SYSTÈME
44 livres, par exemple, les fléchisseurs devaient faire un effort de 280 livres. En disposant ainsi les leviers et leurs moteurs, la nature a donc suivi une marche inverse de celle que suit la mécanique dans la production des mouvements de nos machines ordinaires. Celle-ci cherche toujours à augmenter la puissance motrice, et à produire , avec peu de force, le plus grand effet possible. Signalons ici une exagération de cet illustre savant : il veut que la force des muscles soit estimée d'après leur poids. Ses calculs , vrais en général, sont entachés de plusieurs erreurs lorsqu'il a voulu en faire une loi absolue.
Les circonstances défavorables à la force effective des muscles , étaient nécessitées et pour la grâce et la régularité des formes, et pour l'étendue et la vitesse des mouvements. Combien, en effet, l'insertion du biceps et celle du triceps brachial sur l'extrémité humérale des os de l'avant-bras , font mouvoir ce membre plus rapidement et plus largement qu'ils ne le feraient s'ils allaient s'implanter à l'extrémité carpienne de ces os ! Il leur faut plus de force, il est vrai ; mais quelle immense compensation ils trouvent dans ces avantages I Toujours admirable dans ses ressources et dans ses moyens, la nature en a déployé toute la munificence, en donnant aux organes musculaires la direction et la position toujours les plus commodes pour les usages et pour les formes. Combien aussi elle s'est plu à multiplier les fibres charnues pour augmenter la force absolue de leurs contractions, et, pour y ajouter encore, elle a suppléé à leur longueur par leur nombre , et elle les a fait aboutir obliquement à une aponévrose tendineuse qui en reçoit et en communique tous les efforts. De cette manière encore, les membres n'en reçoivent point un volume disgracieux ou gênant. On peut, en général, juger de la force absolue d'un muscle par l'étendue des surfaces auxquelles s'implantent ses fibres charnues. C'est ainsi que les muscles jumeaux et le soléaire ont des fibres courtes, pressées et disposées obliquement entre deux aponévroses . On trouve dans plusieurs muscles des intersections aponévrotiques qui commandent la multiplication des fibres charnues et qui augmentent ainsi la force de ces organes : le deltoïde, le masseter offrent des exemples de cette disposition. Il est quelques dispositions encore qui contribuent à seconder l'action des puissances musculaires \ ainsi, les aponévroses générales ou partielles, en enveloppant les muscles, répercutent le mouvement sur les membres ; des gaines fibro-eartilagineuses tapissées par des membranes synoviales, facilitent le glissement des tendons ; les sésamoïdes , la rotule , les éminences d'insertion, le renflement des os longs à leurs extrémités, etc. éloignent les fibres de leur parallélisme avec l'axe des os mobiles ; les surfaces articulaires sont lubrifiées par yn fluide onctueux qui favorise leurs mouvements.
Pour expliquer la permanence de contraction, Bowmann suppose que la fibre musculaire ne se contracte pas dans son entier , mais seulement partiellement , et que de cette contraction successive résulte la permanence. Une semblable assertion ne peut pas être vérifiée par l'observation-
Tout ce qu'on peut dire , c'est que, dans la locomotion , le muscle en action est alternativement dur et tendu d'abord, et ensuite mou et relâché.
C'est en se fondant sur le plus grand nombre de fibres et de muscles locomoteurs que Richerand a été conduit à proclamer la prépondérance des fléchisseurs sur les extenseurs. Cette opinion ne nous paraît pas suffisamment démontrée. La nature aurait ainsi doublé la force des muscles fléchisseurs, contrairement aux résultats qu'ils sont appelés à produire : car il faut plus de force aux extenseurs pour opérer l'extension, qu'il n'en faut aux fléchisseurs pour opérer la flexion, qui est partout beaucoup plus facile que l'extension. Aussi , nous rejetons cette loi générale , et nous admettons que les muscles sont plus nombreux là où leurs fonctions le nécessitent ; si les fléchisseurs du pied ont la prépondérance , ce sont les extenseurs qui l'emportent de beaucoup à la jambe, à la cuisse, au bassin, à la colonne vertébrale et à la tête, parce que là, en effet, l'extension avait besoin d'un déploiement de force beaucoup plus considérable. Ainsi, dans la station bipède, les extenseurs l'emportent sur les fléchisseurs par le nombre et par l'étendue des fibres charnues. Si, dans les membres abdominaux, les dispositions avaient été plus favorables à la flexion qu'à l'extension, les attitudes immobiles actives n'auraient pas pu s'effectuer, et surtout elles n'auraient pas pu persévérer pendant quelque temps. Nous remarquons une disposition inverse dans les membres thoraciques et dans les régions qui sont étrangères aux diverses espèces de station. Ainsi, les usages des membres thoraciques exigent plus souvent la flexion ; aussi, les muscles chargés d'agir dans ce sens réunissent les conditions les plus avantageuses à leur action; ils ont des fibres et plus nombreuses et plus fortes. La supériorité de la force absolue des muscles extenseurs était d'autant plus nécessaire à ceux qui opèrent les attitudes immobiles actives que les circonstances qui secondent la force effective sont généralement l'apanage des muscles fléchisseurs. En effet, ceux-ci se terminent plus loin du centre des mouvements ; ils sont moins parallèles aux leviers à mouvoir -, la disposition des surfaces articulaires est favorable aux mouvements dans ce sens. A mesure que ces mouvements ont lieu, ils diminuent l'obliquité de l'insertion des fléchisseurs, et ils la rendent même perpendiculaire. Quand, par l'effet naturel de l'âge ou des maladies, la force absolue a diminué, les membres se placent dans la flexion, parce que rien de plus ne compense les conditions qui favorisent la flexion. Toute chose égale d'ailleurs, la force des muscles sera plus grande dans ceux qui se dessinent avec énergie sous les téguments, que dans ceux qui sont grêles, minces à fibres lâches, pâles, peu prononcées, et qui ne font qu'une saillie légère sous la peau. Si cette organisation, qui nous indique la vigueur, se combine avec une influence cérébrale énergique, il est difficile de se représenter jusqu'où peuvent aller les efforts qui en résultent.
On remarque une sorte d'antagonisme entre la force matérielle musculaire et la force active nerveuse, L'homme nerveux et livré aux travaux de
l'intelligence est grêle, faible, tandis que la force athlétique se lie pour l'ordinaire à une sensibilité moins vive.
La volonté, différents agents physiques et chimiques, le calorique et surtout l'électricité sont les stimulants les plus ordinaires de l'action musculaire. Bien que nous placions la volonté au nombre des stimulants de la contraction musculaire, il y aurait erreur à prendre cette locution au pied de la lettre, car la volonté n'influence pas directement, elle ne le fait que par le moyen des nerfs ; encore son pouvoir est-il bien souvent impuissant pour produire ou pour empêcher le mouvement. Quelquefois aussi la contraction s'exécute à son insu. Les passions apportent encore de grandes modifications dans l'influence de la volonté,
Du galvanisme.
Le galvanisme est le stimulant le plus actif de l'irritabilité musculaire. Le moyen le plus simple pour faire développer ce fluide et son excitation est le suivant : On place une plaque de zinc sous un nerf et une plaque d'argent sous les muscles auxquels se distribue ce nerf, puis, avec un fil de fer, on établit une communication entre ces plaques. Si l'animal vient d'être tué, des convulsions ont lieu au moment où le conducteur touche les deux plaques. Le résultat est le même lorsque les plaques sont placées sous les nerfs seulement, sans comprendre les muscles dans l'arc excitateur. On peut encore produire les contractions en détachant un nerf et en mettant son extrémité coupée en contact avec les muscles qui reçoivent ses ramifications. Aldini a, le premier , fait cette expérience. Pour la voir réussir, il convient de choisir une grenouille bien vive. Lorsque Volta eut trouvé le moyen d'augmenter l'action du galvanisme en créant la pile par la superposition des disques métalliques alternes, elle fit multiplier à l'infini les expériences. En mettant les pôles de la pile , convenablement disposée, en rapport avec quelques parties du corps de l'homme, elle produit dans les articulations des commotions avec un picotement incommode, et elle suscite des convulsions chez un animal récemment privé de la vie. Chaque décharge électrique produit des secousses convulsives , même dans les membres paralysés, Son action, continue aux deux extrémités du canal digestif, y cause des contractions plus vives et elle détermine des évacuations.
