SjD.OOO
L'établissement de la moyenne du matin nous donne un chiffre de 5.899.125 globules, tandis que la moyenne du soir n'atteint que 4-88o.5oo globules, soit 1.018.625 globules, au profit du matin.
11 me [)araît suffisamment étal)li, de la sorte, que l'excitation qui correspond à un long travail psychique se manifeste dans le sang, par de rhy[)oglobulie. Le repos, au contraire, régénère les cléments constitutifs du sang, et c'est ])oi:rquoi l'on observe constamment, le matin, de l'hypeiglobulie.
Dans l'attention, l'efTort et le travail psychique, il y aurait une combustion d'hémalics en ra[)port même avec l'intensité de ces [)hcnomcnes mentaux. Ainsi, l'on peut établir une corrélation entre le nombre des globules rouges et l'état vasculaire créé i)ar l'activité cérébrale. 11 y a une chimie et une spectroscopie de l'attention.
PHYSIOLOGIE DE l' ATTENTION ^l
i3- — L'attention et la fatigue.
De même que le travail physique, Tattenlion soutenue détermine nécessairement une fatigue générale. Travail physique et travail psychique sont solidaires l'un de l'autre. Il n'y a pas de fatigue psychique sans fatigue physique, et l'on ne peut constater une dépression du cor[)s sans une dépression morale. Le travail physique sup})Ose un état psychique qui le pense, qui le veut, qui le limite dans son action, par le jeu fondamental du système nerveux. Les transformations chimiques ou physiques que subissent les actes de l'animal lui permettent de puiser l'énergie nécessaire h son activité psychique ou physique dans les forces qu'il détient en réserve. Sans doute, cette énergie disparaît, ou mieux, devient inutilisable pour lui, proportionnellement à la quantité de travail produit. Mais, par ce moyen, il possède une cei'taine supériorité, une certaine avance sur la fatigue, et celle-ci ne peut survenir que lorsque les réserves sont fortement entamées. Descartes a pu dire que l'homme vit et agit physiquement, mais qu'il pense métaphysiquement ; il n'en est pas moins vrai que l'activité psychique, qu'elle soit métaphysique ou non, fatigue notablement notre corps tout entier.
Le travail intellectuel qui se localise, par(( retentissement», dans telle ou telle partie de noire corps est, à son tour, l'agent occasionnel d'une fatigue physique, qu'on ne peut contester. L'immobilité volontaire des muscles, durant la tension psychique, est des plus fatigantes. Certes, il y a sur ce point une certaine échelle de fluctuations, en rapport avec la qualité et le mode de résistance de chacun; mais, peu ou beaucoup, je le répèle, le travail psychique fatigue quiconque s'y adonne.
Pillsbury (i), dans une étude nourrie de faits, a fort bien montré comment la fatigue ])sycîiique était en rapport étroit avec l'état des cellules cérébrales, des centres vaso-moteurs,.
(i) Fluet, de l'ait, et de ia {atigiie.Americ. Journ. oj psych., pp. 278- 288, 1903.
42 PHYSIOLOGIE KT PSYCHOLOGIE DE l' ATTENTION
et aussi avec le degré d'effort qui accompagne, constitue et maintient l'attention.
Qaelssont les signes caractéristiques de la fatigue psychique sous l'influence de l'attention ? Mac Dougall remarque chez certains un relâchement des doigts. J'ai noté, chez beaucoup, pour ma part, une tendance « à détruire », à briser des objets, ainsi qu'il arrive parfois dans les sentiments violents, comme la colère. D'autres se sentent pris d'un désir irrésistible de « faire des folies ». comme ils le disent si bien ; et ici, l'on trouve mille formes de cet état de surexcitation. Un des malades que j'ai étudié-, à Sainte- Anne (i) s'est trouvé pris de tremblements très violents, après une séance de temps de réactioii qui avait duré près d'une heure.
Mais la fatigue psychique se manifeste aussi par des phénomènes plus profonds. L'efibrt intellectuel modifiant coniïidérablement l'irritabilité du système nerveux (en hyper ou en hypo) selon Tindividu, empêche, le plus souvent, celui-ci de réaliser de nouvelles contractions musculaires. La topograî)hie de la sensibilité générale accuse, en outre, ou un excès de sensibilité ou une anesthésie plus ou moins étendue (2^ Je n'oublie pas, bien entendu, les maux de tête et les phénomènes chimiques de toute sorte, qui se remarquent aussi, très souvent, dans la fatigue mentale. De même, la courbe ergographique que l'on enregistre après un effort psychique prolongé, témoigne hautement que les muscles sont atteints dans leur économie, dans leurs réserves chimiques, dans leur « tonus » énergétique même. Dès ce moment, la fatigue survient très vite : à l'origine de l'expérience, l'on remarque déjà que les soulèvements sont plus lents et moins énergiques.
