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Depuis les Eléments de Physiologie de Richerand, les élèves demandent en vain un traité qui les initie aux connaissances physiologiques indispensables à l'étude de la médecine. La plupart des ouvrages qui ont été publiés depuis, ou dont la publication est commencée, sont trop savants ou trop volumineux. Il faut être déjà physiologiste pour en profiter convenablement. Notre Physiologie élémentaire de l'homme, publiée il y a vingt-deux ans dans YEncyclopédie des sciences médicales , est épuisée ; d'ailleurs, elle est maintenant bien en arrière des progrès de la science. C'est ce qui nous a déterminé à revoir ce travail et à le mettre au niveau des connaissances acquises depuis cette époque. En cela nous cédons aux sollicitations d'un grand nombre d'élèves qui se plaignent avec raison du besoin bien senti d'un ouvrage de ce genre. Nous ne nous dissimulons point la difficulté de l'entreprise, et nous l'eussions jugée au-dessus de nos forces sans les encouragements bienveillants que nous avons reçus , sans le succès de la première édition. Rien n'est plus difficile, en effet, que d'atteindre le but qu'on se propose dans un ouvrage élémentaire. Ce n'est plus un mémoire spécial sur un objet déterminé , dans lequel on dit tout ce qu'on veut et comme on veut , c'est la science tout entière qu'il faut présenter dans des limites restreintes , et cependant il la faut assez étendue pour la rendre complète et intelligible. Ce travail différera donc essentiellement des ouvrages modernes de ce genre qui tous embrassent des questions d'une profondeur qui les met au-dessus de la portée des commençants. Il aura le mérite d'être compris de tous et de faciliter l'initiation à de plus grands mystères, à ceux qui voudront aller plus loin.
Afin d'éviter ce qui pourrait allonger inutilement notre ouvrage, nous nous sommes renfermé dans la sphère de la physiologie, et surtout de la physiologie positive ou pratique. Pour cela , nous nous sommes interdit toute excursion dans les sciences accessoires , bien persuadé que nous n'avions à
traiter ni l'anatomie, ni la physique, ni la chimie, ni la morale, ni l'histoire naturelle, etc. , parce que nos lecteurs ont de ces sciences des connaissances bien supérieures aux descriptions incomplètes que nous pourrions leur en donner. Si donc l'on prenait ce silence pour une improbation , l'on se tromperait grandement : personne plus que nous ne reconnaît l'indispensable nécessite de s'instruire profondément dans ces sciences; Nous le disons même avec assurance : on ne peut être bon physiologiste si Ton n'est pas bon anatomiste, et enmème temps chimiste, physicien, naturaliste, psychologiste, etc., parce que leur étude prête à la physiologie un secours dont elle ne peut pas se passer , parce qu'elle y puise une foule de laits , de motifs , de raisons et de moyens qui lui fournissent les explications les plus lumineuses.
Qui oserait méconnaître l'utilité de l'anatomie, lorsque la physiologie n'en est que le développement ou la fin? Qui pourrait en effet étudier les fonctions des organes et la manière dont ils les exécutent , s'il ne connaissait pas ces organes? L'étude de l'anatomie est la base indispensable de la physiologie. Sans elle, sans la connaissance des organes, nous ne pourrions connaîtra aucune fonction. Cependant ce serait une erreur de croire que la simple inspection de forme et de structure suffise pour nous révéler une fonction. On a vainement déroulé tous les plis du cerveau , ils sont restés muets à cette investigation ; ils n'ont révélé aucune trace des actes sublimes qui s'y opèrent pendant la vie. Mais ce n'est pas une raison pour nier les services que l'anatomie a rendus à la physiologie : car si elle n'a découvert aucune fonction , on n'a pu découvrir aucune fonction sans elle.
Nous nous plaisons à rendre le témoignage le plus favorable aux services que la chimie a rendus à l'histoire de l'homme vivant , en nous apprenant à connaître la composition de ses tissus et de ses humeurs et les changements qu'ils éprouvent quelquefois. Par elle aussi plusieurs phénomènes nous ont été dévoilés et expliqués, tel est celui de la respiration. Mais il faut bien se garder d'en faire une application trop étendue. Le corps vivant, ce laboratoire chimico-vital, ne ressemble en rien aux opérations de la chimie. Les prétentions réitérées de celle-ci ont toujours été déçues; jamais elle n'a pu tenir ses promesses; jamais elle n'a réalisé les espérances qu'elle inspirait. Ses moyens d'analyse sont bien impuissants quand on les met en rapport avec la vie et ses actes. Prenons pour exemple l'albumine de l'œuf, les mucosités, le sperme, etc. La chimie n'y trouve que de l'hydrogène, de l'oxygène, de l'azote et du carbone. Nous le demandons, ces principes suffisent-ils pour nous expliquer les destinées que ces fluides sont appelés à remplir ? Prenons encore la matière d'un bubon syphilitique et d'un bubon pestilentiel , le venin de la vipère , le virus varioleux , le vaccin, etc. ; la chimie y trouvera d'abord de l'albumine et de l'eau, et en décomposant, ou plutôt en détruisant ces produits de l'organisation, elle obtiendra ses éternels hydrogène, oxygène, azote et carbone. Nous le demandons encore, cette analyse, tant scrupuleuse soit-elle, fait-elle connaître h véritable nature de ces liquides? a-t-elle saisi leur principe spécial, ce qui fait que l'un donnera là syphilis , l'autre la pesté , un autre la va