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riole, etc. ? Elle est muette là-dessus, et elle voudrait conserver encore la prétention d'expliquer la vie ! Les brillantes recherches dont MM. Chevreul. Liébig, Boussingault, Dumas, Léhert, Vogel, Mulder ont enrichi la science, nous ont révélé bien des métamorphoses, bien des analogies, bien des successions dans la composition des molécules et dans la transformation des liquides et des solides. Leur application à la physiologie a conduit à des explications heureuses -, mais combien elles sont encore peu satisfaisantes , quand on veut les faire servir à l'explication de la vie! Ses théories sont alors impuissantes. Jamais avec elles elle ne peut constituer ce que la vie crée sans effort. Jamais elle n'a pu faire ni du sang, ni des muscles, ni de la bile, ni du sperme , quoiqu'elle conduise les molécules par des transformations successives jusqu'à leur destination. Elle fait connaître ces mutations : ce sont les organes vivants qui les opèrent. Ce sont eux qui puisent les maté riaux qui leur conviennent, dans un sang toujours identique, et qui les transforment, en les modifiant, en graisse, en albumine, en muscles, en tendons, en cerveau , etc. La chimie en est incapable. Ses prétentions sont déçues toutes les fois qu'elle veut s'immiscer dans la vie. Ce n'est pas avec l'oxygène, l'hydrogène, le carbone et l'azote de la quinine qu'elle fera un corps qui ail la vertu anti-périodique. Ce n'est pas seulement parce que les molécules s'ajoutent par juxta-position interne ou intussusception dans les corps organisés, et par juxta-position externe dans les minéraux , comme le veut Matteucci, qu'ils diffèrent ; ce que d'ailleurs il reconnaît lui-même en admettant la nécessité de lois différentes pour ces deux états, pour la production des phénomènes vitaux. Admirons les travaux de cette science, encourageons-les et faisons-en notre profit ; mais ayons le courage de les tenir renfermés dans leur sphère. C'était l'opinion de Berzélius qui avouait que la chimie ne pouvait rien dans la connaissance des lois de la vie. C'est aussi l'aveu de Julius Vogel , et même de M. Lébcrt. Déjà Chaptal, Venel , Anglada avaient dit : Il faut subordonner nos résultats de laboratoire aux observations physiologiques. Autant vaudrait, avec Thomas Campanella, démontrer les phénomènes des corps bruts par les lois de la vie. N'oublions jamais que la vie ne peut émaner que de la vie et non de la matière. Souvenons-nous, comme Bordeu l'avait proclamé, que la partie morte et inerte du corps humain est seule réservée pour les anatomistes et pour les chimistes , et que les médecins seuls sont en possession du corps vivant. Aussi les chimistes traitent la matière organisée à l'instar d'un minéral. Pour chercher des produits chimiques, ils brûlent et altèrent les produits organiques , les principes immédiats dont on leur demande l'examen. Et suivant le creuset et les réactifs employés, ils fabriquent souvent de nouveaux produits à la place. C'est ainsi qu'ils sont trompés de bonne foi et qu'ils nous trompent de même. De là cette foule d'analyses différentes.
Ce que nous venons de dire s'applique à la micrographie , bien que l'anatomie et la physiologie lui aient beaucoup emprunté de nos jours. MM. Mandl, Gavaret, Donné, etc. ont rendu des services immenses. Avec le microscope
on se fait une idée juste de la fibre et de beaucoup de modes de combinaisons. Par lui on a pu rectifier beaucoup de suppositions gratuites, imaginées pour expliquer la structure des organes et le jeu de leurs fonctions. Avec lui on a connu les molécules et les globules et du sang, et de la lymphe , et de la bile , etc. Il a presque surpris les secrets de la nature. Il a beaucoup fait, nous nous plaisons à le dire, il fera beaucoup encore '3 on a droit d'attendre l'accomplissement des promesses que nous font les micrographes. Cependant, que notre enthousiasme pour les merveilles qu'il a enfantées ne nous égare point. Il n'a pas plus pénétré dans le secret de la vie qu'on ne l'avait fait avant lui. Ses prétentions à cet égard sont plus qu'anticipées, lorsqu'il croit en fournir la clef en substituant ses infiniment petits et en leur prêtant une sorte d'intelligence qui les fait marcher à un but déterminé.
La physique et la mécanique nous expliquent une foule de phénomènes hydrauliques, optiques, acoustiques , vocaux et locomotiles. Mais , lorsque avec Borelli, Boerhaave, Sylvius, on a voulu en faire la base de la physiologie et établir les actes delà vie sur la dynamie physique, l'erreur a commencé. C'est comme si un physiologiste voulait faire à la mécanique l'application des lois de la vie. N'oublions pas que le levier est passif, et que c'est une force organique qui le met en mouvement ; que les liquides sont poussés mécaniquement et que la force qui les agite est également organique. Ainsi nous ne ferons à la physique que des emprunts très-limités, parce que les lois de l'économie vivante sont bien différentes des lois physiques. Jamais celles-ci ne parviendront à régir ou même à expliquer la physiologie. Cette profession de foi devient nécessaire dans un moment où la physique prend une nouvelle tendance à s'immiscer dans la physiologie , et porte ses prétentions jusqu'à assurer qu'elle ne tardera pas à la ranger sous sa dépendance directe; et cela, parce qu'elle a cru faire un grand pas en réduisant à des modes différents du mouvement, non seulement les phénomènes, mais encore l'électricité et tous les corps impondérables. Tant il est vrai que la recherche de la vérité conduit souvent à l'erreur et au ridicule, lorsqu'elle abandonne les routes difficiles, mais sûres de l'expérience, pour les illusions brillantes , mais trompeuses, de l'imagination. Voilà certes un mouvement rapide bien singulier qui se laisse emprisonner dans une bouteille et qui y demeure immobile aussi longtemps qu'on le veut. Ce que nous disons de l'électricité , nous pouvons le dire du calorique, de la lumière, etc.
Il y a, sans doute, des points de contact nombreux entre la physiologie et fhistoire naturelle , la métaphysique et la pathologie , et elles se prêtent souvent des secours mutuels. Nous y aurons recours toutes les fois qu'elles nous offriront des moyens de faire triompher la vérité , et jamais pour faire une excursion dans le domaine de ces sciences.
La physiologie ne doit rien négliger, elle doit puiser à toutes les sources, prendre partout et emprunter à toutes les sciences. Toutes les fois qu'elle trouve une découverte ou l'interprétation d'un phénomène, elle doit s'en
emparer , de quelque part qu'il lui vienne : elle ne doit rien refuser , rien repousser , sous le prétexte frivole qu'il appartient à la chimie , à la physique , à l'hydraulique , etc. Elle ne doit point se renfermer dans un coin <lc la science -, elle doit tout voir ce qui la sert , tout adopter ce qui conduit à la vérité ; c'est de cette manière qu'elle s'enrichit et qu'elle se tient à la hauteur de sa destinée.
Aussi elle doit beaucoup à l'anatomie et à la physiologie pathologiques. Cette étude, peu cultivée jusqu'à Haller et surtout jusqu'à Bichat et Broussais, a rendu d'immenses services à la physiologie. La destruction ou la lésion morbide d'un organe en démontrait la fonction, en supprimant ou altérant cette fonction. Cette expérimentation morbide est d'autant plus précieuse , que la maladie ne blesse aucun autre organe, ne modifie aucune autre fonction. C'est, comme nous lavons dit il y a plus de trente ans, le moyen de faire de la physiologie avec delà pathologie, et de la pathologie avec de la physiologie. Néanmoins, il faut apporter dans cette étude beaucoup d'attention et de délicatesse pour ne pas confondre les phénomènes sympathiques avec les phénomènes directs ou idiopathiques. Les lésions pathologiques ne sont que les modifications de l'état normal.
La physiologie n'a pas moins emprunté à l'anatomie anormale. C'est principalement aux viciations par défaut de développement qu'elle est redevable des renseignements les plus positifs. Là il ne peut pas y avoir d'erreur : la soustraction s'est faite sans produire de douleur ni de réaction , ce cri de la nature souffrante. Aucun phénomène sympathique ou étranger à la fonction de l'organe ne peut exister. L'amyencéphalie, entre autres, nous a fourni les preuves les plus convaincantes de la limite d'action de l'appareil cérébrospinal : elles sont irrécusables.
Aussi nous ne concevons pas la répugnance de M. Longet pour ce genre d'expérimentation : « N'oublions pas, dit-il , que la pathologie cérébrale est si riche de faits, qu'elle n'en refuse à aucun système : tout ce qu'on veut y voir, on l'y trouve ; tout ce qu'on lui demande, elle le donne ; suivant la manière dont on l'interroge, elle conduit à l'erreur , au doute ou à la vérité. » Oui, quand on veut voir ce qu'on veut voir 5 et alors ce n'est pas la faute de l'anatomie pathologique.
Une source féconde où la physiologie a largement puisé , est sans contredit l'histoire naturelle, dont on a détaché cette partie sous le nom de physiologie comparée. Combien de fonctions , en effet, lui doivent une étude plus approfondie ! C'est en faisant apprécier les parties qui lui sont essentielles et indispensables qu'elle a pu faire assigner à chacun son véritable mode d'action. La véritable suppression successive de toutes les parties de l'appareil auditif à mesure qu'on descend dans l'échelle des animaux, et qui les réduit à la seule vésicule vestibulaire et à son nerf dans les classes les plus inférieures, prouve que ces deux parties seules sont essentielles à l'audition. Combien de faits ignorés l'étude de la génération chez les différents êtres n'a-t-elle pas révélés ! Pourrait-on méconnaître son importance et son utilité quand on
songe aux services qu'elle a rendus à Galien dans l'examen comparatif du singe , quand on voit Buffon, Haller, Vicq-d'Azyr, Cuvier et • toute l'école physiologique moderne invoquer à chaque instant son assistance ?