Les travaux de Mosso (3), Binet (4), M"* Joteyko (5), M"^ V. Kipiani (6) montrent bien que la fatigue psychique amoindrit la force physique. Tout dernièrement, Carteron
(i) C'clail un paralytique général à forme alcoolique.
(2) Pour ma part, j'ai toujours ol)sorvc après mes expériences psychoniélriques, sur des personnes normales, que mes sujets avaient, aa bout d'une lieure de cet exercice, moins de force musiuilaire, une sensibilité obtuse, ainsi que des troubles oculaires parfois très sérieux.
(3, 4, î>, 6) Voir à l'appendice bibliographique la « mention » de ces travaux.
PHYSIOLOGIE DE l'ATTENTION 45
et Kahn (i) ont publié une étude qui confirme tous les résultats obtenus. Ces deux auteurs ont eu l'heureuse idée de prendre la force musculaire (à l'aide du dynamomètre de Régnier) de professeurs de la Sorbonne et du Collège de France, et cela avant et après leur cours Les graphiques obtenus après le cours, accusent une tendance marquée à la fatigue et une perte apj)réLiable de la force musculaire.
Clavière (2), dans un travail récent, ne croit pas qu'un travail intellectuel moyen puisse modifier beaucoup la force musculaire. Il n'y a que le travail psychique intense et prolongé qui se répercute sur Ténergie des muscles. Comme le travail dit « moyen » est le fait de beaucoup, surtout chez les élèves, cet auteur en déduit que le surmenage mental est plutôt pratiquement un mot qu'une réalité. Estimant que cette étude est à lire dans son entier, j'y renvoie le lecteur, et me contente d'en faire connaître les trois conclusions :
« 1° A un travail intellectuel intense et prolongé, durant deux heures, correspond une diminution notable et proportionnelle de la force musculaire mesurée au dynamomètre;
2» » A un travail intellectuel moyen ne correspond aucun affaiblissement appréciable delà force musculaire;
3° » A un travail intellectuel nul correspond une augmentation de la force musculaire (3). »
Les première et troisième conclusions de Clavière sont en harmonie avec les résultats précédemment obtenus. Néanmoins, si le travail moyen n'a aucune influence sur la force musculaire, comment se fait-il que les professeurs (4) fournissent un graphique de fatigue après une heure de cours? L'expérience de Clavière mériterait d'être reprise, car elle ne tend à rien moins qu'à montrer que le surmenage intellectuel ne peut guère se produire chez les élèves des lycées et collèges.
En dépit de quelques réticences, je puis donc conclure, à mon tour, que TelTort psychique fatigue notablement l'individu, à cause surtout de la tension soutenue qu'il exige de
(i) La force musculaire et le travail înlellectuel. Journal de psych. norm. et pathoL, n' 5, 190^.
(2; Le travail intellectuel dans ses rapports avec la force musculaire. :;' Année psycholy Paris, 1901, p. ao6 à a'jo.
(3) Voir p. 23^.
(4) Garteron et Kahn, loc. cit., ci-dessus.
nos muscles. Il reste le propre des hommes vigoureux et bien constitués. C'est pourquoi les esprits d'élite seuls sont capables He produire durant de longues années l'effort psychique. Les savants se différencient le plus souvent par le degré de leur aptitude à l'effort intellectuel. Un Pasteur ou un Claude Bernard nous représentent des millions d'heures passées à la recherche tenace et patiente des phénomènes de la vie. Au contraire, les individus mal constitués ou trop nerveux sont incapables de fournir de longs efforts, de longs labeurs intellectuels. Galton (i) voit même dans la paresse un acte de protection, de défense. Les gens à esprit mou, indolent — dit-il — se protègent, à la faveur de ces tendances innées, contre le travail, qui est pour eux une source de fatigue pernicieuse.
L'insuffisance miiscufnire et sa répercussion sur le pouvoir d'attention.