L'action du galvanisme sur la fibre musculaire va en s' épuisant , surtout après la mort. Le docteur Nobili a vu, après un quart d'heure de décollation, les muscles de Léger se contracter violemment et à plusieurs reprises en plaçant un conducteur dans les chairs du mollet et l'autre dans la moelle épinière. La même chose a eu lieu pour les muscles de la face. Le résultat fut le même chez un supplicié épuisé par un long séjour dans les prisons. Harrisson a vu un supplicié se lever sur son séant et agiter violemment ses membres une heure et demie après sa mort. M. Brown Sequard a trouvé l'ir -
ritabilité musculaire conservée douze et même treize heures après la décapitation d'un homme. Mais personne n'a fait sur ce sujet des recherches plus intéressantes que Nysten. Il a vu l'irritabilité s'éteindre dans l'ordre suivant: de 45 à 55 minutes, la contractilité disparaît dans le ventricule gauche du cœur, dans l'estomac et dans les intestins. Elle dure une heure dans le ventricule droit , une heure et demie dans l'œsophage. Les muscles du tronc cessent d'être irritables avant ceux des membres , et ceux des membres abdominaux avant ceux des membres thoraciques. Il a trouvé beaucoup de variations entre deux heures et sept heures cinquante minutes. En effet , plusieurs circonstances en font varier la durée. Ainsi, l'action de l'air extérieur, et surtout celle de certains gaz délétères , tels que l'hydrogène , l'azote , l'acide carbonique, le chloroforme, la mort par une violente décharge électrique ou par certaines maladies infectieuses ou miasmatiques, l'anéantissent plus ou moins complètement. La congélation l'anéantit également -, mais, selon Carlisle , la contractilité revient si la congélation ne dure pas plus d'une demi-heure. Une température trop élevée l'éteint aussi, et cela plus vite chez les animaux à sang froid que chez les animaux à sang chaud.
Différentes autres circonstances font encore varier les effets du galvanisme. Ainsi , les muscles des animaux à sang froid conservent plus longtemps que ceux des animaux à sang chaud la propriété de répondre à ce genre d'excitation. Dans ces derniers, la susceptibilité galvanique s'évanouit à mesure que la chaleur vitale se dissipe. Le galvanisme réussit mieux sur les muscles qui avaient plus d'énergie pendant l'état de vie. Le printemps aussi en favorise les effets. La susceptibilité galvanique varie encore selon l'état des nerfs sur lesquels on opère. Ainsi , le résultat est moins marqué si le nerf a éprouvé une contusion ; il est nul si la désorganisation est complète. Cependant , si le nerf n'est que divisé et que les deux bouts soient rapprochés et en contact, l'action galvanique se transmet encore. Elle diminue si on la dirige à travers l'épiderme ou sur des nerfs et des muscles plongés dans l'alcool ou dans une dissolution opiacée.
Ce n'est pas seulement avec les disques métalliques qu'on obtient le fluide galvanique, la simple juxta-position des parties hétérogènes qui entrent dans la composition des animaux suffit pour le faire développer. Galvani, de Humboldt, Aldini avaient déjà signalé ce phénomène. Mais c'est à M. Matteucci surtout que nous sommes redevables des travaux les plus intéressants à ce sujet. Il est même parvenu à faire une sorte de pile galvanique avec des tronçons de cuisses de grenouille. Il a obtenu les résultats les plus curieux; mais ils méritent d'être étudiés dans l'auteur lui-même. Ils l'ont porté à présumer , avec beaucoup d'auteurs, l'identité du fluide nerveux et du fluide galvanique. Toutefois il n'ose pas prononcer cette identité , que MM. Fourcault, Durand de Luncl, etc. admettent avec confiance ; et nous , nous la repoussons. Le fluide obtenu par cette pile animale est un fluide galvanique et non un fluide nerveux ; il agit , en conséquence , sur les tissus animaux comme le ferait le fluide émané de la pile métallique.
M. Du Bois Reymond a fait de grands efforts pour démontrer l'établissement d'un courant électrique pendant la contraction des muscles. Il admet deux courants qui se croisent ou qui augmentent selon la position respective des membres, selon leur extension ou leur flexion. Par leur moyen il explique les phénomènes électriques qui accompagnent la contraction musculaire. Le 8 juillet 18131, M. Matteucci a démontré à l'Institut que, dans la contraction musculaire, il y avait toujours production d'électricité et de courants électriques, et il les a désignés sous le nom de contractions induites. Malheu reusement il confond ensuite cette électricité avec celle qu'il obtient des piles charnues faites avec des tronçons de cuisses de grenouilles -, ce qui empêche d'ajouter une confiance illimitée à son opinion. Ainsi, la production de l'électricité est semblable à celle qui résulterait d'une pile en activité ; mais elle n'est point le résultat du fluide nerveux, comme on a cru pouvoir le dire.
Dans l'économie vivante on trouve quelquefois la production de l'électricité. Ainsi, la torpille , l'anguille de Surinam, le gymnote causent l'engourdissement galvanique lorsqu'on les touche. On a découvert les organes qui opèrent cet effet, mais on n'a pu aller plus loin. Vainement Hunter, Schilling , Matteucci se sont efforcés de trouver le mode d'action de cet organe singulier ; nous n'en sommes pas plus avancés. Tout ce qu'ils ont pu constater , c'est que l'influence nerveuse cérébro-spinale est indispensable ; car si l'on enlève le cerveau ou si l'on détruit la moelle épinière sur ces animaux, il n'y a plus de production d'électricité. De Humbold et Gay-Lussac ont même reconnu sur un gymnote que la décharge électrique ne pouvait pas se faire sans la participation de la volonté. Ces faits ont dû faire penser que c'était le fluide nerveux qui passait par les organes électrogènes pour s'évaporer en fluide électrique. La conséquence est fausse ; cependant, l'influence nerveuse est indispensable pour donner à l'organe la vie et l'action nécessaires. On voit encore l'électricité se produire dans la fourrure de quelques animaux et surtout dans celle du chat. Ce sont toujours les mêmes bases de formation, mais il n'y a pas plus d'identité. On a cité des personnes qui ont joui de la faculté attractive et répulsive dans certains cas. Ces faits extraordinaires sont trop rares pour faire établir une doctrine ; ils ont besoin d'être étayés par de nouveaux faits.
Laissons maintenant ces considérations générales sur l'action des muscles. Examinons comment les organes actifs et passifs de la locomotion établissent nos rapports avec les objets qui nous entourent. Cette étude comprend les attitudes immobiles ou stations, et les divers genres de progressions.
% 4. Des attitudes immobiles.
Les attitudes immobiles sont actives ou passives , suivant quelles exigent des efforts musculaires pour s'accomplir, ou qu'elles n'en exigent po*. Quoi-
que les premières varient pour chaque animal, il en est toujours une plus ordinaire et plus naturelle à chacun. Les secondes consistent dans le repos du corps abandonné à son propre poids sur un plan horizontal.
A. — Des attitudes immobiles actives.
L'homme peut se tenir dans plusieurs espèces de stations actives , mais aucune n'est aussi bien en rapport avec son organisation que celle dans laquelle la base de sustentation est représentée par les deux pieds. Aussi , elle va nous occuper d'abord. La connaissance de son mécanisme nous conduit à celle des autres ; elle est , en outre , indispensable pour l'intelligence du mécanisme des mouvements progressifs.
1° Station bipède.
