni par le sang. La découverte de la cérébrine par M. Chevreul donnerait beaucoup d'importance à cette opinion, si elle se réalisait, et surtout si elle nous expliquait comment un principe matériel peut fournir un principe impondérable. Ce qui prouverait encore que les nerfs fournissent au moins pendant quelque temps leur fluide nerveux , c'est qu'ils ne se forment ni du centre à la circonférence, comme on l'a généralement pensé, ni de la circonférence au centre comme l'a voulu M. Serres. La circonférence ne dépend pas plus du centre que le centre de la circonférence. Tout dans l'embryogénie marche simultanément. Une harmonie préétablie préside toutes les parties. Toutes se développent en même temps ou successivement , selon leur utilité . Toutes ont leur mode forcé d'existence dans le lieu où elles se développent. Ainsi chaque nerf a sa raison d'être dans chaque point de son étendue. Mais l'essence de la sensibilité et de son agent n'est pas plus connue que celle de la vie.
Nous admettons le fluide nerveux, comme moyen plus satisfaisant d'explication ; mais nous n'adoptons pas les rêveries qui ont surgi sur sa nature , sa subtilité, ses propriétés, son mode d'action, sa vitesse, etc. Il est invisible. Bertholin, Malpighi, Glisson , Kinnein, M. Bogros se sont trompés quand ils ont cru le voir : ils ont pris pour lui , soit l'humeur des ventricules , soit la vapeur qui se dégage des parties , soit la pulpe qui flue du nerf coupé. Mais ce n'est pas là le fluide nerveux. Haller a suffisamment réfuté cette opinion.
Puisque le nerf n'a point de canal, on s'est demandé quelle partie servait de véhicule au fluide nerveux. Reil a supposé que le névrilème le transportait du cerveau aux organes, et que la pulpe le rapportait des organes au
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coin eau. De celte manière il expliquait l'isolement des nerfs moteurs et des nerfs sensitifs. Cette opinion n'a pas pu être admise, non plus que celle de Darwin, qui attribuait tout à un relâchement et à une contraction alternative du nerf; que celle de Lecat, qui faisait du névrilème l'organe conducteur ; que celle de Robinson qui voulait qu'il y eût dans le névrilème des papilles qui se rapprochaient ou s'éloignaient, selon la vivacité des sensations ; que celle de Bordeu qui admettait des rides transversales qui s'étendaient et se resserraient; de Brandis qui croyait à des contractions insensibles , analogues à celles des muscles. Aujourd'hui la pulpe nerveuse , ainsi que le pensait Halier, est seule regardée comme le véhicule du fluide nerveux, comme son agent conducteur. Ce qui le prouve , c'est que la pulpe se dépouille de son névrilème dans les points où elle reçoit les impressions : c'est qu'elle en est dépouillée avant son insertion au cerveau , à la moelle allongée et à la moelle épinière. Quelques auteurs ont admis dans l'intimité de la pulpe un mouvement ou un changement moléculaire pour expliquer la transmission. Personne n'a rien vu. Ce qu'on peut dire de plus rationnel . depuis que Chaussier, Rolando et Gall ont démontré la nature fibreuse de la substance blanche du cerveau , c'est que le fluide nerveux , formé dans la substance grise , est transporté et disséminé partout, en vertu de la modification qu'en reçoit la substance blanche ou médullaire fibreuse. Il parcourt ainsi le nerf avec une vitesse inconcevable , en tout comparable à celle du fluide électrique. L'impression produite à une extrémité est, comme une commotion , de suite transmise à l'autre extrémité.
On a cherché à évaluer la rapidité de cette marche du fluide nerveux, soit du cerveau à la périphérie, soit de la périphérie au cerveau. Halier lui a attribué une vitesse de 9,000 pieds par minute ; Sauvages , 32,400 pieds par secondes; un autre l'a élevée à 56,600,000,000 pieds ; Watstone à 115,000 lieues par secondes. Rien n'est fixé. On peut la comparer à la rapidité de la lumière ou à celle de l'électricité ou du son. Mais à quoi bon? Disons cependant que cette vitesse varie beaucoup selon les espèces, les âges, les tempéraments et les individus. Les maladies surtout la font varier d'une manière étonnante. Elles lui impriment quelquefois une lenteur inconcevable. Nous voyons alors l'impression ne se faire sentir au malade que plusieurs secondes et même plusieurs minutes après que l'incitation a cessé. Il semble que le fluide nerveux marche lentement , ou qu'il trouve un arrêt qu'il a de la peine à franchir, ou bien enfin que l'organe de la perception ne reçoit et n'élabore l'impulsion qu'avec peine. Il en est de même de la volition. Elle ne se transmet quelquefois qu'avec une lenteur indicible. Déjà le sens intime est occupé ailleurs, que le membre n'a pas encore obéi à la volonté.