Puisque nous venons de voir que l'effort psychique retentit sur la puissance musculaire, il va être intéressant pour nous, de savoir si la force et la résistance musculaires constituent des facteurs indispensables de l'exercice de lalteniion. L'étude de la contre partie des phénomènes que nous venons d'étudier plus haut s'imposait. J'ai pu la poursuivre de 1909 a 1911 et la mener à bonne fin au laboratoire de psychologie et de pédagogie de lŒuvre de l'Enfance anormale de Lyon, laboratoire subventionné j>ar la Ville de Lyon et dont j'ai assuré la direction pendant quelques années.
Mes études antérieures sur l'attention, renseignement de MM. Théodule Ribot, Pierre Janet et Dumas m'avaient naturellement conduit à me demander :
1° S'il y avait quelque rap|)ort entre le pouvoir faible et vague d'attention qui caractéi-ise d'une manière générale les enfants paresseux et leur degré de force et de résistance musculaires? Tous les maîtres que j'ai pu interroger — et ils sont nombreux — m'ont déclare que l'enfant paresseux était surtout un distrait.
(i) La Fatigue mentale. In Revue scientifique, 26 janvier 1889.
PHYSIOLOGIE DE l' ATTENTION 4^
3° Cette distraction est-elle liée à une faiblesse musculaire ?
Les résultats que j'ai obtenus ont dépassé mes espérances.
J'ai fait mes expériences sur des enfants. Elles portent sur 35 élèves, dont 12 réputés travailleurs et 23 notoirement paresseux. Ces élèves appartiennent aux cinq premières classes, de l'école primaire de la Grande-Rue de la Guillotière, à Lyon (i).
J'ai tout d'abord délimité mon sujet. Bien qu'il n'y ait pas de bonne définition de la paresse, j'ai dit aux instituteurs, je n'entends pas par paresseux :
lo Celui qui possède de médiocres moyens d'acquisition ou de fixation ;
2° Celui qui présente des aptitudes marquées : dispositions accusées pour les lettres et inaptitude pour les sciences ou vice-versa ;
3° L'intelligence du sujet n'est pas liée au problème de la paresse. Un paresseux peut être fort intelligent tandis qu'un travailleur le sera médiocrement ou vice-versa.
Ces distinctions ayant été établies, les instituteurs furent chargés de me choisir dans leur classe l'espective des élèves paresseux . Ils furent invités à ne pas se soucier de la taille ni de la constitution ph^'^sique des sujets. Travailleurs et paresseux furent com|)arés, non seulement classe par classe, mais à âge égal, division par division.
Les 35 sujets se décomposent comme suit : i'"'^ classe (douze, treize ans) : 3 travailleurs et 3 paresseux | 26 classe (onze ans) : 2 travailleurs et 5 paresseux ; 3^ classe (neuf ans et demi, dix ans) : 2 travailleurs et 5 l^aresseux ;
4^ classe (neuf ans) : 3 travailleurs et 5 paresseux ; 5® classe (huit ans) : 2 travailleurs et 5 paresseux.
Trois séries d'expériences se contrôlant Tune l'autre furent faites sur ces 35 élevés et chacune de ces trois séries fut ré])étée une deuxième fois sur chaque élève à des jours différents.
(i) Je remercie ici M. Bianconi, alors inspecteur d'Académie da Rhône, el M. Veyet, directeur de cette école, de leur obligeance.
Première série. — Courbe delà fatij^ue de l'index delà main droite avec l'ergographe du D' Dubois de Berne.
Deuxième série. — Maintenir un poids — bras tendu — dans la position horizontale. Expérience répétée deux lois et portant sur le bras droit et sur le bras gauche.
Troisième série — Atteindre au dynamomètre la force dont chaque sujet est capable et inviter le sujet à se maintenir fermement, sans oscillation, à 5 kilogrammes au-dessous de ce maximum.
Il s'agit bien là de travail et de fatigue purement physiques . Les élèves ignoraient le but de ces expériences. Alors que les travailleurs se fatiguaient à leur guise — si je puis m'exprimer ainsi — et s'ari étaient quand ils le jugeaient nécessaire, j'essayais de i)rolonger la résistance des paresseux, pnr des encouragements et des promesses de récompense. Les paresseux me rendaient ainsi plus que leur quantum ordinaire.
Je vais mentionner quelques résultats :
Première Classe
I'' sujet. — Travailleur. Chouv..., zi ans 1/2. Chétif, pâle et mince.