Mais ces moyens d'études et d'observations ne sont pas les seuls auxquels se soient adressés les physiologistes modernes. Ils ont creusé une mine abondante dans l'emploi des vivisections. L'observation sur l'homme vivant ne suffit pas toujours pour conduire aux résultats qu'on peut désirer , parce que les organes , profondément cachés , sont soustraits à la vue et à l'observation. Or, la science, pour aller plus loin , plus vite et plus sûrement , a voulu interroger les animaux vivants, en agissant sur leurs organes , soit directement par des mutilations ou leur soustraction, soit indirectement, en opérant sur les nerfs ou les vaisseaux de différente nature qui s'y rendent ou qui en sortent. Le champ est immense : il a été fécondé par les travaux des Harvey, des Haller, des Spallanzani , des Hunter , des Fontana , des Bichat, des Flourens , des Muller , des Longet , des Bernard , etc. Cette voie d'expérimentation, trop longtemps négligée , a dissipé bien des ténèbres , a» conduit aux découvertes les plus importantes. Cependant, qu'on ne s'abuse point ; elle a quelquefois prêté des armes à l'erreur 5 soit parce que, dans ces grandes mutilations, le scalpel , dirigé sur un organe unique , en a lésé plusieurs, soit parce qu'il y a production de phénomènes accessoires et sympathiques qui en imposent et qui font prendre le change en couvrant les phénomènes essentiels 5 soit parce que surtout on aura expérimenté sur des animaux dont l'analogie avec l'homme n'est pas assez grande pour permettre de conclure , des résultats obtenus sur eux , à des résultats identiques sur l'homme 5 soit enfin parce qu'on y apporte un esprit prévenu en faveur d'une opinion, et qu'on voit ce qu'on veut voir, comme le disait Haller. Il faut donc se tenir en garde et contre les réactions ou le cri de la douleur, et contre les illusions de la prévention. C'est en procédant avec cette réserve et cette défiance que la science a su les rendre utiles et indispensables à son avancement, a su en tirer tout le parti qu'elle en a tiré et qu'elle saura en tirer encore. Nous sommes donc bien éloigné de partager l'opinion de quelques auteurs qui prononcent la proscription absolue des vivisections à cause de ces inconvénients
On a quelquefois eu recours à une autre expérimentation qu'à celle des vivisections -, on a employé toutes sortes d'agents médicamenteux et toxiques en les introduisant soit dans les voies alimentaires, soit dans les voies aériennes, soit dans les vaisseaux sanguins, soit dans la trame des tissus sous-cutanés ou autres. Les résultats qu'on en a obtenus ont souvent conduit à des données du plus haut intérêt.
Nous n'oublierons jamais que notre plan a des limites très-resserrées. En un mot , nous nous renfermerons strictement dans le cadre que nous nous sommes tracé. C'est l'homme physique et non l'homme moral ou politique que nous devons étudier. Ainsi nous ferons de la physiologie , rien que de la physiologie, et surtout la physiologie de l'homme en santé. Nous nous som-
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mes fait une loi d'accueillir les opinions qui ont contribué à jeter quelque jour sur différents sujets, et de rejeter celles qui sont fausses ou qui ont été victorieusement combattues , et dont l'exposition serait plus qu'un simple objet de curiosité.
Nous nous sommes abstenu de toute recherclie qui n'aurait pas eu un rapport direct avec notre sujet. Nous avons même évité de prendre part à ces grandes discussions sur les analogies et les identités, et sur la structure primordiale des corps et de l'univers , parce que nous aurions craint de nous égarer dans ce labyrinthe , en prenant pour guide bien moins l'observation que notre idée favorite. Nous avons émis les faits et les conséquences naturelles auxquelles ils conduisent, sans nous écarter jamais de cette marche sévère. Aussi nous avons rejeté toutes ces brillantes théories qui ne servent qu'à faire ressortir l'esprit de l'auteur sans rien ajouter à la science. Nous avons admis les dénominations consacrées par l'usage , parce que nous ne voulions pas employer un temps précieux à discuter sur la valeur d'autres expressions peut-être moins exactes. Nous n'avons même donné aucune définition, bien persuadé qu'en faisant bien connaître les choses, nous aurions assez fait comprendre les mots. Nous avons évité de faire un trop grand nombre de citations, autant que nous l'avons pu , sans nous exposer au reproche de n'avoir pas rendu justice aux savants dont les travaux ont droit à notre reconnaissance. Ainsi on n'imputera point à ingratitude les omissions qui nous seront échappées. Nous avons toujours signalé avec enthousiasme les auteurs d'une découverte ou d'une expérience nouvelle et utile, afin que notre livre fût le livre de tous les siècles par les richesses qu'il empruntait à tous. L'observation d'un seul homme ne pourrait pas suffire pour embrasser la science entière. Mais nous n'avons pas toujours cru nécessaire de citer ceux qui n'ont fait que la répéter. Cette énumération purement historique serait déplacée dans un ouvrage qui n'a pour but que de dire ce qui est. Si , en émettant des opinions ou en rapportant des faits, il nous est arrivé de ne pas mentionner les auteurs à qui nous en sommes redevable , c'est tout-à-fait innocemment : ou bien alors nous n'avions pas eu connaissance de ce qu'ils ont fait, et, en nous occupant du même sujet , nous avons été conduit aux mêmes résultats, ce qui est tout naturel, et il n'y a dans ce cas aucune récrimination légitime à exercer les uns envers les autres : ou bien , dans d'autres temps, et des premiers, nous avons fait connaître ces faits et ces opinions. Pour justifier cette dernière assertion, nous devons dire que nous avons retrouvé dans plusieurs physiologies modernes une foule de nos opinions reproduites, quelquefois en nous citant avec distinction , d'autres fois sans nous citer, et le plus souvent en les attribuant à d'autres auteurs ou qui ne les ont émises que longtemps après nous , ou même qui n'en ont fait aucune mention. Quoi qu'il en soit de cette bizarrerie à notre égard, nous n'en avons jamais fait le sujet d'une coupable inculpation 5 nous l'avons attribuée , soit à l'ignorance du véritable état des choses , soit à cette précipitation de travail qui ne permet pas de vérifier des objets d'une importance aussi minime, soit
aussi parce que la plupart des auteurs n'ont fait remonter mon travail sur le système nerveux ganglionaire qu'à l'édition de 1837, tandis que sa première publication remonte à 1822. Aucun non plus n'a tenu compte de ma Physiologie élémentaire de l'homme, publiée en 1833. Dans ce cas nous n'avons citépersonne, et nous avons cru devoir ainsi garder notre priorité : car si nous ne voulons rien prendre à autrui , nous ne voulons pas non plus que personne nous prenne rien. Le droit de priorité des opinions est tout aussi sacré que celui de toute autre espèce de propriété. Cette protestation était nécessaire. Sans elle , peut-être plus tard nous serions-nous vu nous-même accusé de plagiat.
Placé dans une indépendance également éloignée de la partialité injuste et dangereuse qui proscrit tout avec dédain, et de l'admiration irréfléchie qui admet tout avec enthousiasme, nous avons émis notre opinion avec franchise toutes les fois qu'elle nous a paru vraie ou propre à faire ressortir la vérité, sans nous inquiéter si elle contrariait des opinions spéculatives , parce que si elle est fondée, elle suffira pour les réfuter, de même qu'il suffit de marcher pour combattre les sophistes qui nient l'existence du mouvement.
Nous ne nous sommes fait esclave de personne. A côté des éloges d'un auteur, nous avons souvent placé une critique loyale de ses opinions. Nous avons toujours accueilli la vérité avec empressement, de quelque part qu'elle nous vînt. Jamais nous n'avons caressé l'erreur, quelle qu'en fût l'origine. Pour être sortie d'un homme célèbre, une erreur n'en est pas moins une erreur. Toutefois nous avons respecté les opinions de chacun , parce que la science surtout doit avoir sa liberté de pensée et de parole. Nous nous sommes toujours expliqué avec cette franchise qui entraîne la conviction, et nous avons exposé les motifs qui nous ont décidé, afin de faire passer la même conviction dans l'esprit des autres. Nous ne saurions trop blâmer cette tactique inconcevable qui, après avoir présenté toutes les opinions, les condamne toutes sans rien mettre à la place, sans arborer aucune doctrine. Cette méthode peut paraître plus commode, puisqu'elle dispense de rien approfondir, mais nous la regardons comme bien coupable en ce sens qu'elle frappe la science d'une nullité absolue.
Dégagé de toute prévention , nous n'avons adopté aucune doctrine absolue ; ainsi nous ne sommes ni solidiste , ni vitaliste , ni chimiste purs. Nous avons étudié l'homme tout entier, et, comme nous l'avons trouvé composé de solides et de liquides vivants, opérant en commun une foule d'actes, nous avons fait à chaque organe , à chaque tissu, à chaque liquide , la part qu'il avait dans ces actes ; nous avons surtout cherché l'agent incitateur de chacun d'eux , ce lien commun qui établit les connexions et les rapports de l'économie entière. De cette manière nous serons organo-vitalistes, c'est-àdire que nous admettons des liquides et des solides mis en action par un principe animateur , et constituant , par une association indissoluble , une véritable trinité.
Nous ne perdrons jamais de vue que la physiologie , comme toutes les
sciences naturelles et physiques , est fille de l'observation , de l'expérience et du raisonnement. 11 faut observer , recueillir et multiplier les laits : toute autre route est une fausse route. Mais cela ne suffit pas, il faut les coordonner, les comparer, les assembler en corps de doctrine et par le raisonnement en déduire les rapports qui existent entre les lois qui les régissent et l'explication de leurs causes. Les faits ne manquent pas. Ce qui manque , c'est la connaissance «lu lien qui les unit, du principe qui les anime, de la cause qui en fait une grande et forte unité. C'est par cette étude et cette analyse des faits, et seulement par elle, qu'on peut arriver aux conséquences qui constituent la science. Mais, dans cette appréciation, il faut se tenir en garde contre les écarts de l'imagination et même du génie , qui devance quelquefois, il est vrai, les découvertes et la trop lente observation , mais qui se fourvoie quelquefois et égare la science et en ralentit la marche et le progrès au lieu de la faire avancer. Nous voulons donc que, pour éviter ces erreurs , on passe toujours du connu à l'inconnu , du simple au composé , de l'effet à la cause, des principes aux conséquences. Nous avons toujours préféré les causes expérimentales aux hypothèses, sans aller nous perdre, avec M. Cousin, dans la recherche de la substantialité de toutes les causes. De grandes difficultés sont attachées à cette méthode. L'exagération et l'erreur sont si voisines de la vérité, que la génération actuelle semble ne vouloir que des faits particuliers , tant elle craint les systèmes, tant elle redoute les théories. Cependant il n'y a pas de science possible sans système -, les faits sans théorie ne sont rien; ils ne sont que dés matériaux inertes et sans vie, ils ne sont que des effets : or, tous les effets supposent une cause, sans la révélation de laquelle la nature ne serait pour nous qu'une énigme inintelligible, et les données de l'observation que des notions stériles. Quand elle a fourni les matériaux, c'est au raisonnement à construire l'édifice. Le prétendu antagonisme des faits et de la raison est donc une chimère bien évidente, un paradoxe bien coupable. Bien loin de s'exclure, les faits et la raison se supposent mutuellement ; logiquement les faits impliquent la raison, et chronologiquement, c'est-à-dire dans l'ordre du développement, la raisoir suppose les faits. C'est là cette méthode analytique qui constitue l'induction tant demandée par le célèbre Bacon. Avouons de même que, dans son désir de coordonner et d'édifier, la physiologie a trop souvent abusé du mot lot. Elle en a fait une règle imposée à la nature, tandisqu'elle ne devait être que l'expression d'un fait ou de l'harmonie qui les lie. Et comme ces rapports sont nombreux et très-variés , il s'en suit que les lois sont bien souvent en défaut, et que les opinions les plus contradictoires en sont nées. Nous en éviterons l'histoire autant qne possible ; car si elle nous fait voir combien l'orgueil est peu fait pour l'homme , elle est aussi bien humiliante pour l'esprit humain.