Les influences nerveuses ne s'exercent pas toutes à la fois ni de la même manière. Tantôt elles s'associent pour agir en commun et déterminer plusieurs actes qui concourent à la même fonction. Il y a alors consensus, synergie ou convergence. Tous les muscles fléchisseurs agissent ensemble pour opérer la flexion. Pour v parvenir, ils reçoivent à la fois l'influence nerveuse
qui les fait contracter. Cette association est telle , que, dans les yeux, il y a une sorte de disparité d'action. Pour que les deux yeux se dirigent' sur le même objet, il faut que les muscles opposants se contractent à la fois. Veut-on regarder à droite , ce sont les muscles droit externe de l'œil droit et droit interne de l'œil gauche qui se contractent. Si les deux muscles droits externes se fussent contractés ensemble , il y aurait eu divergence , la vue eût été moins nette. La convergence d'action ou le consensus ne consiste donc pas toujours à faire agir les parties congénères, mais à faire agir celles qui concourent au même but, fussent-elles antagonistes. C'est donc pour arriver au même but de consensus, que certains actes, qui nous paraissent antagonistes, ne le sont point en effet. Ainsi les muscles extenseurs sont regardés comme les antagonistes des fléchisseurs , et les muscles expulseurs comme les antagonistes des constricteurs. Eh bien! cet antagonisme n'est point réel. Il y a toujours accord entre eux. Toujours ils agissent dans un but commun. Lorsqu'il faut étendre la jambe, les fléchisseurs se relâchent et les extenseurs se contractent : ils s'entendent merveilleusement pour cet acte. Lorsque les constricteurs du rectum ou de la vessie se contractent, les sphincters se relâchent 5 il y a toujours harmonie. Nous trouvons cependant une sorte d'antagonisme entre certaines fonctions. Lorsque l'une s'exécute avec activité, les autres semblent suspendues. Une forte préoccupation intellectuelle semble abolir les sensations. L'homme paraît alors isolé du monde extérieur. Cet antagonisme fonctionnel s'étend aux actes de la vie ganglionnaire : une sueur abondante diminue la sécrétion urinaire , et vice versa. Ces faits sont communs et réguliers. Ils ont lieu pour que la vie s'exécute dans son entier, pour que l'harmonie ne soit jamais troublée. Convenons toutefois que, malgré l'analyse minutieuse des nerfs et de leur action , le mélange et la communication des fdets au-delà de la réunion des racines rendront toujours difficile à concevoir comment les impressions que plusieurs extrémités sensitives reçoivent à la fois, arrivent au cerveau sans se confondre , et de quelle manière le principe du mouvement est dirigé vers un seul muscle qui reçoit ses nerfs du même tronc que les autres muscles du membre.
Le fluide nerveux n'est pas inépuisable. Une consommation excessive el non interrompue l'épuisé bientôt. De là vient la lassitude des organes et des membres après un exercice violent. De là même la lassitude et l'épuisement qui résultent de la force que met la volonté à contenir des mouvements que l'irritation ou toute autre cause commande. De là naît le besoin du repos après un exercice longtemps soutenu. De là enfin l'épuisement du fluide qu'on amène à volonté dans chaque nerf en l'irritant successivement et coup sur coup. On dirait que nous ne possédons qu'une dose déterminée de puissance innervante à dépenser soit par jour , soit pendant toute la durée de la vie. Sa dépense a donc des limites , et il faut de bonne heure la proportionner à nos besoins et en régulariser le budget. C'est le seul nio\eu de ménager ses forces et de prolonger des jours que la jeunesse semble
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vouloir abréger, Icllcmciit elle est pressée de jouir. M. Belfield-Lefèvre a voulu en chercher la cause dans son accumulation dans la cellule nerveuse par la sécrétion de ses parois : double hypothèse trop douteuse pour l'adopter sur parole.
