‹ Physiologie élémentaire de l'hommeChapitre 33 sur 41 · C. — De la course · texte numérisé non relu

C. — De la course

La course est ce mode de progression dans lequel le corps est transporte avec vitesse. Les mouvements des deux membres s'exécutent avec beaucoup plus de rapidité que dans la marche même la plus rapide. Pour la favoriser , le corps s'incline beaucoup plus en avant : il forme un angle de 8 à 22 degrés avec le sol selon la rapidité de la course. L'élan est si grand qu'entre le moment où le pied qui est en arrière se détache du sol et celui où le pied qui se porte en avant s'y appuie , le corps est tout à fait détaché du sol -, tandis que, dans la marche, il ne perd jamais complètement terre ; quelque rapide qu'elle soit, toujours un pied touche le sol et supporte le corps. C'est ce qui a fait dire faussement à la plupart des physiologistes que la course était une succession de sauts. Elle est une marche rapide, cependant elle n'est pas une marche simple : car il y a des marches plus rapides que des courses. Elle est une progression spéciale, qui n'est ni l'une ni l'autre, et qui ne tient pas plus de l'une que de l'autre, de même qu'ils ne tiennent pas non plus d'elle. Chacun a son mode d'action spécial. Qu'on examine une personne qui court et une personne qui fait des sauts successifs pour avancer , on verra l'immense différence qu'il y a entre ces deux manières de progresser, et l'on se convaincra par ce simple coup d'œil qu'il n'y a non seulement pas identité , mais pas même la moindre ressemblance. On n'y voit pas ce mouvement si prononcé d'élévation et d'abaissement qui accompagne chaque saut. Dans la course l'inclinaison du corps est telle que celui-ci est lancé en avant dans cette inclinaison sans recevoir un degré d'élévation même aussi considérable que cela a lieu pour la marche simple : la ligne qu'il suit est plus horizontale et surtout beaucoup moins saccadée que celle du saut. La course consiste donc dans une série de projections du corps successivement opérées par l'un et l'autre membre, de telle sorte que le membre qui sert d'appui touche à peine au sol que déjà il est en arrière et contribue à une projection nouvelle. Comme il convient, dans la course, que la première impulsion soit communiquée par le membre le plus fort, c'est ordinairement le membre gauche qui se porte en avant le premier ; pour agrandir dans ce sens la base de sustentation il se fléchit et le corps s'incline sur lui. Le membre droit s'étend avec vivacité et imprime au corps une impulsion en avant, en appuyant fortement sur la pointe. Il se détache du sol et se porte en devant en se fléchissant pour s'appuyer à son tour et de nouveau sur le sol , pendant que le membre gauche

passe rapidement en arrière en s'allongeant. Ainsi la ligne de gravité passe alternativement de l'un à l'autre, à cause qu'il devient le point d'appui. Chaque impulsion communiquée sollicite des impulsions nouvelles. Il en résulte qu'après avoir parcouru un certain espace en courant , le corps acquiert une grande propension à la chute en avant. Aussi lorsqu'on veut s'arrêter, on est obligé d'incliner le corps en arrière pour contrebalancer cette propension.

Pour développer l'impulsion de la course, il faut un déploiement considérable de force. Cependant on trouVeune sorte de compensation dans la légèreté spécifique plus grande que donne au corps l'inspiration prolongée et combinée avec le resserrement de la glotte. Aussi la force d'haleine , c'est-àdire, l'aptitude à retenir la respiration , est-elle une condition importante pour une course rapide et soutenue. A la faveur de ces inspirations et expirations courtes et fréquentes, l'air reste toujours dans le thorax en assez grande quantité pour en distendre les parois, ce qui augmente la légèreté tout en assurant aux muscles des points d'insertion fixes.

La course latérale et la course en arrière sont difficiles : la première parce que les membres se heurtent au lieu de se croiser \ la seconde parce que l'extension de la cuisse ne permet pas de flexion en arrière pour la porter dans ce sens, et parce que le talon n'a pas de pointe de pieds qui s'oppose à la tendance à la chute, en allongeant le levier ou la base de sustentation.

La course ascendante est très-fatigante, parce qu'il faut, à chaque pas, que le corps reçoive une impulsion qui le soulève pour le porter toujours plus haut, sur le membre qui devient le point d'appui. Dans la course descendante, au contraire, le poids du corps la favorise. Aussi le corps s'incline en arrière pour lutter contre la tendance qu'il aurait à se précipiter en avant ; et une fois l'élan donné on ne peut presque plus s'arrêter, et lorsqu'on arrive au bas de la descente , la course continue quelques instants encore , et ce n'est que peu à peu qu'on peut la modérer et suspendre l'impulsion.