Nous avons intitulé notre ouvrage Physiologie élémentaire de l'homme et fies animaux, parce que nous faisons à l'homme une place à part dans la hiérarchie des êtres. Nous sentons toute sa dignité, et nous ne voulons point le dégrader et l'avilir en l'assimilant aux bêles. L'homme, chef-d'œuvre delà créa-
tion, doit tout ce qu'il est à ses qualités éminentes, à son intelligence. Vouloir l'en dépouiller pour l'assimiler aux animaux, ce serait se mépriser , ce serait se mettre au niveau de la brute. Nous le présenterons tout entier. Cependant nous ne voulons aborder aucune des questions de la philosophie transcendante des Platon, des Descartes, des Leibnitz, des Condillac, des Kant , etc. Nous craindrions de nous fourvoyer dans ces sublimes erreurs, dans ces majestueuses futilités. Nous craindrions, en voulant atteindre l'absolu , de ne pas même toucher au réel. Nous craindrions de céder au prestige enchanteur dont nous enveloppe l'inconnu , pour satisfaire à notre imagination et la faire rêver à sa fantaisie. Nous craindrions surtout d'envelopper les plus grandes vérités dans ce langage alambiqué du fini et de l'infini, du tout, de l'absolu, du fixe et du volatil, des puissances virtuelles et actives , des quantitatifs et des qualificatifs, des activités, des polarités positive et négative , électrique, dynamique, des bipolarités. Pour donner un échantillon de l'obscurité scientifique de ce langage , nous prenons au hasard une phrase dans Burdach : « L'organisme prend naissance par l'activité vivante qui, se déployant dans une masse indifférente, y détermine un antagonisme de polarité, et y provoque le développement des forces diverses qui réalisent un type déterminé.... La matière n'est que l'accident de l'organisme dont l'activité est la substance. »
Nous nous renfermerons sévèrement dans l'étude des fonctions : or ces fonctions sont, comme celles des animaux , exécutées par des organes semblables. La même harmonie, les mêmes actes, la même influence, tout y est semblable ; mais là se borne la ressemblance. C'est l'homme physique. Un abîme immense le sépare de l'homme moral et intellectuel. Il a des lois qui lui sont propres et en dehors de celles qui régissent les animaux. Qu'un naturaliste, faisant l'histoire des animaux , veuille les grandir et les assimiler à l'homme, je le conçois ; mais qu'un physiologiste, faisant l'histoire de l'homme, veuille le dégrader en l'assimilant aux animaux, je m'indigne et je cherche en vain la cause d'une aussi grande bassesse. Quelle que soit la prééminence des uns ou des autres , nous ne placerons point Phomme tout entier ni dans le cerveau, ni dans la circulation , ni dans l'appareil lymphatique, ni dans l'estomac, ni dans l'appareil génital , comme l'ont fait plusieurs auteurs. Nous le prenons tel qu'il est, tel que l'a fait la nature , composé de toutes ces choses. Le magnétisme, le polarisme, l'électro-chimisme, etc. ont eu leur tour aussi. On se presse trop de généraliser. On cède trop vite à l'ardeur entraînante du siècle qui veut faire jouir trop tôt. On crée un système : si quelque chose embarrasse, on y supplée par des suppositions gratuites et profondes à force d'obscurité. Rien neffraie. L'erreur obscurcit un instant la vérité.
Je n'ai jamais perdu de vue que ce n'était pas un ouvrage d'agrément, mais un ouvrage d'instruction que je faisais, et je me suis attaché avant tout à la clarté et à l'exactitude. Je n'ai pas d'autre ambition que celle d'être utile aux élèves, en leur présentant les vérités sommaires de la pbysiologie dans
un ordre qui Unir fasse saisir avec facilite l'enchaînement, la dépendance et la succession des fonctions et de leurs actes, et qui les prémunisse contre l'erreur. Sans émigrer aux antipodes de la science, sans marcher en sens contraire eu siècle, on peut chercher de bonne foi la vérité. J'ai la satisfaction de voir Bel ensemble s'harmoniser parfaitement avec mes premiers travaux en physiologie. Ainsi mes opinions ne sont pas d'aujourd'hui. Depuis trente ans elles ont vu le jour. Les éloges et les critiques dont elles ont été l'objet m'ont fait voir ce quelles avaient de bon, et ce qu'il fallait faire pour les purifier des défauts inhérents à toute production qui se présente à la science sous un jour nouveau. J'ai profité de toutes les observations qui m'ont été faites, soit pour corriger lorsqu'il y avait lieu, soit pour mieux développer, mieux lier ma pensée, soit pour réfuter les critiques qui portaient à faux, faute de bien connaître le sujet, ou de l'avoir approfondi suffisamment. C'est avec un certain orgueil que je vois chaque jour ma manière de voir faire de nouveaux progrès et s'insinuer malgré eux dans les ouvrages de mes plus ardents antagonistes. Malgré ma répugnance pour les discussions , je ne les ai point redoutées , parce que je sais que je combats pour la sainte cause de la science. Je suis charmé de me voir ainsi dans le chemin de la vérité , et de la voir se faire jour peu à peu, surtout dans son application à la pathologie.
Si nous ne sommes pas trompé dans nos espérances de succès , nous en serons redevable aux travaux immenses dont la physiologie expérimentale s'est enrichie dans ces derniers temps. C'est dans les savantes recherches des Geoffroy Saint-Hilaire, des Serres, des de Blainville, des Dulrochet, des Flourens, desMuller, des Longet, des Bernard, etc. , que nous avons surtout largement puisé. Honneur à ces hommes célèbres ! si nous ne possédons pas leur mérite , nous partageons du moins leur zèle et leur enthousiasme pour la science. Comme eux nous avons fait tous nos efforts pour en pénétrer les routes ténébreuses. Comme eux nous nous estimerons heureux si nous avons pu répandre quelque lumière dans l'étude de l'homme , que nous proclamerons la première des études , et qui devrait faire une partie essentielle de l'éducation, à cause de ses rapports nombreux avec toutes les autres sciences.
C'est par l'étude des actes des tissus et des organes que la connaissance de l'homme commence. C'est par leur application à chaque fonction qu'elle s'acquiert. C'est par la comparaison de leur ensemble, de leurs rapports, de leurs liaisons et de leurs dépendances réciproques qu'elle s'achève. C'est par son extension aux fonctions intellectuelles qu'elle se perfectionne, en s'élançant avec audace dans l'étude de ces facultés à l'aide desquelles l'homme plane sur la nature entière. Par elle aussi l'éducation est dirigée d'une manière convenable; on ne peut pas même la concevoir autrement. C'est elle enfin qui, dans les études philosophiques, enseigne à connaître l'homme mo rai par l'homme physique. Tant que la philosophie voudra marcher seule, elle ne pourra que s'égarer. Pour qu'elle puisse sonder avec fruit les replis du cœur humain et les secrets de l'intelligence , il faut qu'elle réunisse dans le prêtre et le philosophe les connaissances du physiologiste.
En outre la physiologie est la clef de toutes les connaissances médicales ; sur elle repose la pathologie tout entière. Elle est la première étude que doive faire le médecin. Tous les phénomènes morhides sont des actes physiologiques. Elles ne peuvent plus marcher l'une sans l'autre. Les actes morbides émanent des actes physiologiques. Voilà une vérité aujourd'hui incontestable. Pas de médecine sans physiologie. Qui pourrait comprendre la maladie , s'il ne savait comment agissent les organes et comment ils peuvent se déranger? La physiologie révèle la médecine appliquée, elle en est le vestibule , elle fait connaître les actes intimes des organes malades , leur marche , leur succession, leurs conversions. Elle dévoile tout ce qu'il est possible de savoir sur la nature ou le caractère des maladies, sur leur étiologie, sur leurs crises. Perfectionner la physiologie, c'est donc travailler à l'agrandissement et à la certitude de la médecine.
La thérapeutique en reçoit aussi les plus grandes lumières. Les médicaments provoquent des actes, et ces actes sont de la physiologie. Elle doit, en conséquence, déterminer le choix des éléments thérapeutiques et hygiéniques dont l'action connue et bien dirigée aura pour résultat l'anéantissement des actions morbides et la guérison de la maladie.
Il en est de même de l'hygiène : les modifications que les agents physiques et moraux, que l'éducation produisent sur l'économie, sont encore de la physiologie.
La chirurgie ne lui est pas moins redevable. Sans elle, elle ne serait qu'un art mécanique; avec elle, elle s'est élevée au niveau de la science.
Elle est indispensable partout. Sans elle, il n'y a pas d'explications possibles. Elle est le lien de toutes les sciences relatives aux corps organisés.
Cependant, malgré le plaisir et l'entraînement avec lesquels on s'y livre, combien peu de médecins l'approfondissent ! combien sont rares les véritables physiologistes ! la plupart croient connaître cette vaste science , lorsqu'ils ont appris le cours du sang, le mécanisme de la respiration ; lorsqu'ils savent que la digestion s'opère dans les voies digestives, que le foie secrète la bile, etc. Ils ne connaissent que la superficie ou l'écorce de la science. Ils ne sont pas plus physiologistes que n'est botaniste celui qui sait que le pommier porte des pommes et le cerisier des cerises. La science de la vie va au-delà des phénomènes apparents ; elle cherche la cause réelle et cachée de chaque acte ou tout au moins le mode d'action de chaque organe. Elle détermine les lois qui dirigent ces actes, afin de simplifier leur étude; car la nature, toujours habile à produire le plus d'effets possibles avec le moins de causes, n'a pas institué autant de lois qu'il y a de corps ou d'actes différents.