Lorsque le fluide nerveux est ainsi épuisé , il faut le repos pour le réparer, il faut surtout le sommeil. La nourriture aussi le répare et l'entretient. Cependant la sensibité semble quelquefois s'accroître avec les privations et l'amaigrissement. Il n'en est pas de même de la motilité. Toujours elle perd ses forces avec les privations. Aussi une bonne alimentation en est le plus sûr moyen de renouvellement. Mais l'épuisement devient plus difficile à réparer, lorsque, par des jouissances anticipées ou trop souvent réitérées on a tari la source des plaisirs et des sensations , lorsque surtout on a fait un abus des stimulants propres à rappeler les désirs émoussés et à réveiller l'action des sens engourdis , afin de satisfaire des goûts extravagants et factices qui, en dégradant l'être moral, épuisent l'être physique.
Il y a entre les deux systèmes nerveux moteur et sensitif, un antagonisme qui fait que lorsque l'un s'exerce trop , l'autre en souffre. L'athlète et les gens de peine perdent du coté de la sensibilité et de l'intelligence , ou du système nerveux sensitif, ce qu'ils gagnent du côté de la force ou du système nerveux moteur. D'un autre côté, les hommes de lettres, les gens de cabinet , de science et d'étude perdent en force motrice ce qu'ils gagnent en activité intellectuelle et en sensibilité. Ces deux états poussés à l'extrême peuvent nuire à la santé en détruisant l'équilibre. Pour que tout aille bien, il faut n'accorder rien de trop à aucun système nerveux. Il faut les exercer et les occuper également et alternativement, pour que chacun conserve sa force et que l'équilibre ne soit pas rompu. Il faut surtout ne pas occuper à la fois tous les sens ; ce serait le moyen de les lasser bien plus vite. De plus, l'attention étant ainsi partagée et en quelque sorte disséminée, serait moins grande et moins complète pour chaque sens : Pluribus intentas , minor est ad singula sensus.
Ainsi l'innervation cérébrale consiste : 1° dans la disposition de toutes les parties du corps, tant internes qu'externes, à recevoir des impressions multipliées , qui sont transportées à un centre commun et à elles et à l'intelligence 5 2° dans la réaction de cet agent sur les organes moteurs , pour leur faire exécuter les ordres du sens intime. Cette double manifestation constitue la sensation et la myotilité -, elle s'exécute par des cordons qui établissent une communication directe entre les organes impressionnés et moteurs et l'organe de l'intelligence. Ces cordons sont de deux sortes : les uns du sentiment, les autres du mouvement. La volonté n'a pas toujours la conscience de la sensation, et elle ne dirige pas toujours le mouvement. Il en résulte alors ce que nous avons appelé l'action réflexe ou sans participation de l'intelligence : elle se passe dans un cercle où les nerfs et le centre cérébro-spinal jouent leur rôle ; mais, en passant par ce centre, elle se limite
dans des points qui sont en dehors du siège réel du sens intime. Pour expliquer cette action importante, nous admettons un fluide subtil, impondérable, qui marche avec la rapidité de l'éclair, et qui transmet, véritable télégraphe électrique, les impressions reçues et les ordres de la volonté. De cette manière, tous les phénomènes dans lesquels l'influence nerveuse joue son rôle, sont expliqués avec la plus grande facilité. Dépositaire de la sensibilité, incitateur du mouvement , le système nerveux résume en lui le vrai caractère de l'animalité. La sensation cérébrale s'adjoint toujours à l'intelligence : elle en est la condition préalable ; tandis que la motilité peut n'exister qu'avec l'instinct , comme on le voit chez les animaux inférieurs. Malgré leur puissance , les nerfs ne sont point les générateurs de la vie ; ils n'opèrent point les fonctions qu'ils exécutent et font exécuter : ils ne sont que des instruments dont la vertu cesse dès qu'ils sont séparés. du dynamisme vivifiant. Leur pouvoir n'est que d'emprunt. Des ganglions sont placés à l'origine de quelques nerfs cérébraux et spinaux. Les nerfs cérébraux qui en ont sont peu nombreux, tandis que les nerfs spinaux en ont tous. Cela tient à ce que les nerfs cérébraux, à l'exception du pneumogastrique, sont spéciaux en naissant, et qu'ils se rendent tels à leur destination ; tandis que les nerfs spinaux sont moteurs et sensitifs à leur origine , et qu'un ganglion devenait nécessaire à leur point de jonction pour en opérer l'union. Nous avons vu que les nerfs conservaient la mémoire des sensations dans la douleur qui survit à un membre amputé \ ils conservent aussi quelquefois la mémoire de l'exécution. Les doigts du musicien exécutent l'air qui leur est habituel, bien que l'attention de l'artiste soit dirigée ailleurs. La plume du médecin trace quelquefois les phrases d'une ordonnance familière, avant que la volonté l'ait prescrite. Nous avons vu enfin combien était vraie et indispensable la distinction des deux systèmes nerveux. Si elle n'existait pas, si tous les actes de la vie étaient soumis à notre volonté, serions-nous à l'abri des égarements du désespoir et des passions ?