Un poids de 3 kilos est suspendu à l'ergographe.
I" série d'expériences :
a) Travail pendant a'aô" )
Repos 1 minule. > 'i5"
Travail pendant i'5o" ) />) 2' expér. avec poids de 2 kilos quelques jours après.
Travail [>endant 2' J
Repos 1 minute. S 3'44"
Reprise r44" )
2* série d'expériences :
Le bras est tendu; un poids de 3 kilos doit être maintenu aussi Jouf^tenips que possible dans la position horizontale.
3* sujet. — Paresseux. Buis..., 12 ans. Gros, fort, apparemment solidement construit.
i" série d'expériences :
a) 3 kilos i' )
Repos I minute. > i'3o"
b) 2 kilos a' \
Repos I minute. > 2'52'*
2* série d'expériences
Poids 3 kilos.
a) Main droite 33" / ^c»»
Main gauche 22" \
b) Main droite 36" i k »
Main gauche 21" 1
PHYSIOLOGIE DE L'ATTENTIOIf
«) Main droite 42"i/4 ( ,, „
Main gauche. . . 4?" \ '^
^) Quelques jours après.
Main droite 47" ( »c»
Maiii gauche 49" i
2" sujet. — Travailleur. Burni..., 12 ans. Petit, malingre et bossu.
I" série d'expériences :
3 kilos a) 3'9''
2 kilos a) 5'48"
— b) io'd"
2' série d'expériences
a) 3 kil. Main droite. 3j'
Main gauche 32"
b) Main droite. 5o" ( Main gauche 4^" '
4' sujet. — Paresseuï. Thév..., 12 ans. Bien constitué.
1" série d'expériences :
N'arrive pas à soulever le poids de 3 k'ios. Force m'est d'utiliser dès l'abord, celui de a kilos.
Repos I minute. > i' 5'*
Repos I minute. > i'i3"
2" série d'expériences Pois de 2 kilos aussi.
a) Main droite i3"i/2
Main gauche. . . 7"
b) Main droite ... i3" Main gauche. - , 6"
Deuxième Classe
I" sujet. — Travailleur. Fran..., II ans, petit, mais trapu.
I" série d'expériences :
Poids de 2 kilos.
Repos 3 minutes. > 5'2;7"
Repos 3 minutes. > 4'48"
2* série d'expériences :
Poids de 2 kilos.
«) Main droite 34" ) , „
Main gauche 36" l
i>) Main droite 37" /„ ,
Main gauche 32" \
2' sujet. — Paresseux. Weinbr..., II ans. Assez fort.
i" série d'expériences :
Repos 3 minutes. > l'ii'*
Repos 3 minutes. > 2'5o"
2* série d'expériences :
a) Main droite 8" j «j.»>
Main gauche 12" )
5) Main droite 8" ( q„
Main gauche 12' •
I" sujet, lo ans.
Troisième Classe
Travailleur. Math...,
i" série d'expériences :
Poids de 52 kilos.
Repos 3 minutes. > S'Sj"
Repos 3 minutes. > 4 20"
2* série d'expériences :
Poids de 2 kilos.
a) Main droite 24" 1 «q„
Main gauche i^" (
b) Main droite.
Main gauche 11" S
a* sujet. — Paresseux. Labor..., 10 ans.
i"" série d'expériences :
Repos 3 minutes. / i'48'*
l'oi" )
Repos 3 minutes.
, 2' série d'expériences
Poids de 2 kilos.
a) Main droite i4"
Main gauche 9 '
6) Main droite 12"
Main gauche 7"
Quatrième Classe
I" 'sujet. — Travailleur. Gaz..., 1 2" sujet. — Paresseux. Ecoch...,
9 ans.
1'* série d'expériences :
Poids de i kilo,
Repos 3 minutes. > 4'ï8"
Repos 3 minutes. [ 5' i"
2' série d'expériences:
Poids de i kilo.
a) Main droite 3G"
Main gauche 35"
6) Main droite 58" ( ,,^„
Main gauche 37" \
9 ans.
I" série d'expériences :
lîepos 3 minutes.
l'ii'
Repos 3 minutes. } i'54
2' série d'expériences :
Poids de i kilo.
a) Main droite o" / ,,
Main gauche 11" \
t) Main droite 10" / -„
Main gauche 6" \
Cinquième Classe
I" sujet. — Travailleur. Red..., r 2' sujet. — Paresseux. Gord...» 7 ans. j 7 ans.