Dans cette attitude, les deux pieds reposent à terre. Les deux pointes des pieds sont tournées en devant, et les talons légèrement écartés. Les deux os des jambes tombent verticalement sur l'astragale, et le fémur fait une ligne commune avec le tibia. Le bassin', incliné en devant, s'appuie , par ses cavités cotyloïdes , sur les deux têtes obliques des fémurs. Sur sa partie moyenne postérieure il reçoit la colonne vertébrale, qui s'élève en se fléchissant d'abord un peu en devant, puis en arrière dans la colonne dorsale, et enfin en devant dans sa partie cervicale, et qui supérieurement reçoit les condyles de l'occipital, qui sont le pivot et le soutien de la tête sur le tronc. Le squelette ou l'homme , ainsi placé et abandonné à lui-même, ne garderait pas son équilibre; il tomberait en avant ou en arrière, ou bien il s'affaisserait sous lui-même dans le sens de la flexion de chaque partie. On conçoit, cependant, que le corps, étant placé de manière à ce que les os des membres et du tronc soient, pour ainsi dire, perpendiculaires les uns sur les autres , puisse presque se soutenir par cette seule disposition mécanique , et que pour cela il suffise d'une légère contraction musculaire ; mais ce n'est pas le cas le plus ordinaire. Le plus souvent, le corps tend à s'écarter de sa ligne perpendiculaire de gravité. Aussi, pour lui faire conserver cette position, il faut la coopération d'un grand nombre de muscles , comme le prouve la rapidité de la chute, quand la syncope, une commotion, etc., privent tout à coup ces organes d'un influx nerveux suffisant. Les diverses pièces qui composent le levier de la station se fléchissent alors les unes sur les autres. Ce qui tient, soit aux conditions favorables à la flexion, soit au poids des viscères thoraciques et abdominaux, soit à la pesanteur relativement plus considérable de la partie antérieure de la tête et de tout le corps. La flexion du tronc et de la colonne vertébrale en avant est donc nécessitée par cette disposition , et la chute aurait lieu si trois puissances ne s'y opposaient pas. D'une part , les fibro-cartilages intervertébraux sont comprimés en devant et tendus en arrière 3 d'autre pari , les ligaments jaunes placés entre les laines des verte-
bres apportent une grande résistance à leur distension -, enfin la puissance musculaire s'y oppose activement.
Quelques physiologistes ont cru devoir rechercher le centre de gravité du corps de l'homme. Cette recherche , dont Borelli et ensuite Weber se sont beaucoup occupés, ne pouvait conduire à aucun résultat satisfaisant, puisque ce centre doit varier suivant les attitudes de l'homme et même suivant l'âge et les variations de la taille. Aussi, pendant que l'un le place entre les fesses et le pubis, l'autre le place à 8 m. 7 au-dessus du promontoire , et un autre fait un centre de gravité à part pour le tronc séparé des membres , et il le place vers l'appendice xyphoïde.
D'après cet état de choses, les muscles extenseurs doivent avoir une force absolue plus grande pour lutter contre toutes ces dispositions. Leur contraction contribue donc spécialement à la station bipède. Depuis le pied jusqu'au bassin , les principaux muscles qui agissent alors sont disposés dans un ordre alterne , et ils sont opposés au sens dans lequel les articulations tendent à se fléchir. Une exception se présente pourtant de suite. Pour donner au pied la solidité que doit avoir la base de sustentation du corps , ce sont principalement les muscles fléchisseurs qui se contractent , tels sont les muscles plantaires , le petit fléchisseur commun des orteils , l'accessoire du grand fléchisseur. Ces muscles ont pour office d'affermir les différentes pièces osseuses du pied , de le maintenir appliqué sur le sol et de l'accommoder aux inégalités du plan. La base ainsi fixée, ce sont les extenseurs qui agissent pour s'opposer à la flexion imminente. Le muscle soléaire et les muscles profonds qui , du tibia et du péroné, se rendent aux différentes parties du pied , concourent spécialement à maintenir la rectitude de la jambe. Ils prennent leur point fixe sur le pied, et ils ramènent le tibia et le péroné dans la direction verticale relativement au pied , les deux os de la jambe sont donc alors le point mobile que les muscles amènent et maintiennent dans la position convenable à la station ; ils représentent un levier du troisième genre. Bien qu'extenseurs, les jumeaux ne doivent se contracter que modérément dans cette action , parce qu'autrement ils tendraient à fléchir la cuisse sur la jambe par leur double insertion sur la partie postérieure du fémur. Les extenseurs de la jambe sur la cuisse agissent sur celle-ci. Le triceps crural prend son point d'appui sur le tibia devenu immobile ; il tire et maintient le fémur dans la ligne droite du tibia. Le muscle droit antérieur ne peut y prendre qu'une faible part à cause de son insertion au bassin qu'une contraction trop forte ferait incliner en devant. Le triceps agit sur le fémur comme sur un levier du troisième genre. Il est favorisé dans son action par la rotule qui l'écarté un peu de son parallélisme avec l'axe de l'os. Le tronc repose par le bassin sur les deux fémurs ainsi perpendiculaires et immobiles sur le sol. Pour que le bassin ne pivote pas en avant sur la tête des fémurs, il est retenu en arrière par les extenseurs de la cuisse , qui prennent leur point fixe sur le membre devenu immobile. Ainsi les fessiers , les demi-tendineux, les demi-aponévrotiques et les biceps , au lieu de mouvoir la cuisse sur le bassin . étendent
le bassin sur la cuisse. Son mode d'union lui fait représenter un levier du premier genre. Le reste du tronc prend son point d'appui sur la partie postérieure du bassin parla base de la colonne vertébrale. Pour la maintenir dans sa rectitude et l'empêcher de s'incliner en devant , ce sont les trois muscles vertébraux qui se contractent : car les muscles larges qui les recouvrent restent étrangers à la station. Les trois muscles dorsaux ne sont pas seulement trois muscles, ils sont des milliers de muscles dont la contiguité et l'action congénère les a fait réunir. Ils prennent successivement leur point d'appui par leur insertion inférieure sur les parties devenues fixes et immobiles , et ils agissent par leur insertion supérieure sur l'apophyse spineuse pour maintenir chaque vertèbre dans une position solide l'une sur l'autre. Ils agissent sur chacune à la manière d'un levier du premier genre . La puissance motrice varie un peu au col : à l'action des muscles dorsaux se joint celle d'une portion des trapèzes , des splénius , des complexus , des transversaires , des grands et petits droits et obliques , et même des scalènes. Les droits latéraux, et les intertransversaires, bien qu'un peu sur les côtés, n'en contribuent pas moins à assujettir la rectitude du col. Les vertèbres cervicales représentent, comme les autres, un levier de premier genre. Ces derniers muscles, en étendant leurs insertions supérieures sur l'occipital, le tirent en arrière et en bas et empêchent la partie antérieure de la tête d'entraîner en devant la tête tout entière. La tête bascule ainsi sur l'atlas à la manière d'un levier du premier genre. C'est bien ainsi que chaque vertèbre et la tête agissent , lorsqu'on les envisage en particulier -, mais si l'on considère l'effet simultané , l'ensemble du squelette ou le levier général de la station devra être rapporté aux leviers du troisième genre.