L'étendue du pas de la marche est limité au plus grand écartement que puisse donner l'extension d'un pied à l'autre : celui de la course est plus étendu , parce que l'impulsion communiquée par le membre postérieur au moment où il se détache du sol pousse le corps en avant comme un projectile, et que, pendant le court intervalle de temps qu'il reste en l'air , il parcourt un espace plus ou moins étendu , qui est toujours en plus de l'espace du pas de la marche.

La course exige des contractions plus nombreuses et plus fortes que la marche. Aussi le sang artériel est tout à la fois plus désoxygéné et plus accéléré dans son cours. Il active en conséquence la circulation veineuse. Celle-ci précipite plus de sang dans les cavités droites du cœur. Il en résulte un envoi plus considérable de sang au poumon pour qu'il y recouvre les qualités vitales qu'il a perdues. De là 1° la rapidité plus grande de la circulation 5 2° l'augmentation d'activité de la respiration et bientôt l'essoufflement et l'anhélation, qui peuvent aller au point de causer l'asphyxie de deux

manières. Ou bien les mouvements mécaniques de la respiration sont suspendus par lassitude , ou bien la trop grande affluence du sang fait encombrer les capillaires pulmonaires et s'oppose à une hématose assez rapide pour le renvoyer de suite ; 3° altération générale du sang, comme on le remarque chez les animaux susnommés, et qui amène tous les accidents de la viciation de ce liquide.

Il est un mode de courir qui est une véritable succession de sauts, c'est le trotter. Ce genre de progression n'est pas ordinaire à l'homme , il n'est guère usité que dans des cas particuliers. Le corps incliné en avant est lancé en l'air et en avant par un véritable saut. Il se détache du sol et il parcourt une parabole. En même temps une jambe se porte en devant, et lorsque l'élan donné au corps s'épuise et que celui-ci se rapproche du sol , le pied de la jambe portée en devant se pose sur le sol , arrête la chute et devient le soutien du corps. L'impulsion communiquée par l'élan du saut porte le corps en avant jusqu'à ce qu'il tombe sur la jambe qui s'est portée en devant. Celle qui était en arrière et qui a abandonné le sol en le pressant vivement, oscille sur la cavité cotyloïde pour se porter en devant de la ligne de gravité. En même temps la jambe qui a touché le sol se porte rapidement en arrière , autant par l'impulsion du corps qu'elle ne peut pas suivre que par l'action de ses muscles. Car alors elle n'est plus un support inerte, un rayon inactif, elle joue un rôle véritablement actif. Toutes ses puissances musculaires se contractent pour l'étendre fortement en arrière , afin de lui faire trouver, dans la résistance du sol , une nouvelle impulsion du corps en avant. Pour cela elle se fléchit d'abord, et lorsqu'elle est tout à fait en arrière , elle se redresse brusquement pour lancer le corps en avant par un nouveau saut. Pendant ce temps, le membre resté pendant et détaché du sol, oscille, s'allonge et se porte en devant. Le corps ainsi lancé parcourt son demi-cercle d'élévation et d'abaissement et se précipite de nouveau vers le sol, où la seconde jambe l'empêche de tomber en lui fournissant un nouveau point d'appui comme avait fait la première. Alors elle se conduit de même, d'abord comme support inerte, ensuite comme support d'impulsion en avant et en l'air. C'est à cette succession de petits sauts qu'on doit donner le nom de trotter. Il diffère donc essentiellement de la course, avec laquelle Weber et les autres physiologistes le confondent. Dans le trotter, le corps est moins incliné en avant que dans la course, et les sauts se succèdent beaucoup moins rapidement que les pas de. la course. Aussi la progression est beaucoup moins rapide, et, le sang s'altérant moins, il y a moins d'accroissement de vitesse dans la circulation, dans la respiration, dans l'hématose.

La longueur du pas est aussi excessivement variable. Quelquefois il est si petit que la progression est très-lente-, le corps saute et retombe presque sur lui-même. D'autres fois il s'allonge beaucoup ; alors il demande un déploiement considérable de force de la part du membre qui opère le saut. Il peut aller jusqu'à surpasser les plus grands pas et de la marche et de la

course. On voit, d'après cela, combien Weber a eu tort de chercher à fixer les limites extrêmes à une chose qui ne peut pas en avoir.