Cette étude difficile a été bien des fois, il est vrai, l'écueil des physiologistes, parce que leur imagination, suppléant aux faits , a souvent enfanté des explications illusoires, qui sont devenues, comme on l'a dit, le roman de la physiologie. En nuisant à son étude, elles nous ont prouvé du moins combien il est difficile de se tenir renfermé dans les bornes de ce qui est connu, pour ne
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pas donner dans ces écarts mensongers , en prenant des théories futiles pour des explications, des suppositions pour des faits, le mensonge pour la vérité.
On a beaucoup fait, sans doute, et les progrès de la physiologie sont immenses. Cependant il ne faut pas s'abuser; elle laisse beaucoup à désirer , et ce qu'elle sait n'équivaut peut-être pas à ce qu'elle ignore.... Dans l'impossibilité d'aller plus vite que la science , et en nous renfermant dans l'histoire de ce qui est, nous ferons des vœux pour voir bientôt remplir les nombreuses lacunes que nous avons signalées , et nous applaudirons avec reconnaissance à des découvertes que nous n'avons pas cessé de provoquer.
Si nous prenions le mot physiologie dans toute l'étendue de son acception, nous aurions à faire l'histoire de la nature entière , puisqu'il dérive de deux mots grecs qui signifient discours ou traité sur la nature. Pour prévenir toute fausse interprétation, nous ne lui accordons que la signification restreinte qui lui a été conservée : étude des fonctions. Cette étude comprend l'exposition de tous les phénomènes des êtres vivants , et elle cherche à en développer les lois et à expliquer le mécanisme de chaque fonction. Nous n'avons pas cru devoir lui substituer aucune des dénominations modernes adoptées par quelques auteurs , parce que, pour remplacer le nom depuis longtemps admis d'une science, il faut bien des raisons auxquelles ne nous paraissent pas satisfaire les dénominations nouvelles de zoonomie , biologie , zoobiologie, zoobie, hygiologie et même anthropologie que M. Lordat accueille avec toute sa signification.
Avant de nous engager dans l'histoire particulière de chaque fonction , il est essentiel d'entrer dans quelques détails préliminaires qui n'appartiennent à aucune fonction en particulier, mais qui, dans leur étude spéciale, feront ' éviter l'obscurité et de nombreuses répétitions.
La matière revêt deux formes : ou bien elle est matière brute et inorganique, soumise à toutes les lois physiques qui régissent ce vaste univers; ou bien elle est matière vivante, organisée et sous l'empire de la vie et des lois physiologiques. Quelle que soit la forme sous laquelle il se manifeste, chaque être est, pour ainsi dire , un organe, un instrument de la vie universelle. Il a à remplir la fonction qui lui a été dévolue : telle est sa condition immuable. La différence qui sépare ces deux manières d'être des corps est immense : d'un coté, mort, immobilité, existence illimitée que le hasard produit et que le hasard détruit ; de l'autre coté, vie, sensibilité, mouvement , accroissement, durée limitée , reproduction par un appareil générateur qui éternise l'es-
pèee : structure et propriétés, tout diffère. Cependant les éléments des corps organiques sont les mêmes qui entrent dans la composition des- corps inorganiques. A la vérité, ils s'y trouvent combinés de manière à produire des principes immédiats que la chimie ne saurait ni produire ni imiter. L'urée semblerait faire exception à cette règle, puisque Proust, Dœberner, Hatchett et surtout Woelher croient avoir produit de toute pièce ce corps qui semble occuper l'extrême limite des matières organiques , qu'on peut regarder plutôt comme une excrétion que comme un principe constituant du corps vivant. Pour bien apprécier ces deux classes d'êtres , nous jetterons un coup d'œil rapide sur leur organisation et leurs propriétés comparatives : le parallèle est devenu indispensable. Bien qu'il ait paru suranné à quelques physiologistes qui l'ont rejeté ; bien qu'il ait paru à quelques-uns difficile d'en établir les limites, et plus difficile encore de savoir où l'on prendrait ces différences dans la hiérarchie des corps bruts ; bien que M. Matteucci ait voulu les identifier , nous repoussons ces subtilités qui sont venues quelquefois plutôt embrouiller la science que l'éclairer. Car M. Matteucci lui-même finit par leur reconnaître des différences essentielles. Dès lors, dit-il, il ne nous sera pas permis d'admettre que les lois de la chimie inorganique suffisent pour nous rendre un compte exact des phénomènes chimiques de la vie.
§ 1er. Différence entre les corps organisés et les corps inorganiques.
4° Les corps inorganiques se présentent constamment à l'état solide, liquide ou gazeux. Ils sont tout un ou tout autre.
Les corps organisés ne sont jamais à l'état gazeux. Ils ne sont non plus ni entièrement solides ni entièrement liquides ; ils réunissent ces deux formes, et sont à la fois liquides et solides , c'est-à-dire qu'il entre dans leur composition des liquides et des solides. C'est ce qui leur donne ce caractère de mollesse et cette aptitude au changement perpétuel qui les distinguent. Quelques auteurs ont admis une matière organisable perpétuelle , et qui ne se séparait d'un corps que pour s'unir à un autre corps vivant. Il y a là une exagération erronée qu'il n'est pas de notre compétence de discuter.
2° Les corps inorganiques ont une configuration dans laquelle la ligne droite et les angles prédominent. Ils n'en changeraient jamais, si des circonstances fortuites et indépendantes d'eux ne venaient les altérer ou les modifier. Un bloc de marbre placé à l'abri de tous les agents extérieurs sera le même dans mille ans, toujours bloc de marbre.
Dans la configuration des corps organisés , la ligne courbe prédomine. Ils éprouvent des changements perpétuels d'accroissement, de diminution ou de destruction : l'arbre que vous aviez laissé hier couvert de feuilles, est aujourd'hui paré de fleurs 5 demain il sera chargé de fruits, et après demain il ne vous offrira plus que des rameaux tristes et nus.
3° Les corps inorganiques sont homogènes dans leur structure. Un fragment de granit, semblable à un autre fragment du même rocher, est identi-
que dans tous ses points. Ils n'ont point d'individualité générale, chaque partic esl indépendante et forme son individualité spécifique.
Dans les corps organisés, la structure varie à l'infini. Les parties les plus rapprochées sont souvent les plus dissemblables. Les muscles, les os, le tissu cellulaire, tout cela se touebe et s'entrelace, et tout cela est différent. Bien plus, quoique le muscle ressemble au muscle, il n'y a point d'homogénéité. C'est bien le même tissu, mais la disposition des libres n'est pas la même dans tous les muscles ni dans toute l'étendue du même muscle, qui d'ailleurs est traversé par des vaisseaux et des nerfs. Il en résulte des organes qui exécutent chacun une fonction déterminée, mais qui ne sont pas pour cela isolés 5 chacun d'eux ne forme pas un individu, il ne fait que partie de l'individu pour lequel il travaille. L'individualité existe dans la réunion, la disposition et l'état de molécules intégrantes diverses qui composent leurs corps, et jamais dans aucune de ces molécules considérées séparément. Aussi on ne peut les séparer sans les tuer, dans certains modes de reproduction. Malgré l'importance de cette configuration ou de la forme, nous n'admettons point l'influence exagérée que lui accorde le kantisme allemand, ni sa prééminence sur la matière. Ce sont des subtilités que ne comporte point le plan que nous nous sommes tracé.
4° Les éléments ou corps simples inorganiques sont peu nombreux ; cependant ils sont la base de tous les autres corps inorganiques ou organisés ; mais, dans ceux-ci, ils ne sont jamais combinés qu'en petit nombre et dans les proportions binaires, ternaires ou quaternaires, comme dans les acides et les sels neutres plus ou moins composés , et souvent ils sont à leur état simple, comme dans l'or, le fer, etc. Tandis que, dans les corps organisés, il y a toujours une réunion de trois éléments au moins , l'oxygène , l'hydrogène et le carbone , dont les combinaisons donnent naissance à une foule de produits nouveaux, véritables éléments organiques que nous étudierons plus loin, Ces éléments une fois détruits, pour être ramenés à leurs principes chimiques, la chimie ne peut plus les reconstituer, tandis qu'elle refait à volonté un sel, un acide, et avec ses bases dissoutes. Il résuite de là que les corps organisés se distinguent par la régularité et l'hétérogénéité de leurs parties, tandis que les corps inorganiques sont pourvus seulement du premier caractère et manquent du second.
5° Le microscope fait découvrir, dans une dissolution de corps inorganiques, des corpuscules anguleux qui se précipitent et se joignent pour former des cubes, des hexaèdres, des rhombes , des prismes, etc. Il révèle dans les corps organisés en dissolution des molécules ou globules , ou plutôt des c'ellules à noyaux qui se rapprochent de la forme sphéroïdale.
6° Les corps inorganiques se forment de toute pièce; jamais aucun d'eux ne fait son semblable , et son association avec un autre donne toujours un produit nouveau et différent. Ainsi l'acide sulfurique et la soude font du sulfate de soude, qui ne ressemble ni à l'acide ni à la soude. Leur origine primitive est bien plus ancienne: on les trouve toujours dans tous les terrains. t. 1. c2
Les corps organisés naissent toujours d'un corps organisé semblable , et l'existence qu'ils ont reçue ils la transmettent à d'autres corps par génération ou par bouture. Nous repoussons les générations spontanées. Les expériences de Fray sont illusoires ; celles de Tréviranus ont été suffisamment réfutées par Ehrenberg et par Schulze. Il faut toujours un germe qui porte avec lui la force organisatrice qui fait développer chaque partie , chaque organe, chaque appareil, comme il doit l'être pour sa fonction et pour l'harmonie de l'individu. Cette disposition est immuable et indépendante de la forme ou de l'arrangement des molécules. Car la chimie et la micrographie ne trouvent point de différence entre le germe d'une poule noire et le germe d'une poule blanche. Leur combinaison avec d'autres corps de la même classe est impossible, et elle ne peut pas fournir de nouveaux produits. Leur origine est bien postérieure à celle des corps inorganiques. On ne trouve aucun animal fossile dans les terrains primitifs.
7° En combinant par la synthèse les éléments que l'analyse chimique a démontrés dans les corps inorganiques , on reproduit toujours le même corps. Vainement, au contraire, on associera tous les produits que l'analyse chimique aura démontrés dans la composition des corps organisés, même les plus simples, on ne les reproduira jamais. Cette composition les rend presque toujours éminemment combustibles. Ils sont toujours le résultat de manifestations vitales, d'actes organiques.