L'analyse du mécanisme de la station exigeait l'examen successif des muscles qui fixent principalement les diverses régions osseuses superposées ; mais cet isolement n'est qu'une abstraction de l'esprit. En effet , tous les muscles extenseurs que nous avons énumérés agissent simultanément. De plus , les muscles extenseurs combinent leurs efforts avec ceux des fléchisseurs. Ceux-ci , il est vrai , se contractent à un degré plus modéré que les premiers; cependant ils le font pour établir la fixité et la rectitude du levier total. C'est ainsi que les fléchisseurs du pied sur la jambe deviennent congénères des muscles de la région jambière postérieure. Parmi ceux-ci , les jumeaux, qui dans la station , 'coopèrent si peu à l'extension de la jambe sur le pied, agissent sur le fémur pour assujettir l'articulation du genou, quand le triceps a placé la cuisse dans une ligne droite sur la jambe. De même les muscles fémoro-postérieurs , qui sont extenseurs du bassin sur le fémur pendant la station , agissent encore sur la jambe en prenant leur point fixe en haut , et en combinant leurs efforts avec ceux du triceps fémoral pour maintenir le fémur sur le tibia. Plusieurs muscles agissent donc à la fois sur les deux parties auxquelles ils sont intermédiaires , de manière à concilier le rôle principal d'extenseur à l'égard de l'une avec la fonction de fléchisseur modéré sur l'autre. De cette façon, leur action simultanée établit
une sorte d'antagonisme qui aboutit à former en quelque sorte de deux os une seule pièce. Voyez encore les muscles de la région jambière postérieure qui se rendent aux orteils. Ils ne se bornent pas à fixer la jambe perpendiculairement sur le tarse, ils vont faire presser contre le sol la partie antérieure et mobile du pied. Les muscles extenseurs et fléchisseurs agissent de concert pour assujétir le bassin sur la cuisse. Au tronc , les fléchisseurs paraissent presque étrangers à la station bipède. Ces muscles ont, d'ailleurs, pour la plupart, une destination plus importante : ils concourent aux fonctions des viscères placés dans les cavités du thorax et de l'abdomen.
Cette indication succincte des puissances qui participent activement à la station bipède, montre assez les nombreuses exceptions auxquelles sont soumises toutes les propositions générales qu'on a voulu établir à leur égard. Ce n'est donc qu'avec des restrictions qu'il faut admettre la destination des extenseurs à assurer la station, la coopération des fléchisseurs, et l'action presque égale des puissances musculaires sur les deux os auxquels elles s'insèrent , pour placer les os sur une même ligne verticale.
Tel est le rôle des organes actifs delà station bidède. Cherchons maintenant quelles sont les conditions avantageuses des organes passifs pour cette attitude. Dans cet examen , nous aurons à signaler : 1° la disposition favorable de chaque région osseuse ; 2° la disposition avantageuse de l'ensemble du squelette, c'est-à-dire, du levier général.
Abandonnée à son propre poids , la tête n'est pas complètement en équilibre sur la colonne vertébrale ; son articulation est placée à son tiers postérieur ; mais la différence est peu sensible , parce que ce tiers postérieur, contenant la plus grosse partie de l'encéphale, a presque autant de poids que les deux tiers antérieurs, dans lesquels la face présente beaucoup de vides. D'autre part , les condyles sont dirigés horizontalement. Les muscles de la région cervicale postérieurs n'ont donc pas besoin d'employer beaucoup de force pour maintenir la base du crâne perpendiculairement sur le rachis , malgré le peu d'étendue du bras du levier, sur lequel ils agissent.
La colonne vertébrale réclame l'assistance de ses muscles extenseurs , pour ne pas céder en devant au poids des viscères thoraciques et abdominaux. Toutefois l'équilibre est favorisé par la triple inflexion de cette colonne dans le sens antéro-postérieur : en effet, l'espace dans lequel peut se balancer, le centre de gravité a pour limites dans ce sens les tangentes des courbures ; d'où il résulte que l'épaisseur fictive l'emporte beaucoup sur la grosseur réelle. De plus, la largeur de la poitrine et de l'abdomen permet aux viscères de se porter en partie sur les côtés de la colonne vertébrale. Enfin , les apophyses épineuses, dirigées d'abord dans le sens de l'action des muscles , lui deviennent de plus en plus perpendiculaires à mesure que la flexion s'opère , de telle sorte que ces leviers se disposent plus favorablement pour les puissances en proportion de l'accroissement de la résistance.
En raison de son obliquité , le bassin supporte facilement les organes placés
dans les cavités splanclmiques , et transmet d'une manière plus sûre aux membres inférieurs le poids combiné des diverses parties du tronc et de la tête. Si le bassin eût été horizontal ou vertical, le centre de gravité aurait manqué d'une base de sustentation suffisante, il aurait eu de la disposition à s'incliner en arrière ou en avant ; les muscles auraient dû déployer plus de force pour contrebalancer cette tendance.
Le fémur et le tibia ont toute la solidité nécessaire pour supporter le poids du corps. Le fémur, par l'obliquité de son col et par l'incurvation de sa diaphyse, sert à décomposer la force de la pesanteur sur les côtés et antérieurement. Sa tête est solidement fixée dans la cavité cotyloïde par la conformation respective des deux os et par la disposition des ligaments et des parties ambiantes, et non point , comme l'a prétendu Weber, par la pression atmosphérique. Le canal médullaire contribue à la solidité de l'os, et sa longueur est favorable à la progression. Tout en protégeant l'articulation du genou , la rotule augmente la force des extenseurs, en éloignant leur direction du centre des mouvements. L'immobilité des deux os de la jambe convenait pour la station bipède, à laquelle le péroné ne participe qu'en fixant latéralement le pied.
Le pied réunit toutes les conditions favorables pour supporter le poids du corps. 1° Il est articulé à angle droit avec la jambe, de manière à lui servir de base de sustantation dans toute 'son étendue. 2° Cette articulation se fait en arrière et dans la partie la plus solide du pied , là où deux os sont chargés de transmettre au sol tout le fardeau. 3° La courbure qu'il présente diminue dans la station -, mais elle ne s'efface jamais au point de gêner l'action des muscles qui , du tibia et du péroné , se rendent aux orteils. 4° C'est seulement par la partie postérieure externe et par la partie antérieure qu'il appuie sur le sol -, ce qui lui donne autant de solidité pour la station que s'il appuyait par une surface tout entière plane. 5° Le prolongement du calcanéum en arrière agrandit, dans la station , la base de sustentation , et en assure la solidité en en éloignant le centre de l'extrémité postérieure. Nous verrons plus loin que ce prolongement du calcanéum rend un autre service dans la station sur la pointe des pieds et dans la progression. 6° La partie immobile prédomine sur la partie mobile : la longueur du tarse et du métatarse l'emporte de beaucoup sur celle des phalanges. 7° Les articulations des os du tarse et du métatarse sont solides, surtout celle du premier métatarsien. 8° Les orteils peuvent s'étendre et s'allonger, pour accroître la base en devant; tandis qu'ils ne peuvent exécuter qu'une flexion bornée.
Si , de l'examen isolé de chaque partie du levier de la station bipède , nous passons à la considération générale de ce levier, la disposition de celui-ci nous paraîtra on ne peut plus avantageuse pour le maintien de l'équilibre. En effet, la base de sustentation s'agrandit successivement de la partie supérieure à la partie inférieure du corps transversalement et d'avant en ar- La colonne vertébrale représente une pyramide dont la base est appli-
nere.
quée sur le sacrum; la largeur du levier augmente donc jusqu'au bassin. La base latérale acquiert là beaucoup d'étendue par la différence qui sépare les cavités cotyloïdes et par la courbure des cols du fémur ; enfin, par la largeur des pieds et par l'espace qui les sépare. Le degré de l'écartement des pieds n'est pas indifférent pour le maintien de l'équilibre. La station est plus assurée, quand les pieds circonscrivent un carré parfait. Si l'intervalle qui sépare les pieds surpasse en étendue le diamètre calcanéo-phalangettien , le corps résistera davantage sur les côtés ; mais il cédera plus facilement à une impulsion d'avant en arrière. Par la même raison, la solidité de la station diminue beaucoup chez les personnes qui ont subi l'amputation à la méthode de Chopart, ou qui sont réduites à s'appuyer sur des jambes de bois. Les mouvements de progression se faisant en avant, c'est dans ce sens que l'agrandissement de la base de sustentation devait avoir lieu. Cependant le prolongement du calcanéum en arrière de l'articulation tibio-tarsienne l'agrandit un peu dans ce sens. La nature semble, d'ailleurs, avoir tout disposé pour rendre les chutes moins fréquentes et moins dangereuses en arrière.
