‹ Physiologie et psychologie de l'attention: évolution, dissolution, rééducation, éducationChapitre 3 sur 77 · AVERTISSEMENT DE LA DEUXIEME EDITION · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT DE LA DEUXIEME EDITION

Je suis heureux de pouvoir présenter au public une deuxième édition de mon ouvrage. J'ai fait de mon mieux pour la mettre au courant des derniers progrès réalisés sur la question et j'avoue volontiers que cela m'a été facile, car la bienveillance de mes obligeants éditeurs, MM. Alcan et Lisbonne, ne m'a pas fait défaut : je les remercie bien vivement de m'avoir donné la place nécessaire au perfectionnement de mon œuvre.

Les recherches de psychologie que j'ai entreprises depuis 1906 sur le problème de l'attention, au Laboratoire de Psychologie et de Pédagogie de Lyon que j'ai dirigé pendant quelques années, sont la continuation de celles que j'avais faites à Paris : ces recherches nouvelles ont trouvé ici, sous la forme de résumes substantiels, une place naturelle.

Cette nouvelle édition comporte, en somme, deux paragraphes nouveaux : l'un, sur les conditions musculaires dans V attention et la distraction ; 1 autre, sur Véducation de l attention chez les enjants particulier renient distraits. J ai ajtmté aussi un sous-chapitre sur la technique de V attention. La bibliographie a été mise à jour. Enfin, j'ai apporté partout où cela était utile ou nécessaire des préiâsions plus grandes. Telle qu'elle est, celte nouvelle édition constitue un petit traité de l'attention se suffisant à lui-même et pouvant donner satisfaction au lecteur désireux de connaître toutes les modalités de cette prépondérante activité de l'esprit.

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Depuis 1906, date à laquelle mon modeste ouvrage vit le jour, la psychologie expérimentale a connu progressivement rindifférence du public. A cette époque, la psychologie de laboratoire était cultivée avec goût, recherchée, appréciée. Elle comptait de nombreux artisans et un grand nombre de lecteurs.

En I9i4' lious la trouvons délaissée, confinée dans la pénombre, presque oubliée. D'aucuns ont parlé dune crise de la psychologie expérimentale. M. Kostyleff n'a pas craint même d'écrire un ouvrage suggestif, sur cette importante et délicate question (i).

Les causes de cette évolution dans l'opinion du public lettré à l'égard de la psychologie expérimentale, s'expliquent aisément : le courant philosophique dirigé par des maîtres éminents a caplé les besoins d'actualité et de changement, mais plutôt celui-ci que celui-là, qui domine un ^rand nombre de cerveaux humains. La jeunesse des écoles s'est remise à agiter avec passion, sous 1 influence des virtuoses de la pensée phi!osophi(iue, les problèmes de lêtre, de la nature humaine, de la nature des choses et de la valeur de la connaissance. Eternel recommencement du goût des hommes, tu nous confines dans un cycle, dans un circuit, tu nous diriges, tu nous détermines inlassablement I...

En vérité, trop d'esprils, trop de chercheurs se fatiguent vite à interroger la nature, à disî-équer sa forme, à analyser sa vie. Ils préfèrent s'abîmer dans les préoccupations élevées, qui retentissent, il est vrai, sur le progrès moral et sur la conduite des honunes, mais dont les conséquences sont minimes pour le perlcctionnement de nos connaissances positives. Je nr puis m'empècher de m'attrister lorsque je songe que le 0 tangible», le vrai au sens propre du mol, le vrai sain qui maintient notre esprit dans un état permanent

u) Koslyleff, la Crisi: delà Psychologie expérimentale, i toI. in-18. Paris, F. Alcan, 1910.

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d'hygiène et de bien-être, n'est pas cultivé et reconnu comme il le mérite.

