ARTICLE II. — ACTION DES NERFS EN PARTICULIER
On a cherché bien des fois à faire une classification précise des nerfs en général et de ceux de chaque région en particulier. Ch. Bell avait cru pouvoir distinguer plusieurs groupes de nerfs , selon la destination fonctionnelle à laquelle ils étaient appelés. Ainsi il admettait des nerfs respiratoires , des nerfs digestifs, des nerfs nutritifs, etc. Cette division ne pouvait pas être admise d'une manière rigoureuse, parce que la même partie sert bien souvent à deux et même à trois fonctions, et qu'ainsi le même nerf se trouverait à la fois respirateur , digestif, sensorial, etc. Aujourd'hui on ne peut admettre qu'une classification générale, c'est celle qui les distingue en nerfs du sentiment et en nerfs du mouvement. Elle les comprend tous sans exception, parce que tous les nerfs sont nécessairement ou nerfs sensitifs ou nerfs mo teurs. On a cru pouvoir admettre aussi des nerfs réflexes. Cette addition ne nous parait pas possible, parce que le même nerf est alternativement volon-
taire el réflexe, et qu'il faudrait aussi le ranger avec les nerfs sensitifs ou avec les nerfs moteurs. Nous les examinerons à la tête et au tronc.
A la tète, les nerfs sensitifs peuvent être subdivisés en nerfs sensitifs spéciaux et en nerfs sensitifs généraux. Les premiers constituent les nerfs des sens : ce sont l'optique, l'olfactif, l'auditif et le glosso-pharyngien. Nous nous en occuperons lorsque nous traiterons des sens. Les seconds comprennent la plus grande partie des trijumeaux et une portion du glosso-pharyngien et du pneumo-gastrique. Ils sont tous munis d'un ganglion près de leur origine. Celui du trijumeau est le ganglion semi-lunaire ou de Gasser ; celui du glossopharyngien est le ganglion d'Andersh ; enfin celui du pneumo-gastrique se trouve vers le trou déchiré ; il n'a pas reçu de nom spécial.
Les nerfs moteurs sont le moteur oculaire commun, le pathétique, le masticateur, le moteur oculaire externe, le moteur tympanique, le facial, le spinal et le grand hypoglosse.
Les nerfs sensitifs spéciaux ont chacun leur origine à part. Ils ne sont doués que de leur sensation spéciale.- La sensation générale leur manque. Ils sont impassibles à l'action des stimulants autres que ceux qui leur sont exclusivement appropriés. Nous ne regardons point comme une sensation de la lumière ou du son la clarté, le bruit que produit l'électricité. Il ne peut pas y avoir production d'une sensation dont l'objet manque. C'est un phénomène qui en est indépendant et qui se produit aussi bien chez l'aveugle et le sourd que chez l'homme le mieux doué de ses sens. En confondant ainsi ces deux sensations, on a commis une grave erreur. L'électricité, comme tout autre stimulant , produit sur les nerfs spéciaux le seul mode d'impression qu'ils soient aptes à recevoir $ mais il y a loin de là à la sensation spéciale réelle et complète.
Les nerfs sensitifs généraux ont une origine pour ainsi dire commune ; ils émergent du corps restiforme. Tous aussi , comme les racines sensitives des nerfs rachidiens, communiquent avec le système nerveux ganglionnaire par le moyen du rameau carotidien du ganglion cervical supérieur. Ils sont donc en tout analogues aux nerfs sensitifs rachidiens. Lorsqu'ils ont paru mixtes, ils le devaient à l'adjonction de rameaux provenant de nerfs moteurs. Ce qui prouve encore plus l'analogie ou l'identité, c'est l'existence des fibres fines, grises, végétatives que Richert, Valentin et Robin ont trouvées dans le voisinage de leur ganglion , comme elles existent vers les ganglions des racines sensitives rachidiennes.
Les nerfs moteurs crâniens ont, avec les racines motrices rachidiennes, une origine commune. Ils émergent, comme elles, du prolongement crânien du faisceau antéro-latéral de la moelle. Ils naissent dans l'ordre suivant, et d'arrière en avant : l'hypoglosse , le moteur oculaire externe , le moteur oculaire commun, le spinal, le facial, le moteur tympanique, le masticateur (racine motrice du trijumeau) et le pathétique. Tous , à leur origine , sont insensibles à l'action des irritants. Leur section paralyse les muscles anx-