La station bipède est pénible à conserver longtemps. Aussi, pour en diminuer la fatigue, nous portons tour à tour le poids du corps de l'un à l'autre membre, afin de faire reposer momentanément les muscles de celui sur lequel le corps s'appuie le moins. C'est l'attitude naturelle à l'homme. Celle sur les quatre membres est tout-à-fait contraire à son organisation. On en trouve les preuves écrites dans toutes les parties du corps, à la tête , au tronc, aux membres. L'articulation de la tête avec la colonne vertébrale la fait diriger en bas, où son poids l'entraînerait , parce que ses muscles extenseurs ne sont pas assez puissants pour la tenir relevée et qu'elle manque du ligament cervical postérieur , si remarquable chez les quadrupèdes par sa force et son élasticité. De cette manière, les yeux seraient dirigés en bas et les narines en arrière , inconvénients auxquels ne sont pas exposés les quadrupèdes, à cause de la conformation particulière de la tête et de son mode d'articulation avec le rachis.
La triple inflexion vertébrale, si favorable à la station bipède, serait un obstacle à la station quadrupède, qui ne s'accommoderait pas de la convexité dorsale. En outre, la largeur de la poitrine et du bassin et la direction oblique de ce dernier nuiraient, chez l'homme, à la station quadrupède. Rien ne fait mieux ressortir le désavantage de cette attitude , chez l'homme , que le parallèle des membres thoraciques avec les membres abdominaux. Les premiers seraient trop faibles et trop courts pour supporter la presque totalité du poids du corps qui pèserait sur eux. En outre , les articulations sont en sens inverse, ou retournées, comme le dit Vicq-d'Azyr, ce qui rendrait la progression très-difficile. Le raccourcissement du carpe et du tarse contraste avec la longueur de l'humérus et du fémur. Cette considération seule suffirait pour faire établir l'impossibilité de la station quadrupède. Enfin , les membres thoraciques surtout ont une variété de mouvements qui ne leur permet pas de s'astreindre aux mouvements limités pour la
progression. Toutes les articulations des membres thoraciques et abdominaux seraient dans une situation forcée pendant la station quadrupède. La disposition des muscles des membres abdominaux présente aussi des différences notables chez l'homme et dans les quadrupèdes. Chez l'homme, l'insertion des fléchisseurs de la jambe a lieu près de l'articulation fémoro-tibiale, afin de pouvoir coopérer avec les extenseurs à placer la jambe et la cuisse dans une même ligne droite. Chez les quadrupèdes, cette insertion a lieu bien plus inférieurement, de telle sorte que l'extension complète du membre abdominal allonge et tiraille ces extenseurs, et qu'elle ne peut être maintenue quelque temps qu'avec la plus grande peine. C'est parce que ce mode d'insertion a lieu chez le singe, que la station bipède ne peut pas être habituelle. Mais ce qui, chez lui, s'oppose encore plus à la marche sur deux pieds , c'est l'élargissement du tendon du plantaire grêle à son passage sur le calcanéum. Comment, en effet , tout le poids du corps pourrait-il être soutenu par une base osseuse qui comprimerait et gênerait le muscle fléchisseur des orteils, et qui rendrait pénibles et imparfaits des mouvements sans lesquels la station et la marche n'auraient aucune solidité ? L'homme , au contraire , a le talon nu et dépouillé de toute expansion musculaire , et lui seul est ainsi conformé.
Après avoir fait ressortir les grandes différences qui existent entre les conditions statiques de l'homme et celle des quadrupèdes , il nous serait facile de démontrer que , dans le premier âge , l'homme doit être considéré comme un bipède non dévelopoé, et non comme un être primitivement destiné à la station et à la marche quadrupède. Toutes les conditions favorables à la station bipède existent, seulement elles n'ont pas acquis tout leur développement. En effet, si l'on excepte la triple courbure de la colonne vertébrale , tous les détails d'organisation que nous avons signalés chez l'homme se retrouvent chez l'enfant. Les différences tiennent au défaut d'ossification de certaines régions osseuses. On trouve encore cartilagineuses les apophyses épineuses des vertèbres et de la partie du canal qui sert de point d'appui aux membres inférieurs, et les extrémités articulaires fémoro-tibiales , et les pédieuses qui plus tard s'ossifieront pour servir de base à la sustentation. Les muscles ont la même disposition que dans les autres âges; seulement leur force absolue est moindre. La force de quelques-uns est aussi diminuée par l'absence des apophyses ou des os qui éloignent le tendon du centre des mouvements ; tel est l'effet de l'absence de la rotule pour les extenseurs de la jambe.
2° Station sur un seul pied.
Si l'homme seul est destiné à la station bipède, à plus forte raison est-il le seul qui puisse se tenir sur un seul pied. Dans cette attitude, le corps s'incline sur le membre qui sert de point d'appui , afin de renouer sa ligne de gravité dans la base de sustentation, ce qui l'a fait appeler position hanchée. t. i. 3S
g^g SYSTÈME NERVEUX CÉRÉBRAL.
Le col du fémur est pour beaucoup dans cette station ; son absence , chez les quadrupèdes , jointe aux autres dispositions peu favorables des os et des muscles et surtout à la base étroite que présente le bout du pied, ne leur permei pas cette station.
Quand le pied est dirigé en dehors , dans le même sens que le col du fémur, cette attitude est plus solide, parce que, de cette manière , la base de sustentation inférieure offre un espace plus étendu aux oscillations du centre de gravité. Dans cette attitude, le corps, ainsi ramené sur le grand trochanter , fait en partie disparaître son obliquité. Il établit une ligne plus directe avec le fémur et le tibia , et il tombe plus perpendiculairement sur le pied. C'est ce qui rend cette station moins pénible qu'elle ne le paraît d'abord , moins peut-être que la station bipède. Aussi il n'est pas rare de trouver du soulagement à se placer sur un seul pied lorsqu'on s'est fatigué à se tenir longtemps sur les deux pieds à la fois.
Les muscles qui assurent la rectitude de la tête et de la colonne vertébrale dans la station bipède, l'assurent aussi dans la station sur un seul pied. Mais, dans cette dernière il y a, de plus, 1° contraction des muscles latéraux du tronc du côté du membre qui sert de point d'appui ; 2<> contraction des muscles abducteurs de ce membre, et particulièrement des péroniers latéraux pour incliner le membre en dehors et maintenir le pied appliqué au sol.
3° Station sur la pointe des pieds.
Le levier général est agrandi par l'élévation du tarse et du métatarse. En effet le pied se brise aux articulations métatarso-phalangiennes , de telle sorte' que le poids du corps repose sur les orteils et sur l'extrémité antérieure des os métatarsiens , base étroite que le centre de gravité tend bientôt a dépasser , ce qui ne permet pas de prolonger l'attitude pendant longtemps. La disposition de cette base, ne comprenant que la partie antérieure du pied, exige en conséquence, que le corps se porte et s'incline un peu plus en devant Le mécanisme de cette station ne diffère pas de la station bipède , depuis la tête jusqu'aux muscles soléaires. Ceux-ci , avec les autres extenseurs du pied, se contractent plus vivement pour mettre le pied dans l'extension et le faire servir de levier du deuxième genre pour soulever le corps. Ce sont ensuite les fléchisseurs des orteils qui se contractent le plus vivement pour empêcher les phalanges de se renverser sur le métatarse.
4° Station sur les deux genoux.
Les jambes et les pieds ne font plus partie du levier général , mais ils en prolongent la base en arrière. Les téguments sont douloureusement presses entre le sol et les os du genou. La base de sustentation étant nulle en devant la ligne du centre de gravité a de la propension à s'incliner dans c sens Pour contrebalancer cette tendance , l'extension du tronc et du bassin
doit être exagérée , circonstance qui dispose aux hernies en communiquant une impulsion en bas aux viscères abdominaux. On diminue les fatigues de cette attitude par un appui antérieur ou par la flexion du bassin sur les cuisses, de manière à faire reposer les régions sciatiques sur les talons.
5° Station sur un seul genou.
Dans cette attitude comme dans celle sur un seul pied , le corps s'incline sur le membre qui repose sur le sol. Comme elle aussi , elle est moins solide sur les côtés, parce que la base de sustentation est bien diminuée.
6° Station assise .
