‹ Physiologie et psychologie de l'attention: évolution, dissolution, rééducation, éducationChapitre 4 sur 77 · PREFACE XI · texte numérisé non relu

PREFACE XI

en passant. On ue me soupçonnera pas d'hostilité envers la tliéorie motrice que j'ai soutenue, il y a vingt ans, dans un livre spécial; mais pour être impartial, on doit admettre que la théorie rivale (celle de W. James, G. Millier, Marillier et autres) renferme un fond de vérilé, est suffisante pour quelques cas, non pour tous. Des faits d'observation courante, des expériences déjà anciennes de Helmhollz^ d'autres plus récentes peuvent être invoquées en sa faveur et montrer que l'attente sensorielle, dans quelques cas du moins, suppose une pré -attention, un travail préparatoire qui est représentatif plutôt que moteur. Le lecteur au courant de ce' débat trouvera là quelques pages critiques sur ce point. Quant à la théorie propre à notre auteur, qu'il appelle de réduction ou de simplification et dont il emprunte les principaux traits à James et à Gh. Richet, elle est exposée dans le dernier chapitre de sa première partie.

La pathologie de l'attention est divisée en deux sections, l'une physiologique, l'autre pathologicpie. On y remarquera d'intéressants exemples de la loi de dissolution et de la hiérarchie des désordres mentaux. L'auteur y a résumé ses recherches personnelles.

Un chapitre final est consacré à la « rééducation et à l'éducation de l'attention ». Nous passons de la science à l'art et de la théorie à la pratique. A vrai dire, ce serait la matière d'un autre ouvrage, si le sujet était poursuivi dans toutes ses applications et tous ses détails. L'auteur expose les procédés thérapeutiques employés pour restituer aux malades l'attention perdue ou fléchissante (isolement, exercices physiques, suggestioji, traitement moral). Quant à l'éducation proprement dite, celle qui s'adresse à l'enfant ou à l'élève, notre auteur ne peut nécessaireuient qu'en donner une exquisse ; il fait remarquer avec raison que la pédagogie actuelle s'occupe trop peu du dressage de l'attention.

Eq résumé, dit l'auteur : « L'attention est un phénomène général qui se répercute sur toute la vie psychique

et nécessite la coopération de toutes les principales fonctions de la vie organique et mentale. Elle se trouve de ce fait placée au plus haut degré de la hiérarchie psychique ; avec l'aide de l'effort et de la volonté, elle forme notre faculté d'adaptation mentale. » Toutefois, cet état ne se produit ni ne se maintient sans difficultés « Qui dit attention, dit nécessairement tendance à la distraction. L'homme est naturellement distrait; il n'estj attentif que grâce à l'effort. L'homme est naturellement fait pour l'indolence; il aime le changement. C'est pour-j quoi l'attention représente une lutte tenace contre cette i distraction et celte indolence innées. J'ose me risquer! jusqu'à dire que, somme toute, l'attention est une activité « anormale » de notre nature ; étant la création, même de Thommequi est à l'origine paresseux et apathique, elle représente une aclion, une lutte intense et) considérable contre la Nature... Ce n'est qu'en agissant sur la Nature, à force de peine et de labeur, que l'homme a fait naître du vieux fonds de l'attention spontanée et innée l'attention volontaire qui constitue son meilleur instrument d'investigation scientifique. C'est de la lutte opiniâtre entre la Nature et sa nature qu'est née la plus belle œuvre de l'homme, c'est-àdire la science. Telle qu'elle est aujourd'hui, la science] implique en effet un immense amoncellement ou plutôtj une infinité d'actesd'attention juxtaposés dans le temps. » Pour ma part, je souscris complètement à cette thèse, quoiqu'elle puisse paraître excessive à quelques-uns.

Pour s'en tenir au principal but de l'ouvrage, si, comme il me semble, il consiste à établir le bilan consciencieux et complet des études récentes sur l'attention, à exposer la situation actuelle de cette question, on] peut en toute confiance le recommander au public.

Th. Ribot

DE L'ATTENTJON

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