D. — De la natation.

L'homme ne possède pas les conditions naturelles pour la nage. Le poids spécifique de son corps est supérieur à celui de toutes les eaux de rivière , de lac , et même à celui de la mer. Aussi , abandonné à lui-même et sans mouvement sur une eau quelconque, il en gagne le fond. Pour lutter contre les effets de cette pesanteur, il est obligé de remplir d'air sa poitrine 5 encore cela ne suffit pas, il faut qu'il agite convenablement ses membres. Alors il peut devenir apte à ce genre de progression , et il peut l'exercer avec aisance d'une manière variée. Il y parvient surtout en prenant l'habitude de prolonger l'inspiration et de ne renouveler qu'en partie l'air des poumons en tenant la glotte dans un état d'occlusion suffisante. Il peut de cette manière acquérir une légèreté spécifique telle que le corps peut se soutenir à la surface de l'eau dans une position assise ou horizontale , en remuant légèrement ou les mains ou les pieds. Pour descendre facilement au fond de l'eau et s'y maintenir, il suffit de vider les poumons et de placer le corps dans l'immobilité !a plus parfaite. Le poumon joue donc , en quelque sorte, le rôle de la vessie natatoire des poissons. Comme elle, il se remplit ou se vide, selon qu'il veut se tenir à la surface de l'eau ou se plonger au fond. Nous ne parlons pas du développement de gaz par la putréfaction qui fait surnager le cadavre. La conformation et le poids de la tête, nous rendent encore moins propres à la nage. Aussi cet exercice exige la coopération d'un grand nombre de muscles , et son mécanisme, très-compliqué , devient très-difficile, si l'on n'a pas acquis une grande habitude de ce mode de progression. En effet , la tête a besoin d'être relevée en arrière pour rester hors de l'eau , et la poitrine offre une large surface qui ne permet pas au corps de fendre aisément le liquide , dans lequel il progresse.

Le premier mode de natation est celui dans lequel l'homme nage étendu sur le ventre. Alors le corps est presque horizontalement placé à la surface de l'eau, dans laquelle il plonge légèrement. La tête seule reste dehors et redressée pour permettre à l'air de s'introduire par la respiration. La poitrine se remplit d'air autant que possible , afin de donner à la masse du corps une pesanteur spécifique moins considérable. Alors les membres thoraciques sont doucement ramenés sur les côtés du thorax , l'avant bras fléchi sur le bras et les deux mains étendues bien ouvertes en devant. En même temps les membres pelviens sont fléchis de manière à ramener près du siège les pieds fortement fléchis sur le tibia et les talons en contact. De cette manière , la plante des pieds est perpendiculaire à l'axe du corps. Une contraction brusque des extenseurs allonge à la fois les deux membres et fait ainsi frapper vivement l'eau avec la plante du pied , qui y prend une sorte de point d'appui par la résistance qu'elle lui oppose. Il en résulte une impulsion que les mem-

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bres communiquent au bassin et au reste du tronc. En même temps, les mains s'allongent en avant, en fendant l'eau et en y frayant, en quelque sorte, un passage plus facile au corps qui se présente par sa partie la plus large. Tel est le premier temps ; son mécanisme a, comme on voit, de l'analogie avec celui du saut.

Dans le second temps , les pieds s'étendent sur le tibia , afin de se placer dans l'axe du corps et d'offrir moins de surface et moins de résistance lorsqu'ils sont ramenés vers le siège par la contraction lente des fléchisseurs. En même temps les mains s'inclinent un peu en bas, et elles font ainsi la fonction de rames dans le mouvement de flexion des membres thoraciques qui les ramène vers la partie cervicale du thorax. Cette double impulsion des pieds et des mains fait avancer le corps, et le premier temps recommence.

On peut modifier cet exercice de mille manières. Tantôt on fera ce qu'on appelle les brassées, lorsqu'on veut avancer plus vite. Alors les bras sortent alternativement de l'eau et se portent en avant pour s'y plonger de nouveau , après avoir fléchi légèrement les mains , afin de leur faire remplir l'office de rames en les ramenant vers le bassin. Tantôt le corps un peu tourné sur le côté , présente une surface moins large et moins résistante à la masse de l'eau , que le bras et la main qui y sont plongés fendent encore, pendant que le bras qui est en dessus fait la fonction de rame en se portant alternativement d'avant en arrière en plongeant dans l'eau et d'arrière en avant ou en en sortant.