8° Une fois que les corps inorganiques sont formés, leur durée est illimitée. Ils ne croissent ni ne décroissent. Ils restent toujours avec les mêmes molécules. S'ils augmentent de volume , c'est parce qu'une nouvelle quantité de matière leur a été ajoutée par superposition. S'ils diminuent , c'est parce qu'une partie de leur matière leur est enlevée par une cause quelconque extérieure , et, s'ils finissent, c'est encore à des circonstances fortuites qu'ils le doivent. Les molécules dont ils sont composés sont indéfectibles. Elles n'ont jamais commencé , elles ne finiront jamais ; l'éternité est leur partage. Le fer, le soufre, l'azote restent toujours ce qu'ils sont, ou du moins ils peuvent toujours être ramenés à leur état de simplicité.
Les corps organisés ne sont jamais formés de toutes pièces. D'abord trèspetits, ils grandissent par un travail intérieur de nutrition , qu'on appelle intussusception. Les matériaux dont ils sont formés changent souvent pendant leur durée. Lorsqu'ils diminuent, c'est par l'absorption des molécules que leur avait apportées le travail d'accroissement. Leur existence est limitée -, chaque être organisé a une durée qu'il ne peut dépasser. Il commence, dure et finit, comme individu, et il se perpétue comme espèce. Tout s'exécute par une série d'actes simultanés ou successifs qui entretiennent entre toutes les parties des liens de causalité qui les rendent solidaires et harmoniques, et qui ne permettent pas qu'elles puissent être séparées en portions identiques, à moins que la portion détachée ne possède les organes de sa vie, comme dans les bourgeons. Quoique leur durée soit limitée, mille circonstances peuvent l'abréger: tels sont les accidents physiques, les mala-
INTRODUCTION. I i>
diesel surtout lc> excès de l'amour;' ceux-ci no ruinent l'existence que parce qu'ils prodiguent la vie en la communiquant. Lorsqu'ils ont cessé de vivre, leur organisation se détruit, se dissout par un travail de fermentation ou de putréfaction, qui en sépare les molécules etlcs ramène à leurs éléments constitutifs : hydrogène , oxygène, carbone et azote, travail tout-à-fait inconnu aux corps inorganiques.
0° Les corps inorganiques, immobiles par eux-mêmes , ne reçoivent d'autre mouvement que celui qui leur est communiqué par les agents extérieurs ou par des forces spéciales d'attraction, d'électricité. Ils n'obéissent qu'aux lois de répulsion et d'attraction.
Les corps organisés ont en eux un principe d'action qui leur fait exécuter des mouvements spontanés indépendants de toute cause extérieure. Ils possèdent des forces particulières qui leur font exécuter les actes de la vie , si différents de ceux des lois physiques. Chaque partie exécute aussi des actes particuliers qui , bien qu'isolés, concourent à l'harmonie du tout ou de l'ensemble.
40° Les corps inorganiques n'ont point de température spéciale ; ils se mettent constamment au niveau de celle du milieu dans lequel ils sont plongés.
Les corps organisés ont une température propre et indépendante qui les fait résister au froid comme à la chaleur, lorsque ces deux qualités physiques s'éloignent de celle qui leur est propre.
Au reste , les différences qui séparent ces deux classes d'êtres sont si grandes, qu'il est impossible de s'y tromper. Il serait donc superflu de s*\ arrêter davantage. Les corps organisés vont nous occuper seuls.
§ 2. Des corps organisés. Différence des végétaux et des animaux.
Jusqu'à présent nous avons examiné les corps organisés en général, parce qu'ils présentent des caractères communs auxquels il est impossible de les méconnaître. Développement, accroissement, excitabilité, propagation , caducité en sont les phénomènes généraux. Mais lorsqu'on veut les examiner comparativement, on est forcé de les partager en deux classes bien distinctes. Ce sont les végétaux et les animaux. Nous allons esquisser les différences essentielles qui les séparent.
1° Les végétaux sont fixés au sol par des racines plus ou moins profondes, ce qui les partage en deux moitiés , dont l'une, extérieure au sol , forme la tige et les branches, et l'autre, enfoncée dans la terre, constitue les racines. Ils ne se déplacent jamais d'eux-mêmes, et ils meurent dans le lieu qui les a vus naître.
Les animaux sont détachés du sol. Ils se meuvent par eux-mêmes, et ils sont susceptibles de se transporter au loin sans le secours d'aucun agent extérieur. En conséquence, les végétaux n'exécutent que des mouvements moléculaires et intestins , et quelques mouvements vibratils que Dutrochet s'est efforcé d'expliquer, et les animaux possèdent de plus une vaste clnsse d'orga-
nés charnus spécialement destinés par leur construction à faire exécuter de grands mouvements et surtout les déplacements.
2° Les végétaux se reproduisent par graines ou par boutures ; leur matière séminale, ou le pollen, n'est jamais liquide ; leur appareil génital n'est pas perpétuel 5 il naît et disparaît avec le produit de la génération.
Les animaux ont un appareil générateur qui naît et périt avec eux : leur matière séminale est toujours liquide. Quelques animaux paraissent se reproduire par bouture \ mais ce fait n'est qu'apparent. Ces prétendues boutures ne sont ordinairement que la réunion de plusieurs individus qui , pour vivre en famille, se créent de proche en proche des logements qui leur donnent une fausse apparence de végétation. Cependant elle a lieu dans les polypes.
3° L'accroissement des végétaux, surtout de ceux qui sont vivaces, est illimité. Il se fait en deux sens opposés , supérieurement vers les tiges , inférieurement vers les racines. Chaque année ajoute à leur développement. Aussi, dans les mêmes conditions, les plus âgés sont-ils toujours les plus grands.
Dans les animaux , la taille est à peu près uniforme pour tous les individus de la même famille, et, lorsqu'ils l'ont atteinte, ils ne la dépassent plus, quelle que soit la durée de leur vie. Il arrive, au contraire, un âge de décrépitude dans lequel ils semblent se rapetisser. Aussi ils sont en général moins volumineux que les végétaux.
4° Dans leur développement, les végétaux ne présentent pas de symétrie : leurs branches croissent indistinctement dans tous les sens et en nombre infiniment varié.
La forme des animaux , le nombre et la place de leurs membres ou de leurs appendices, sont rigoureusement déterminés , et cela, dans un ordre symétrique qui permettrait de regarder la plupart des animaux comme formés par la juxta-position de deux moitiés semblables.
5° Les végétaux présentent un développement extérieur d'organes qui se renouvellent chaque année pour les vivaces , et qui meurt avec la saison qui les a vus naître : ce sont des feuilles et des fleurs , véritables appareils de la respiration et de la génération.
Les animaux n'ont rien de semblable. En général, leurs organes et appareils naissent et meurent avec eux.
6° La composition anatomique est plus différente encore. Dans les végétaux vous trouvez une écorce, un aubier, un ligneux, une moelle centrale.
Dans les animaux, rien de semblable. A la place vous avez des téguments , des chairs, des os, des vaisseaux, des viscères.
7° Dans les plantes, il y a une tendance à multiplier à l'infini des parties qui se ressemblent pour la forme, comme les feuilles, les fleurs, etc.
Dans les animaux, il y a production de beaucoup de parties différentes ; mais elles ne sont que simples ou doubles , et toujours la symétrie les domine, même lorsqu'elles sont simples.
8° Dans les plantes, les fonctions principales et leurs organes sont placées à la surface. Il \ a une sorte de déplacement extérieur, d'expansion périphérique, ainsi qu'Aristote l'avait déjà remarqué.
Dans les animaux prédomine la tendance à ramener les parties importantes au dedans, à concentrer les organes dans l'intérieur. C'est ce qui a fait dire que les plantes sont des animaux retournés en dehors , et les animaux , des plantes retournées en dedans.
9° Les végétaux ne présentent presque pas d'individualité. Chaque partie est plus isolée, plus indépendante, plus elle. Il n'y a pas de lien commun, d'organe central, qui en fasse un tout indivisible. Aussi chaque partie de la plante peut le plus souvent se suffire et même se détacher de la mère-plante pour former un individu séparé. Ce qui a fait dire à Darwin, de Candole, etc. que les plantes doivent être considérées plutôt comme des agrégations d'individus que comme des individus. Les différentes parties peuvent même se transformer les unes dans les autres.
Dans les animaux, tout est lié, tout est solidaire, tout se concentre dans les organes intérieurs principaux auxquels la vie est attachée. Ce n'est qu'en descendant aux classes inférieures que la vie paraît se partager.
10° La composition chimique des végétaux est plus simple. Ils ne contiennent que de l'hydrogène , du carbone et de l'oxygène : les solides y sont en général dans une proportion supérieure à celle des liquides. C'est le carbone qui domine.
Dans les animaux, au contraire, la proportion des liquides l'emporte sur celle des solides et rend leur décomposition plus prompte et plus facile. Ils contiennent un élément chimique de plus, c'est l'azote.
11° Quelques végétaux contiennent aussi de l'azote, dans un état de combinaison appelé ammonium par 31. Dumas. Ils possèdent des éléments organiques communs : tels sont l'albumine, la fibrine, la cazéïne, le mucus. Mais les végétaux ont des substances alcaloïdes qu'on ne trouve dans aucun animal et une foule de poisons qui leur sont spéciaux.
Les animaux ont la gélatine, la chondrine, le musc qui manquent aux végétaux. Ils ont aussi leurs poisons et leurs venins. Nous ne parlons pas des autres substances minérales, phosphore, chaux, alumine, fer, soufre, brome, sodium, manganèse, etc., qu'on y rencontre, mais qui n'en font pas partie intégrante et essentielle.
12° Les végétaux puisent à l'extérieur tous leurs sucs nourriciers. Ils les absorbent au moyen de leurs racines, largement étendues pour se mettre en rapport avec une plus grande quantité de matériaux. Ils ne s'approprient que des principes inorganiques pour les organiser et leur donner une composition organique. Cette proposition , établie par Mirbel et Smith , n'est pourtant pas absolue, et Tiedmann la regarde comme insoutenable , en ce sens qu'il faut des substances organiques à la végétation , et il s'appuie surtout sur la nutrition des plantes parasites.
Dans les animaux, une cavité intérieure reçoit les substances alimentaires
et les élabore pour en présenter les sucs nourriciers aux bouches absorbantes qui sont ouvertes à ses parois : c'est l'appareil delà digestion. Ils n'y puisent que des substances déjà organisées par les végétaux ou par d'autres animaux : ïa transformation est en conséquence commencée.
Malgré ces différences importantes, il serait difficile de les trouver entre les dernières classes des animaux et les végétaux. Il y a certainement plus de rapport entre un zoophyte et un végétal, qu'entre ce même zoophyte et l'homme.