6° Modifications de l'innervation.
Ces modifications sont nombreuses, et les agents qui les opèrent sont plus nombreux encore. Cette étude serait beaucoup trop longue, si nous l'envisagions dans tous ses détails. Nous serons donc obligé de la restreindre aux faits principaux, qui, d'ailleurs, serviront d'interprète à tous les autres.
L'âge, le sexe, les tempéraments, l'air, les saisons, les climats, les boissons, les passions, l'éducation, la profession, les maladies modifient singulièrement l'innervation.
Dans l'enfance , la mobilité nerveuse est extrême \ l'enfant sent vivement et réagit plus vivement encore. De là ce mouvement perpétuel, ce besoin de sensations nouvelles, et cette disposition aux maladies convulsives. Dans la jeunesse, la violence des passions dompte l'innervation et lui donne un cachet
particulier d'activité et d'ardeur. Dans l'âge mûr, la mobilité nerveuse est moins grande , les sensations sont moins vives ; mais elles sont plus fortes , plus profondément senties, elles laissent des impressions plus durables. Dans la vieillesse, l'innervation s'émousse et dans les sensations qui reçoivent moins vivement les impressions, et dans les mouvements qui s'exécutent avec plus de lenteur.
L'influence du sexe n'est pas moins puissante. Cbez la femme, il y a une mobilité beaucoup plus grande ; le système sensitif est beaucoup plus développé. Chez l'homme, la sensibilité est plus mousse, les forces physiques sont plus grandes, le système moteur est beaucoup plus développé.
Tout le monde connaît la différence qu'il y a sous le rapport de la sensibilité et de la motilité entre les tempéraments nerveux et bilieux , et les tempéraments lymphatique et musculaire. Dans les deux premiers, la sensibilité l'emporte de beaucoup ; dans les deux derniers, la sensibilité est beaucoup plus mousse , dans le dernier surtout , où le système moteur est en revanche fortement exprimé.
Parmi les modificateurs de l'innervation, l'éducation tient le premier rang. L'élève de la nature, exposé à toutes les rigueurs des saisons et aux travaux les plus rudes, émousse sa sensibilité en développant ses forces physiques et motrices ; tandis que l'élève efféminé des grandes villes et du luxe perd en énergie motrice ce qu'il gagne en sensibilité exquise.
La profession tient à l'éducation pour son influence. Les professions qui nécessitent une grande consommation de forces physiques, développent l'appareil moteur, et dépriment d'autant l'appareil sensitif. Les professions, au contraire , qui exigent le repos et une vie sédentaire , engourdissent l'appareil moteur, et donnent plus de développement à l'appareil sensitif.
L'air, les saisons, les climats exercent une influence qui dépend en grande partie de la température. La chaleur énerve la force motrice et augmente la sensibilité. Le froid, pourvu qu'il ne soit pas excessif, produit un effet contraire. Comparez la sensibilité des habitants du Midi avec la force motrice des habitants voisins du Nord ; comparez l'énergie musculaire du même homme dans les saisons froides ou fraîches , avec la mollesse de ses fibres pendant les chaleurs de l'été.
Le régime aussi modifie singulièrement l'état de l'innervation. La quantité, comme la qualité des aliments et des boissons , produit des effets bien marqués. La privation des aliments comme leur mauvaise qualité, anéantit les forces motrices en exaspérant quelquefois la susceptibilité. Une nourriture abondante et substantielle donne de l'énergie aux forces motrices , et jette sur la sensibilité un manteau qui la voile. Il n'est pas besoin de faire ressortir les effets des boissons spiritueuses , suivant surtout qu'on en fait un usage modéré ou qu'on en abuse.