L'homme n'est pas toujours ainsi placé à bouchon dans l'eau. Quelquefois il s'y tient sur le dos. Alors le corps tout entier flotte à la surface de l'eau , la face en est seule dehors pour la respiration. Les membres pelviens sont horizontalement étendus , et les thoraciques sont placés sur les côtés du tronc. Comme l'air renfermé dans les poumons ne suffirait pas pour empêcher longtemps le corps de s'enfoncer, les mains placées vers le centre de gravité s'agitent par un mouvement alternatif , qui , en frappant l'eau de haut en bas, suffit pour surmonter la pesanteur spécifique du corps et pour le maintenir sur l'eau. Le nageur fait ce qu'on appelle la planche, et il se laisse entraîner au gré du courant. Si l'on veut nager dans cette position , alors les pieds sont ramenés vers le siège et les mains vers les aisselles : les uns et les autres sont placés dans les conditions de flexion convenable pour que la plante des pieds et la paume des mains puissent frapper l'eau par une large surface. Ensuite l'extension brusque des membres ramène vivement les pieds et les mains en arrière ; ces parties trouvent dans le liquide une résistance qui communique à tout le corps le mouvement en avant. De cette manière , il progresse la tête en avant , sans voir où il va , sans pouvoir se diriger. Ce mode de natatiou est moins rapide que le précédent ; il est plutôt un moment de repos , qu'un moyen de progression.

Les jeux des nageurs ont fait multiplier à l'infini les manières différentes de nager. Il serait déplacé de nous en occuper ici.

E. — Du vol.

L'homme ne peut entretenir dans l'air par le jeu de ses membres thoraciques l'impulsion que ses membres pelviens lui ont communiqué dans le saut. Son organisation et sa conformation diffèrent trop de celles des oiseaux, pour qu'il puisse parcourir l'espace à une certaine distance du sol , sans autre appui que l'air atmosphérique. Il ne peut acquérir la légèreté spécifique dont les oiseaux sont doués à raison de leurs vastes poumons, qui communiquent encore avec les cavités osseuses, et des plumes légères qui les enveloppent. Il manque d'ailes et de leurs muscles puissants. Les appareils dont il a voulu quelquefois munir ses membres thoraciques pour imiter les ailes , ont toujours échoué, parce qu'un moteur suffisant leur a manqué. Nous ne croyons pas à la possibité qu'il puisse jamais mieux réussir.

F. — De la reptation.

Nous ne croyons pas devoir nous occuper de ce mode de progression. Il appartient exclusivement à certaines classes d'animaux. L'homme ne peut l'exécuter : si quelquefois en se traînant , on a pu confondre cet acte avec la reptation , on a eu tort \ toujours alors il y a quelque membre qui se cramponne à quelque partie solide, soit pour tirer le corps, soit pour le pousser. C'est une étude entièrement du ressort de la physiologie comparée. D'ailleurs, il y plusieurs modes de reptation. Le serpent ne rampe pas comme la sangsue, celle-ci ne rampe pas comme le colimaçon , et le colimaçon ne rampe pas comme la chenille.

Des autres mouvements opérés par la contraction musculaire.

Nous ne nous sommes jamais occupé jusqu'à ce moment que des mouvements qui servent aux différentes espèces de progression. Nous avons vu que ce sont principalement les membres inférieurs qui en sont chargés. Mais ce ne sont pas là les seuls mouvements musculaires. Partout où il y a des muscles, leurs contractions opèrent des mouvements. Ainsi à la tète, dans les orbites, à la face , dans la bouche , dans le pharynx , dans le larynx , au thorax , à l'abdomen , aux membres supérieurs appartiennent des muscles nombreux, et par conséquent des mouvements plus nombreux encore. Là, ils font pivoter la tète sur son axe ; ici , ils font étendre ou fléchir les os auxquels ils sont attachés ; ailleurs, ils font tourner les os dans les cavités qui les reçoivent ; autre part , ils augmentent ou diminuent la capacité des cavités auxquelles ils appartiennent , dans quelques endroits, ils resserrent les orifices -, dans d'autres , ils animent les organes dans la composition desquels ils entrent. Partout , c'est le même mécanisme , la contraction de la fibre charnue et le rapprochement de ses deux extrémités. Les détails dans lesquels il faudrait entrer pour faire connaître chaque mouvement entraîneraient des

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longueurs qui dépasseraient les limites que nous nous sommes tracées. D'ailleurs, les traités d'anatomie les font connaître à mesure qu'ils en donnent la description. Nous ne saurions donc mieux faire que de renvoyer à leur étude, et surtout aux deux premiers volumes de YÂnatomie descriptive de Bichat. Ils contiennent encore l'exposé le plus complet et le plus méthodique de tous les mouvements. Nous avons cependant lieu d'attendre beaucoup des travaux de M. Duchêne, de Boulogne. A l'aide de sa manière nouvelle de galvaniser, il fait mieux connaître la contraction de chaque muscle en particulier et son action motrice. Déjà , il nous a révélé des phénomènes jusqu'à ce jour mal connus de la part des muscles de la face et de ceux de l'épaule. Espérons qu'il n'en demeurera pas là , et qu'il étendra son œuvre à tous les muscles du corps. Nous croyons devoir nous dispenser de faire connaître des actes qui sont déjà connus, ou de commencer l'étude d'actes qui sont encore soumis à l'expérimentation.

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