Dans cette attitude, tantôt le corps et le bassin reposent seulement sur les tubérosités sciatiques, qui sont un peu en avant des cavités cotyloïdes et de la ligne perpendiculaire du centre de gravité , la longueur du levier est donc moindre que dans les deux attitudes précédentes ; tantôt les cuisses pliées s'appuient horizontalement sur le corps , qui sert de point d'appui : quelquefois, et souvent, le pied lui-même s'appuie sur le sol ; alors la base de sustentation est prolongée d'autant en avant. Aussi ce mode de station est-il le plus solide dans tous les sens et exige-t-il moins d'efforts musculaires. C'est celui qu'on s'empresse de prendre quand une autre station ou la marche a causé la lassitude. Les muscles dorsaux ont moins à faire , parce que les viscères trouvent dans le bassin un support naturel qui repose sur le plan qui lui sert d'appui, et que, de cette manière, cet anneau osseux trouve sur ce plan une solidité qu'il n'a pas besoin de demander aux muscles pour le fixer. Il ne faut ensuite qu'un faible elfort des extenseurs de la cuisse pour l'empêcher de se fléchir davantage sur le bassin , et des fléchisseurs et des extenseurs de la jambe pour la maintenir immobile sur la cuisse.
Toutes les attitudes immobiles et actives dont nous avons exposé le mécanisme peuvent se concilier avec divers mouvements de la tête et du tronc, pourvu que, dans ces mouvements, la ligne du centre de gravité n'abandonne pas la base de sustentation. C'est ainsi que la tête pivote sur l'axis ou s'incline diversement, suivant la situation des objets sur lesquels doivent s'exercer les organes des sens ; que la colonne vertébrale se fléchit en avant ou en arrière, ou se courbe latéralement pour nos relations extérieures.
Dans les diverses stations, les membres thoraciques peuvent surtout agir, parce qu'ils sont étrangers au levier général. On peut supporter des fardeaux, surmonter des résistances, soit qu'on se propose d'attirer les objets à soi ou de les éloigner, de les écraser, ou de les rompre , ou de lutter contre un athlète pour le renverser. La sustention des fardeaux exige l'inclinaison du corps du côté opposé au poids qu'on supporte, afin que le résultat de ce poids et de celui du corps ait son point d'incidence dans l'espace circonscrit par la base de sustentation. Dans la prépulsion et dans l'action de résister
aux efforts, nous écartons les pieds et nous prolongeons la base de sustentation dans le sens de la résistance à surmonter ou de l'effort prévu. Il semble qu'alors l'action de tout le système musculaire se concentre sur la partie du corps qu'on applique aux objets extérieurs ou sur laquelle ceux-ci exercent leur puissance.
Le membre thoracique se fléchit puis s'étend tout à coup dans la propulsion; il s'étend, puis se fléchit subitement dans l'action d'attirer à soi. Dans l'une et l'autre circonstance, les membres thoraciques agissent suivant le mécanisme des membres inférieurs dans le saut, et ils représentent dans leur totalité un levier du troisième genre. La résistance est l'objet auquel s'applique le membre thoracique \ la puissance est représentée par les extenseurs ou les fléchisseurs du membre, suivant qu'il s'agit de repousser ou d'attirer à soi \ le point d'appui est dans le scapulum ; il est , en conséquence, moins solide et plus mobile que celui des membres inférieurs , qui est fixé dans l'os coxal qui réunit toutes les conditions de solidité. Tous ces efforts réclament une inspiration prolongée qui se combine avec l'occlusion de la glotte , dilate et solidifie le thorax et lui permet de fournir des points d'insertion fixe aux muscles des membres et du tronc. Des expériences multipliées ont prouvé cette occlusion de la glotte. M. J. Cloquet dit même avoir senti l'épiglotte abaissée pendant sa durée. Aussi l'effort devient-il impossible chez les personnes qui ont une fistule laryngienne ou trachéale. Néanmoins, pendant la plus grande violence d'un effort , on entend quelquefois dans le larynx un petit bruit qui ne peut être occasionné que par le passage d'une certaine quantité d'air. Il est même certains effets , comme les cris, la toux, le chant, l'éternuement, le moucher, qui nécessitent le passage d'une certaine quantité d'air. La glotte n'est donc pas toujours fermée hermétiquement ni toujours ouverte dans les efforts ; cela dépend de la nature et de l'espèce d'effort. Ainsi , l'occlusion doit être complète lorsqu'on veut sauter, soulever un fardeau, expulser les matières fécales, chasser un fœtus ; dans la course elle doit s'ouvrir et se fermer alternativement. Un des premiers caractères de l'effort est la contraction simultanée et synergique d'un grand nombre de muscles. Dans quelques efforts, comme dans la lutte, le soulèvement d'un fardeau, toutes les contractions sont volontaires. Elles deviennent involontaires ou réflexes lorsque, par exemple, dans l'accouchement, elles s'associent involontairement à celles de l'utérus. Les efforts sont vraiment efficaces quand la colonne d'air inspirée étant retenue , le thorax est fixé, sinon uniquement, au moins principalement par le diaphragme , les muscles abdominaux ne se contractant qu'au degré suffisant pour retenir les viscères pressés parle diaphragme.
Les efforts exercés par les membres thoraciques ne peuvent guère avoir lieu, ou bien ils sont très-limités , quand la base de sustentation est représentée, soit par un seul pied, soit par les orteils -, alors tous les muscles an rorps semblent conspirer pour le maintien de l'équilibre.
Dans les efforts, les organes contenus dans la poitrine el les viscères abdo-
niinaux sont pressés dans tous les sens. Ils sont ainsi poussés contre les parois qui les renferment et ils tendent à s'échapper par les parties les plus faibles de ces parois. Lorsque cela arrive, il y a hernie.
B. — Des attitudes passives.
Les stations que nous avons examinées exigent une participation active du système musculaire. Mais il est d'autres attitudes dans lesquelles ce système étant en repos, le corps est abandonné à son propre poids sur un plan horizontal. Ces attitudes passives constituent le coucher que les anciens désignaient sous les noms de pronalion ou de supination, suivant qu'il avait lieu sur le ventre ou sur le dos. Ils n'avaient aucun mot particulier pour indiquer le coucher sur les côtés, que nous appelons coucher latéral ou décubitus latéral droit ou gauche. Le coucher sur le côté droit est le plus naturel, comme l'indiquent la direction de l'estomac et la position du foie. Il favorise en effet le passage des aliments par l'ouverture pylorique. Certaines maladies, certains épanchements nécessitent le décubitus sur un côté plutôt que sur l'autre. Pendant la respiration, le mouvement du thorax est plus considérable en devant que sur les côtés ; aussi, le coucher en pronation n'est possible que chez les individus robustes -, encore expose-t-il, pendant le sommeil, à ce sentiment d'angoisse connu sous le nom d'incube. Le coucher sur le dos permet, au contraire, la dilatation complète des parties les plus mobiles du thorax. Cette attitude a lieu ordinairement dans l'enfance et dans la vieillesse, deux âges où les puissances inspiratrices ont moins d'énergie , et où les ramifications bronchiques se débarrassent plus difficilement des mucosités. Toutefois, l'attitude doit différer un peu à ces deux époques de la vie. Chez le vieillard, la tête doit être maintenue plus relevée, parce que chez l'enfant les artères cérébrales sont proportionnellement plus épaisses et plus fortes, et le cerveau plus apte à résister à l'impulsion du sang.
La position inclinée du corps convient surtout dans l'hydropisie ascite et dans la grossesse \ alors le coucher horizontal s'opposerait à l'action du diaphragme, dont la contraction contribue beaucoup à l'agrandissement de la poitrine.
L'étude du mécanisme en vertu duquel l'homme se tient dans une situation verticale, par l'action de ses muscles et par la disposition de son système nerveux, nous conduit à l'examen des mouvements à l'aide desquels il peut se transporter d'un point de l'espace dans un autre.
§ 5. Des mouvements de locomotion.