Il n'est pas possible de méconnaître la grande influence qu'exercent les passions sur l'innervation. Les passions tristes brisent les forces musculaires et rendent la sensibilité bien plus impressionnable. Les passions gaies et ex-
pansivcs donnent une activité plus grande aux deux modes d innervation , à la motilité, comme à la sensibilité -, cependant, elles paralysent quelquefois les sensations étrangères à celles de la passion.
Nous n'en finirions pas, si nous voulions entrer dans les détails des modifications nombreuses que les maladies opèrent sur l'innervation. Autant d'affections différentes, autant de résultats différents. Ce que l'une exalte , l'autre le déprime. Bien plus, la même maladie ne produit pas toujours les mêmes effets : elle excite , elle paralyse , elle convulsé alternativement et successivement. Tout est désordre. Nous l'indiquons : cela doit nous suffire, attendu que nous ne devons nous occuper que de la physiologie normale.
Il nous reste à faire une réflexion. Dans cette exposition succincte des modifications de l'innervation, nous avons dû remarquer le développement de l'antagonisme le plus prononcé entre ses deux modes. Toutes les fois que l'un acquiert plus d'intensité, l'autre en perd à proportion. Ainsi, lorsque la force motrice double d'énergie, les sensations en perdent autant à proportion ; lorsque, au contraire, la sensibilité physique devient plus grande, c'est toujours au détriment de la contraction musculaire. Disons encore que de l'exercice de l'innervation dépendent le plaisir et la douleur. S'exécute-t-elle d'une manière normale, il y a plaisir d'autant plus vif que l'exaltation sera plus grande. S'exécute-t-elle d'une manière anormale, il y a peine, il y a douleur. Combien de nuances existent dans ces deux états ! Ce qui sera cause de plaisir un jour, sera cause de douleur un autre jour. Ce qui est plaisir pour l'un est peine pour un autre. Les douleurs les plus vives ont quelquefoii leurs douceurs ; les martyrs, les illuminés, les fanatiques, etc., éprouvent de grandes jouissances au milieu des supplices les plus barbares et des tortures de la question. Van Helmont a vu un malfaiteur supporter la question sans souffrir, tant qu'il eut de l'eau-de-vie à boire et de l'ail à manger, et en éprouver toutes les horreurs aussitôt que sa provision fut finie ; tandis que les jouissances les plus ravissantes ont quelquefois leurs peines, leurs souffrances, leurs déplaisirs, comme on le voit souvent après le coït :
Medio de fonte leporum Surgit amari aliquid quod in ipsis floribns au\it.
tUCRET.
On a même vu d'exécrables délices , comme celles de la cruauté, et de coupables satisfactions dans le mal. La cessation d'une douleur atroce , comme celle de l'accouchement , fait ressentir un bien-être inexprimable. Il n'est donc pas nécessaire , à l'exemple de M. Beau , de créer des nerfs spéciaux pour la douleur, des nerfs analgésiques distincts des nerfs tactiles.
Il est un mode d'influence dont nous n'avons point encore parlé, et qui n'en est pas moins réel : c'est celui qu'exercent les viscères. Sans doute, ils n'ont point d'action directe sur chaque nerf en particulier, mais leur influence sur l'innervation générale ne saurait être révoquée en doute. C'est même à
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cette influence qu'il faut attribuer ces dispositions particulières qui caractérisent les constitutions et les idiosyncrasics. Qui ne connaît la modification nerveuse qu'imprime à chaque individu la prédominance de l'appareil biliaire, de l'appareil respiratoire, de l'appareil digestif, de l'appareil génital, etc. ? Malgré la réalité de cette influence, n'exagérons rien ; ne la faisons pas hop grande, à l'exemple de Broussais, qui semblait se complaire à y placer presque toute l'action nerveuse.
7° De la stimulation et des stimulants.