Les infusoires, les éponges, les entozoaires ont aussi fait le sujet de quelques discussions sur l'existence de leur cavité digestive, qu'on leur reconnaît aujourd'hui. Il serait peut-être aussi intéressant d'établir une comparaison d'analogie et de ressemblance entre les végétaux et les animaux, et de faire voir en quoi diffèrent les fonctions qu'ils possèdent également. L'absorbtion, la respiration, la circulation , la nutrition , la sécrétion , la génération s'exécutent chez les uns et chez les autres. Mais l'étude de leur différence serait déplacée ici. Aussi paraîtrait-il peut-être plus important de signaler les différences qui caractérisent les diverses classes d'animaux, parce qu'elles nous dévoileraient le développement successif de quelques organes, et par conséquent de quelques fonctions nouvelles, à mesure que nous nous élèverions des animaux les plus simples aux animaux les plus composés, et que nous regardons comme les plus parfaits. Nous pourrions aussi démontrer par quelle gradation tout vient de la terre et tout y retourne. C'est d'elle que la plante tire la substance dont elle se nourrit , pour en nourrir l'animal et servir ainsi de lien qui l'unit à cette mère commune. Mais ces recherches, qui seraient de la plus haute importance dans un cours de zoonomie philosophique, nous sont interdites par la nature de notre travail. Nous allons donc commencer l'étude de l'homme vivant, c'est-à-dire de ses fonctions- Or, comme ses fonctions sont des actes, et qu'il ne peut y avoir d'actes sans un agent quelconque , la physiologie ou l'étude des fonctions ne peut pas être séparée de l'étude des agents ou organes à l'aide desquels ces fonctions s'exécutent, et qui présentent un arrangement particulier connu sous le nom d'organisation. Il est donc essentiel de jeter un coup-d'œil rapide sur la composition du corps humain, afin de pouvoir mieux en apprécier tous les actes et toutes les fonctions.
§ 3. Composition du corps humain.
Des liquides et des solides entrent dans la composition du corps humain. Les uns sont fixes et constituent la trame des organes. Les autres sont mobiles et disposés dans des cavités ou espaces plus ou moins considérables, dans lesquels ils sont agités d'un mouvement perpétuel par les premiers. Quelque bien préparés que soient les éléments organisâmes, s'ils sont seuls, ils restent inertes : il leur faut d'abord de l'eau ou un fluide qui les dissol\<
et en soit le premier moyen d'union, d'assemblage et de métamorphose. aussi il n\ a point de créature vivante sans liquide. Le liquide le plus simple contient toujours quelques principes ou particules organiques, que révèlent soit le repos, comme la fibrine dans le sang ou dans le chyle ; soit la chaleur, comme L'albumine dans la sérosité ; soit le microscope, comme les globules du sang, du lait, les zoospermes; soit une foule de réactifs chimiques pour les sels, etc.
Toutes les substances organiques, à l'exception de la graisse et des poumons , ont une pesanteur spécifique plus grande que celle de l'eau. Les solides sont, en proportion, beaucoup moins considérables que les liquides, puisqu'en réduisant le corps à ses derniers atomes solides, on n'en obtient pas la dixième partie de son poids total. M. Chcvrcul la réduit à la moitié, parce qu'il fait observer que, dans le dessèchement à l'air et surtout dans la putréfaction, beaucoup de solides se dissolvent. Cependant elle varie, non seulement dans les âges et les individus différents, mais encore dans chaque tissu, puisque les uns, comme les os, sont presque tout solides, et que les autres, comme les corps vitrés, sont presque tout liquides. Cet assemblage ne forme point un amalgame fortuit dans lequel ces deux classes d'éléments auraient été jetées au hasard pour en faire un bloc homogène. Solides et liquides, tout est distinct, tout est séparé, quoique lié ; chacun occupe sa place, et, par un ordre admirable, tout est mêlé sans être confondu : on est toujours sûr de trouver dans un point déterminé le même tissu et le même fluide ; on peut le prédire. Cela devait être, puisque chacun est appelé à des fonctions positives. Le rôle qu'ils ont à jouer les uns et les autres est également indispensable ; l'économie ne peut pas plus se passer des uns que des autres : l'humorisme et le solidisme purs seraient aussi absurdes en physiologie qu'en pathologie. Ce n'est pas encore le moment de parler de l'action des uns sur les autres. Nous devons les examiner d'abord en eux-mêmes, et en quelque sorte isolés et indépendants de toute espèce de rapport avec les autres parties. Dans l'étude que nous aurons à faire des solides et des liquides séparément, nous n'aborderons pas maintenant la question de la composition moléculaire des tissus, nous ne remonterons ni à cette ligne ou fibre élémentaire des tissus, unique selon les uns, double, triple, quadruple selon d'autres; ni à ce parenchyme commun, générateur et gangue de tous les solides ; ni à cette monade spirituelle de Leibnitz et de quelques autres anciens, ressuscitée par plusieurs modernes ; ni à ces atomes, origine de tous les tissus, parce qu'on pourrait faire de nouveaux volumes sans dissiper le vague dont cette question est enveloppée. La chimie a démontré dans tous les tissus les quatre éléments chimiques, carbone, oxygène, hydrogène, azote. Dans quelques-uns d'eux et dans quelques liquides elle a constaté la présence de plusieurs éléments chimiques. Ainsi le soufre se rencontre dans l'albumine, la fibrine, la caséine \ le phosphore s'y rencontre également, on le trouve surtout dans les os à l'état de phosphate; le fer fait partie essentielle du sang normal:
la chaux fait la base solide de la substance osseuse. Beaucoup d'autres corps simples ou composés se rencontrent souvent ; mais leur présence semble moins essentielle à l'organisation, parce qu'elle n'est pas constante, parce que les proportions varient. Quelques chimistes ont cru à l'existence de certains éléments que d'autres chimistes ont repoussée. Ce n'est pas ici le lieu de rechercher comment et dans quelles proportions les éléments chimiques des corps organisés s'unissent pour constituer les organes ; s'ils y sont à l'état simple, ou si leur combinaison ne peut avoir lieu que lorsqu'ils ont revêtu une autre forme, comme la forme aqueuse pour l'hydrogène et l'oxygène, la forme ammoniacale pour l'azote ; s'ils sont le résultat d'éléments primitifs qui les organiseraient. Ces recherches minutieuses, d'une haute chimie organique, n'exercent heureusement aucune influence sur l'appréciation des fonctions. D'ailleurs, elles n'ont pas encore reçu l'assentiment unanime. Leur simple énumération suffirait pour repousser le travailleur le plus intrépide. Nous renvoyons à Burdach ceux qui auraient le courage de lire ce phénomène d'érudition. Quelle confiance peuvent en effet inspirer ces recherches, lorsque les résultats en sont si différents dans les auteurs , lorsque surtout la dernière molécule à laquelle on puisse arriver avec le microscope, paraît elle-même encore composée? Nous ferons ici une réflexion désolante, c'est que les travaux remarquables que nous possédons sur la chimie animale n'ont encore été que d'une utilité bien faible à la physiologie. Peut-être même ils y ont introduit jusqu'à présent plus d'erreurs que de vérités, quoiqu'ils soient appelés à faire triompher un jour celles-ci, en dissipant les premières. Ils prouvent toutefois combien cette étude de la structure intime des organes offre de difficultés, tant les réactifs les altèrent facilement, tant est grande la petitesse de leurs éléments. Chose singulière î quelques pages de l'analyse du sang de Bordeu nous instruisent plus que toutes les analyses chimiques.
Nous ne pouvons pas cependant nous dispenser de faire mention de la théorie cellulaire qui a été créée par Schleiden, Lebert, Sehwann, Henle, etc., et transportée du règne végétal au règne animal. Une cellule organique serait la trame de tous les tissus. Dans cette cellule existe un noyau qui nage dans une substance plus ou moins considérable , et qui paraît être l'origine de l'un et de l'autre, c'est le cytoblaste. Un point, un corps noir se remarque dans ce noyau, c'est le nucléole, espèce d'anneau , et le pourtour est formé de granules. Une substance intercellulaire sert de point d'union entre une cellule et l'autre, c'est le cytoblastème. Ces cellules possèdent une vie propre au dedans du tout. Elles naissent et produisent leurs semblables en elles-mêmes : le microscope y découvre plusieurs générations ensemble , les cellules-mères étant pleines de jeunes cellules , qui, à leur tour, contiennent des cellules plus jeunes encore, ou déjeunes noyaux. Ces cellules adossées, ajustées, forment les tissus et les canaliculcs. Tantôt elles se soudent les unes aux autres pour former la libre solide. Tantôt elles s'ouvrent par leurs deux côtés opposés et en ajustant les burds
de cette ouverture avec les bords de l'ouverture d'une autre, elles constituent les libres creuses ou canaliculées. Cela est-il bien démontré? Dutrochet admettait des molécules utriculaires. Beaucoup d'auteurs, surtout en Allemagne et même en France, Matteucci, etc. , semblent adopter cette doctrine cellulaire. Cependant les cellules manquent le plus souvent de noyau et de nucléole. Très-souvent aussi des noyaux existent sans nucléole. D'ailleurs cette formation mécanique ne détruit pas les objections les plus sérieuses: pourquoi un liquide plastique préexiste-t-il aux cellules? qu'est-ce qui détermine les cellules à s'organiser avec autant d'intelligence? Comment des cellules identiques peuvent- elles donner naissance à des tissus si différents? Enfin, voilà que M. Mandl, micrographe des plus distingués, ne voit plus les cellules : cette base première est tout entière dans les corpuscules primitifs qui forment les tissus à fibres et les tissus à corpuscules, qui sont la source de tous les tissus et de tous les organes. Ne voilàt-il pas aussi que MM. Scbrann et Muller ne peuvent pas leur reconnaître une existence primitive, puisque la substance plastique leur est antérieure et qu'Ebremberg leur substitue des monades elles-mêmes composées d'autres organes. Les cellules cancéreuses, cette belle conquête du microscope, se rencontrent maintenant dans des tissus non cancéreux et manquent dans des tissus évidemment cancroïdes. Cette pierre angulaire de la physiologie microscopique est donc une véritable pomme de discorde. Cela est vraiment dommage : car cette doctrine est, sinon convaincante, du moins fort amusante. Cela n'a pas empêché M. Baudrimont de la reproduire en enchérissant encore sur les vertus de la cellule primitive, qui devient l'origine génératrice des individus et le type des tissus, constituant à elle seule l'animal primitif, l'animal simple ; c'est en élaborant par endosmose ou permétion les liquides dans lesquels elle nage, qu'elle s'ajoute de nouvaux organes, de nouveaux appareils , et qu'elle agrandit la sphère de l'animalité en lui faisant parcourir l'échelle des êtres. C'est à cette évolution de la cellule qu'il a donné le nom dliistose. Là gît la vie, là gît la nutrition, la digestion, la génération, etc.