Par la locomotion le corps est déplacé et transporté volontairement d'un lieu à un autre. Les mouvements à l'aide desquelles elle s'accomplit, sont complexes ; ils sont exécutés par les membres inférieurs, qui supportent seuls le fardeau et lui font éprouver le mouvement de progression chez
l'homme; mais elle varie beaucoup dans la série animale. D'après les parties qui y coopèrent, elle est dite bipède, quadrupède, ou reptation. Elle diffère aussi suivant l'élément qui sert d'appui. Sur la terre, la progression est distinguée en marche, course et saut : c'est le mode de déplacement naturel à l'homme. Dans l'eau, elle est appelée natation. Dans l'air, elle est le vol. Pour bien comprendre les différents modes de progression, il ne faut jamais perdre de vue ni les parties solides qui servent d'appui ou de levier, et qui sont mises en jeu, ni le mode d'articulation qui les unit et qui favorise leurs mouvements en assurant leur solidité , ni surtout l'action de leur force motrice. Les os sont à la fois les colonnes de sustentation du corps, et les agents qui exécutent les mouvements. Ils représentent les trois genres de levier, et ils sont disposés de manière à ce que, malgré la perte immense de force qu'entraîne le mode d'insertion des muscles , ils opèrent cependant le maximum d'effet utile. Qu'on examine cette charpente osseuse dans son ensemble et dans ses détails, on admirera les ressources inépuisables de la j nature dans la distribution des saillies, des poulies, des insertions, des moyens | de jonction. Tout est disposé de la manière la plus favorable à l'exécution des mouvements de chaque partie isolée et de leur coordination, et à laj conservation de la beauté et de l'élégance des formes.
A. — De la marche.
Nous nous occuperons d'abord de la marche. Elle se compose d'une suite de mouvements par lesquels chaque membre laisse alternativement un espace entre lui et celui du côté opposé , en se portant en avant , en arrière ou de côté pour y transporter le corps. Un de ces mouvements isolés s'appelle un pas. Le corps placé dans la station bipède s'incline en devant de 5 à 10 °J selon la rapidité de la marche, et il menacerait de tomber dans ce sens, si rien ne venait s'y opposer. Alors, le membre gauche se déplace ordinairement le premier , de façon que le membre droit, naturellement le plus fort, sert de point d'appui au commencement de la marche ; le tronc s'incline sur lui pour permettre au membre gauche de se détacher du sol $ celui-ci.' se raccourcit d'abord par la flexion simultanée de la cuisse et de la jambe,j flexion que facilite l'extension du pied. La flexion de la cuisse augmente et coïncide avec la flexion du pied, qui s'élève alors, se sépare du sol et se porte en avant avec la totalité du membre , après avoir toutefois poussé contre le sol, afin de porter le tronc plus en avant. La jambe alors s'étend sur la cuisse, allonge ainsi le membre et rapproche le pied du sol. Le corps, suivant sa ligne de projection en devant, s'incline sur le membre gauche, et le pied s'applique sur le sol tantôt à plat, le plus souvent successivement du talon à la pointe, rarement de la pointe au talon. Le corps s'incline et s'avance sur ce membre, en fléchissant d'abord l'articulation tarsienne du pied droit. De cette position des pieds, l'un devant l'autre, résulte l'agrandissement de I base de sustentation en avant, Bientôt le pied droit s'allonge et s'étend surin
jambe, dont il agrandit le levier. Le second pas commence et s'exécute par un mécanisme semblable à celui du premier. Le corps s'avance sur le membre gauche et s'incline de nouveau en devant, en même temps qu'il se fléchit davantage sur le tarse du pied droit. Lorsque la ligne de gravité est arrivée perpendiculaire sur le membre gauche , le talon du droit commence à se détacher du sol, et successivement de plus en plus, jusqu'à ce que la pointe seule y appuie encore et finisse par l'abandonner en totalité , en poussant toujours le corps un peu en avant -, alors, par un mouvement d'oscillation, le membre se porte en devant du gauche, et s'appuie sur le sol de la même manière que l'avait fait le premier. Il doit toujours exister succession et harmonie entre l'inclinaison du corps sur le membre qui sert d'appui, l'élévation de l'autre membre , l'inclinaison du corps sur ce second membre, et l'application de celui-ci sur le sol. On peut comparer ce mécanisme à celui d'une roue de voiture qui s'avance : elle appuie d'abord sur un rayon ; en avançant, le rayon sur lequel elle s'appuie s'incline, un autre rayon se présente et reçoit le poids de la voiture ; les rayons se succèdent ainsi comme les jambes : il n'y a de différence qu'en ce que les jambes sont obligées de s'avancer pour chaque pas, tandis que les rayons de la roue, plus nombreux, font un tour entier pour revenir servir de point d'appui. Leur nombre équivaut à la succession des mouvements des jambes, ou plutôt la succession des mouvements des jambes équivaut au nombre des rayons de la roue. On a comparé ce mouvement du membre en avant à l'oscillation du pendule ; c'est à tort. Il le doit presque tout entier à l'action musculaire. M. Weber a mal apprécié ses expériences ; il n'a pas assez tenu compte de la nécessité où est le sujet de porter son corps sans cesse en avant. Du reste, rien n'est plus propre à bien faire comprendre la succession des positions des membres inférieurs, que le bel atlas qu'il en a donné dans l'Encyclopédie anatomique. Toutefois, le mouvement du membre s'opère dans la cavité cotyloïde. La tête du fémur est alors un pivot qui glisse en tournant alternativement d'avant en arrière et d'arrière en avant, suivant que, dans son oscillation, la jambe se porte en devant ou qu'elle retourne en arrière. Par ce double mouvement, le bassin éprouve sur ce membre qui sert d'appui une rotation plus ou moins prononcée, suivant l'étendue du pas. Cette rotation du bassin peut être déterminée mécaniquement , ainsi que la flexion de la jambe et de la cuisse, dans le premier temps du pas, par l'étendue plus grande que le membre doit à l'extension du pied. Toutefois elle est toujours le résultat de l'action musculaire, et elle porte le corps tour à tour tantôt un peu à droite, tantôt un peu à gauche. La tendance à la déviation est plus grande chez les boiteux ; aussi , ils ont besoin de déployer une grande puissance musculaire pour y résister, et surtout pour empêcher le poids du corps de se porter sur le membre le plus court, et pour ramener la ligne de gravité sur le membre le plus long, lorsqu'il devient à son tour le point d'appui. D'autres causes accidentelles relatives à l'état des articulations du genou et du pied peuvent faire varier le mode suivant lequel s'accomplit le pas. Ainsi, l'ankilose du
genou s'opposant à la flexion de la jambe , fait déplacer le membre par un mouvement de circumduetion , ce qui fait marcher en fauchant , de même qu'en portant une jambe de bois : le bassin alors exécute aussi un plus grand mouvement de rotation en avant du côté du membre infirme. Dans la paralysie, cette rotation du bassin est encore plus grande : car elle est seule la cause de l'avancement du membre paralysé ; seule elle le porte en devant en faisant pivoter le bassin et le corps tout entier sur la tête du fémur du membre sain.