On a beaucoup écrit sur les stimulants et la stimulation. Dans tout ce qu'on a dit, il règne le même embarras que dans les travaux sur la sensibilité. De belles pages ont été écrites depuis Glisson, Haller, Brown, Rasori, Broussais, sur l'irritabilité, l'excitabilité, l'incilabilité, les stimulus et les stimulants -, mais elles n'ont point résolu la question. Oui, sans doute, tout se traduit dans l'économie par l'aptitude à recevoir l'incitation et par l'action des excitants \ mais on a eu tort d'y placer toute la vie. Il est facile maintenant de faire la part de cette grande manière d'envisager la question. D'une part, excitabilité ganglionnaire , qui reçoit la stimulation de tous les agents qui peuvent mettre en jeu les actes auxquels préside ce vaste appareil nerveux ganglionnaire, absorption, circulation, nutrition, sécrétions. A chacun de ces actes sont adaptés un mode de susceptibilité et un stimulus spécial, qui la réveille et provoque ainsi l'action à laquelle elle préside. D'autre part, excitabilité cérébrale qui se manifeste par deux aptitudes bien caractérisées : la sensibilité, la motilité. De là, par conséquent, deux ordres de stimulus bien distincts et destinés à agir ehacun sur l'une de ces aptitudes. Les stimulus de la sensation agissent , les uns d'une manière générale , les autres d'une manière spéciale. Ces derniers ne produisent de l'effet que sur les nerfs et les sens spéciaux qui leur sont destinés. Les stimulants moteurs sont aussi de deux sortes : les uns internes et venant de la volition pour les mouvements volontaires, et du pouvoir réflexe pour les mouvements réfléchis ; les autres externes, et venant de tous les irritants physiques, chimiques et physiologiques dirigés sur le nerf moteur lui-même, qui répond à leur incitation et provoque la contraction des muscles auxquels il se distribue. Il serait facile de grossir la liste des stimulants qui peuvent agir sur l'économie, mais il nous suffira de les indiquer et de faire connaître les caractères principaux de quelques-uns : à chaque page de cet ouvrage se trouvent des détails que nous ne ferions que répéter ici. Les irritants des nerfs cérébraux vont seuls nous occuper.
Parmi les excitants physiologiques, un seul mérite de fixer notre attention ; car nous ne devons pas parler de l'action du cerveau et de la moelle épinière qui sera traitée en son lieu. Nous devons parler seulement de l'influence du sang, dont nous avons déjà parlé plus haut. Son influence directe sur les
nerfs est positive. La ligature des vaisseaux d'un membre paralyse ce membre. Bertholin lia l'artère et la veine crurales d'un chien, et remplaça le sang par de l'eau. Tant que celle-ci conserva un peu de sang, il y eut des mouvements ; dès que l'eau fut pure , les mouvements cessèrent. Lancisi , Boerhaave , Stenon, Lecat, etc., ont lié la veine cave inférieure avant sa bifurcation, et ils ont éteint la sensibilité dans les membres inférieurs. Dans les opérations chirurgicales, les ligatures d'artère produisent quelquefois des paralysies locales pendant la durée de la suspension du cours du sang. Dans le premier cas, le sang veineux paralyse -, dans le second, c'est la privation du sang. Ces faits avaient porté Lobstein à admettre l'existence d'un gaz nerveux susceptible de se mêler au sang et d'en accroître la vitalité. Les rapports entre les deux systèmes nerveux et vasculaire sont si intimes , qu'il est impossible de les méconnaître. Le défaut ou l'excès de stimulation de l'un ne tarde pas à se faire sentir à l'autre ; mais il n'est pas besoin pour cela de créer un gaz particulier que rien ne démontre. Aussi, on a pu regarder le sang et les nerfs comme les deux principaux moteurs de la vie. Leur influence se montre dans la forme des tempéraments : dans le sanguin , il y a prédominance du sang et susceptibilité moindre ; dans le nerveux, il y a prédominance des nerfs et moins de sang ; dans le lymphatique, il y a diminution, déficit de ces deux grands mobiles de la vie.
Nous devons aussi regarder comme excitation physiologique celle qui est le résultat des agents spéciaux qui agissent sur un nerf pour le mettre en action. Cela est si vrai, que si vous supprimez cette stimulation, le nerf s'atrophie. Aveuglez un animal, son nerf optique, devenu inactif, s'atrophie.
Il nous serait impossible de nous occuper de tous les agents physiques qui produisent de la stimulation sur les nerfs. Ceux qui sont spéciaux , comme la lumière, le son, les odeurs, les saveurs, seront examinés dans leur lieu , de même que ceux qui agissent par le simple contact , le pincement , le frottement, la piqûre, le tiraillement, de même aussi que les différents agents chimiques, potasse, soude, arsenic , tartre stibié , acides sulfurique , nitrique , beurre d'antimoine , sublimé , etc. Nous devons cependant mentionner ici deux sensations curieuses produites sur la peau, le chatouillement et la démangeaison. La manière de toucher certaines parties du corps , les flancs, la plante' des pieds, la lèvre supérieure, y cause une sensation agréable et pénible, qui provoque un rire forcé qui ne cesse qu'avec la cessation de l'impression. C'est le chatouillement. Certains contacts , certaines applications causent quelquefois une sensation également pénible et agréable. C'est le prurit ou la démangeaison. Cette sensation nous fait trouver du plaisir à nous déchirer la peau en la grattant, afin d'en changer la modification sensitive. Nous ne parlons pas des prurits pathologiques.