PHYSIOLOOIE DE L ATTENTION
ï" série d'expériences
Poids de i kilo.
I'* série d'expériences Poids de i kilo.
Repos 4 minutes,
Repos 4 minutes.
Repos 4 minutes.
2' série d'expériences Pois de I kilo.
a) Main droite i4"
Main gauche 12"
6) Main droite i5" / ^„
Main gauche 11" \
Repos 4 minutes.
2' série d'expériences
Poids de i kilo.
à) Main droite 7"
Main arauclie.
b) Main droite 6" I „ ,
>ii i/a Main gauche.. . . 5"i/2 V
Il est facile de se rendre compte par ces quelques exemples, pris parmi les 35 sujets étudiés, qu'à âge égal et à tâche égale, l'enfant travailleur, et par conséquent attentif, accomplit plus lacilenient, avec plus d'aisance, un travail physique que l'enfant paresseux et distrait. 11 y a donc là un témoignage de la valeur du facteur musculaire dans l'attention et le tiavail intellectuel. Le distrait semble être tel, parce que sa résistance à la fatigue et sa force musculaire sont faibles.
L'altentit semble tenir ses qualités de sa résistance musculaire. La troisième série d'expériences a amplement confirmé les deux premières. Le pouvoir d'attention est donc fonction de l'état du système musculaire (i).
Comment se pose maintenant pour nous, la question de l'hygiène de l'attention, dont je voudrais dire quelques mots, du point de vue purement psychologique, me proposant d'en reparier plus tard (2) Quel est le moment le plus favorable à l'elfort psychique ? Quelles sont les conditions organiques (hypo ou hypei nutrition) qui le favorisent le plus?
(i) Pour plus de détails, voir ma communication au Congrès international de Bruxelles, 191 1, sur la fonction musculaire chez les enfants paresseux.
(2) Voir chapitre «Education de l'attenliou ».
Ço PHYSIOLOGIE ET PSYCHOLOGIE DE L 'ATTENTION
Pour répondre d'abord à la première question que je viens de soulever, je dirai tout de suite que les avis sont partagés sur ce point. Edw. ïorndike i), Glavière(2) estiment que le travail du soir n'est pas inférieur à celui du matin et que, dans tous les cas, lorsqu'il y a quelque diflérence,eile est insignifiante. Pour ma part, j'ai constaté sur moi-même et sur une classe de trente-deux élèves que le travail psychique du matin est préférable au travail du soir. Ayant interrogé ces trente-deux élèves, trente m'ont répondu qu'ils préféraient le travail du malin tandis que deux seulement opinaient pour le soir. Ceux ci expliquent leur préférence ainsi : « Le matin nous sommeillons plutôt que nous ne travaillons. » Le professeur de la classe m'a assuré que les devoirs que ses élèves faisaient le matin étaient bien supérieurs aux devoirs qu'ils accomplissaient le soir. Le répétiteur de cette classe a ajouté que ces élèves lui paraissaient beaucoup plus attentifs et appliqués le malin que le soir. 11 est bon d'ajouter aussi que la plupart des auteurs sont unanimes à reconnaître les bienfaits du travail matutinal.
La deuxième question semble avoir été moins controversée. L'on admet généralement que le jeûne prolongé ne favorise pas l'effort psychique, et à plus forte raison, lorsqu'il est durable. L'on admet, non moins aisément, qu'une suralimentation intense est aussi nuisible au travail psychique que l'abstinence exagérée : un jeûne modéré peut seul nous donner de bons résultats . Puisque le cerveau s'échauife en travaillant et que le sang passe de l'état artériel à Tétat veineux, puisque la tension musculaire nécessitée par l'attention enraye, en même temps, le libre jeu des fonctions végétatives, il doit en découler une plus grande fatigue nerveuse. Je sais bien que le travail intellectuel, fait dans l'abstinence, produit autant d'oxygène que si ce travail était soutenu pai* une alimentation abondante; je sais bien aussi que l'urée excrétée seule faiblit sensiblement ; mais je me demande tout de même, si un jeûne de plusieurs jours, associé à un travail psychique soutenu et sans l'aide d'aucun excitant, ne modifierait pas bientôt les conditions de résistance? Si,
(i) Edw. ToRNDixE, Mental fatigue. Psjch. iîcWei», n"5 el6, ''1900.; (a) Claviêrb, loc. cit.