Toutes choses égales d'ailleurs, la marche est d'autant plus assurée que la base de sustentation représentée par les pieds est plus étendue : aussi la ligne de gravité a plus de facilité à abandonner cette base, quand la progression a Heu sur la pointe des pieds. Le mode et la facilité de la marche varient aussi suivant les conditions du plan sur lequel elle s'effectue. Si le plan est incliné et qu'on avance en montant, il y a plus de difficulté à transporter successivement le poids du corps sur le membre qui doit servir de point d'appui. La jambe qui se porte en avant, trouvant le sol plus élevé, ne s'allonge point ; toutes ses articulations restent fléchies. Le corps s'incline d'abord en avant pour contrebalancer la tendance qu'aurait la ligne de gravité à se porter en arrière ; mais pour se porter sur le levier qui est en devant, il a besoin des efforts réunis des deux membres. D'une part , les extenseurs redressent le pied sur la jambe, la jambe sur la cuisse, et la cuisse sur le bassin, et soulèvent ainsi le tronc en l'attirant sur le membre. D'autre part, le membre postérieur se met dans l'extension la plus complète ; le pied surtout s'allonge sur la jambe en se détachant du sol, depuis le talon jusqu'aux orteils ; cette contraction est d'autant plus grande que le talon était situé plus bas que la pointe du pied. Dans cette extension, les muscles du bassin inclinent le corps en devant, et le pied le pousse dans ce sens en se détachant du sol, en même temps que la jambe de devant se redresse. Lorsque le corps est ainsi porté sur le membre fléchi, celui-ci se redresse en s'inclinant davantage sur le pied , afin de porter le tronc incliné en devant , et le membre détaché du sol se porte en devant, en se fléchissant dans toutes ses articulations. Le mécanisme de la marche sur un plan descendant a lieu dans un sens inverse. Le corps se penche en arrière pour neutraliser la tendance à son inclinaison antérieure ; le membre porté en devant pour servir de point d'appui, met toutes ses articulations dans l'extension la plus complète ; le pied surtout s'étend et allonge sa pointe pour qu'elle puisse reposer sur le sol en même temps que le talon. Le membre laissé en arrière s'est fléchi dans toutes ses articulations pour faire descendre le tronc et arriver le pied de l'autre membre sur le sol. Il se détache plus facilement et exécute presque sans effort son mouvement d'oscillation pour se porter en avant et se redresser dans l'extension, afin de recommencer le pas. L'entraînement du corps en devant exige un plus grand effort : 1° des muscles extenseurs de la jambe, droit et triceps crural ; 2° des muscles extenseurs du tronc, pour le retenir renversé en arrière. Aussi, la fatigue dans la descente, se fini sentir
principalement aux euisses et aux lombes, tandis que, dans la montée, c'est aux genoux et aux mollets. La marche à grands pas participe du caractère de cette dernière par les efforts que doivent exercer les muscles extenseurs de la cuisse et du mollet.
La mobilité du plan sur lequel la progression a lieu, exerce aussi son influence. Le balancement des navires force à marcher à petits pas et les pieds écartés, afin d'élargir la base de sustentation dans le sens transversal, sens dans lequel se font surtout les oscillations.
Quand le sol est étroit , nous marchons transversalement ; le bassin , n'éprouvant de cette manière aucune rotation à chaque pas, expose moins la ligne de gravité à abandonner le point d'appui ; ou bien nous marchons à pas petits et précipités, en agitant les bras en guise de balancier et dans un sens oppo%é à celui dans lequel agissent les membres abdominaux.
Si le sol est mou , il cède à l'effort du membre qui se détache et en absorbe une partie \ de façon qu'il rend l'impulsion plus difficile.
Si le sol est trop lisse, le pied ne peut pas se cramponner , la base de sustentation a moins de solidité , elle demande de plus grands efforts et fatigue beaucoup plus.
La longueur du pas a été un peu différemment appréciée par les auteurs. Pour bien la juger, il faut se rappeler qu'on a divisé la marche en marche lente, en marche grave ou processionnelle, et en marche rapide. Cette longueur serait, d'après Weber, de 0m 70 à 86. Cela dépend beaucoup de la stature de l'individu et surtout de la longueur de ses membres abdominaux. On a cherché aussi à déterminer la durée du pas. Ici les appréciations n'ont pas pu être positives : car il y a une différence immense entre la durée du pas dans la marche lente , et la durée du pas dans la marche rapide. Aussi les frères Weber ne nous paraissent pas dans le vrai , lorsqu'ils la placent entre 0ra 332 et 0m 323 ; ils sont bien loin d'avoir saisi toutes les différences, qui présentent au moins le double à nos yeux.
Nous n'avons eu à étudier que la marche ordinaire , celle dans laquelle le corps appuie sur toute l'étendue de la plante du pied; mais dans quelques circonstances il n'appuie que sur la pointe du pied et surtout dans la marche rapide. On conçoit que pour rendre solide cette position du pied, il faut d'abord lui faire exécuter un mouvement d'extension forcée par la contraction de ses extenseurs et surtout des jumeaux et des soléaires. Cette marche est beaucoup plus fatigante que la marche ordinaire, puisque dans celle-ci la contraction des extenseurs n'est pas forcée et présente un moment de repos presque absolu, lorsque la plante du pied repose en entier sur le sol.
B. — Du saut.
11 consiste dans une projection du corps en l'air par la seule puissance des muscles. Les phénomènes distincts qu'il présente sont d'abord une flexion, puis une extension brusque des membres inférieurs et du rachis. Dans la
flexion, qui constitue le premier temps , les os représentent des leviers du troisième genre. Dans le second temps ou l'extension, les os se transforment en leviers du deuxième genre. Les extenseurs agissent entre le point d'appui et la résistance, pour placer la jambe, la cuisse, le bassin et la totalité de la colonne vertébrale dans une même ligne droite ; je dis la totalité de la colonne vertébrale , car si l'on n'avait égard qu'au jeu isolé de chaque vertèbre, le point d'appui serait intermédiaire à la résistance et aux muscles extenseurs.
On ne s'est pas borné à déterminer quelles sont les puissances qui coopèrent au saut, on a voulu expliquer comment elles le produisaient. Suivant Borelli, le levier général devrait être assimilé à un ressort -, les muscles fléchisseurs le comprimeraient, et la contraction des extenseurs en représenterait l'élasticité. Dans cette hypothèse, tous les muscles combineraient leurs efforts pour un seul but, la répulsion du sol -, la résistance de celui-ci réfléchirait le mouvement sur le corps, qui se trouverait ainsi lancé en l'air. Suivant Barthez et Dumas, le sol aurait moins d'influence, et la projection dépendrait de la force centrifuge à laquelle les divers os des membres inférieurs sont soumis , lorsqu'ils passent brusquement de leur état de flexion à celui d'extension. Quoi qu'il en soit, la légèreté spécifique du corps augmente dans le saut, parce qu'après une forte inspiration , l'air est retenu dans les poumons. Outre plus de légèreté, cette rétention de l'air donne plus de développement au thorax , ce qui permet aux parois de cette cavité d'offrir un point d'insertion plus large et plus fixe, aux insertions des muscles qui concourent d'une manière plus ou moins directe aux phénomènes complexes du saut. Dans le saut, le corps se trouve soumis à deux forces opposées : celle des muscles qui opèrent la projection, et celle de la gravitation qui tend à le ramener vers le sol. Tant que la première force prédomine sur la seconde, le corps s'élève et se soutient en l'air 5 mais sa chute a lieu aussitôt que le rapport inverse s'établit.
Le saut varie selon qu'il s'exécute dans le sens vertical ou dans le sens horizontal. Tout ce que nous avons dit se rapporte à la première espèce. Dans le saut horizontal et dans le saut oblique, le corps s'incline fortement en devant, et les jambes fléchies se redressent vivement, le poussent et le lancent comme un projectile auquel elles font décrire une suite de petites diagonales qui forment la moitié d'une parabole. On augmente ordinairement l'élan en balançant d'avance le tronc et les membres supérieurs. Si l'on veut franchir un espace plus considérable , alors on s'y prépare par une course préalable qui imprime au corps un véritable élan auquel ne fait qu'ajouter la brusque extension des membres inférieurs. Le plus souvent alors les pieds ne sont pas mis de niveau -, un seul communique l'impulsion et le corps retombe aussi sur un seul.
Le saut en arrière est rare. Cependant il se présente des circonstances ou il devient indispensable. Il s'opère de la même manière que le saut en avant
par la flexion et l'extension brusque des membres. Seulement le corps est incliné en arrière ; et jamais une course préliminaire ne peut le favoriser.
Si le saut n'a lieu que sur un pied , le membre de ce côté opère seul un mécanisme semblable de flexion et d'extension brusque. Seulement alors, il faut ou que le bassin s'incline sur le membre en action pour tenir en l'air et séparé du sol le membre inerte, ou que celui-ci se fléchisse fortement, comme on voit les enfants l'exécuter dans le jeu de cloche pied.