Si la composition organique est déjà si difficile, que serait-ce si nous voulions remonter à cette monade primitive de Leibnitz , à cette matière cosmique de Humboldt, etc.? Arrêtons-nous sur les bords de ce puits ténébreux, la vérité y est encore ; ceux qui y sont descendus, s'ils l'ont vue, ne nous font pas encore montrée : elle est restée enveloppée de ténèbres dans les profondeurs du puits , avec ses éléments, ses agrégations , ses dissolutions , ses attractions, ses puissances ordinatrices, ses essences , ses polarités, etc., etc.
Nous ne nous occuperons pas des éléments gazeux, parce que, dans notre économie, ils sont toujours combinés pour former des liquides et des solides. Lorsqu'ils se présentent sous la forme gazeuse, c'est un état qui cesse d'être normal et qui n'est plus de notre ressort ; ne remplissant point un rôle fonctionnel, ils n'appartiennent point à la physiologie de l'homme en santé. Quoi
qu'aient pu faire à cet égard Frank, Girtaner , Asselini , Vidal , Krimmcr et M. Gaspard, ils n'ont pu nous convaincre.
Nous parlerons encore moins de ces aura sanguinis , serositatis, seminalis et glandulaire qui , en se répandant à une certaine distance , forment une sorte de sphère d'activité, qui porte au loin l'influence du fluide ou de l'organe dont elle émane. Notre physiologie rigoureuse repousse ces créations romanesques. Nous aurons occasion de parler autre part du calorique et de l'électricité. D'ailleurs, nous ne pouvons pas les regarder comme faisant partie de la composition organique.
§ 4. Des solides organiques.
Sous le nom de solides il ne faut pas seulement entendre les parties dures, mais encore les parties molles qui, en offrant un certain degré de résistance, présentent une organisation constante et ne sont pas susceptibles de circuler en nature dans les vaisseaux.
Quelques auteurs ont cru avoir trouvé l'origine de nos tissus dans cinq corps ou éléments : la fibrine , l'albumine, la caséine, la gélatine et la chondrine. Mudler est allé plus loin : il admet un élément qui est la base de tous les autres, c'est la protéine. A l'aide d'une addition de soufre , elle fait de la caséine ; de soufre et de phosphore, de l'albumine; de soufre en plus grande quantité et de phosphore , la fibrine. Elle est aussi susceptible de divers degrés d'oxygénation, et devient oxy, deuto et tritoprotéine. Cette substance générale, adoptée en Allemagne, est encore un problème. C'est, du reste, avec ces éléments que sont composés tous les tissus de l'organisme.
Dans ces derniers temps, une question analogue a beaucoup occupé les physiologistes. Ils ont cherché dans les végétaux les principes élémentaires qui se trouvent dans les animaux ; et, parce qu'ils y ont trouvé des principes gras, de l'albumine, de la caséine, du gluten, ils ont conclu que l'animal ne préparait rien, n'élaborait rien, ne transformait rien , qu'il ne faisait que puiser dans les végétaux ses matériaux tout préparés. Mais il n'en est pas ainsi : les alcaloïdes appartiennent seuls aux végétaux, les substances vénéneuses leur sont presque spéciales, etc., et, dans les animaux, nous trouvons deux principes bien abondants , la gélatine et la chondrine , dont les végétaux ne possèdent pas un atome ; ils sont donc formés dans les animaux , il y a donc transformation. Il en est de même de la créatine , acide particulier du bouillon et de la chair musculaire. Nous pouvons même signaler une différence bien grande entre les deux classes d'êtres organisés. La composition chimique du règne végétal est beaucoup plus variable que celle du règne animal. Chaque plante a sa composition et ses produits , tandis que, dans le règne animal, on trouve une sorte de composition organique uniforme : les mêmes principes immédiats se présentent partout. Ainsi les poisons et les remèdes sont très-communs dans le règne végétal, et très-rares dans le
règne animal. Nous ne croyons pas même devoir parler de la vaseularité complète de nos tissus, démontrée par Ruisch, et combattue par Ilaller; ni de la composition toute lymphatique supposée par Mascagni ; ni de la substance coagulable de Mckel, qui donne naissance à la masse du tissu cellulaire et de ses composés, et à des globules qui, par leur arrangement, forment les fibres nerveuses et musculaires, et sont ainsi la source de tous les tissus. Mais cette composition élémentaire n'est pas celle qui doit intéresser le plus le physiologiste. Quelles que soient les transformations que subisse la matière organique, elles ne peuvent s'opérer qu'à Tarde d'agents plus organisés, et c'est de ces agents que nous devons spécialement nous occuper.
Lorsqu'à l'aide du scapel on pénètre dans la profondeur du corps humain , on y découvre une foule de tissus de forme et de composition différentes. Les uns sont disposés en membranes, les autres, en corps arrondis , sphéroïdes, cylindroïdes, prismatiques. Quelques-uns présentent une texture fibrillaire, d'autres une texture lamelleuse , plusieurs une texture granulée , et quelques autres une texture aréolairc. La forme d'un tissu n'indique point sa structure, car le même tissu affecte souvent des formes bien différentes. C'est donc moins à leur configuration apparente qu'à leur structure qu'il faut s'attacher pour les classer et les mieux étudier. Si en effet on s'en tenait à leur conformation extérieure, on verrait ensemble les tissus les plus disparates, tels que les muscles et les membranes séreuses , et l'on verrait le même tissu se présenter plusieurs fois, tels que le musculaire et l'osseux, qui affectent une foule de formes différentes. Ainsi la classification la plus méthodique est celle qui prend pour base la structure des tissus organiques. C'est une véritable analyse anatomique, puisqu'elle démontre les éléments anatomiques ou ses tissus élémentaires , puisque de leur combinaison résultent tous les autres tissus composés et les organes. Il n'en est pas un qui soit simple et parfaitement isolé : tous reçoivent dans leur composition un plus ou moins grand nombre d'autres tissus : ce qui établit déjà dans l'économie une liaison et une dépendance générale des organes entre eux.
Tissus élémentaires.
11 semble , au premier abord , que le nombre devrait en être facile à déterminer, et cependant rien n'est plus difficile , si Ion en juge par les différences qui existent à cet égard dans les auteurs. Les uns en ont réduit ce nombre à quatre et d'autres l'ont porté jusqu'à vingt-cinq. Quoiqu'il y ait de l'exagération dans les uns et dans les autres, nous ne créerons pas une nouvelle classification ; nous nous en rapporterons à FAnatomie générale de Bichat. On peut ne pas admettre toutes les divisions qu'il a établies -? mais il est impossible de ne pas être entraîné par le charme et l'intérêt qu'il a su attacher à toutes ses considérations. Dans l'impuissance de faire mieux , nous renvoyons à son immortel ouvrage, en nous bornant à faire la simple énumé-
ration des tissus qu'il a admis et auxquels nous en joindrons quelques-uns qui ont été signalés par Béclard et MM. Serres , de Blainville,'Mekel, Mayer, Heusinger, Weber et Burdach.
Parmi ces tissus, les uns sont généraux ou communs à l'organisation de presque tous les autres ; les autres sont propres ou spéciaux : ils forment à eux seuls des organes particuliers.
Les tissus généraux, au nombre de sept, sont les deux systèmes nerveux, cérébral et ganglionnaire ; les vaisseaux sanguins , artériels, veineux et capillaires ; les vaisseaux lymphatiques et le tissu cellulaire.
Les tissus particuliers , au nombre de quinze , sont les deux systèmes musculaires, l'un de la vie cérébrale, l'autre de la vie ganglionnaire ; les systèmes fibreux, l'un simple, l'autre élastique ; le système osseux , le système cartilagineux, le système fibro-cartilagineux ; les systèmes cutané, muqueux, épidermoïde, pileux, corné ; le séreux, le synovial, Férectile et le glandulaire. On peut augmenter ou diminuer le nombre de ces tissus , selon qu'on isolera ou que l'on groupera ceux qui ont de l'analogie entre eux. Ces divisions arbitraires sont peu importantes : elles ne changent ni la nature des tissus , ni leurs fonctions.
Quelque ingénieuses, quelque séduisantes que soient ces opinions, au point de vue physiologique elles ne font, le plus souvent , que surcharger la science et la mémoire de mots nouveaux quelquefois un peu barbares. Qui est-ce, en effet, qui s'occupera à étudier les tissus blasteux , triblasteux ; les plastenx, mi-plasteux et surplasteux ; les scléreux, sub ou hyposcléreux,- les moelleux , les hypo , proto ou deuto-nerveux , et autres gentillesses de ce genre que nous ne croyons pas devoir rappeler ?
Il n'est pas un tissu purement simple : ils sont tous formés de la combinaison de plusieurs. Les tissus que nous avons appelés généraux se rencontrent presque tous dans la composition des autres. Ils en sont la trame et les agents conservateurs, puisque c'est par eux que s'opère la nutrition. Cette règle n'est pas sans exception, puisque l'épidémie , les poils et les ongles sont privés de vaisseaux et de ncris.
En créant l'anatomie générale sous ce point de vue physiologique , Bichat a rendu un service immense à la science et à la médecine. On lui reproche de n'être pas descendu dans la profondeur de l'organisation. Quels services ont encore rendus ces recherches microscopiques, précieuses d'ailleurs, auprès de celles de Bichat? De quelle utilité a été la découverte des cellules ou des globules organiques, et surtout de la monade homme ? A quoi ont abouti les travaux de Hallcr sur la fibre élémentaire indivisible?
Organes.
Quelques-uns de ces tissus forment seuls des organes, mais le plus souvent ils sont combinés en plus ou moins grand nombre pour en formel' un. Lesoi'gancs sont donc des parties du corps plus ow moins complexes, selon la
[«action qu'ils sont appelés à remplir ; car, d'après la signification étymologique de leur dénomination , ils sont des instruments. Comme tels ils doivent exécuter des actes , et toujours leur structure est la mieux appropriée à cet acte. Comparez, sous ce rapport, la simplicité du muscle dont la fibre , en se contractant, exécute un des actes les plus importants, avec la complication de l'œil, qui , pour recevoir l'impression de la lumière, représente un instrument d'optique des plus compliqués. Leur forme, leur structure, leur consistance, tout varie. L'un est arrondi, un autre allongé ; celui-ci est disposé en membrane, en réservoir, en canal -, cet autre est dur, eylindroïde, aplati ; quelques-uns sont élastiques, érectiles -, d'autres sont fermes , très-fragiles. Ils ne sont point distribués arbitrairement : ils sont placés selon leurs fonctions selon les usages auxquels ils sont destinés. On a eu tort de faire le mot organe synonyme du mot viscère. Celui-ci vient du mot vescor, je nourris; il ne peut en conséquence s'appliquer qu'aux organes digestifs ou à ceux qui participent plus ou moins directement à la digestion. On a cherché à établir le degré d'importance des organes sur les lois de mollesse ou de solidité, qui sont peu dignes de nous occuper. Ces distinctions sont oiseuses. Chaque organe remplit les fonctions auxquelles il est consacré. Toutes se lient, toutes s'enchaînent, et il est impossible d'en supprimer une sans nuire à l'ensemble et à l'harmonie.