Ce serait le lieu de parler de l'action thérapeutique des remèdes sur l'innervation. Que de belles choses nous aurions à dire sur l'action des narcotiques, de l'opium, de l'acide cyanhydrique, de la strychnine, de l'alcool, et surtout des anesthésiques , éther, chloroforme ! Celte étudeappartient à la thérapeutique.
Nous ne pouvons pas cependant nous dispenser de parler encore dei'inloxica- (ion. Millier, Longet, Bérard, etc., nient l'action directe des poisons sur les nerfs. Ils veulent qu'elle n'ait jamais lieu que par absorption et par transport avec le sang et contact direct. Ils s'appuient sur la rapidité de l'absorption, et principalement sur les expériences d'Emmert, qui a vu l'intoxication se faire par absorption, de deux à cinq minutes , et sur l'expérience de M. Bouley , qui nie l'absorption stomacale chez le cheval, contre l'opinion d'autres physiologistes non moins habiles. Que cela ait lieu le plus souvent, nous en sommes d'accord 5 mais cela ne peut pas être ainsi dans tous les cas, puisque , d'après Wedemeyer , une goutte d'acide prussique , placée sur la conjonctive ou sur toute autre partie du corps dénudée , cause la mort en moins d'une seconde. Certes alors il n'y a pas eu absorption et circulation du poison. Il y a même là quelque chose qui implique contradiction avec le fait général de la circulation. Le venin est absorbé. Le voilà dans le sang. Ce grand réservoir de tous les liquides est au moins de 5000 grammes ; chaque pulsation du cœur en envoie 50 grammes , il y a 70 pulsations par minute, cela fait une minute et demie pour la circulation pulmonaire, et une minute et demie pour la grande circulation. Il y aurait donc trois minutes, et non pas deux et trois secondes. C'est là un fait mathématique et physique auquel mes antagonistes acharnés n'ont pas songé. Aussi nous persistons à reconnaître deux modes d'intoxication, l'un spontané par action directe sur le système nerveux , l'autre plus lent par absorption et transport du poison parla circulation.
Électricité.
De tous les stimulants , l'électricité est le plus puissant et le plus remarquable. Qu'on la porte directement sur le cerveau, la moelle épinière ou les nerfs, ou qu'on la fasse développer par une sorte de cercle ou de chaîne galvanique en mettant en rapport des muscles et des nerfs , on obtient des effets extraordinaires. Aussi nous ne pouvons pas nous dispenser d'en faire le sujet d'un article particulier. Les expériences qui ont été faites depuis Nollet, Bertholon, Galvani, Aldini , Volta, Valli , Bellingeri ,- Nobili , Mariani , de Humboldt, Nysten, Legallois, Pfaff, jusqu'à Muller, Lehot et surtout Matteucci, et dernièrement M. Duchêne , de Bologne , ont donné des résultats qui en font presque une science à part. Elle est le stimulant le plus énergique et le plus durable de l'action nerveuse ; elle agit encore , après que tous les autres stimulants ont cessé d'agir 5 elle est une force sui generis. Son influence s'étend aux nerfs moteurs et aux nerfs sensitifs. Elle sert à préciser la . part d'influence que chaque filet nerveux prend à la contraction partielle ou générale d'un muscle, surtout d'après les belles expériences de M. Duchêne. Il serait déplacé de suivre, dans tous leurs détails, les expériences innombrables que possède la science ; nous devons nous borner à en tracer les résultats principaux.
Un courant électrique direct établi dans les nerfs mixtes , et surtout dans les nerfs moteurs et leurs racines antérieures , fait toujours contracter les muscles auxquels se distribue le nerf. Toutes les nuances d'intensité et de durée du courant sont trop nombreuses pour trouver place ici. Les mêmes faits de contraction s'observent lorsqu'on dirige le courant sur les cordons antérieurs de la moelle. L'électricité est donc un moyen sûr de constater l'action motrice de chaque nerf ou filet de nerf. Les dernières expériences de M. Duchêne ne laissent point de doute là-dessus. Elles font distinguer avec précision les filets purement moteurs des filets sensitifs qui leur sont adjoints, soit pour porter aux muscles la sensibilité dont ils jouissent , soit pour en faire des nerfs mixtes en portant à la périphérie la sensibilité dont ils sont chargés.