PHYSIOLOGIE DE l'aTTENTION 5i
sans aucun doute, car M. Berthelot (i) a dit, fort justement, que l'entretien de la vie ne consomme aucune énergie qui lui soit prof)re. Ces réserves failes, je reste partisan du travail matutinal modéré et fait à jeun. Qu'en disent les expérimentateurs ?
Weygandt (2) nous donne des renseignements très précieux sur les auto-expériences faites par Uômer sur le travail psycliique, dans ses rapports avec le jeûne et l'alimentation. Le « test » de Rômer consistait dans des additions ti'un seul cliilïVe qu'il faisait mentalement. L'expérience avait lieu chaque jour et pendant huit jours consécutifs. Mais les conditions de l'expérience étaient modifiées alternativement, c'est-à-dire que les 23, ii5, 27 et 3o décembre 1898, le travail s'effectuait sans alimentation préalable, tandis que les 24, 26, 29 et 3i décembre, Rômer travaillait après s'être alimenté. Il constata que le jeûne était défavorable à la tension psychique. Mais il va sans dire que cette conclusion n'a de valeur pratique que lorsqu'il s'agit d'un effort psychique prolongé, parce qvi' alors, les cellules nerveuses et les tissus s'affaiblissent, par manque d'échanges azotés. Gomme l'unité de l'homme réside dans la cellule, celle-ci ne peut résister longtemps au jeûne et à l'abstinence, surtout lorsque l'individu pense et agit avec intensité. Je crois cependant, et rien ne semble me contredire, que le travail du matin (6 h. à 8 h.) fait à jeun, s'exécute dans des conditions de tension heureuse que Ton ne saurait rencontrer dans le travail du soir, même après alimentation.
Puisqu'il est vrai qu'il n'y a pas de fatigue physique sans fatigue psychique, ni de fatigue psychique sans fatigue physique, nous devons cependant reconnaître, comme conséquence de linvestigation que nous venons de faire, que fetfort psychique retentit beaucoup plus sur la force physique, que ne le fait cette dernière sur le moral. Le paysan revient des champs tout courbé par la fatigue et se plaint de son sort. Il ne se plaint que parce qu'il est fatigué physiquement. La fatigue physique entraîne la dépression mentale. Le comptable est las, le soir, d'aligner des chilfres,.
(1) Berthelot, Essai de mécanique chimique, t. I, pp. 91 et suiv.
(2) Weygandt, Psych. Arbeiien, il, 690-706, 1899.
5a PHYSIOLOGIE ET PSYCHOLOGIE DE l'aTTENTIOI»
de faire des comptes ; c'est le moment où il raconte à sa famille combien le métier est dur et ingrat. J'en ai mal à la tète et dans le dos, s'éciie-t-il mélancoliquement. « A.h ! quel vilain métier, ajoute-t-il encore... etc. » La fatigue psychique a déterminé ici la fatigue physique. Ces deux hommes ne se plaignent que parce qu'ils sont fatigués et déprimés : le premier travaille corporellement, le second travaille surlout de l'esprit. L'un et l'autre parviennent cependant à la fatigue par des voies opposées, au départ, mais qui se rejoignent à l'arrivée. Fatigue physique et fatigue psychique se mêlent donc finalement l'une l'autre et cela, par iîifluence, par « retentissement » réciproque. Si j'osais employer une métaphore, je dirais, pour clore cette question, que l'effort psychique « lasse » plutôt qu'il ne « fatigue ». Le facteur moral décide de tout et nous aide souvent, dans ce cas, à nous persuader que nous sommes épuisés et fatigués. S'il y a de la fatigue physique vraie, qui correspond à de l'effort vrai, il y a aussi de la fatigue imaginaire qui correspond à de l'effort non moins imaginaire. Car n'est-ce pas une pure illusion, n'est-ce ])as une auto suggestion que de se sentir fatigué avant d'avoir réalisé sa tâche, que d'y faillir avant de reiilreprendro,que de se décourager avant de l'avoir commencée, que de se déclarer vaincu avant d'avoir lutté. Ces indivi lus sont des faibles, ajouterai-je, encore une fois ; n'oublions |)as surtout que l'effort ])atient et continu est l'apanage exclusif des tempéraments forts et des esprits d'élite.