Appareils.
Si les fonctions n'étaient que des actes simples , il n'y aurait que des organes ou des tissus, puisque chacun d'eux exécute un acte ; mais il n'en est pas ainsi. Beaucoup de fonctions exigent la réunion de plusieurs actes, par conséquent de plusieurs organes C'est à cet ensemble d'organes concourant par leurs actes simultanés ou successifs, qu'on a donné le nom d'appareils. Ainsi le globe de l'œil, malgré sa structure déjà si compliquée, n'exécute pas seul la fonction dont il est chargé. Il lui faut l'assistance de plusieurs autres organes : les paupières, les cils, les sourcils, l'appareil lacrymal, les muscles oculaires, les nerfs optiques lui prêtent tous leurs concours. Cette réunion de plusieurs organes pour un seul appareil, rend le nombre de ceux-ci bien inférieur à celui des organes. Il est même des fonctions qui nécessitent le concours de plusieurs appareils. C'est ainsi, comme nous venons de le dire, que l'appareil lacrymal est une dépendance de l'appareil de la vision. C'est ainsi que les appareils salivaire, biliaire et tant d'autres, sont des dépendances tiu grand appareil digestif, parce qu'ils concourent avec lui au complément de la digestion. Toutes les fonctions ne nécessitent pas pour leur exécution le concours de plusieurs appareils, il en est, telles que l'ouïe, l'odorat, le toucher, etc., qui n'exigent qu'un organe.
§ 5. Des liquides organiques.
Il n'est pas moins difficile de préciser le nombre des liquides organiques,
qu'il ne l'a été de préciser celui des solides, parce qu'il en est plusieurs qui présentent une telle analogie qu'on a pu tout aussi bien les étudier séparément, que les réunir et les envisager comme un seul et même liquide. Leurs propriétés physiques et chimiques ont excité beaucoup de recherches. On a même voulu pénétrer dans leur composition intime et dévoiler les formes de leurs dernières molécules. Plusieurs physiologistes se sont livrés sur ce point à des discussions interminables, quelquefois absurdes et souvent inutiles. Le nombre, la figure, le volume, le diamètre des globules, des granules ou des cellules furent déterminés, moins peut-être à l'aide du microscope, qu'avec les yeux trompeurs d'une imagination prévenue. Mobiles ou immobiles , ces corpuscules peuvent être regardés comme un rudiment de solidification , et faire établir une sorte d'analogie entre les solides et les liquides. Quoi qu'il en soit de ces spéculations théoriques sur les liquides, la proportion énorme dans laquelle ils entrent dans la composition du corps est une preuve de leur importance. Et, en effet, la vie n'est pas possible sans eux, parce qu'ils sont tout à la fois les agents excitateurs des organes, les véhicules et les matériaux de leur nutrition et de leurs sécrétions. Rien n'entre dans le corps qu'à l'état liquide , rien n'y devient solide sans avoir été auparavant liquide, rien n'en sort qu'il ne redevienne liquide. L'embryon commence par être liquide, et, dans l'adulte, plusieurs organes restent à l'état presque liquide, tels sont le corps vitré, le cristallin et même la pulpe cérébrale. Nous admettons tous les liquides qui ont été reconnus dans l'économie sans nous inquiéter des classifications à l'aide desquelles on les a groupés pour en faire un plus ou moins grand nombre. Ainsi les anciens en avaient trop limité le nombre , lorsqu'ils les réduisaient à quatre : le sang , le phlegme ou pituite, la bile jaune et la bile noire ou atrabile. Ils faisaient correspondre ces quatre sortes d'humeurs aux quatre éléments de l'univers et aux quatre tempéraments de l'homme , et ils leur faisaient jouer un grand rôle dans les maladies. Plus tard on les réduisit à trois , le chyle , le sang et les humeurs émanées du sang. Pendant qu'on était en train de réduire, quelques médecins n'en firent que deux espèces, les unes premières ou alimentaires, les autres secondaires, inutiles ou excrémentitielles. Les progrès de la chimie animale firent aussi établir des classifications basées sur leur composition. Bostoch, Berzélius , Tiedmann , etc. , en ont établi chacun une sur ces bases chimiques. Mais, de toutes, cette dernière classification est la moins satisfaisante, parce que les fluides des êtres organisés ne sont pas des substances inertes. Sans cesse en mouvement, ils agissent sur les tissus qui réagissent sur eux. Ils se composent, se décomposent, se renouvellent, se détruisent et se modifient sans cesse, de façon que leurs qualités comme leur quantité changent à chaque instant. C'est à ces changements perpétuels qu'est due l'impossibilité d'établir un parallèle exact entre leur quantité et celle des solides, parce que cette quantité varie d'un instant à l'autre, et dans les différents individus suivant la constitution et l'embonpoint. Si nous avions à choisir une classification , c'est à celle de Chaussier que nous donnerions la préfé-
pence, parce qu'elle est fondée sur les rapports des iluides avec les fonctions et avec les organes qui les élaborent. 11 a établi cinq ordres dans lesquels viennent se placer naturellement tous les liquides de l'économie. Ce sont les fluides circulatoires, les fluides perspiratoires , les fluides folliculaires , les fluides glandulaires et les fluides produits par la digestion. La dénomination de chacun de ces ordres indique les fluides qui y sont compris. Au premier ordre appartiennent le sang, qu'il soit artériel ou veineux, et la lymphe. Au deuxième ordre se rapportent tous les fluides qui ont été exhalés , soit à la surface libre des membranes, soit dans les tissus aréolaires. Presque à toutes les surfaces ils forment une humeur perspiratoire qui s'évapore de suite après son exhalation, comme à la peau et dans les organes respiratoires et digestifs ; ou bien en s'amassant en plus grande quantité , ils constituent la sueur à la peau , la sérosité dans les cavités séreuses et dans le tissu cellulaire , la synovie dans les articulations, le fluide séro-muqueux à la surface des membranes muqueuses, en se combinant avec le mucus folliculaire. Le troisième ordre comprend l'humeur sébacée delà peau, et, chez les fœtus, cet enduit gras et blanc qui le recouvre d'une couche quelquefois très-épaisse, le cérumen des oreilles, l'humeur ciliaire, le mucus qui lubrifie la surface libre de toutes les membranes muqueuses, la graisse qui remplit les cellules adipeuses, la moelle des os, l'humeur du corps vitré. Sous le nom de fluides glandulaires viennent se ranger tous les liquides provenant de la sécrétion d'une glande, tels sont les larmes, la salive, le lait, le fluide pancréatique, la bile, l'urine et le sperme. Enfin, dans la cinquième classe, sont compris le chyme et le chyle. Dans cette division toute physiologique , il n'est pas question de la composition des liquides. Aucun cependant n'est simple. Ils sont tous plus ou moins composés , et des différences immenses de composition en séparent quelques-uns, quoiqu'ils appartiennent à la même classe : ainsi il n'y a point d'analogie de composition entre la salive et la bile , entre les larmes et l'urine. Les changements que plusieurs physiologistes ont apportés à cette classification ne nous paraissent pas reposer sur des faits assez importants pour mériter la préférence.
Les détails dans lesquels nous serons obligés d'entrer sur chacun de ces liquides à mesure que nous traiterons de la fonction dans laquelle il joue un rôle, nous dispensent de nous en occuper pour le moment : ce serait nous exposer à des répétitions inutiles. Il serait impossible d'assigner à chaque humeur son degré d'utilité dans l'économie. Cependant chacune joue sonrôle'et marche au but qu'elle doit atteindre. Aucune n'est inutile. Quelques-unes, comme le chyle, le sang, la lymphe sont appelées à nourrir le corps , à réparer ses pertes, à fournir aux sécrétions leurs matériaux. Quelques autres sont destinées à porter au dehors des matériaux devenus inutiles, parce qu'ils ont servi et parce qu'ils ont accompli leur destinée : elles sont purement excrémentitielles. D'autres viennent en aide à d'autres fonctions, tantôt comme dissolvantes dans le grand acte de la digestion , tantôt mécaniquement pour favoriser le glissement de certains organes ou pour aider à la
réfringence de la lumière , à la dissolution des particules sapides ou des molécules odorantes , tantôt enfin pour opérer l'animation et le développement d'un nouvel être
Dans ces considérations sur les liquides et les solides organiques , nous n'avons eu égard qu'à leur conformation extérieure et à leurs rapports avec les fonctions. Mais cette analyse est purement anatomique et physiologique. Il conviendrait peut-être de parler aussi des éléments chimiques qui entrent dans la composition du corps humain. Et ils se présenteraient sous deux points de vue : 1° On aurait à chercher les produits chimiques de nos solides et de nos liquides ; 2° il faudrait, en dernière analyse, en étudier les éléments simples qui les constituent. La première de ces études constitue la chimie animale proprement dite ; encore peu avancée , elle voit chaque jour ajouter à ses connaissances. L'autre est peu importante; car, dans tous les tissus ou liquides, elle donne constamment du carbone, de l'oxygène, de l'hydrogène , de l'azote et quelques atomes de sels. Nous ne nous occuperons de ces ana • lyses minutieuses que lorsque les fonctions des organes le nécessiteront. Pour le moment , nous nous contenterons de faire observer que les tissus comme les liquides se réduisent presque en entier en fluides gazeux ou liquides ; ils ne laissent que fort peu de substances solides, ce qui fournit une nouvelle preuve de la supériorité des liquides sur les solides pour la quantité proportionnelle. Par l'expression, la putréfaction , l'évaporation et l'incinération, ils sont réduits presque à rien. Tout ou presque tout, excepté les os, se réduit en produits gazeux. Qu'il nous suffise d'avoir indiqué ces objets. Il ne nous appartient pas d'entrer dans de plus longs détails. On peut consulter les Leçons de M. de Blainville : elles contiennent ce que nous avons de plus satisfaisant sur cet objet.