Alors que l'ample spectacle de « la nature » s'ofïre à nous avec sa variété, sa richesse d'organisation, alors (jue d'innombrables raisons nous lient au monde extérieur que nous dominons pourtant, nous préférons rester distraits envers ces beautés réconfortantes, nous aimons mieux atteindre d'emblée les cimes de la connaissance, les sommets de l'idée, de la pensée ! Nous parvenons d'autant plus facilement à ces hauteurs que nos connaissances scientifiques sont encore fort incomplètes. Mais ne sommes-nous pas téméraires en prenant si souvent le vol vers les régions de l'absolu ? Certes, la psychologie expérimentale n'a pas réalisé aussi rapidement qu'ils le souhaitaient, les espoirs de bon nombre de ses lecteurs d'hier. Elle n'a pu, en quarante années de laborieux efforts^ « présenter l'àme sur un plat » — comme disent les simplistes — ni nous donner la solution du problème de l'origine ou de la nature des idées. Mais est-ce à dire qu'elle a trompé toutes les espérances ? La psychologie des sensations, des sentiments, de la mémoire, de l'attention, n'a-t-elle pas été transformée presque rie fond en comble ?

La psychologie animale, née d'hier, n a t-elle pas apporté des données encourageantes ?

Sans doute, bien des obscurités s'offrent encore à nous ; bien des points importants de la psychologie (volonté, imagination créatrice, représentation, etc.) restent dans l'ombre de notre ignorance ; mais doit-on se décourager pour cela ? L'effort, force vivante et surprenante de notre nature, Teffort, malgré la douleur qu'il suppose, nous vaudra encore bien des conquêtes intellectuelles.

Je pourrais dire que c'est d'une crise des psychologues plutôt que d'une crise de la psychologie, qu'il s'agit. Bien des philosophes ont fui le laboratoire, ont délaissé la psychologie. L'opinion, naturellement sollicitée par l'attrait qu'offre l'étude des problèmes de finalité et,

gagnée, en outre, par les nouvelles, séduisantes et éloquentes interprétations dont elles sont l'objet, s'est modifiée à son tour.

Les travailleurs, les penseurs qui ont déserté ainsi les laboratoires n'avaient évidemment pas prêté le serment d'y rester. Peut-être n'y étaient-ils venus que par simple curiosité ! Ne regrettons pas trop leur départ.

Nombreux sont, en effet, les philosophes qui avaient apporté dans l'étude d'une science où l'analyse la plus impartiale, la plus minutieuse est de rigueur, non seulement l'esprit de généralisation qui s'ébat si aisément dans l'immense espace philosophique, mais encore l'esprit préconçu, Pesprit avant la lettre, cet esprit convaincu à l'avance, qu'il ne faut pas confondre avec la mentalité prudente et sage qui dresse des hypothèses selon la méthode de Cl. Bernard. C'est cette manière de faire qui a laissé son empreinte dans beaucoup de travaux psychologiques parus depuis 1900.

Liées à l'insuccès, chargées de matières à contradiction, ces recherches ont constitué un vaste amoncellement de faits, de conclusions hétérogènes et décevantes. Ces travaux, tout en portant gravement atteinte au devenir de la science psychologique, ont, par surcroît, désorienté le public le plus enthousiaste. Par ailleurs, la psychologie pathologique nous a fait connaître une quantité considérable de monographies cliniques dont il est difïicile de dégager des constantes. Les dissociations mentales ne se font pas, en outre, chez les malades du système nerveux et du cerveau, avec la netteté, l'évidence que l'on supposait à l'époque de Charcot.

Seuls les psychologues par vocation — ils sont si peu nombreux ! -sont restés debout dans leur laboratoire. Ils ne font pas de bruit, mais si leur tache s'accomplit silencieusement, elle n'en sera pas moins utile à la connaissance psychologique. La jeunesse studieuse devrait revenir avec foi et enthousiasme à la psychologie. Cette science ne conduit ni aux honneurs, ni à la for-

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lune, mais elle vaut d'être étudiée pour elle-même. Vous vous tromperiez aussi, jeunes gens, si vous vous imaginiez que vous pouvez faire de la bonne psychologie, étant seulement nantis de connaissances littéraires ou philosophiques : vous apporteriez au laboratoire des moyens insuffisants d'investigation (i). Venez à la psychologie, mais venez-y nourris à la fois ou disposés à vous nourrir, en même temps, de philosophie, de biologie, d'histologie et de médecine. Cette quadruple culture vous permettra de faire des études psychologiques profitables et complètes, et surtout de découvrir des lois importantes dans le vaste domaine de la mécanique psychique. Dès lors, l'œuvre qui fut créée en France, grâce à la haute et perspicace initiative de M. Liard, aujourd'hui Vice-Recteur de l'Académie de Paris, grandira indéfiniment : les laboratoires de psychologie s« repeupleront et reprendront allègrement leur essor vers la conquête de la vérité. La crise des artisans de la psychologie se ramène, en définitive, aux conditions qu'il faut remplir pour entreprendre utilement des recherches dans ce domaine. L'on ne saurait posséder trop de connaissances scientifiques, ni trop de conviction — autre levier du succès — pour s'adonner à l'étude de la science la plus noble, la plus belle et aussi la plu» utile à l'évolution de notre race et au progrès social.