Le courant direct épuise bien vite l'action nerveuse, tandis que le courant inverse l'exalte. Valli a aussi fait remarquer que « la vie des nerfs musculaires, est plus persistante à leur terminaison qu'à leur origine. »
Un fait bien important et que nous avons déjà mentionné , c'est que la ligature du nerf arrête la transmission de la force nerveuse ou du fluide nerveux, et qu'elle n'arrête pas le passage de l'électricité , qui va au-delà faire contracter le muscle comme s'il n'y avait point de ligature. Il en est de même de la destruction de la pulpe nerveuse : elle arrête le passage de l'influence nerveuse, et elle n'arrête pas l'électricité qui se continue par le névrilème. Ce fait seul établit une différence immense entre le fluide nerveux et le fluide électrique.
Si le courant électrique est dirigé sur les nerfs sensitifs et sur les cordons postérieurs de la moelle, il y a transmission de sensation , puisqu'il y a réaction sur les nerfs moteurs, soit volontaires, soit réflexes , à moins que l'action nerveuse n'y ait été épuisée par une section antérieure ou par des excitations multipliées. Cette irritation produit aussi la douleur, ainsi que Lehot, Mariani, Matteucci, Longet l'ont éprouvé à différentes époques de l'opération et dans plusieurs circonstances données, par des courants directs ou inverses, et lorsque le circuit est ouvert ou fermé.
L'électricité n'agit que comme agirait un autre stimulant physique ou chimique, caustique, aiguille, pince, etc. ; seulement il est beaucoup plus intense et plus régulier. En conséquence nous ne nous occuperons pas des courants galvaniques qu'on a cru trouver, parce que , selon les observateurs , ils paraissent souvent contraires les uns aux autres , et que Matteucci, qui les a poursuivis avec une intelligence et une patience qui lui ont fourni les résultats les plus remarquables et les plus curieux , n'a pu les trouver favorables à l'identité du fluide nerveux et du fluide galvanique , et que M. Longet n'a pas été plus heureux. Les déviations de l'aiguille du galvanomètre pendant la contraction musculaire d'un membre, ne suffisent pas pour cela, puisque jamais ils n'ont pu obtenir des signes distincts du courant dérivé marchant dans une direction définie et constante. Déjà les expériences de Prévost et Dumas.
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,le IVrson, de David, etc., n'avaient pas pu être satisfaisantes. Les cxpérienees nouvelles de M. Duehêne seront-elles plus heureuses ? Elles révèlent des faits nouveaux d'excitation ; elles font connaître de nouvelles directions imprimées à ce puissant stimulant; il modifie la sensibilité et la localise à volonté -, il modifie également la contraction, qu'il rend volontaire ou réflexe à volonté aussi , et il détermine quelle est la nature du nerf qui se rend au muscle, mais il n'établit point l'identité. Nous avons déjà vu que Matteucci et Longet n'avaient jamais pu aimanter les aiguilles et leur donner de la polarité. Quant à la prétendue attraction électrique opérée par le cerveau , la moelle épinière et les nerfs sur un fil léger qu'aurait présenté M. Lambert, elle est due à l'air chaud qui se porte sur une partie froide , puisqu'un muscle , un doigt mouillé produisent le même effet. Si la pile musculaire faite par Matteucci avec les tronçons de cuisses de grenouille a donné quelques résultats favorables à l'analogie , une foule de faits contraires ont été recueillis par Longet. Le développement de l'électricité chez les animaux électriques , tels que la torpille, la gymnote, la trichiure, etc. , a été invoqué en faveur de l'identité; cependant il lui est contraire, puisqu'il a besoin d'un appareil à part pour sa sécrétion. Le système nerveux exerce, il est vrai, son influence sur lui , mais comme il l'exerce sur les autres organes, et sans y porter un courant électrique dont il est lui-même privé. Ainsi , malgré les dernières expériences de M. Dubois-Reimond en faveur de l'identité, nous concluons : Non , l'électricité ne remplace pas la force nerveuse ; les contractions musculaires que produit le stimulus électrique sont le résultat d'un agent physique et rien de plus.