J. Paul Natrac Dreux, le 12 février I9i4«

(i) Je ne sais si ma modeste influence y est pour quelque chose, mais je constate avec plaisir, dans tous les cas, que, parmi les jeunes gens de Lyon qui ont été reçus de 1909 à 191a à l'École normale supérieure, la plupart de ceux qui ont opté pour la philosophie, tout en fréquentant le laboratoire de mon ancien maître, le D' Dumas, ont poursuivi ou poursuivent avec succès la licence es sciences naturelles . Leurs travaux psychologiques n'en seront que plus sérieux.

PRlilFAGE

L'Académie des Sciences morales et politiques avait mis au concours pour l'année iqoS le sujet de Yattention, sans programme ni indications, laissant ainsi aux concurrents la pleine et entière liberté de traiter la question à leur guise. Douze candidats de valeur très inégale ont répondu à cet appel. Deux mémoires ont été récompensés ; en première ligne, celui de M. Naj^rac, qui, complété et modifié sur certains points, est devenu le volume que je présente au public.

Durant ces vingt dernières années, l'attention a été étudiée avec beaucoup d'ardeur et de suite par les physiologistes et les psychologues des divers pays : notamment en Allemagne, en Amérique, en France, en Angleterre. Observations personnelles, expériences, travaux de laboratoires, recherches pathologiques et cliniques, applications à la pédaufogie : Ions ces procédés ont été employés non sans succès. Mais cette masse de travaux est à l'état épars dans des Traités généraux, des Monographies, des Bulletins de Sociétés savantes, ou insérés dans des périodiques rédigés en diverses langues. La bibliographie recueillie par notre auteur depuis 1888 ne compte pas moins de cent quatre-vingt-huit titres d'ouvrages.

Pour que tant d^efforts ne restent pas inutilement dépensés, il était indispensable qu'une synthèse fiJt faite. Elle n'était pas sans difficultés ; car, outre la multitude des documents à coordonner, une critique préalable

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était indispensable pour éliminer les observations ou expériences sans portée et celles qui se répètent, pour concilier celles qui se contredisent. M. Nayrac a assumé celte lâche d'exposition et de critique, en y ajoutant des recherches personnelles. Son livre est divisé en trois parties : Physiologie, Psychologie, Pathologie de r Attention.

La Physiologie tient une très large place. Peut être quelques questions traitées sous ce titre devraient être transférées dans la Psychologie, qui, de ce fait, se trouve un peu appauvrie. Je cite comme exemple les expériences sur les osc''ialions de l'attention, dont les causes déterminantes reslent encore douteuses. Les rapports de l'attention avec les phénomènes sensoriels, musculaires, vasculaires, viscéraux, chimiques et avec la fatigue générale ou spéciale sont clairement résumés, d'après un grand nombre d'observations et d'expériences poursuivies dans les laboratoires.

Sous le titre de Psychologie de T Attention, l'auteur groupe les définitions relatives à sa nature, l'étude de ses effets sur la mémoire, le pouvoir créateur, l'adaptation mentale, la liberté, etc. ;je regrette que M. Nayrac n'insiste pas davantage sur la distraction et que la question très disculée de l'attention pendant le sommeil et dans les rêves ne soit pas traitée ici : elle eut été mieux à sa place que dans la partie physiologique.

On sait (jue le mécanisme fondamental de l'attention a été expliqué de deux manières.

La théorie motrice soutient que l'attention se réduit au mécanisme moteur qui coexiste avec l'état de conscience: phénomènes respiratoires, viscéraux, mouvements d'expression. La théorie sensorielle voit la cause de l'attention dans une différence d'intensité qui existe à un moment donne entre les excitations de deux ou plusieurs centres sensitifs ; l'intensité de l'attention étant, de ce fait, subordonnée à l'état des centres sensitifs. Il y a aussi une théorie éclectique que M. Nayrac indique

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